Enfoiré...

Publié le par Opale

Ca y est il fait beau, la France est sous le soleil . On se réjouit tous, moi y compris , de ces premiers beaux jours après tant de grisaille.

Je me réjouis, mais je serre les dents aussi.

Le soleil, cette atmosphère des premiers beaux jours, ce début de printemps (en avance)...

L'angoisse monte, comme chaque année depuis les révélations. Sentiment de danger, sentiment de ressentir ce qu'a ressenti l'ado que j'étais, peur, impuissance, certitude que ça va arriver.

27 avril 1992...Une date que je n'ai osé demander qu'il y a 2 ou 3 ans pour enfin en avoir le coeur net .

C'est le printemps, il fait beau dehors.

Maman a préparé ses affaires, elle part quelques jours pour une opéation bénine. Rien de grave mais l'atmosphère est lourde. Je n'aime ni les séparations ni l'hôpital . Mon frère y est parti, il y est mort, papa y est parti, il y est mort aussi . On va peut-être arrêter les frais.

Le taxi klaxonne, un dernier bisou, j'accompagne maman dehors et je regarde le taxi partir.

Je rentre à l'appart' , je vais vers toi, j'ai juste besoin de réconfort, je n'aime pas savoir maman à l'hôpital.

Je vais vers toi.

Tu m'emmènes dans ta chambre...

Ce n'était ni la première ni la dernière fois, mais tu as tué une fois de plus cet espoir en moi de recevoir du réconfort, de l'affection, cet espoir que tu sois un "deuxième papa" un peu normal, juste un peu...

Enfoiré....

9 mars 2014...

Et oui j'y pense encore, et oui je ressens l'angoisse diffuse.

Et oui il faut vivre, se créer de nouveaux instants sous le soleil.

Et oui il faut réapprendre à vivre de A à Z puisque tu as tout déconstruit et piétiné.

Enfoiré....

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Retour en arrière...

Publié le par Opale

Le revoilà.

Il s'était calmé depuis un peu plus d'un an mais il revient en force.

LE regret. Puissant, destructeur, angoissant.

Et oui, à nouveau je regrette de toutes mes forces d'avoir porté plainte.

Alors ces phrases dites en toute amitié et sympathie "Mais non ne regrette pas ! " "Mais non faut pas espérer un non-lieu, tu ne vas pas baisser les bras ! " 

Et pourtant si, oh que si je regrette. Et oh que oui j'espère un non-lieu.

Ca suffit. Plus de 3 ans ça suffit. J'étouffe depuis 3 ans dans les pages de mon dossier que la justice ouvre et referme à l'envie, m'écrasant dedans au passage.

Je n'en peux plus . J'ai porté plainte pour avoir une confrontation, je l'ai eue.

Puis j'ai évolué, et j'aurais préféré peut-être que cette évolution n'arrive pas puisque j'ai finalement souhaité un procès, souhaité qu'il soit puni.

J'ai oublié bien trop vite ce que je dis depuis toujours et qu'on ne croyait pas : il s'en fout, il est inatteignable, il ne craint pas d'aller en prison , il se fout de ce qu'il m'a fait, il se fout des conséquences que ça peut avoir dans sa propre vie.

Je le savais, tout comme je savais qu'en garde à vue il n'en aurait strictement rien à faire de sa situation et d'être auditionné par un flic .

Le savoir et le constater sont deux choses différentes.

La violence du constat a été inouïe une première fois lors de la confrontation, lorsque je l'ai vu tellement imbu de lui même, tellement indifférent à la situation de garde à vue. Lorqu'on entend son agresseur dire qu'il ne se souvient pas, reprendre le flic sur des conneries avec son air supérieur, répondre " oh tous les jours ça m'étonnerait je ne suis pas de nature gourmande à la base " , lorsqu'à la fin de la confrontation on l'entend ajouter que s'il se rappelle de quelque chose il contactera le flic, qu'il n'a qu'à lui donner ses coordonnées , je peux vous dire qu'on est KO. J'ai été sonnée par son indifférence.

Le 2ème round est arrivé il y a peu en apprenant qu'il ne cherchait pas à joindre son avocate et n'était pas joignable malgré le fait qu'il ait reçu comme moi son ordonnance de mise en accusation devant les assises.

Reprise du 2ème round. Nouveau KO... L'observer, l'imaginer, savoir qu'il continue sa vie comme si de rien n'était, se ballade, s'en fout.

Il se souvient sûrement bien sûr mais peu lui importe. Il a joué, il s'est amusé, le jouet c'était mon corps, le jouet a porté plainte et alors ? Il risque la prison et alors ? Peu importe.

Je n'en peux plus. Je réalise qu'il y a toujours en moi cette partie qui voudrait l'atteindre, qui voudrait le voir "humain" . Cela n'arrivera jamais, et un procès ne fera que me montrer encore pendant deux longues journées à quel point tout cela est bien loin pour lui, à quel point tout cela n'est qu'une partie de sa vie, 6 années de son quotidien où son activité favorite a été de poser ses mains sur mon corps et de me faire croire que j'en étais coupable.

Ces 6 années sont terminées, fin de l'histoire.

Il n'aura que faire d'un procès, d'une peine éventuelle, c'est une évidence quand on voit encore son absence totale d'intérêt pour son propre dossier et son avenir carcéral ou non.

Alors ça suffit. Je ne veux pas que la cour d'appel confirme les Assises. Je ne veux pas rester encore au moins deux ans avec cette épée de Damoclés au dessus de la tête.

Vous me direz que pendant deux ans je pourrai vivre, faire des choses, oui bien sûr, mais avec cette terreur en filigrane, cette attente d'une date, cette attente d'à nouveau le revoir, à nouveau le subir deux jours durant, à le voir s'en foutre, à l'entendre ironiser, à entendre son avocate tenter de me démonter et à entendre les experts mettre à nu ma vie et la sienne.

Je ne veux plus ça suffit.

Je ne veux plus et l'angoisse me dévore car je ne peux décider de rien. La machine est lancée, le rouleau-compresseur de la justice ne s'arrête jamais.

Je suis usée, fatiguée, terrifiée.

Je regrette oui, c'est bien trop dur de porter plainte et d'en assumer les suites, bien trop lourd, bien trop épuisant.

Non ce n'est pas baisser les bras que de souhaiter un non-lieu . C'est tenter de récupérer une vie, tenter d'admettre et d'accepter qu'il s'en fout et s'en foutra à tout jamais.

C'est tenter de se relever après avoir été mise KO . C'est tenter de ne pas oublier que si pour lui je n'étais qu'un jouet , je n'en suis pas un . C'est tenter d'apaiser la petite fille en moi qui aurait tant voulu être aimée de lui, mais pas ainsi. C'est tenter de le laisser vivre sa vie sans qu'elle ait d'incidence sur la mienne.

Je regrette oui, je n'en peux plus.

Je veux un non-lieu

 

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Vous le saviez ? Moi non plus .

Publié le par Opale

J'espère que ce petit article sera lu par quelques victimes et leur évitera la déconvenue (le mot est faible) que j'ai récemment connue .

Pour les non-victimes, je compte sur vous pour informer.

Je suis sympa je ne ferai pas d'interro écrite, je rappelle donc à ceux qui n'auraient pas suivi qu'on en était resté à "youpi la procédure est finie, il ira aux Assises " (et accessoirement à "au secours, subir 2 jours en sa présence ça va être horrible)

Ca c'était le 27 décembre après réception de l'ordonnance de mise en accusation et de renvoi aux Assises donc .

Oui mais non. On stoppe tout on remballle le champagne (enfin le muscat parce que le champagne c'est dégueu ! ), fausse alerte les gars !

Il y a quelques jours j'ai donc appris que Taré 1er avait fait appel. Vous me direz, et on me l'a déjà dit "mais appel de quoi, y a pas eu de procès encore donc pas de condamnation" 

Ouais, je sais. Mais la justice est joueuse, prenez des notes.

Ce que je ne savais pas (et que mon avocate contre qui je suis bien remontée aurait dû me dire ) c'est que quand une juge d'instruction rend son ordonnance et décide d'envoyer aux Assises c'est à dire qu'il y ait un procès en cour d'Assises (en gros dans les 2 ans qui suivent ) , ça ne s'arrête pas là.

C'est pas encore le moment de sortir le champagne (muscat j'ai dit ) .

Parce que voilà faudrait pas quand même qu'on embête un pauvre gars en l'envoyant pour rien aux Assises même si la juge d'Instruction qui a suivi toute l'affaire, reçu les deux parties, fait les confrontations et j'en passe, même si elle donc a conclu qu'il y avait suffisamment de charges pour que ce dossier aille dans une cour qui traite de dossiers criminels.

Donc , avant même qu'il y ait procès, l'accusé peut faire appel . Et c'est ce que Taré 1er a fait , sur les bons conseils de son avocate (qui doit s'être dit qu'avec un peu de bol comme ça elle n'aurait pas à supporter ce client cinglé encore longtemps ).

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ca veut dire que mon dossier va aller faire un petit tour à la Chambre d'Instruction, qui elle-même fait partie de la Cour d'Appel.

Cette Chambre est composée de trois magistrats qui vont donc reprendre tout le dossier, c'est à dire ici relire tous les PV d'autidion, de confrontation, de perquisition etc..

Puis ils vont se réunir et décider de la suite.

Et cette suite concernant mon dossier peut être soit de confirmer la décision de la juge et donc de confirmer le renvoi aux assises, soit de décider que faute d'éléments suffisants , il y aura non-lieu (et donc pas de procès ).

Ces braves gens vont se réunir le 14 février et me donner une réponse quelques jours plus tard.

Le hasard étant joueur, il me rappelle non seulement que je suis célibataire et que la St Valentin c'est pas la peine de compter dessus, mais il me rappelle également que l'an dernier à la même date se déroulait la deuxième confrontation entre lui et moi chez la juge.

Lors de cette audience il y aura donc trois magistrats ainsi que mon avocate et la sienne , plus un substitut du procureur et un greffier.

Ces trois magistrats prendront leur décision sans jamais nous avoir reçus , ni moi ni lui .

Cerise sur le gâteau indigeste de la justice, si jamais ils décident d'un non-lieu, je ne pourrai pas faire appel, puisqu'il s'agit déjà d'une décision de Cour d'Appel .

Le bon plan idéal pour les agresseurs de son genre, dans ce type d'affaires où l'on reste parole contre parole.

Si non-lieu, il sera définitif et les six ans d'abus sexuels que j'ai subis ne seront jamais punis , ou même simplement évoqués dans un tribunal .

Voilà où j'en suis, fatiguée et lasse, à nouveau en train de ressentir les angoisses si familières et insupportables de l'attente des diverses échéances de ces trois dernières années de procédure.

Je ne sais même plus ce que je veux . Parfois je veux simplement que tout s'arrête, parce que oui évidemment je suis terrifiée par un procès aux assises.

Un procès aux assises ça signifie deux journées entières (au moins 8h par jour ) à tout supporter, sa présence, ses déclarations, écouter les experts parler de nous en détail et dans les détails les plus intimes, devoir parler devant tout ce monde et dire à nouveau ce qu'il m'a fait, entendre les différents "témoins" (qui n'ont de témoins que le nom, évidemment dans l'inceste, ce crime à domicile, pas de témoin visuel ) , voir ma mère malmenée par son avocate à lui, être moi-même malmenée par cette même avocate et j'en passe.

Malgré tout, je ne peux imaginer un non-lieu, surtout dans ces conditions.

Se dire que la juge me croit, qu'elle estime avoir de quoi poursuivre, qu'elle nous a tous les deux vus et entendus , qu'elle a pris une décision et que par ce simple petit appel tout cela peut être piétiné, que par ce simple petit appel il pourra si non-lieu terminer tranquillement sa vie en sachant qu'on peut abuser d'une gamine de 12 à 18 ans, quotidiennement et ce sans jamais être puni et même sans jamais devoir s'expliquer devant un tribunal, c'est insupportable.

C'est insupportable et c'est pourtant le lot de milliers de victimes. Celles qui osent porter plainte voient dans leur majorité la plainte classée sans suite avant même d'arriver entre les mains d'un juge d'Instruction .

C'est ça la réalité des victimes d'inceste ou plus généralement des victimes d'abus sexuels dans l'enfance.

Le temps de sortir un minimum du trauma, d'oser commencer à parler, de démarrer une thérapie, d'avancer, tout ce temps joue contre nous et en la faveur de nos agresseurs.

Plus ils sont virulents dans leur négation, plus ils peuvent être sûrs que la plainte sera classée sans suite.

Ma "chance" a été que Taré 1er ne se défende pas "normalement" . Au lieu de simplement nier, il s'est amusé à se foutre du monde et a choisi de déclarer simplement ne pas se souvenir.

Ce qui l'a fait passer la barrière du Procureur et arriver devant la Juge c'est son comportement, sa façon de se foutre de tout, se foutre des flics, sa façon lors de la confrontation de dire , juste avant de repartir dans la cellule de garde à vue "si je me souviens de quelque chose je vous recontacte , vous me donnez un numéro ? " au flic qui venait de nous auditionner. Ahurissant, et pas très apprécié évidemment.

Le problème est là . Les flics l'ont vu, entendu, la juge l'a vu, entendu , ils ont eu tout loisir de se faire une opinion , tout le loisir d'halluciner et de me dire ou me laisser entendre que franchement ils en avaient rarement vu des comme lui.

Je ne sais pas si simplement lire ses déclarations sur papier fera le même effet aux trois magistrats de la chambre d'instruction.

J'espère, j'espère que ses phrases qui ont par moment failli me rendre folle auront un impact sur leur décision , malgré le fait que sur le PV il n'y a ni le ton ni le regard, ni toute cette supériorité et cette ironie abjecte.

Je n'ai plus qu'à souhaiter que ces quelques phrases lui soient fatales :

- Avez-vous tué quelqu'un monsieur ? (question posée par le flic suite aux "je ne me souviens pas " successifs de sa part )Réponse : Je ne sais pas . (audition de garde à vue )

- Concernant le fait que les abus étaient quotidiens "Tous les jours ça m'étonnerait, je ne suis pas de nature gourmande à la base " (1ère confrontation )

- "Je ne me souviens pas, ce n'est pas le genre de la maison, mais tout est possible " (audition chez la juge )

- Au flic qui lui dit que j'ai déclaré certaines choses " si j'ai caressé c'est déjà un bon début.." puis... "mais non c'est de l'humour par rapport à ce dont on m'accuse" (audition de garde à vue )

Malheureusement aucune de ces phrases ne constitue d'aveu ou de preuve. C'est abject oui, il est immonde, oui, mais ce ne sont pas des preuves.

Voilà, vous entendez probablement souvent que peu de victimes même adultes portent plainte, vous avez peut-être une idée du pourquoi là.

En attendant, je suis fatiguée, épuisée, à bout de nerfs. J'en ai assez de cette procédure, assez de ce qu'il m'a fait, assez de mes souvenirs qui reviennent en force au moindre courrier, assez de cette première confrontation qui continue à me hanter .

J'en ai assez de devoir tenter de me préparer à un non-lieu, qu'il soit maintenant ou plus tard en fin de procès s'il y a procès.

J'en ai assez de savoir que mon agresseur et tant d'autres se promènent libres, insouciants, avec de possibles nouveaux passages à l'acte .

J'en ai assez de cette lutte permanente pour revivre, revivre alors que je n'avais jamais rien fait, rien demandé pour qu'il décide de me donner la mort à sa manière.

 

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Trois ans...

Publié le par Opale

Dans 9 jours cela fera trois ans que j'ai porté plainte .

La procédure est terminée, enfin, depuis que la juge a rendu son ordonnance en décembre dernier, me signifiant que Taré 1er aurait un procès aux Assises.

Trois ans.

J'ai avancé pendant ces trois ans, même moi je ne peux pas le nier . Je n'ai plus peur de lui, ou en tout cas plus peur qu'il me tue ou qu'il tue ma mère.

Il me reste "juste" la peur de sa folie, la peur du moment où à nouveau je l'entendrai parler, la peur d'être emportée dans son discours comme lors de la première confrontation. Ce ressenti est gravé en moi depuis le 29 mai 2012 , un départ dans la quatrième dimension et cette terreur de ne jamais en revenir.

J'ai avancé donc , sur cette peur et sur beaucoup d'autres choses plus ou moins importantes , j'ai cheminé, exprimé des choses , tenté de vivre de bons moments, pas que tenté d'ailleurs puisque j'en ai heureusement vécus réellement et qu'il ne pourra jamais me prendre ces moments.

J'ai vraiment fait du chemin.

Alors pourquoi ? Comment peut-on avancer autant en 3 ans de procédure judiciaire et de thérapie si c'est pour avoir encore aussi mal ?

Qu'est-ce que je ne fais pas correctement pour que tout ça n'aboutisse pas à un mieux-être plus long qu'une petite semaine de temps en temps ?

Cela ne fait que quelques mois que ma psychologue a commencé à parler de "sortie du déni", enfin une certaine forme de déni, le déni de ma souffrance, de mes émotions , la peur de ces émotions également.

Et ce qui est "bon signe" à ses yeux (et malgré tout aux miens aussi ) m'épuise.

Combien de temps faudra-t-il encore laisser venir ces émotions ? Combien de temps faudra-t-il accepter ces moments seule à la maison à parler à un nounours comme s'il était cette petite fille en moi qui me hurle sa solitude et sa terreur ?

Combien de temps à revivre ce sentiment de solitude d'enfant, sentiment que j'avais quasi totalement oublié, ou dont je ne me souvenais que factuellement .

Combien de temps à sentir par moment la peur de la petite ado que j'étais, cette peur qui "sait" qu'il va agir, cette peur de l'impuissance à venir.

Il y a encore peut-être moins d'un an la majorité de tout cela n'était que des mots, mais cela devient désormais des émotions, réelles, concrètes et qui viennent me mettre à terre et me terrifier parce que je suis seule avec elles, seule à la maison à ne pas savoir quoi en faire à part tenter d'écrire sur le cahier prévu à cet effet pour ma psy.

Oui elle me le dit ce n'est pas mauvais signe, on a attendu ces émotions tellement longtemps , maintenant il est important que je puisse m'y confronter mais j'en ai marre ce soir, elles dévorent mon énergie, elles s'imposent sans prévenir , ou ne prévenant parfois que par ce froid soudain qui précède vagues de souvenirs et crises de larmes.

Je n'ai plus peur de tout ça dans le bureau de ma psy, mais chez moi c'est si compliqué.

Que faire, que dire, à qui expliquer tout ça ? Je voudrais parfois que quelqu'un rentre dans ma tête pour comprendre instantanément ce qui s'y passe .

Au quotidien on croise peu de gens qui attendent une réponse sincère à leur " ça va ? " mais même s'ils en attendaient une , tout semble parfois si fou que ce n'est pas explicable.

Qui va entendre que je suis épuisée parce qu'une petite fille de 8/9 ans en moi (enfin moi bien sûr, je ne suis pas encore folle je vous rassure) ne cesse de m'envoyer les émotions du passé ?

Comment dire à quelqu'un "je la vois si loin des adultes, si transparente, si seule , personne ne se préoccupe qu'elle ne fasse que survivre"

Heureusement il y a le forum de victimes d'inceste que je fréquente, là-bas on n'est jamais folle de dormir avec un nounours ou de parler à une "petite fille intérieure" , jamais folle (pour celles qui le font, heureusement par chance pas moi ) de s'auto-mutiler ou de se prostituer entre autres.

Même aux personnes ouvertes et qui comprennent je ne peux pas tout dire, parce que c'est trop violent, c'est une réalité que peu ont envie d'entendre vraiment, ou alors ils en ont envie mais n'imaginent pas une seconde ce qui pourrait leur être dit si vraiment il n'y avait pas de tabou . Le but n'est pas de choquer ou effrayer ceux qu'on aime. Le but n'est pas non plus de mettre mal à l'aise des personnes qui attendent une réponse sincère à un "comment ça va ? " .

Pourtant ma réalité n'est ni pire ni meilleure que celle de quelqu'un qui est malade ou qui a perdu un enfant, mais elle est peut-être plus effrayante pour autrui .

Bref je suis fatiguée ce soir et je cherche encore et encore à trouver de l'espoir parce qu'une nouvelle fois je n'en ai plus, parce qu'une nouvelle fois les idées noires me tournent autour.

Je cherche encore et encore ce que je ne fais pas correctement, je me dis que tout de même si j'ai avancé en 3 ans je devrais aller mieux.

Je sais pourtant que "avancer" en thérapie ne veut pas forcément dire se sentir d'un coup beaucoup mieux mais peut aussi vouloir dire oser regarder la réalité en face, oser la ressentir. Je sais que c'est pour cela que ma psychologue trouve absolument normal (mais douloureux) ce que je vis encore ces derniers temps.

Trois ans bientôt pour cette procédure judiciaire . 11 ans bientôt pour la première fois où j'ai révélé mon secret sur le forum d'une association.

J'ai si honte parfois de tout ce temps passé.

J'ai surtout si peur, peur que ça n'en finisse jamais...

Edit du 23/01/2014 : Non, finalement la procédure n'est pas terminée. J'apprends aujourd'hui qu'il a fait appel.

J'apprends surtout que toute personne pour qui le juge d'instruction décide d'un envoi aux assises peut faire appel de cette décision et donc demander à ce que la chambre d'instruction (d'autres magistrats donc) revoie le dossier et donne sa propre décision, décision qui annulera la précédente.

Le 14 février 2014 , ils se réuniront donc avec son avocate et la mienne afin de savoir s'ils confirment le renvoi aux assises ou s'ils décident d'un non-lieu.

Il paraît qu'il est rare qu'ils prennent une décision contraire à la première. Je l'espère.

Je ne savais pas que cela était possible, mon avocate ne me l'avait pas dit, vous imaginez mon état.

Qui s'étonne encore que peu de victimes portent plainte ?

 

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Si seulement...

Publié le par Opale

Si seulement il y avait quelqu'un, là, maintenant, pour me prendre dans ses bras.

Qu'il est usant ce besoin récurrent avec lequel je me bats depuis des années, qui a parfois failli me pousser à en finir tant ça devenait vital.

Besoin de petite fille paumée, sauf que je ne me rappelle pas ces câlins dont le souvenir m'apaiserait peut-être.

D'avant mes 7 ans et demi j'ai presque tout oublié, alors si tant est que mes parents aient été affectueux, rien en moi ne me le dit .

Puis il y a eu la cassure, la fracture dans un quotidien déjà un peu particulier. Leur mort.

Mon frère : 2 décembre 1985

Mon père : 8 mars 1986

On ne perd pas de temps dans la famille..

J'y ai perdu mes souvenirs, et la tendresse qui allait peut-être avec.

Ma mère s'est blindée contre la douleur d'avoir perdu son fils, la vie a continué comme une simple survie et là-dedans j'ai très vite su m'adapter , devenir encore plus calme et invisible que je ne l'étais .

Jamais de bêtises, jamais de caprices, jamais de questions. Et donc jamais de réponses.

De là on est passé assez rapidement à la case "on tente une nouvelle vie, tiens si je mettais des petites annonces"

Et nous voilà quelques mois plus tard avec Taré 1er à la maison. Bingo, vous avez gagné le gros lot.

De lui je me souviens avoir espéré l'affection, de lui je me souviens mes clowneries pour le faire rire, de lui je me souviens que je le suivais partout dès qu'il était de bonne humeur (sous-entendu pas bourré ) .

De lui je me souviens malgré la terreur et les heures d'attente devant la fenêtre , du soulagement quand je reconnaissais à sa façon d'ouvrir la porte qu'il n'avait pas bu.

Les départs de maman pour son travail de nuit, moi qui allais aussitôt sur ses genoux.

Bon il n'était pas câlin, il me serrait pas dans ses bras, c'était plutôt moi du coup.

De lui je me souviens qu'un jour aller sur ses genoux a viré au cauchemar, à une petite tête de 12 ans qui explose en se demandant ce qui se passe, en cherchant à toute vitesse ce qu'elle est censée faire et ne le trouvant pas, déjà figée et engluée dans la toile d'araignée.

De lui je me souviens que pour rester vivante, pour ne pas mourir de ce besoin d'affection, j'ai continué de le suivre partout, comme une automate courant droit au cauchemar...

Bref évidemment fini les câlins "sains" , depuis ce premier jour il ne m'a plus vue que comme quelqu'un qu'on touchait, quelque chose plutôt , de loin ou de près, sur les vêtements ou pas, mais qu'on touchait, tout le temps, tous les jours, dès la moindre absence de ma mère (oui aller aux toilettes c'est une absence )

Alors j'ai traversé les années jusqu'à temps de pouvoir survivre sans le suivre et d'enfin en être débarassée puisque je ne m'approchais plus et que je pouvais dire non.

Mais le gouffre affectif lui ne s'est pas tû, il a grandi encore et encore, dévastant tout sur son passage.

C'est comme ça qu'en 2003 quand j'ai pris mon indépendance peu après avoir révélé les abus à l'asso, je me suis retrouvée avec ces "crises de besoin de bras" comme je les appelais.

Des moments épouvantables avec ce sentiment que j'allais en mourir si on ne me contenait pas, si on ne me rassurait pas.

J'ai tenu, il a bien fallu.

En juillet 2003 j'ai eu le plus beau trésor de toute ma vie, j'ai enfin vu "pour de vrai" ma maman de coeur et ce premier week-end chez elle a aussi été la découverte d'une douceur pure , de ce câlin pour enfant que je n'avais pas connu depuis 15 ans.

Il est gravé à jamais au plus profond de ma mémoire et de mon coeur.

Et pourtant, si seulement ce soir il y avait quelqu'un, pour de vrai, pas en virtuel , si enfin ce besoin de petite fille pouvait me foutre la paix et me laisser vivre ma vie d'adulte.

Si seulement je récupérais mes souvenirs d'avant lui et que j'oublie tous ces souvenirs de "pendant lui" .

Si seulement je n'avais pas de coeur.

Il est si fatigué.

 

 

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Tu iras aux Assises...

Publié le par Opale

La nouvelle est tombée hier. Le Procureur requiert que tu sois jugé aux assises pour viols sur mineure par personne ayant autorité.

Presque 3 ans de procédure pour aboutir à cette réquisition, 3 ans d'attente, d'angoisse, de diverses étapes à vivre comme la confrontation.

Pendant de longs mois je ne voulais pas qu'il y ait de procès, j'avais encore trop peur que tu me tues en sortant de prison.

Puis au fil du temps la peur est partie et je souhaitais que justice soit faite.

Alors comment je réagis à cette nouvelle ?

 

Je suis "exigeante", j'espérais la correctionnelle car je voulais que ça aille vite et que le procès ne dure pas longtemps, je voulais être enfin débarassée de tout cela.

Ca ne sera pas le cas, la moyenne d'attente pour les Assises est d'environ 2 ans, un procès dure environ 2 jours pleins.

 

Je suis donc à la fois "contente" que tu sois poursuivi mais je panique à l'idée de tenter de vivre pendant ces années à venir, je panique et je m'effondre en larmes quand j'ai l'impression que je vais bientôt te voir (alors que ça ne sera pas bientôt du tout ) et qu'encore une fois tu vas m'emporter dans ta folie.

Je sais hélas déjà que devant les jurés, le Procureur et tous ces gens, tu ne changeras pas ton comportement, tu continueras l'ironie, tu continueras à être inatteignable, tu continueras à être terrifiant.

 

Pour le moment ce qui prédomine c'est la peur , la peur et tous les souvenirs des années avec toi mais aussi  de ces 3 ans de procédure ,  en particulier ceux de cette horrible confrontation et de ce que j'ai ressenti en t'entendant, en retrouvant ce monde de cinglé dans lequel une seule phrase de toi  suffit à m'emporter.

 

Il va falloir les entendre tous, les témoins, ta famille, ma mère, ma soeur, les experts. Il va falloir parler devant tous ces gens, supporter ta présence, faire face aux jurés.

Alors oui pour le moment j'ai juste envie de vomir, de hurler, de fuir loin pour ne jamais avoir à te revoir, pour ne plus jamais supporter ta présence, pour ne pas avoir à dire encore et encore les abus devant cette assemblée d'inconnus.

Oui pour le moment au lendemain de cette nouvelle je suis épuisée, sonnée, terrifiée. Les larmes coulent et dans ma tête résonne encore et encore un "j'veux pas le revoir" terrorrisé.

Si tu savais ce que je donnerais pour que tu meures avant ce procès, peu m'importe la suite, tu sais que j'ai tout dénoncé, j'ai pu te confronter , ta famille est au courant, la justice me croit.

Alors vas-y meurs. Toi qui as pris tant d'années de ma vie, abrège ces insupportables années en me faisant le cadeau de mourir.

 

J'espère ne jamais te le montrer mais je n'en peux plus tu sais, tout est trop lourd depuis toi. Ces trois dernières  années m'ont épuisée, se battre encore et encore, tenir.

Il va falloir tenir encore au moins deux ans , tenir en sachant que je devrai te revoir. Je ne sais pas si j'y parviendrai.

 

J'aimerais tant que tu n'aies jamais existé , que tout cela ne soit qu'un long cauchemar et qu'on vienne me dire que finalement j'ai eu une enfance et une adolescence heureuse...même pas heureuse tiens,  juste normale, j'en demande pas plus.

 

Malheureuseument tu as bien existé, et visiblement comme toute mauvaise herbe tu tiens le choc encore des années après.

Alors hélas je ne crois que peu à ta mort prochaine .

Tu iras aux assises oui et tu ne changeras pas, jamais. Tu ne chercheras pas à demander pardon, mais ça tombe bien, je n'avais pas l'intention de te l'accorder.

 

Allez c'est bientôt Noël, s'il m'écoute le bonhomme rouge et blanc, qu'il m'offre ta mort en cadeau, ça me suffira pour une vie entière.

Je n'en peux plus de toi.

 

 

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35 ans bis

Publié le par Opale

Comme je le disais il y a 3 mois, mes 35 ans sont depuis quelques années la date butoir à laquelle je pensais me tuer si je n'avais rien construit (que ce soit au niveau professionnel ou familial)

Demain j'aurai 35 ans et en effet je n'ai rien construit, ni au niveau professionnel ni au niveau familial. J'ai juste tenté depuis 10 ans de ME reconstruire sur les éclats d'enfance qu'il a pris le soin de piétiner avant de partir.

De ces dix dernières années où l'on m'a répété "tu es encore jeune tu as le temps" il ne reste pas grand chose à part cette même éternelle phrase.

 

Mais, car il y a un mais, finalement, et de manière assez inattendue pour moi, ces 35 ans deviennent depuis quelques semaines à peine le symbole d'une peut-être nouvelle vie, ou nouvelle façon de vivre.

 

Depuis plusieurs mois il y a eu pas mal de discussions notamment avec ma maman de coeur sur mes difficultés à faire les choses, sur l'hésitation permanente entre annuler ou agir.

Son "on dirait que tu es toujours prise entre la vie et la mort" m'a énormément parlé et marqué.

La mort, cette mort , la vraie côtoyée enfant lors du décès de mon père et de mon frère à 3 mois d'intervalle.

Et la mort, l'autre, la mort psychique inoculée par mon agresseur, lentement, insidieusement, violemment.

Ce n'est pas un cliché de bouquins de psycho que de dire que l'agresseur met la mort en nous. C'est une réalité et retrouver la vie est une lutte permanente, inimaginable pour beaucoup de personnes.

Retrouver le droit de vivre, l'envie de vivre quand on a été chosifié est un combat permanent.

 

Peu à peu ces derniers temps j'ai voulu m'éloigner le plus possible des angoisses que l'on m'a transmises depuis l'enfance puis tout au long de l'adolescence et de ma vie de jeune adulte. Des angoisses que ma mère continue d'ailleurs joyeusement à me transmettre , tant elle a transféré sur moi la petite dernière ses craintes suite à la mort de mon frère.

 

Peu à peu donc je tente d'oser, de me lancer, de dépasser des peurs qui peuvent paraître ridicules (faire du vélo, nager etc) mais qui au final sont toutes liées à la peur de la mort, de MA mort.

Alors sans fin j'essaye de dépasser cela, parfois avec enthousiasme, souvent avec angoisse, dans l'ensemble avec une certaine réussite.

Réapprendre le vélo, changer d'activité extra-professionnelle (même si la première, la chorale m'a énormément apporté) et ainsi aller vers d'autres gens , déménager , tout demande une énergie difficile à expliquer, tant chaque jour tout est en quelque sorte à recommencer. La lutte pour se décider, la lutte pour y aller, la lutte pour apprécier, et malgré le fait d'avoir apprécié, la lutte la fois suivante pour à nouveau y retourner.

Pulsions de vie, pulsions de mort, en alternance très rapprochées, épuisant.

 

Tout cela additionné à la fin de la procédure qui approche (si on ne compte pas le procès évidemment), au fait que je n'ai plus peur qu'IL me tue , au fait que désormais je n'ai plus envie de chercher à comprendre ce qu'il est et pourquoi, que j'ai eu suffisamment d'éléments pour le démystifier peu à peu, tout cela fait que pour la première fois de mon existence je me dis que cet anniversaire sera peut-être le début d'une nouvelle façon de vivre et d'oser vivre.

Je le souhaite en tout cas.

 

Je suis lucide, je sais qu'il va y avoir encore des passages terrifiants, que ce soit reprendre le boulot ou bien pire me retrouver à nouveau en sa présence si un procès est programmé, ou encore supporter les cauchemars, les peurs, la fatigue, le découragement très fréquent, mais malgré tout je crois que pour une fois mes 35 ans seront un symbole de vie et non pas un symbole de mort comme celui que me renvoyait chaque anniversaire et chaque "bilan" fait à cette occasion.

 

Je ne sais pas tout ce que cela donnera, mais le fait d'au moins avoir ces pensées , c'est déjà beaucoup pour moi, c'est inédit.

 

Demain donc, je rentrerai peut-être un peu plus dans la vie pour le laisser un peu plus lui dans sa non-vie de parasite.

 


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L'annonce

Publié le par Opale

Cela faisait des mois, plus d'un an même que l'asso me conseillait régulièrement de parler à ma mère . Je ne voulais pas, c'était hors de question, et surtout je n'en ressentais pas le besoin .

Pourtant, comme tous mes "jamais" celui-ci a pris un coup dans l'aile. J'ai commencé de plus en plus à ressentir le besoin de lui parler , cela devenait entêtant.

J'en avais besoin, je savais qu'elle me croirait, mais j'avais si peur, tellement peur. Peur de quoi ? Mais qu'il nous tue bien sûr quand il saurait qu'elle est au courant.

 

Le besoin a enflé de plus en plus, j'étais dans un dilemme infernal, dès que j'y pensais j'avais l'impression que j'allais tomber dans les pommes .

Puis sont arrivées les idées noires, plus que noires même, je ne voyais qu'une solution, il fallait que je me sacrifie, je devais me tuer , comme ça personne ne saurait et il ne lui ferait pas de mal.

Heureusement je me suis fait peur à moi-même en en arrivant à de telles pensées et c'est là que je me suis décidée à consulter un psy, avril 2004...

Le contact n'est pas passé, trois séances espacées à chaque fois de trois semaines , aucune envie d'y aller et finalement cela m'a bien arrangée de devoir déménager suite au résultat de mon concours.

Bien évidemment le dilemme est resté, épuisant, dangereux.

Cet été là j'ai eu pour la première fois (et pour l'instant la dernière...) un "amoureux" . Ca n'a duré que deux mois hélas mais enfin quelqu'un m'aimait, enfin je me balladais main dans la main avec ce garçon tendre, beau, adorable.

Il ne se sentait pas la force d'affronter ce que je vivais et ne comprenait pas que je ne parle pas à ma mère . On a fait une "pause".

J'ai beaucoup réfléchi, je ne voulais pas que mon agresseur puisse aussi me gâcher ce bonheur-là.

 

Le 16 septembre 2004 j'étais chez ma mère pour une formation au Rectorat. Elle m'y a emmenée et là , dans la voiture, en deux minutes j'ai pris ma décision.

- "Maman j'ai quelque chose d'important à te dire , S. m'a touchée "

- "Quoi ??? Oh le salaud ! Il t'a violée ?"

J'ai répondu non à cette question, ne voulant pas rentrer dans les détails, sachant que ma mère pensait au viol le plus "classique" , bref j'ai dit non , ce n'est qu'il y a peu qu'elle a découvert via la justice que oui il m'avait violée.

 

Je lui ai donc annoncé ça brutalement, en deux minutes, lui disant de ne surtout rien dire à S. , je ne voulais pas qu'il sache, j'avais trop peur.

Et je l'ai laissée là avec cette nouvelle, allant faire ma journée de formation comme si de rien n'était.

Le midi je l'ai appelée , j'étais inquiète je me demandais si elle avait tenu en le voyant en rentrant. Elle avait tenu.

 

Plusieurs mois se sont écoulés, je continuais à venir régulièrement chez elle, je le voyais lui, il ne savait pas que j'avais parlé, c'était une situation intenable mais comme d'habitude je tenais.

Malgré tout peu à peu je me sentais de plus en plus mal, parfois en colère , parfois avec l'envie qu'elle lui dise, qu'elle éclate, mais en même temps une peur immense, bien trop peur de ce qu'il pourrait lui faire, nous faire.

 

Six mois après mes révélations, je l'ai eue au téléphone, j'étais mal et pour une fois ça se sentait vraiment. Et ça additionné au fait qu'un oncle venait de mourir , l'a amenée à exploser.

Un matin de mars 2005 , elle lui a tout balancé, lui a dit qu'elle savait, a sûrement crié, je ne sais pas.

Lui est resté de marbre, comme quand elle gueulait pour des raisons bien plus futiles. Il n'a pas ouvert la bouche et comme il le faisait dans ces cas-là ,  est parti faire un tour sans un mot.

 

En fin d'après-midi elle m'a appelée pour m'expliquer cela, et qu'il n'était pas rentré le midi . J'étais terrifiée, c'était mauvais signe, c'était certain il allait rentrer ivre mort.

Je lui ai conseillé, je dirais même ordonné, de mettre le téléphone dans sa chambre, de fermer sa chambre à clé.

J'ai appelé ma maman de coeur, en larmes, totalement perdue devant ce qui allait se passer.

 

Vers une heure du matin ma mère m'a appelée pour me dire de "ne pas m'inquièter" , qu'il avait été emmené par les flics en cellule de dégrisement.

Ne pas m'inquièter tu parles...

J'apprenais qu'en effet il était rentré ivre mort, qu'il avait crié, menacé, qu'elle était enfermée dans sa chambre comme prévu et qu'il avait tapé dans la porte menaçant d'être "encore plus méchant" 

Elle avait alors pris son sac, ses clés et était passée par la fenêtre, du rez-de-chaussée heureusement, du haut de ses 64 ans, pour prendre sa voiture et aller voir les flics.

Ca me déchire le coeur chaque fois que j'y pense. Une partie de moi se demande ce qui serait arrivé si elle avait été à l'étage et n'avait pas pu fuir.

Ils sont venus, ce connard s'était endormi, ils l'ont réveillé, ont posé les questions d'usage sur l'identité, lui ont repris les clés de l'appartement, il a tranquillement fini sa bouteille devant les flics et ils l'ont emmené.

 

Le lendemain matin je travaillais au collège. C'est la seule fois de ma vie où je me suis effondrée au boulot . Je pleurais, le proviseur adjoint me disait de rentrer chez moi, d'aller chez ma mère , je lui ai répondu "elle est en danger" , je ne faisais plus attention au fait que ce soit mon chef, c'était bien trop lourd et éprouvant je ne gérais plus.

J'ai brièvement expliqué ce qui m'était arrivé, puis je suis allée voir la CPE une femme extraordinairement humaine avec qui j'avais déjà un peu évoqué mon histoire quand j'ai su qu'une élève avait été victime d'inceste .

Je suis rentrée chez moi ensuite je ne sais pas trop comment, j'ai su qu'ils l'avaient relâché (forcément il était juste saoûl , pas de plainte à l'époque de ma part) 

Il est revenu une fois sonner pour récupérer quelques habits mais ma mère lui a dit que s'il voulait les récupérer il devait venir avec la police. Fin de l'histoire.

 

Ca a été le début de mois de terreur, ne plus oser aller là-bas, ou y aller et devenir presque violente si ma mère n'allait pas vérifier de suite que la porte était bien fermée.

Etre chez moi, à 60 kilomètres de là, et fenêtre ouverte l'imaginer en face avec un flingue, prêt à me tuer.

La valse des cauchemars où je sentais la balle arriver sur moi, la chaleur de cette balle.

Les centaines de fois où j'ai rêvé que ma mère le reprenait ou qu'il revenait.

Les centaines de fois où, bien réveillée chez elle, je croyais entendre la porte d'entrée.

 

Il m'arrive encore régulièrement de rêver qu'il revient, qu'elle le reprend chez elle . Ca n'a pourtant jamais été le cas, ça n'a jamais été évoqué, et malgré ça parfois au réveil je dois VRAIMENT réfléchir pour me souvenir que non il n'est jamais revenu depuis.

 

Désormais il habite à cinq minutes à pied de chez elle, mais il habite surtout encore bien trop souvent dans ma tête.

 


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Les émotions

Publié le par Opale

Je les ai attendues longtemps, très longtemps. Dix ans.

On a joué à cache-cache elles et moi pendant ces dix ans.

 

Dix ans de résistances, de défenses plus solides les unes que les autres . Dix ans de ces journées à faire rire  tout le monde tout en hurlant d'une douleur intérieure.

Dix ans pendant lesquels les souvenirs se racontaient parfois comme s'ils n'étaient pas les miens.

L'incapacité à pleurer, particulièrement sur cette histoire si glauque. L'incapacité à lâcher même quand je n'en pouvais plus de pression interne .

 

Quatre premières années de thérapie où pas une larme ne sera versée malgré l'histoire dite, racontée, analysée, malgré les souvenirs crachés, vomis..

Puis peu à peu parfois quelques larmes vite essuyées, souvent des larmes de frustration face à ce sentiment permanent de nullité.

 

Pour je ne sais quelle raison et par je ne sais quel chemin, voilà qu'elles arrivent depuis 2 mois . Chaque séance amène son lot de larmes, des larmes qui cette fois sont en lien avec ce que je dis.

Emotions impressionnantes quand on n'a pas l'habitude, déluge de tristesse qu'on ne soupçonnait même pas d'être si immense.

 

Et puis cette dernière émotion, la plus récente, celle qui dit qu'une porte s'est ouverte , que la digue a rompu et qu'il va falloir être sacrément solide pour ne pas se noyer.

Je ne savais pas qu'on pouvait ressentir aussi fort une émotion du passé.

 

Avant, depuis ma prison intérieure où les émotions étaient enfermées, ça se résumait à pouvoir dire " à tel moment je me suis sentie méchante de ne pas obéir comme il fallait" (le "tel moment" étant un abus précis dont je ne parlerai évidemment pas ici ).

C'était cela, le savoir, s'en souvenir parfois de façon floue, en parler avec tristesse mais avec maîtrise.

 

Mais voilà, la digue s'est rompue et je mesure à présent de quoi je me protégeais inconsciemment.

Les émotions désormais, c'est pendant la séance psy mais aussi après ressentir extrêmement fort ce "je suis méchante j'obéis pas bien" , c'est savoir que ce sentiment appartient au passé, mais le ressentir si fort, si violemment qu'on ne sait plus quoi faire pour l'arrêter, pour le faire passer, pour ne plus le ressentir dans chaque partie du corps.

 

C'est la tête qui veut exploser et les larmes qui coulent en se rendant compte de tout ce qu'implique ce sentiment de l'époque, c'est avoir l'impression d'avoir 12 ans à nouveau et d'être là piégée dans sa propre culpabilité, prisonnière sous ses mains.

 

Les émotions que j'ai tant attendues et qui enfin trouvent la sortie .

J'ai beau savoir que cette porte qui s'ouvre est quelque chose de positif, j'ai peur et je me demande quand ça s'arrêtera et combien d'émotions du passé ressurgiront aussi clairement et violemment.

 

"Un système de défense qui est une véritable cuirasse" , les mots qu'employait ma psy mais qu'ont employé aussi plus ou moins différents thérapeutes psycho-corporels.

 

La digue se brise, je ne sais pas encore comment on fait pour ne pas se noyer. Pour le moment je coule dans ce "je me sens méchante" ressentie par une ado de 12 ans sous les mains d'un cinglé.

 

Dix ans à me protéger du retour de cette horreur...

 


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35 ans..

Publié le par Opale

Bientôt 35 ans, dans quasi 3 mois.

35 ans, l'âge que je me donne depuis quelques années, allez savoir pourquoi, pour enfin "réussir" quelque chose, connaître un peu de bonheur.

Le souci c'est que ça donne aussi "Si à 35 ans je n'ai pas un chéri et/ou un enfant ou un job qui me plaît, je me flingue" Ouais, rien que ça, je sais.

Mais voilà, je sature, puis je me déteste, puis je re-sature et ça n'en finit pas, alors en effet les 35 ans qui viennent de passer ne me donnent pas vraiment d'envie d'autre chose.

 

Il me manque un moteur de vie, il me manque en fait surtout de l'espoir.

L'espoir, c'est LA chose que je n'ai jamais ressentie, même en cherchant bien, non , vraiment je ne vois pas.

Parfois ça me navre simplement, au pire je me dis que je suis nulle et basta.

D'autres fois ça me fait carrément mal, très mal.

 

L'an dernier à la période de Noël que je déteste toujours autant, ma psy me demandait si enfant j'espérais que le Noël suivant soit mieux que celui de l'année en cours.

Et la réponse a été non . Et cette réponse m'a vraiment déchiré le coeur, je revoyais cette gamine de 9 ou 10 ans que j'étais et qui déjà n'avait plus le moindre espoir que quelque chose change. C'était ainsi, ça n'en finirait jamais . Noël (et le quotidien aussi d'ailleurs) c'est la peur, l'angoisse, les cris, c'est comme ça.

Une résignation terrifiante. Un enfant ne devrait jamais être résigné.

 

Bien plus tard, quand j'étais prête à quitter la maison et que je parlais à ma mère du fait qu'elle allait rester seule avec lui, parfois elle me disait qu'il finirait bien par mourir, et ma réponse était toujours la même, glaciale "il t'enterrera".

Pas une seule seconde je ne pouvais espérer qu'elle vive autre chose, pas une seule seconde je ne pouvais penser qu'il meure avant elle. D'ailleurs à l'époque et aussi fou que cela puisse paraître, une petite partie de moi, la partie la plus traumatisée je suppose, était convaincue qu'il ne pouvait pas mourir, pas lui, c'était une sorte d'homme immortel pour moi, immortel et qui continuerait à apporter la souffrance année après année.

 

Jamais, absolument jamais je n'ai pu ni croire ni espérer que cela change. Au point qu'encore aujourd'hui, 8 ans après que ma mère l'ait mis dehors, je cauchemarde encore et encore que finalement il est revenu, que ma mère l'a repris ou qu'il s'est imposé.

Au réveil je dois véritablement réfléchir pour me dire "non depuis qu'elle l'a viré il n'est pas revenu à la maison".

 

Je côtoie beaucoup de victimes d'inceste et certaines sont beaucoup dans le discours de "il ne gagnera pas sur moi" , je ne suis absolument pas dans ce ressenti.

Certes désormais je ne me dis pas forcément qu'il a gagné (quoique dans les moments de grosse souffrance, si ) mais je ne ressens aucun esprit de "revanche" .

Si j'ai envie de  réussir ma vie c'est pour moi, pas pour lui prouver quoi que ce soit à lui.

 

Le souci c'est que du coup, je n'ai aucun moteur de vie et c'est ce qui me perd souvent.

Je ne m'accroche à rien, je n'espère rien, j'essaye des choses comme le concours d'auxiliaire de puériculture, mais un véritable espoir, croire au bonheur, non ça ne m'arrive jamais, je n'y parviens pas

Du coup je vis au jour le jour ou même juste une heure à la fois.

Quand je lis des témoignages de victimes qui s'en sont sorties et qui vont bien, au lieu de me donner de l'espoir ça me fait ressentir à quel point je suis nulle de ne pas y parvenir, de ne pas être une battante, de n'avoir absolument aucun esprit de combat contre la vie.

 

Alors dans 3 mois il n'y aura aucun miracle évidemment et il faudra bien rester en vie pour ne pas faire de peine à ceux que j'aime et qui m'aiment .

 

Je crois que si je pouvais demander un cadeau pour mes 35 ans, ça serait la capacité d'espérer. Mais ça, ça ne s'achète pas.

 


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