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Et le procès eut lieu...Pause pizza !

Publié le par Opale

Juste avant l’audition de ma famille, il y a eu celle du directeur d’enquête, le policier qui a suivi mon dossier, organisé garde à vue, confrontation, auditions etc… Par chance ce n’était pas le sombre connard qui avait pris mon dépôt de plainte. Ce dernier avait quitté le service et c’est lui, le directeur d’enquête qui a repris tous ses dossiers, avec tout le retard que ça impliquait , quand on sait qu’à la Brigade des mœurs de ce département ils sont seulement deux.

J’avais apprécié cet homme, il n’était ni chaleureux ni glacial, il faisait son boulot avec la neutralité nécessaire et était respectueux avec moi, contrairement à celui à qui il a succédé, c’était déjà beaucoup à mes yeux .

Ce jour-là , il vient donc relater comment s’est passée son enquête, comment se sont passées les auditions, la garde à vue, la confrontation . Il vient, forcément, témoigner des réponses aberrantes de Taré 1er tel que son « je ne sais pas » à la question « avez-vous tué quelqu’un monsieur ? » lancée à force de recevoir des « je ne sais pas » de sa part concernant ce dont il était accusé.

Il va être assez injustement attaqué je trouve, notamment sur les délais ( 16 mois entre mon dépôt de plainte et la prise en main du dossier ) , alors qu’il est arrivé quelques mois après, dans un nouveau service, pour remplacer quelqu’un qui je le rappelle refusait de poser des questions aux victimes (en tout cas à moi…) pour les aider à préciser et n’avait pris avec moi que 45 mn pour une plainte qui aurait dû prendre au moins 2 ou 3 heures.

J’ai d’ailleurs été surprise (plutôt agréablement) que le courrier que j’avais adressé au Procureur environ un an après ma plainte pour exprimer la souffrance de l’attente ait été lu au procès. Ce courrier, alors que les policiers m’avaient dit le contraire , a eu une vraie influence pour faire bouger les choses, et je me bénis d’avoir été posée et concise dans mes propos, sans agressivité.

Pipo et Mario vont avoir le don de me faire rire en interrogeant le directeur d’enquête, il faut dire qu’ils ont fait assez fort. Ils lui ont reproché deux choses . Il faut savoir que des DVD pornos ont été retrouvés chez Taré 1er , DVD où se trouvaient sur certains des jeunes filles a priori majeures (mais tout juste majeures…) , d’autres …zoophiles. Pas une seconde je ne l’imaginais en la possession de ce genre de choses , il ne semblait pas du tout du tout s’intéresser au sexe à la télévision et chez nous rien de ce genre n’existait. Cela dit, ma surprise a « surpris » ma psy, qui m’a douloureusement rappelé que chez nous, il avait ce qu’il fallait à disposition : moi.

Ces DVD , Taré 1er expliquera au gré des auditions les avoir soit achetés sur catalogue par curiosité, déclarant que si c’est vendu c’est que c’est autorisé, soit les avoir trouvés dans la rue dans un sac plastique .

Là où Pipo et Mario m’ont fait rire malgré eux, c’est en tergiversant sur la date de sortie des DVD , expliquant que c’était très différent si ces DVD dataient de mon adolescence ou s’ils dataient de quelques années. Sauf que quand j’étais adolescente…les DVD n’existaient pas ! J’ai glissé cela à l’oreille de mon avocate que ça a bien fait sourire aussi car elle n’avait pas tilté sur le moment.

L’autre reproche qui a été assez grandiose je trouve c’est « pourquoi n’avez-vous pas cherché un autre agresseur ? »

Evidemment comme a répondu ce brave homme, quand une femme de 33 ans dépose plainte et donne le nom de son agresseur, on n’a aucune raison de se dire « ça doit pas être le bon , cherchons-en un autre. » C’était donc la minute comique de cette journée…

Après cette audition devait donc venir celle de ma famille, racontée dans les articles précédents.

C’était la fin de cette première journée, longue, incroyablement intense, épuisante, douloureuse, irréelle. Je savais que le lendemain c’est moi qui passerais à la barre, et que les questions allaient être très très dures, d’autant plus qu’il était impossible de tirer quoi que ce soit de Taré 1er, il fallait donc me faire parler moi au maximum, me pousser dans mes retranchements pour que les jurés puissent se forger leur intime conviction.

Quelques mots échangés avec mon avocate et il était temps de partir se restaurer et se reposer.

Nous avons choisi D.et moi de faire une pause pizza (on y vient ! ) . Et là s’est déroulé ce moment totalement improbable qui nous fait rire dès qu’on en reparle, qui nous montre aussi à quel point une journée aux Assises est plus qu’éreintante. Il faut pour l’anecdote préciser que D. est très TRES calé en mathématiques, en informatique , et a le cerveau qui fonctionne à toute allure dans ce domaine, en plus d’être un homme formidable que j’ai la chance d’avoir comme papa de cœur.

Nous nous rendons jusqu’à la pizzeria , décidés à prendre une pizza et à la manger sur un banc au soleil histoire de prendre un peu l’air. Deux pizzas nous tentent particulièrement et on se dit qu’on goûterait bien aux deux. Un problème (si, si) se pose alors à nous : combien de pizzas nous faut-il pour pouvoir chacun manger la moitié de l’autre , pour avoir une moitié d’un goût et une moitié de l’autre. Et nous voilà à moitié hébétés et à moitié conscients de l’ampleur de notre fatigue psychique à tenter de calculer l’évidence (oui une pizza chacun suffit, je confirme…) . Au vu des capacités intellectuelles de D. , particulièrement en mathématiques, on n’a pas cessé de rire sur ces 10 bonnes minutes passées devant le menu à tenter de savoir ce qu’il nous fallait. On en ri encore , mais c’est je trouve une très bonne démonstration de l’énergie que peut prendre, dévorer même , une telle journée, y compris pour celui qui n’est qu’accompagnant.

Nous voilà enfin avec notre pizza, on sait encore la diviser en deux, tout n’est pas perdu , on la déguste et je me blottis dans ses bras sur le banc, me foutant (et lui aussi ) de ce que pourraient bien penser les passants .

Puis on rejoint nos chambres d’hôtel respectives , il fait encore très bon, il est 22h et un SMS de mon avocate m’attend :

« Demain on se bat ensemble d’accord ? »

A suivre…

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Et le procès eut lieu... (partie 3)

Publié le par Opale

Elle est là, à la barre, du haut de son mètre cinquante-huit qui se tasse à l’approche de ses 74 printemps. Elle est là où elle n’aurait jamais imaginé être un jour : devant une cour d’Assises .

Je suis là aussi et je voudrais disparaître, fuir. Depuis au moins deux ans c’est clair dans ma tête, je n’assisterai pas aux auditions de ma famille et si je dois prioriser, celle à laquelle il faudrait me tuer pour que j’y assiste , c’est celle de ma mère. Pas une seconde je n’ai imaginé que je devrais y assister. Pas une seconde la Présidente n’imagine le long travail qu’elle est en train de briser en me faisant assister à ça.

Il a fallu beaucoup, beaucoup de temps en thérapie avant de parvenir à ne plus sans cesse excuser ma mère, avant de parvenir à lui en vouloir, à lui laisser ses responsabilités tout en étant capable d’expliquer comment elle en est arrivée là. J’étais enfin parvenue à ne plus voir que sa fragilité, je lui laissais enfin sa place. Mais là c’était trop, je savais et je l’avais prévenue depuis longtemps qu’elle n’allait pas être épargnée notamment par Pipo et Mario et je me retrouvais à nouveau le cœur fendu de la voir là , prête à répondre aux questions qui allaient être tout sauf tendres.

Je ne veux pas être là, je ne veux pas entendre ce que j’ai déjà lu dans les PV d’auditions, je ne veux pas entendre parler de tout cela, encore , je ne veux pas qu’on lui demande encore comment je lui ai parlé des abus, si j’ai parlé de viol, ce qu’elle m’a demandée et pourquoi .

Elle est là, je ne me souviens pas des questions exactes qui lui ont été posées mais évidemment elle n’a pas été épargnée, bien que personne, je pense, ne doute du fait qu’elle ignorait tout de ce que je subissais.

Elle ne se cherche pas d’excuses, elle n’élude pas les questions, elle répond franchement, elle égrène tout ce qu’elle a espéré, tout ce à quoi elle a cru, ce grand n’importe quoi, ces « gros bobards de l’accusé » comme le dira le titre de l’article du journal le lendemain. Elle les énumère : oui elle l’a cru quand il disait composer pour Clayderman entre autre, oui elle l’a cru quand il disait être ami avec les flics et travailler parfois avec eux, oui elle l’a cru quand il disait qu’il pouvait faire mettre de la drogue chez elle. Ca et tant de choses , c’en est vertigineux . La Présidente s’époumone « mais enfin c’est pas des couleuvres que vous avez avalées là , c’est des baleines !! » « Oui, j’ai été conne » .

Je l’entends répondre sincèrement aux questions, je l’entends ne fuir aucune responsabilité mais dire cette phrase terrible dont elle ne se rend pas compte de l’impact sur les jurés « fallait quelqu’un pour garder le chien , puis il la faisait rire, il aimait la nature, je pensais qu’on serait heureux » .

Tout y passe dans les questions de la Présidente, de mon avocate (qui pendant une seconde pose sa main sur la mienne en me disant « je suis désolée il faut » avant d’être assez rude avec elle ) , de Pipo et Mario…Tout : son amour pour moi, comment elle a appris ce que j’ai subi, sa sexualité ou non sexualité avec lui, un viol subi vers ses 20 ans et qui à ses yeux n’a eu aucun impact sur sa vie « on a fait attention pendant 3 semaines avec mon ami pour pas avoir de maladies et voilà » . Pauvre petite maman. Ca me fend le cœur c’est plus fort que moi, ça me fend le cœur et ça met en miettes mon travail thérapeutique.

J’entends ce que j’ai déjà lu sur leur (non) sexualité, sur les propos tordus de Taré 1eret je voudrais hurler mon dégoût envers lui . Elle n’a aucune malice et n’en a jamais eu, alors elle répond, spontanément, stressée certes. Elle montre les crocs quand on fait mine de lui demander pourquoi je n’aurais pas menti « ah non, ma fille ce n’est pas une menteuse ! »

Je n’apprends rien pendant cette audition, ni sur notre vie, ni sur sa personnalité, ni sur quoi que ce soit. Je savais que je n’apprendrais rien. Moment inutile et infiniment douloureux, et d’autant plus douloureux qu’il est inutile et contre ma volonté, il reste aujourd’hui mon regret dans ce procès, mon pincement au cœur, mon « et si on m’avait pas demandé d’écouter » , mais je dois accepter que c’est ainsi.

A la fin de l’audition la Présidente lui a demandé si elle serait présente le lendemain, elle a répondu que non puisque je ne le souhaitais pas, la Présidente a insisté , beaucoup trop à mon goût, sur le rôle d’une mère. C’est le seul moment où je suis intervenue sans qu’on me le demande. Je ne me souviens pas si elle m’a entendue mais j’ai dit « c’est moi qui ne veux pas » .

Une fois cette audition terminée, je l’ai rejoint dans le hall avec ma sœur et ma nièce, pour lui dire qu’elle avait assuré, parce que c’est vrai, elle avait assuré, il en faut du courage pour dire sans broncher toutes les couleuvres que l’on a avalées, pour l’avouer devant tous ces gens qui probablement pensent « mais moi jamais je n’aurais cru à des choses pareilles. » A ce moment précis je suis fière d’elle . Bousculée par l’insistance de la Présidente, elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et me redemande si elle doit venir le lendemain, je réponds que non, surtout pas, je ne veux pas et ce n’est pas à la Présidente de décider du contraire.

J’ai peut-être oublié la moitié de cette audition , je ne sais pas, c’est peut-être mieux ainsi. Ou pas. J’en garde juste le goût très amer de mon souhait non respecté de ne pas l’entendre. Il faudra bien que je m’y fasse .

Depuis j’ai dû refaire du chemin, réapprendre à ne pas encore chercher à l’excuser, faire à nouveau la différence entre excuser et expliquer, me donner le droit de lui en vouloir, alors que son audition déborde de courage, d’amour, mais aussi d’inconséquence .

Elle était là, à la barre, du haut de son mètre 58 qui se tassait, et j’aurais voulu ne jamais l’y voir.

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu... (partie 2)

Publié le par Opale

25 juin 2015 .

Je me souviens très peu de cette première matinée, tout est embrouillé par le stress, l’angoisse. Ce dont je me souviens c’est de retrouver des lieux horriblement familiers, des personnes aussi , que ce soit les avocats de Taré 1er ou ma géniale avocate , ou encore la présidente et l’avocat général, le journaliste suivant le procès et bien sûr D.

Cette fois je savais que je n’aurais pas à faire semblant de tenir le coup longtemps devant ma famille puisque rapidement ma mère, ma nièce et ma sœur seraient invitées à aller faire un tour dans la ville pour revenir seulement l’après-midi afin d’être auditionnées.

Tout était comme en mars, mais cette fois, enfin, nous allions aller au bout de ce procès, ce qui impliquait aussi évidemment le moment terrifiant où il faudrait passer à la barre.

Entre humour noir et bienveillance, nous nous sommes installés, D. à ma gauche, mon avocate à ma droite, vaillante dans son fauteuil roulant, et sa jeune stagiaire près d’elle.

La suite de la matinée me paraît très très floue, c’est là que j’aimerais avoir une trace écrite de tout ce qui s’est dit. Je sais que Taré 1er a été interrogé , c’était le moment où il fallait tenter de présenter sa personnalité aux jurés et la Présidente tentait donc d’obtenir des réponses d’un Taré 1er version mollusque (il n’était vraiment pas très réactif ) et sourd (il semblerait , sauf si c’était du bluff, qu’il n’entende quasi plus d’une oreille ). Tout un programme . Je pense que déjà l’étrangeté du personnage apparaissait mais on était extrêmement loin de la suite , des propos qu’il aurait le lendemain notamment à la barre.

En tout cas il me semblait vieux, de plus en plus vieux. Je tentais en vain d’accrocher son regard, mais il était impossible de voir s’il me regardait . Je pense qu’il ne me faisait plus peur, plus vraiment, mais j’avais mal, très mal de le voir tel que je l’ai toujours connu : inatteignable.

Tant et tant de fois on a eu du mal à me croire quand je disais qu’il s’en foutait de tout, de vivre, de mourir, d’aller en prison. Je pense que ceux qui ont assisté à ses auditions ont pu pleinement prendre conscience de cette réalité folle. Je le savais je ne pourrais pas l’atteindre et pourtant la petite fille en moi le voulait encore désespérément.

Sa folie, son caractère étrange est sûrement apparu relativement rapidement aux jurés, notamment quand la raison officielle de son absence au premier jour du procès de mars a été évoquée. Cette raison était , je le rappelle que sortant de chez son avocat qui lui avait conseillé de mieux se vêtir pour le procès ( au vu de son hygiène déplorable notamment) , il serait allé s’acheter des vêtements, et aurait eu une « absence » , ne sachant plus comment rentrer chez lui . Personne n’y a cru je pense même si le contraire était improuvable, ou qu’en tout cas le but n’était pas de le prouver.

Ce moment de la matinée reste donc assez flou pour moi, ainsi que la suite, à savoir l’audition des deux experts psychiatres et des deux experts psychologues qui l’ont examiné.

Au-delà de la question de savoir si, au cas où les faits seraient avérés , il serait responsable de ses actes, question rapidement conclue par un oui massif, il y avait tout un « mystère » autour de sa mémoire. En effet tout au long des cinq ans de procédure il n’a cessé de déclarer qu’il ne se souvenait de rien , qu’il avait de toute façon des pertes de mémoire suite à un soi-disant accident de scooter dont je n’ai plus jamais entendu parler après le premier procès-verbal de garde à vue.

Il ne se souvenait de rien donc et disait en substance qu’il ne voyait pas pourquoi je mentirais, mais qu’il n’allait « quand même pas dire des choses dont il ne se souvenait pas » . Il a avec une poésie certaine ajouté lors de la première confrontation que « des abus quotidiens ce serait surprenant, n’étant pas de nature gourmande à la base » . Oui c’est ça la grande classe. Et dans sa grande mansuétude il a demandé au policier en fin de confrontation, avant de rejoindre sa cellule de garde à vue « si jamais je me souviens de quelque chose, je vous rappelle ? » . Ouais, autour d’un thé tiens…

Lors de sa garde à vue d’ailleurs, à force de répéter qu’il ne se souvenait pas, la question lui a été posée de savoir s’il avait tué quelqu’un. Réponse « je ne sais pas » . J’admire la patience du policier qui a fait ces différentes auditions.

Les différents experts devaient donc se prononcer sur la réalité de ses troubles de la mémoire, et les avis divergeaient un peu, d’où les demandes de contre-expertise. Pour les uns, les troubles étaient possibles, notamment suite à des années d’alcoolisation massive, pour d’autres ces troubles étaient factices et servaient une personnalité manipulatrice et quasi psychotique (mais pas vraiment, tout est dans la nuance ! )

Autant dire que quatre experts qui s’expriment à la suite, avec le vocabulaire adéquat, les questions des avocats, de la Présidente et autre, j’ai été totalement saturée d’informations et je ne me souviens que de peu de choses.

Je sais en tout cas que Pipo et Mario (les avocats de Taré 1er) faisaient tout leur possible pour faire dire aux experts si OUI OU NON il avait commis ces actes sur moi. Cela n’étant absolument pas leur rôle, aucun ne s’est laissé faire et ils se sont contentés de faire ce qu’ils avaient à faire , répondre à des questions précises.

Même si leurs avis divergeaient un peu, au final il a été établi que si jamais Taré 1er avait des troubles de la mémoire, et au vu des divers tests et entretiens, ces troubles ne concernaient pas la mémoire à long terme (il était d’ailleurs très précis quant à son passé ) , ce qui impliquait qu’il ne pouvait avoir oublié ce qu’il m’avait fait .

Je me souviens de discussions animées entre mon avocate et ses avocats autour de phrases présentes dans les expertises et volontairement citées tronquées par Pipo et Mario, je me souviens de ce sentiment si rassurant d’être défendue et bien défendue, car mon avocate était très, très loin d’être du genre à se laisser faire . C’est une des choses qui peut aider dans un procès quand on a un bon avocat, se sentir défendue, épaulée, l’inverse donc de ce qui a existé dans l’enfance maltraitée.

Pendant qu’on écoute tout cela, les questions, les réponses, les extraits d’expertise, il est bien difficile de ne pas réagir, de ne pas intervenir, mais c’est ainsi , on ne parle que quand on nous le demande et au final dans un procès, on nous le demande peu, mis à part le passage à la barre. Pour le reste il faut laisser gérer son avocat(e) et lui transmettre éventuellement quelques remarques. Cela dit je ne sais pas vraiment si mon cerveau était en état de quoi que ce soit. J’entendais, j’absorbais, j’étais là et ailleurs à la fois, je le voyais lui sans cesse en face de moi, j’entendais parler de lui, j’entendais parler de sa « folie », et ça me déchirait régulièrement le cœur de réaliser avoir vécu dans cette folie. Je voyais bien autour de moi les personnes soit surprises soit consternées (et encore il était loin d’avoir fait son plus beau numéro ) , les policiers qui avaient du mal (et je les comprends mille fois) à ne pas rire face à des réponses parfois totalement aberrantes. Je voyais tout cela et je réalisais que moi, de mes 8 ans environ à mes 25 ans j’étais en plein dans tout cela, engluée, le cerveau dévoré à chaque seconde . Encore une fois je pensais à ma psychologue qui à maintes reprises m’avait dit que je ne m’en sortais « pas si mal » au vu de la vie dans un tel contexte et avec un tel personnage.

Après la pause déjeuner le moment était venu d’entendre ma famille. J’avais décidé depuis des mois de ne pas assister à leur audition, j’étais donc dans le hall lors de l’audition de ma sœur, puis de ma nièce. Je ne sais donc pas vraiment ce qu’elles ont déclaré, je n’ai pas demandé grand-chose à ce propos ensuite, je sais juste qu’elles ont confirmé son étrangeté, sa violence verbale envers ma mère, ses propos mythomanes, le fait qu’il n’ait à aucun moment donné un seul centime à ma mère pendant toutes ces années. Et ma personnalité, discrète, réservée, très réservée, trop peut-être, ainsi que l’immense naïveté de ma mère.

J’attendais donc dans le hall , il y a eu une pause il me semble. Dans ces moments de pause, soit je passais un petit coup de fil à ma maman de cœur, soit je discutais avec mon avocate, D. et le journaliste présent et très bienveillant.

Tout le monde est rentré, c’était au tour de ma mère d’être entendue. J’avais pour ma part pu lire les PV de son audition à la police et chez la juge d’instruction, et cela avait été suffisamment difficile pour que je ne souhaite pas réentendre tout cela (notamment des questions crues sur sa (non)sexualité avec Taré 1er) . J’attendais donc dans le hall quand D. est venu me chercher à la demande de la Présidente. Je devais venir entendre ma mère, elle pensait que c’était nécessaire. J’avais sûrement la possibilité de refuser mais je n’ai pas osé, trop impressionnée par cette Présidente, trop terrifiée par d’éventuelles conséquences. La mort dans l’âme j’y suis allée. Cela nécessite je pense un article complet.

A suivre donc…

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu... (partie 1 )

Publié le par Opale

Plus de 13 mois se sont écoulés entre le procès et cet article. Il n’était pas possible de dire, il n’était pas possible d’écrire . Pas possible non plus contrairement à mon souhait premier de noter à chaud ce qui me revenait en tête les jours suivants, j’ai essayé et c’était trop éprouvant.

Forcément 1 an après, entre l’émotion immense, la violence du moment et le temps passé, je mélangerai sûrement des choses, j’en oublierai, je confondrai peut-être le premier et le deuxième jour, mais je suppose que l’important est de toute façon ce que j’en ai retenu.

Le procès avait donc été reporté aux 25 et 26 juin 2015, ce qui avait été une épreuve insupportable à vivre . On approchait pourtant enfin de cette deuxième échéance et visiblement il était écrit que rien ne serait simple.

Après trois jours d’hospitalisation pour moi à tenter de casser la spirale d’angoisses qui me dépassait, le pire était à venir , quinze jours avant le procès, mon avocate a fait une chute et m’a annoncé son opération suite à fracture du péroné et du tibia. Sur le moment je ne m’étais pas trop inquiétée , j’avais pensé « jambe cassée, plâtre » . La réalité était bien plus grave et complexe et nous avons frôlé le report , et c’est une avocate en fauteuil roulant qui deux semaines plus tard m’accompagnait . Je ne pourrai jamais assez la remercier, malgré sa douleur, sa fatigue, malgré une interdiction des médecins de travailler, malgré l’impossibilité de mettre en route ses assurances si elle plaidait une affaire, malgré le fait d’être payée à l’aide juridictionnelle totale dans mon dossier, elle est venue , parce qu’elle a senti que je ne tiendrais jamais face à un deuxième report , parce que mon dossier lui tenait à coeur, parce que c'est elle tout simplement, et qu'elle est formidable.

Le fauteuil roulant a été loin de lui retirer de sa force et de sa détermination, assise elle a été bien plus grande que tous les intervenants debout . Plaider en fauteuil doit être une des choses les plus désagréables pour un avocat et pourtant elle dégageait déjà une telle force que je n’imagine pas ce que cela donne quand elle est debout.

Le 25 juin 2015 est donc arrivé, D. qui m’accompagnait déjà à la première audience était bien présent, lui et sa femme ayant décalé leurs vacances d’une semaine pour qu’il puisse m’accompagner. Notre organisation était la même qu’en mars, même hôtel à cinq minutes à pied du tribunal , même parking devant le tribunal, mêmes horaires de départ, nous étions rodés.

Les deux jours qui allaient suivre se passeraient selon ces horaires si mes souvenirs sont bons : le jeudi de 9h à 18h environ avec 1h de pause repas et 15 minutes de pause le matin . Le vendredi a été plus intense , pause de 30 minutes seulement pour manger, et de 5/10 minutes le matin , fin vers 16h30 et verdict vers 18h30.

Pendant ce temps tout s’enchaîne, il n’y a pas de répit , tout est intense, violent, épuisant . Des auditions des témoins en passant par les auditions des experts , de mon passage à la barre jusqu’aux plaidoiries , il est impossible de digérer quoi que ce soit sur le moment, et même en imaginant que cela serait très intense, j’étais, nous étions, très très loin de la réalité .

Le premier jour , après la nomination des jurés (100 % d'hommes, les femmes ayant été toutes récusées par la défense) , le rappel des faits, l’envoi des témoins dans une salle dédiée , il y a eu en vrac des moments où il a été entendu, l’audition de ma nièce, de ma sœur, de ma mère , celle du policier directeur d’enquête , ainsi que l’audition des quatre experts ( 2 expertises, 2 contre-expertises ) qui ont examiné Taré 1er.

A chaque audition cela se passait dans le même ordre (toujours si mes souvenirs sont bons ) , la Présidente posait ses questions, puis le procureur, puis l’avocat de la défense ( ici ils étaient deux , nous les appellerons Pipo et Mario pour la suite du récit … ) et enfin mon avocate .

Le deuxième jour était consacré à mon passage à la barre, à l’audition des experts m’ayant examinée , de nouveau à des questions posées à Taré 1er puis aux plaidoiries .

Voilà le « programme » de ce qui restera l’une des épreuves les plus dures que j’ai eu à affronter . J’avais décidé de ne pas assister aux auditions de ma famille, il en a été décidé autrement par la Présidente concernant l’audition de ma mère , puisqu’elle (la Présidente) a demandé à ce que je sois présente, seule chose que je regrette dans le procès je crois, et pour laquelle je lui en veux encore malgré toute sa compétence .

A suivre…

 

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Lettre à la petite fille.

Publié le par Opale

Petite fille , petit fantôme,

Je repousse le moment de t'écrire, ça me fait peur.

J'ai des choses à te dire, à me dire , et je suis si peu sûre de moi.

Je ne sais pas si tu es morte tu sais . Je sens encore tant ta souffrance , je me la représente si fort qu'elle me fait mal, alors es-tu morte ou es-tu quelque part , blessée et agonisant, espérant que tout cesse un jour ?

Je crois que tu es morte tu sais . Ou qu'il le faut. Tu ne dois pas avoir peur, écoute-moi, je vais te parler de cet endroit où tu peux aller : le paradis des enfants maltraités. Ce n'est pas le paradis des gens qui croient en Dieu, on s'en fout nous de Dieu.

Au paradis des enfants maltraités, tu peux faire tout ce dont tu as envie, tout ce que tu n'as pas pu faire avant, toutes les promenades, tous les pique-niques . Il y a tout ce qui peut faire plaisir à chaque enfant, il suffit qu'il y pense et ça arrive . Tu peux faire du vélo , voir plein d'amis, rire à la plage , c'est toi qui décides .

Là-bas les enfants ont l'âge qu'ils avaient quand ils ont commencé à devenir très malheureux. Alors toi tu auras huit ans. Huit ans pour toujours.

Là-bas tu ne peux pas oublier ce qui t'est arrivé mais tu n'as plus mal . Et puis il y a les anges-adultes, ce ne sont pas des parents , c'est beaucoup mieux , ils sont là pour chaque enfant , chacun a son ange-adulte pour veiller sur lui .

Un ange-adulte peut te faire des câlins toute la journée si tu as envie , il ne se lassera jamais . Quand tu te souviendras de ce qui t'est arrivé, il sera là pour vite t'apaiser et te donner plein d'amour . Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas tout le temps penser à ce qui t'est arrivé , tu vas avoir bien trop de choses amusantes à faire.

Et puis ce paradis des enfants maltraités est spécial et magique. Puique les enfants ne sont pas de vrais morts , ce qui est mort en eux c'est ce qui a été abîmé .C'est un morceau d'âme qui a succombé à trop de douleur . Mais leur corps physique a grandi, est resté vivant , et quand l'adulte habitant ce corps fait des choses agréables , alors l'enfant peut venir s'il en a envie pour partager ces choses . Tu vois, si je vais à la mer , si je fais une promenade, si je vois des amis, tu pourras être là avec moi et t'amuser tant que tu veux.

Pourtant tu dois ensuite retourner au paradis des enfants maltraités, parce que tu n'existes plus dans la réalité de 2016, mais moi si. Et j'ai peur, c'est pour ça que j'ai peur tu sais, car je connais beaucoup mieux ta souffrance que je ne connais l'envie de vivre, que je ne connais la vie . Parce que je ne peux plus rester près de ton âme souffrante et attendre que tu ressucites. Je ne peux pas moi essayer de rejoindre le paradis des enfants maltraités, sinon je meurs, pour de vrai, comme les vrais morts qu'on enterre .

J'ai de la peine, beaucoup, parce que je voudrais rester tout le temps avec toi . Mais tu vois, je ne parviens pas à te consoler, ça me fait trop de mal, ça me donne envie de prendre ta place de morte , ça me donne envie d'aller au paradis des enfants maltraités. Mais je ne peux pas avoir huit ans pour toujours. Je peux seulement grandir et essayer de faire le plus de jolies choses possibles pour me faire plaisir et que tu puisses souvent me rejoindre, sans ta souffrance.

J'ai peur petite fille, petit fantôme, et je sens bien que toi aussi tu as très peur .Je ne sais pas comment on va faire, on va prendre le temps, le temps que tu ailles de temps en temps au paradis des enfants maltraités pendant que j'essaye de bien grandir.

J'ai peur parce que toi et moi on est différentes désormais. Je suis adulte , je ne suis plus maltraitée. Et toi dans ton monde à toi tu l'es encore, parce que ton monde est comme un enfer qui tourne en boucle. C'est pour ça qu'il faut que tu ailles dans ce paradis : pour quitter ta souffrance et ta peur. Je peux te promettre que je les ai entendues et que je ne les oublierai pas, je ne les cacherai pas. Mais on doit se séparer, pour ton bien, pour le mien. Il faut que ton petit corps repose en paix . Je ne veux pas te dire ça, je veux que tu restes, tu vois je ne sais plus j'ai peur de te perdre et pourtant je te promets que je crois au paradis des enfants maltraités.

Petite fille, petit fantôme, ne m'en veux pas, ne pleure pas s'il te plaît , ils t'ont tuée et je te promets j'aurais tellement voulu que ça se passe autrement . Mais ça s'est passé comme ça et tu as passé tant de temps à avoir peur, mal, à être résignée.

Je garde de toi ton amour des enfants, tes envies de faire rire, je garde de toi ce que tu as réussi à voir comme des bons souvenirs, peu importe si c'était des miettes, c'est ton avis qui compte.

Petit fille, aide-moi à savoir quoi faire pour toi, pour moi. Tu serais si heureuse au paradis des enfants maltraités tu sais, et tu viendrais me voir souvent , car je ferais de mon mieux pour être une adulte qui vit. J'ai peur de ça aussi tu vois, tu comprends toi , c'est l'inconnu la vie quand on a grandi dans la mort .

Petite fille, petit fantôme, ne pleure pas, on va trouver une solution pour toi et moi. Je suis là.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Message à la petite moi...

Publié le par Opale

Petite moi

Je t'entends hurler et pleurer, je sens ta tristesse si fort que ça me déchire le coeur. Je suis devant ce courrier et tu as mal, tu as tellement mal quand je lis "numéro d'écrou" face au nom de celui que tu veux comme deuxième papa.

Petite moi, comment te dire que s'il est en prison c'est parce qu'il a fait beaucoup de mal, à toi, à moi, à nous, nous ne sommes qu'une normalement tu sais, je suis toi qui as grandi, enfin je suis censée avoir grandi mais mes larmes se mêlent aux tiennes face à ces mots.

Petite moi je sens tellement tout ton espoir, tu as tellement envie qu'on t'aime, tu as tellement envie qu'on s'occupe de toi, tu as le droit d'avoir envie de ça tu sais, mais ça ne sera pas S. qui s'occupera bien de toi , je voudrais te dire que si, je voudrais te dire qu'il va t'aimer mais ce n'est pas vrai.

Il ne va pas t'aimer, il va te faire beaucoup beaucoup de mal de plein de façons, parfois avec plein de peur, parfois avec plein de gestes de grand...

Petite moi j'écris ces mots et je sens tellement de douleur, j'ai l'impression que la douleur coule dans mon sang et va exploser mon coeur. Tu te révoltes tu ne veux pas m'écouter tu ne veux pas me croire mais je te promets je dis la vérité, il est méchant, il est dangereux, il n'aime pas les enfants, il n'aime pas maman, il n'aime personne.

Je sais bien tu es toute seule je sais tous ces matins où maman dort et où tu t'ennuies, alors tu vas le voir, tu veux juste de l'attention, juste cesser d'être seule à jouer ou à regarder les dessins animés, seule des heures.

Petite moi ton papa est mort, et je te promets que s'il pouvait il te dirait de toutes ses forces de t'éloigner de S., de ne pas t'approcher, de ne pas venir sur ses genoux, de ne pas le faire rire, de ne pas le servir. Mais il ne peut pas ton papa, notre papa, il est au ciel et au ciel on ne peut pas parler aux gens qui sont sur Terre encore.

Petite moi oui c'est vrai que S. est en prison et c'est vrai que c'est suite à mon dépôt de plainte. Cest vrai qu'il n'a plus le droit de se promener des heures comme il aime, c'est vrai qu'il ne peut plus faire ce qu'il veut. Mais c'est normal il a été très très méchant et quand on est très méchant comme ça on mérite d'aller en prison.

Je sais que tu aimerais si fort que quelqu'un le guérisse en prison, et qu'il revienne comme par magie avec plein d'amour pour toi, mais petite moi ce n'est pas possible, d'abord parce qu'hélas lui il n'a pas envie de guérir, personne ne peut le guérir, mais aussi parce que tu es cette petite moi uniquement dans mon coeur et ma tête, mais tu as grandi, tu es devenue adulte même si tu ne le sais pas, même si tu ne le veux pas.

Tu as grandi et plus jamais tu n'auras 8 ans et plus jamais il ne sera possible qu'il change, jamais il ne t'aimera et ce n'est pas de ta faute , plein d'autres gens t'aimeront je te promets mais pas lui. Et plus jamais tu ne pourras monter sur les genoux d'un papa non, ni ton papa au ciel, ni S. ni personne, parce que tu n'es plus du tout une petite fille.

Je suis là moi petite moi, j'ai trouvé des gens pour essayer de t'apprendre à grandir, pour essayer de t'apprendre et de m'apprendre aussi comment on fait pour vivre avec tout ce mal dans la tête. Tu le sais tu es là souvent quand je parle, tu es là toujours même. Ca fait mal mais tu ne peux pas l'attendre, il ne reviendra jamais, c'est pas lui que tu attends d'ailleurs tu sais, c'est ton papa , mais ton papa est mort, il ne reviendra pas non plus, je sais que ça fait mal, je sais que c'est pas juste, je sais que tu es bien trop petite pour ne plus avoir de papa, bien trop petite pour tout le mal qu'on va te faire, mais je te promets que si tu pouvais aimer S., si S. t'aimait, je te promets que je te le dirais.

Tu vas y arriver petite moi, tu es une petite fille courageuse et tu vas trouver des miettes d'amour et de force un peu partout, chez maman déjà même si elle est vraiment très très fragile , puis beaucoup à l'école , et puis en grandissant je te promets , en parlant et en rencontrant plein de gens gentils et aidants , des gens qui ne veulent que ton bien.

Tu auras une maman de coeur, un papa de coeur, ne pense qu'à ça, c'est ça qui compte, c'est eux, pas S. non, mais eux car eux t'aiment vraiment très fort et ne t'abandonneront jamais.

Petite moi je finis de t'écrire et oui sur le courrier c'est encore marqué "numéro d'écrou", ça ne partira jamais tu sais, il est en prison, un jour il va sortir de prison mais il ne sera pas plus gentil, il ne t'aimera pas plus .

Je te promets ce n'est pas le vide si tu lâches S. auquel tu t'agrippes si fort, je te jure que c'est pas le vide, il y a plein d'amour pour te réceptionner, vraiment plein, j'y veille en te choisissant beaucoup de gens très gentils, beaucoup de gens qui vont t'aider je te promets, ce n'est pas le vide sans lui, lâche sa main que tu essayes de toujours tenir, lâche-la et des tas de mains vont te rattraper, des mains aimantes je te promets , des mains solides et sûres , et en moins d'une seconde il y aura tellement d'amour que le vide sera rempli par eux tous, S. ne remplit rien , il ne remplit ton coeur que de malheur.

Lâche le s'il te plaît n'aies pas peur, je suis là même si c'est vrai j'ai peur aussi, mais tu verras on n'est pas seules, regarde aujourd'hui, je ne le lis pas dans le vide ce texte, quelqu'un va m'aider , quelqu'un va t'aider...tu peux le lâcher je te promets.

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Handicap...

Publié le par Opale

Ce vendredi 2 octobre, je me suis pris une claque, au sens figuré. J'avais enfin repris le travail à 80% depuis le lundi 28 septembre, et avais tant bien que mal fait ma semaine du lundi au jeudi, la finissant épuisée, dissociée et en proie aux idées noires. Pendant ces 5 dernières années, je crois que j'ai travaillé au maximum un an, et par petits bouts. Le reste du temps, j'étais en congé longue maladie , au choix sur mes arrêts : dépression sévère, dépression réactionnelle...

Quand ce vendredi j'ai parlé à ma psychologue , que ce soit du travail ou de mon état, elle m'a demandé quand je travaillais, je lui ai donc répondu du lundi au jeudi et là je l'ai vue faire la grimace , pas "contente" du tout . "Vous savez 4 jours d'affilée c'est beaucoup ." Comment était-il possible que ce soit beaucoup alors que je ne travaillais pas à 100% ? Certes ce qu'elle me disait, c'est ce que je ressentais, mais merde à la fin, je voulais être normale. "Quand vous me dites ça je me sens handicapée . " Réponse du tac au tac "Handicapée je ne sais pas mais diminuée c'est sûr ,vous ne pouvez pas faire ce que d'autres font , pas pour l'instant, et il vaut mieux en faire moins que de vous retrouver à nouveau en arrêt à ne rien faire du tout . "

Diminuée, le mot lâché comme une bombe, tout comme il y a quelques années quand elle m'avait dit face au terme de nulle dont je me qualifiais "ce n'est pas tant que vous êtes nulle, c'est que vous êtes sacrément amochée. " Entendre ça, c'est à la fois violent et rassurant.

Handicapée, j'ai souvent utilisé ce mot quand je n'arrivais pas à faire des choses simples, je disais "je me sens handicapée" (par mon passé, les séquelles ) . Mais vendredi , à l'heure où je lui disais ça, je ne pensais même pas au fait que chez moi, dans mes papiers, il y a deux notifications, la RQTH et l'AAH . La première me reconnaît travailleur handicapée pour 5 ans, la deuxième adulte handicapée pour 2 ans. La première ne me dérangeait pas trop, on m'en avait surtout parlé pour aménager plus facilement mon emploi du temps afin d'aller à mes rendez-vous chez la psy qui bosse pendant les heures de bureau uniquement. Ca ne portait pas à conséquence, ça n'empêchait pas de travailler, je n'étais même pas obligée de prévenir de futurs employeurs que je l'avais.

La deuxième par contre a été bien plus difficile à accepter. C'est l'ancienne directrice-adjointe de la MDPH qui donc était aussi ma supérieure quand je travaillais là-bas, qui m'en a parlé pendant un énième congé longue maladie, et ce pour que j'aie l'esprit plus tranquille financièrement, puisque j'étais à demi-salaire . Très humaine, elle m'a dit qu'elle comprenait que ça puisse être dur à accepter, mais que si ça pouvait m'aider, pourquoi ne pas saisir cette possibilité. J'ai beaucoup réfléchi et j'ai fini par accepter, ne pensant pas que l'on me l'accorderait, même si j'avais moi-même vu passer dans le cadre de mon travail des dossiers pour dépression, mais aussi des dossiers parlant des séquelles de violences sexuelles. Quand l'AAH m'a donc été accordée , j'ai tout fait pour me faire croire que l'on "me faisait une fleur" parce que j'avais travaillé là-bas et j'ai rangé ça de côté dans ma tête.

Depuis vendredi et cette "claque" , je sais, je sais que si l'on m'a attribué ces deux choses-là, ce n'est pas pour me faire plaisir, mais c'est parce que mon état au moment où le dossier a été rempli par mon médecin avec courrier de ma psychologue, justifiait et justifie encore de l'acceptation de cette demande. Depuis, j'ai renoncé au 80% pour passer à un 60% pour un an, travaillant le lundi, mardi et jeudi. Je me suis au début sentie nulle, puis soulagée. Soulagée car je sens que je parviendrai même si c'est difficile, à tenir mes semaines de travail sans un énième arrêt . Soulagée parce que je commence à penser que c'est vrai, je dois être bienveillante avec moi et accepter cette aide qui m'est offerte via l'AAH pour réintégrer le milieu du travail tout en ayant du temps en dehors pour ma reconstruction dont le chantier est gigantesque.

C'est donc positif en quelque sorte, même si ça fait terriblement mal, même si c'est terriblement violent. J'ai de la chance, j'ai mes deux bras, mes deux jambes, je marche, je ne me bats pas pour me déplacer avec un fauteuil roulant dans la rue, mais je traîne un handicap invisible bien planqué derrière le sourire que je dégaine automatiquement à l'approche du moindre être humain .

Ce handicap invisible, c'est comme un poids aux chevilles, avec en plus un sac à dos chargé de plomb à porter en permanence, et avec tout cela il faut avancer face aux regards extérieurs qui ne voient ni les poids, ni le sac à dos. Ce handicap invisible m'empêche parfois (souvent) de m'occuper de moi, de mon environnement, il m'empêche d'aller vers les autres quand j'en aurais envie car j'ai encore gravée en moi la certitude de ne rien valoir, d'être inintéressante. Il ne m'a pas aimée, ne s'est pas intéressé à moi, n'a su que s'intéresser à mon corps pour son plaisir à lui , et même si en tant qu'adulte je sais que tout cela est anormal, qu'il est anormal, il reste cette blessure de non-amour, cette môme de 8, 9, 10 ans en moi qui ne sait pas pourquoi on lui détruit sa vie, et qui n'imagine pas une seconde avoir le droit à autre chose qu'au néant.

Ce handicap invisible me fait sauter sur la radio pour l'éteindre aux paroles trop sensuelles de "Que je t'aime", me fait devenir muette face aux "blagues" sous la ceinture. Il me fait mettre la table seule chez moi en continuant d'instinct à poser doucement verres et assiettes, comme dans le temps, pour ne pas faire de bruit. Il me retient prisonnière à la maison , il me fait détester la vie et parfois vouloir la quitter . Il est fait de cauchemars, de souvenirs, d'habitudes prises dans un conditionnement ravageur , de pensées automatiques et auto-destructrices .

Depuis cette claque, depuis que j'ai fait ma semaine à 60% , j'ai décidé de tenter d'être un peu plus bienveillante avec moi , là où certains verraient de la faiblesse ou de la fainéantise. Je sais et je sens en moi que j'ai raison. Mais j'ai mal, mal à en crever de voir ce qu'il a provoqué, mal de voir que je n'ai pas l'esprit d'une battante car je n'ai appris sans cesse que la résignation, et que chaque millimètre de vie que je gagne est le fruit d'un travail qui dévore mon énergie .

Je vais prendre le temps, mon temps, celui nécessaire pour réapprendre à vivre, ou plutôt pour apprendre à vivre tout court, car je n'ai pas du tout eu l'occasion d'apprendre. Il restera à vie une partie de ce handicap invisible, et ça aussi je dois l'accepter, tout comme on accepte d'avoir une jambe en moins et de marcher avec une prothèse . Il me manque mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune adulte, tout ça a été anéanti et inexistant. Il m'a amputée de mon insouciance,  mais je peux encore marcher, en attendant de courir un jour.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Un procès, et après ?

Publié le par Opale

Quand on vous conseille de porter plainte, deux choses reviennent souvent : porter plainte pour "se reconstruire" et pour "être reconnue victime". Soyons clair , si un jour vous donnez ce conseil à quelqu'un , oubliez le "être reconnue victime" car c'est hélas assez rare , particulièrement dans les affaires d'abus sexuels anciens.

J'ai réalisé en pensant un peu à cet article qu'on reçoit divers conseils plus ou moins avisés avant, pendant et après le dépôt de plainte, mais que finalement quand la procédure est terminée, c'est terminé également dans la tête des gens. Sauf que...

Me concernant j'ai eu beaucoup de chance puisque 4 ans, 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, mon agresseur est non seulement passé aux Assises, a écopé de 5 ans de prison ferme mais n'a en plus pas fait appel. C'est donc juridiquement vraiment terminé , il n'y a "plus qu'à" savourer la victoire.

En tant que victime on s'imagine tout un tas de choses, plus ou moins influencé par l'entourage, les témoignages et autres a priori . On imagine le procès d'abord, on imagine le perdre, on imagine la difficulté de parler, on imagine ce que dira l'agresseur, on espère un verdict en notre faveur. Pour l'après-procès, on a envie de croire que ça va tout changer d'un coup, hop "libérée délivrée" (non les mamans, ne me remerciez pas de citer la Reine des Neiges, c'est cadeau ;-) ) . On se dit qu'on ne va plus avoir peur, plus avoir mal, qu'on va retrouver de l'énergie, des projets, qu'on ne va pas tarder à finir notre thérapie et à devenir ce dont on rêve depuis des années et des années : quelqu'un de NORMAL . Rien que ça oui.

En vrai comment ça se passe ? (sachant que je ne peux témoigner que de mes propres ressentis ) . Ca dépend de beaucoup de paramètres , comment se passe le procès, quel est le verdict , quelle est la stratégie de la défense (traduction qu'est-ce qu'on se prend dans la tête en terme de c'est une menteuse une allumeuse une...complètez selon votre expérience) , quelle est la plaidoirie de votre propre avocat, que va dire l'accusé (nier encore, avouer, être indifférent, se révéler, etc...) . Forcément donc chaque procès a un impact différent selon son déroulé.

Après un procès, il se passe à la fois beaucoup de choses et pas grand chose . D'abord, si c'est aux Assises et qu'il y a eu condamnation, on vit les 10 plus longs jours de sa vie dans l'attente de savoir si l'accusé fait appel ou non, pendant que tout le monde est déjà en train de vous dire que vous avez gagné, vous êtes reconnue victime, tout ça tout ça... Je n'ose imaginer ce qui se passe quand il fait appel (ce qui veut dire coucou on recommence tout dans environ 2 ans ) , j'ai eu la chance qu'il ne le fasse pas.

Du moment où j'ai su qu'il n'avait pas fait appel, il y a eu un certain temps qui se compte en jours ou semaines je ne sais plus, où mon cerveau a eu besoin de comprendre qu'il n'avait plus à attendre, moi je le savais, mais lui continuait, c'est une sensation assez étrange. Il y a en même temps malgré tout bien sûr un soulagement (et l'occasion de trinquer avec les amis au fur et à mesure ! ) parce que ça y est c'est FINI , on se le dit, on se le répète, ça paraît dingue, on a oublié ce que c'était que de vivre sans attente, forcément au bout de 4 ans et demi ça conditionne.

Donc une fois soulagée d'apprendre cette décision et à partir  de ce jour, il y a eu pour moi 10 jours de suite avec les mêmes rêves/cauchemars où je ressentais violemment l'amour de la petite fille que j'étais envers mon agresseur, je lui expliquais avec tout mon coeur et toute mon âme, comme je l'aimais, comme j'aurais eu besoin d'un papa, mais que voilà j'avais été obligée de porter plainte, il le fallait puisqu'il avait fait "ça" . C'était dur et répétitif et ce désespoir d'amour perdu restait toute la journée, ce cycle se terminant quand j'ai pu en parler à ma psychologue. Un autre cycle a alors commencé, les cauchemars où il devait aller en prison et s'y préparait en venant chercher des affaires chez nous, mélange d'abus, de menaces, de larmes. Puis les cauchemars actuels où il devrait être en prison mais n'y est pas, ou encore celui tout "frais" de cette nuit où nous attendions chacun le verdict chez ma mère, où il me disait que c'était nécessaire, mais où au final quand je m'approchais il sortait une arme dans le but de me tuer. Un festival de réjouissances donc.

Pour moi il y a eu aussi une grosse claque émotionnelle avec l'impossibilité de me cacher dans le déni, tant la plaidoirie de mon avocate a été forte, prenante, elle s'est littéralement mise dans ma tête, a parlé pour la petite fille que j'étais, s'est adressée à moi plusieurs fois, a tant de fois dit mon prénom qu'il était impossible de m'échapper psychiquement. Je crois que je n'oublierai jamais cette plaidoirie bouleversante mais nécessaire pour moi, pour que j'entende mes propres émotions par sa voix. Je ne la remercierai jamais assez pour ça, entre autre.

Ca c'est pour le côté "il se passe des choses", surtout psychiquement. Mais d'un autre côté, on finit par réaliser que ce que les professionnels formés comme ma psychologue avaient dit est vrai, un procès n'est pas une baguette magique, un procès n'est pas un but en soi mais une étape, un procès ne règle pas tout, un procès remue beaucoup de choses et il va falloir (encore) travailler dessus. On a beau le savoir c'est agaçant voire même culpabilisant , parce qu'à côté des professionnels formés il y a tous ces gens heureux pour nous et qui malgré leur bonne volonté ne peuvent pas envisager que tout ça ne se termine pas avec le procès. Pour eux on a gagné, on a eu la reconnaissance de la justice, notre agresseur est en prison , tout est donc parfait . On n'aura jamais autant entendu le mot "revivre" que pendant qu'on en est encore à tenter de digérer les questions très détaillées sur les abus ou à tenter d'admettre que oui décidément ce type s'en fout d'aller en prison et va y aller parce qu'on l'y pose, comme on l'a "posé" au procès, le tout sans affect aucun .

Il y a aussi forcément les nerfs qui retombent là où on souhaitait retrouver de l'énergie...Pas de bol, 4 ans et demi de nerfs qui retombent ça fait "un peu" de bruit, et beaucoup de fatigue et de mal-être . Re-culpabilité de ne pas aller mieux.

Et puis l'ambiguïté, celle que je connaissais pourtant et qui est une des spécificités de l'inceste, mais que je n'attendais vraiment pas après avoir souhaité qu'il aille en prison. Parce qu'évidemment , je ne m'étais jamais imaginé comme ça pourrait me sembler "lourd" d'envoyer quelqu'un en prison. Bien sûr on m'a expliqué, ce n'est pas moi qui l'ai envoyé, c'est la Justice et ce sont ses actes à lui, mais quand même c'est une expérience très troublante. Et là encore on peut se retrouver en décalage, l'entourage se réjouit de son enfermement mais aussi du fait qu'il risque de passer de très mauvais moments en tant que "pointeur" , pendant qu'on est paumé entre passé et présent, envie qu'il soit puni mais pas "torturé", envie qu'il guérisse et revienne comme le disent les cauchemars (dans la réalité bien sûr je n'y crois pas et je n'en ai pas envie) , et perdu dans cet amour qu'on aurait tellement voulu avoir et que le procès nous a montré comme vraiment impossible (pour ma part il a été dit au procès à quel point il n'en a eu rien à faire de moi, et entendre ça de personnes extérieures est sacrément violent, mais hélas nécessaire . )

Je n'en suis qu'au début de l'après-procès , j'ai pour l'instant répondu pour la première fois "non" à "est-ce que tu regrettes d'avoir porté plainte ?" , mais il est évident que ma réponse aurait sûrement été différente s'il avait été acquitté ou condamné à uniquement du sursis. C'est un parcours tellement épuisant avant le procès, et un moment (qui dure 2 ou 3 jours ) tellement intense et violent pendant le procès , qu'il est sûrement extrêmement difficile de trouver peu à peu du positif dans le fait d'avoir porté plainte si cette plainte n'aboutit pas. C'est tout un nouveau travail psychologique très dur qui attend les victimes concernées.

Pour le moment donc il s'est passé beaucoup de choses et pas grand chose à la fois. J'ai réalisé tout récemment l'immensité de ce que j'ai affronté depuis mars (puisqu'il y a eu le 1er procès qui s'est terminé en report) , j'ai du bout des lèvres vaguement osé dire que c'était peut-être courageux, mais j'ai aussi pleuré de fatigue parce que malgré tout ça, pour le moment, j'en suis toujours à me débattre avec cette non-envie de vivre , ce néant qui m'attire régulièrement et l'absence totale et handicapante d'espoir.

J'espère un jour parvenir à raconter le procès sur ce blog, ce n'est pas encore le moment, et j'aimerais aussi le faire sans imposer au lecteur des dizaines de répétitions qui déplaisent dans la langue française . Il faut donc attendre pour éviter une série de " il a dit, il a répondu, elle a dit, elle a exliqué" jusqu'à l'indigestion.

Je souligne encore une fois la CHANCE que j'ai eu de voir mon agresseur condamné, vous qui lisez, n'oubliez pas que ce n'est hélas pas la majorité des cas dans les affaires anciennes (et d'inceste notamment ) , alors surtout si vous êtes proches de victimes ne leur faites pas miroiter une condamnation (ne les découragez pas non plus ! ) , et si vous êtes victime , préparez le plus possible avec votre thérapeute ce que vous attendez d'un dépôt de plainte, même si je le sais d'expérience, ce qu'on en attend évolue au fil de la procédure du fait de sa longueur et du travail psychologique qui avance pendant ce temps.

 

 

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Et voilà...c'est fini.

Publié le par Opale

Voilà. C'est fait. Toi et moi on s'est vu, on peut pas dire qu'on se soit parlé, moi je t'ai parlé en tout cas et je n'ai plus rien d'autre à te dire, que tu aies entendu ou non mes mots au procès.

Voilà, jusqu'à aujourd'hui inclus tu pouvais faire appel de la peine de prison de 5 ans ferme dont tu as écopé . Tu ne l'as pas fait et je ne te dirai même pas merci pour ça, faut pas déconner, c'est pas pour moi que tu as fait ce choix, si tant est que tu aies réfléchi un peu à cette possibilité d'appel, t'en avais probablement juste rien à foutre en fait, comme tout au long du procès, que peut-être un jour je réussirai à raconter ici.

En tout cas, 4 ans 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, c'est FINI ! Demain je vais me réveiller sans me demander ce que va faire la justice. Demain je vais me réveiller en sachant que je ne t'entendrai plus jamais , ni ta voix, ni surtout tes propos qui réussissaient encore au procès à m'emporter dans ta folie, dans ce passé. Oh je ne me fais pas d'illusions, peut-être que demain je me réveillerai après avoir rêvé que je t'engueulais, ou que tu abusais de moi, ou que je te suppliais de m'aimer moi petite fille, ça arrivera encore. Mais c'est fini.

Je ne crois pas que je sois en colère ni que je l'aie beaucoup été, pas même en te parlant. C'est plutôt les larmes qui envahissaient ma voix quand je t'ai dit au procès que nous aurions pu être heureux à 3 mais que tu as tout gâché. Je t'avais dit à peu près ça déjà à 12 ans, mais je ne savais pas à l'époque que tout était déjà gâché et j'ai cru à ta promesse d'efforts, avant d'aller dans ma chambre et de t'entendre dire "qu'elle est con cette gamine".

Je n'aurai plus à me confronter à toi vivant, même si j'ai encore pas mal à faire avec le toi du passé, celui que j'ai aimé autant que je l'ai craint, celui dont j'ai voulu l'amour, celui qui m'a manipulée et fracassée. Mais contre celui-là j'ai des armes, la thérapie, les amis, ma maman de coeur, mon papa de coeur (qui sourira en me lisant de son titre officiellement donné au procès ).

Ca ne fait que quelques heures que je sais que c'est fini, je ne réalise pas bien encore, mais je me réjouis. Pas que tu sois en prison non, même si j'avais besoin que tu prennes au moins 1 mois ferme, juste un petit mois. Mais la prison et ses conditions étant ce qu'elles sont, c'est pour le moment compliqué pour moi de t'avoir "envoyé" là-bas même si on me dit et me redit à raison que ce sont bien tes actes qui t'y ont envoyé. Tes actes et les jurés.

Ca ne fait que quelques heures alors j'admire tout ces petits mots adorables de tous ces connus et inconnus (en tout cas en chair et en os) qui se réjouissent pour moi. Parfois je tique c'est vrai quand on me parle déjà d'aller de l'avant, de passer à autre chose. C'est plein de bonnes intentions mais je sais bien que ça ne va pas être aussi simple que ça peut le paraître aux "non-initiés" . Il y aura le procès à digérer, toute cette réalité de ton indifférence prise encore une fois en pleine face. Il y aura des cauchemars, des mots à poser. Il y aura les émotions d'une puissance inouïe reçues lors de la plaidoirie de ma génialissime avocate .

Oui il y aura tout ça et surtout le plus gros travail : apprendre à vivre, à avoir envie de vivre, à réparer le ressort cassé de mon âme, cette âme que tu as piétinée de toutes tes forces mais que , pauvre con que tu es, tu n'as pas été foutu de massacrer jusqu'au bout puisque tu vois je suis là, je sais rire, aimer, partager et ça tu n'as pas la moindre idée de ce que ça peut vouloir dire.

Je te l'ai dit au procès, tu ne fais plus partie de ma vie. Je le pensais de toutes mes forces sur le moment, même si je sais bien que tu vas encore un peu en faire partie, en tout cas ton fantôme. Mais mon souhait le plus cher est que l'homme que tu es actuellement me devienne totalement indifférent. Ce que tu fais, ce que tu vis, ce que tu vivras à l'air libre quand tu sortiras, que tu ailles bien ou mal, que tu sois heureux ou non, tout ça n'a plus rien à faire dans ma tête. Je n'ai pas envie de te haïr, j'ai sûrement déjà à apprendre à la petite fille qu'elle doit vraiment arrêter de t'aimer, de t'attendre comme dans un cauchemar d'il y a deux jours à peine.

Oui voilà, c'est fini, tu es en prison, tu vas faire à peine 2 ans sur tes 5 ans probablement mais peu importe .Ils ont vu qui tu étais, ils ont tous vu et ils ont compris je crois, compris non pas ce que tu as dans la tête car je ne pense pas qu'un jour quelqu'un le saura, mais compris un millième de l'enfer que ça pouvait être de vivre des années avec toi, et ça même s'il n'y avait pas eu les abus.

J'ai cru un jour que tu pouvais devenir un papa de substitution, la petite fille en moi le veut encore et je dois lui expliquer que non . Taré 1er tu étais avant, Taré 1er tu as été pendant, et Taré 1er tu resteras, incapable d'amour pour les autres, incapable de vie. Alors oui tu m'as empoisonnée, j'ai appris la peur, la honte, la folie, la culpabilité, les sens qu'on ne contrôle pas, la perversion de tes gestes. Entre toi et maman j'ai eu de quoi avoir peur de tout, tout le temps, véritable handicapée de la vie, plongée dans l'angoisse et le néant de la vie plate et sans saveur, sans valeur que nous avions tous les trois.

Mais voilà, c'est fini, et comme tu n'es pas si doué que ça finalement, je ne suis pas morte, je vacille, je pleure, je tombe, mais j'aime , je donne, je reçois. Alors peut-être que la vie, elle, la mienne , n'est pas finie. Elle commence. Sans toi. Ca va prendre du temps et j'espère qu'autour de moi on n'oubliera pas ce paramètre-là .

Et voilà...c'est pas fini. Ca commence. Sans toi. Débrouille-toi avec ta route , j'ai des morceaux à recoller , et d'autres à inventer.

 

 

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Verdict

Publié le par Opale

5 ans de prison ferme.

Mais il faut attendre le 10 juillet pour être sûr qu'il ne fasse pas appel...

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