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Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 21:19

Bientôt 35 ans, dans quasi 3 mois.

35 ans, l'âge que je me donne depuis quelques années, allez savoir pourquoi, pour enfin "réussir" quelque chose, connaître un peu de bonheur.

Le souci c'est que ça donne aussi "Si à 35 ans je n'ai pas un chéri et/ou un enfant ou un job qui me plaît, je me flingue" Ouais, rien que ça, je sais.

Mais voilà, je sature, puis je me déteste, puis je re-sature et ça n'en finit pas, alors en effet les 35 ans qui viennent de passer ne me donnent pas vraiment d'envie d'autre chose.

 

Il me manque un moteur de vie, il me manque en fait surtout de l'espoir.

L'espoir, c'est LA chose que je n'ai jamais ressentie, même en cherchant bien, non , vraiment je ne vois pas.

Parfois ça me navre simplement, au pire je me dis que je suis nulle et basta.

D'autres fois ça me fait carrément mal, très mal.

 

L'an dernier à la période de Noël que je déteste toujours autant, ma psy me demandait si enfant j'espérais que le Noël suivant soit mieux que celui de l'année en cours.

Et la réponse a été non . Et cette réponse m'a vraiment déchiré le coeur, je revoyais cette gamine de 9 ou 10 ans que j'étais et qui déjà n'avait plus le moindre espoir que quelque chose change. C'était ainsi, ça n'en finirait jamais . Noël (et le quotidien aussi d'ailleurs) c'est la peur, l'angoisse, les cris, c'est comme ça.

Une résignation terrifiante. Un enfant ne devrait jamais être résigné.

 

Bien plus tard, quand j'étais prête à quitter la maison et que je parlais à ma mère du fait qu'elle allait rester seule avec lui, parfois elle me disait qu'il finirait bien par mourir, et ma réponse était toujours la même, glaciale "il t'enterrera".

Pas une seule seconde je ne pouvais espérer qu'elle vive autre chose, pas une seule seconde je ne pouvais penser qu'il meure avant elle. D'ailleurs à l'époque et aussi fou que cela puisse paraître, une petite partie de moi, la partie la plus traumatisée je suppose, était convaincue qu'il ne pouvait pas mourir, pas lui, c'était une sorte d'homme immortel pour moi, immortel et qui continuerait à apporter la souffrance année après année.

 

Jamais, absolument jamais je n'ai pu ni croire ni espérer que cela change. Au point qu'encore aujourd'hui, 8 ans après que ma mère l'ait mis dehors, je cauchemarde encore et encore que finalement il est revenu, que ma mère l'a repris ou qu'il s'est imposé.

Au réveil je dois véritablement réfléchir pour me dire "non depuis qu'elle l'a viré il n'est pas revenu à la maison".

 

Je côtoie beaucoup de victimes d'inceste et certaines sont beaucoup dans le discours de "il ne gagnera pas sur moi" , je ne suis absolument pas dans ce ressenti.

Certes désormais je ne me dis pas forcément qu'il a gagné (quoique dans les moments de grosse souffrance, si ) mais je ne ressens aucun esprit de "revanche" .

Si j'ai envie de  réussir ma vie c'est pour moi, pas pour lui prouver quoi que ce soit à lui.

 

Le souci c'est que du coup, je n'ai aucun moteur de vie et c'est ce qui me perd souvent.

Je ne m'accroche à rien, je n'espère rien, j'essaye des choses comme le concours d'auxiliaire de puériculture, mais un véritable espoir, croire au bonheur, non ça ne m'arrive jamais, je n'y parviens pas

Du coup je vis au jour le jour ou même juste une heure à la fois.

Quand je lis des témoignages de victimes qui s'en sont sorties et qui vont bien, au lieu de me donner de l'espoir ça me fait ressentir à quel point je suis nulle de ne pas y parvenir, de ne pas être une battante, de n'avoir absolument aucun esprit de combat contre la vie.

 

Alors dans 3 mois il n'y aura aucun miracle évidemment et il faudra bien rester en vie pour ne pas faire de peine à ceux que j'aime et qui m'aiment .

 

Je crois que si je pouvais demander un cadeau pour mes 35 ans, ça serait la capacité d'espérer. Mais ça, ça ne s'achète pas.

 


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Par Opale - Publié dans : émotions en vrac...
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Mercredi 29 mai 2013 3 29 /05 /Mai /2013 10:19

Il y a un an à cette heure-là je sors de chez ma psy . Séance difficile et beaucoup d'angoisses, mes amis viennent de partir deux jours plus tôt pour un mois de vacances. Je lui dis que la pire chose qu'il pourrait m'arriver serait d'être convoquée pour la confrontation en leur absence.

 

En montant dans le bus pour rentrer chez moi j'écoute la messagerie de mon portable et c'est là que le sol s'ouvre sous mes pieds "Oui bonjour c'est le commissariat il faudrait nous rappeler de toute urgence pour une confrontation avec Mr X cet après-midi " 

16 mois, 16 mois que j'attends, 16 mois qu'il ne se passe rien depuis mon dépôt de plainte et voilà qu'ils se réveillent au pire moment.

Le bus n'a pas encore démarré, j'ai le réflexe de descendre et de retourner tel un zombi frapper à la porte de chez ma psy qui est déjà en rendez-vous . Je lui demande si je peux la voir après, il faudra attendre une bonne demi-heure mais peu importe.

 

Je ne vais pas raconter tout ce que j'ai déjà dit ici : link

 

Je retiens en vrac la terreur, les appels à ma maman de coeur, à mon amie Françoise, la chance que mon voisin me propose de m'emmener, la solitude au retour, le soutien immense des amis de Twitter...

 

Et puis il y a toi, toi et ton monde de folie qui m'a fait vaciller. Toi et ton regard froid, toi et ton discours glaçant, effrayant, entre supériorité et indifférence, perversité et folie.

 

C'était il y a un an.

Je ne voulais pas à l'époque qu'il y ait de procès, ni que tu ailles en prison. J'avais bien trop peur que tu me tues en sortant de prison.

En un an des choses ont changé. Je n'ai plus peur de toi, en tout cas plus peur que tu me fasses physiquement du mal, que tu me tues.

Voir que tu n'avais pas agi malgré une nuit passée en garde à vue (ce qui ne doit pas être des plus agréable ) m'a fait penser que finalement tu peux aller en prison, je peux enfin m'autoriser à le souhaiter.

Je n'ai plus peur que tu me tues non. Par contre ta folie m'effraie encore c'est vrai et au-delà de ça cette indifférence glaciale , cette impossibilité de t'atteindre, ta défense permanente disant que tu ne te souviens de rien.

 

Tout a changé en un an, tout ce que je refusais je le souhaite à présent : procès, prison. Parfois j'aimerais ne pas souhaiter, ne pas espérer . Je disais hier à ma psy que j'ai besoin que tu avoues, que tu dises tout, que ce soit les abus ou toutes ces années d'enfer que tu nous as fait vivre à maman et à moi.

Ce n'est pas que je veux puisque je sais que c'est impossible, mais j'en ai besoin, besoin à en crever .

Tout va très vite en moi, j'ai du mal à me suivre face à ces changements, face aux émotions qui sortent de plus en plus, face à ces larmes qui enfin sont en cohérence avec mes paroles, avec ce que je raconte, ce que je décris.

 

Tout cela est positif, je le sais et je le sens mais malheureusement tout cela est aussi terriblement douloureux et j'ai hâte qu'un jour enfin je cesse de payer le prix fort ce chemin de reconstruction à faire.

 

C'était il y a un an et je commence seulement à réaliser un peu la force qu'il a fallu pour t'affronter , je me revois avec mon sac à dos et des affaires dedans , prête à dormir à l'hôtel puisque j'avais dit à mon voisin que c'était déjà bien gentil de m'emmener, qu'il ne devait pas m'attendre.

J'ai la chance immense de rencontrer des êtres humains formidables et ce jour-là il m'a attendu.

 

Au-delà du cauchemar de te revoir, au-delà de ce souvenir de moi effondrée en larmes dans le bureau en entendant chacun de tes mots me transpercer et m'emporter dans ta 4ème dimension, je me souviens toute cette humanité, mes amis, ma maman de coeur, et mon voisin si adorable, un peu paumé devant mon histoire, mais ayant préparé pour lui, sa femme et moi, un sandwich, un fruit et de l'eau pour le retour, si touchant, si respectueux de ma panique , même s'il est de la génération que ça dépasse qu'on puisse porter plainte tant d'années après.

 

La boucle est bouclée, pendant cette année passée j'ai dû te revoir à nouveau chez la juge, d'autres étapes sont passées et bientôt la juge décidera de ton sort et du mien : procès aux assises, procès en correctionnelle, ou pas de procès du tout, je ne sais pas.

J'en ai sûrement pour encore au minimum une autre année à vivre au coeur de cette procédure tout en tentant d'avancer, de grandir, de m'éloigner de toi, de ton emprise, de mes cauchemars.

 

Il y a un an je t'ai revu, je t'ai regardé, je reste debout dans la tempête.

 

Une dernière chose, juste entre nous...j'attends toujours que tu meures , fais vite.

 

 

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Par Opale - Publié dans : La plainte
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Samedi 2 mars 2013 6 02 /03 /Mars /2013 20:28

Tu as 66 ans aujourd'hui.

Tu vois je pense à toi . Je pense à toi pour te souhaiter de tout mon coeur, de toutes mes forces, un mauvais anniversaire .

Comme je le disais il y a quelques jours, puisque cette année ton anniversaire tombe le jour de la fête des grand-mères, tu devrais rejoindre la tienne, si, vraiment crois-moi, personne ne te regrettera.

 

J'ai un cadeau pour toi cette année . Bon je sais tu disais qu'il n'y a pas besoin de dates spéciales pour faire des cadeaux . Tu avais juste oublié de préciser que c'est parce que tu ne fais jamais de cadeaux.

Faire un cadeau à qui hein ? A tous ces cons qui sont tous inférieurs à toi, non bien sûr.

 

Bref je te disais j'ai un cadeau . Je t'offre ma haine et mon envie de me venger . Profites-en bien, c'est tout neuf, et ça ne durera pas, ça laissera place au seul sentiment que tu mérites réellement : l'indifférence .

 

Si tu ouvres ton cadeau tu verras que ces temps-ci ça bouillonne en moi, des sentiments nouveaux apparaissent, je me mets parfois à te détester mais aussi il faut bien le dire à avoir envie que tu souffres . 

Tu vois ça ne me ressemble pas, alors j'ai craint au début de devenir comme toi, je n'acceptais pas ces sentiments dont j'avais tant entendu parler.

Mais on m'a dit, expliqué que ces sentiments sont normaux, que c'est une étape sur mon chemin, qu'il est normal et même sain d'avoir à un moment donné envie de détruire celui qui a détruit mon enfance et bousille encore ma vie des années après.

 

J'ai encore du mal à accepter, preuve au final que je ne suis pas et que je ne serai jamais comme toi . Toi tu ne cherches pas à savoir si tes pensées sont bonnes ou mauvaises, tu passes à l'acte et l'autre devient ton objet , ton défouloir, ou encore ta poupée.

Je ne serai jamais toi car je ne mettrai jamais mes pensées à exécution.

 

Mais puisque c'est ton anniversaire et que c'est ton cadeau, ça serait dommage de ne pas tout te dire non ?

Te dire comme je bouillonne et comme j'ai envie que tu aies aussi peur et aussi mal que tout ce mal que j'ai ressenti . Que tu sois aussi humilié que maman et moi l'avons été.

 

Tu sais il y a deux jours, un truc complètement banal passait à la télé, et ça m'a rappelé cette nuit où par simple envie de domination et de pouvoir, tu avais décidé de mettre maman à genoux en lui tordant les poignets pour qu'elle n'ait pas d'autre choix que d'obéir.

Le "à genoux" dit pour rire dans l'émission de télé m'a renvoyé ta voix , ta voix de mec bourré et sûr de lui dans la nuit, et le cri de maman, après lequel je suis arrivée dans la salle pour arrêter ça .

Je me souviens du "espèce d'ordure" que j'ai prononcé, si bas que tu n'as pas pu l'entendre . Je me souviens comme je te haïssais à cet instant précis . 

 

Ce passage banal à la télévision m'a donc renvoyé à toi, espèce d'ordure oui et j'ai bouillonné, fort, très fort . J'ai eu envie, tellement envie que quelqu'un de plus fort que toi te fasse la même chose, t'humilie, te mette à genoux.

J'ai eu envie de toutes mes forces que quelqu'un te fasse mal, te fasse peur, que tu sois obligé de supplier pour qu'il arrête.

J'ai eu envie de te torturer pour que tu me demandes pardon, et de te laisser crever sans t'accorder ce pardon.

 

Il te plaît mon cadeau j'espère ?

Parce que tu vois, il est provisoire, ma haine s'apaisera alors que toi tu resteras éternellement pervers .

Ma haine s'apaisera et mon plus beau cadeau un jour, celui que je me ferai à moi, sera de me foutre de savoir si tu es mort ou non.

L'indifférence, oui c'est vraiment tout ce que tu mérites.

 


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Par Opale - Publié dans : Mon agresseur
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Samedi 16 février 2013 6 16 /02 /Fév /2013 11:16

Ce texte sera le récit de la deuxième confrontation, un peu en vrac, un peu comme ça me vient dans les souvenirs à la fois embrouillés et douloureux de ce 14 février...

 

Lorsque mon avocate est arrivée, elle a commencé par me dire "je ne devrais pas vous le dire mais la juge n'a aucun doute sur les faits " . Même si je sais que ça ne donnera pas pour autant une condamnation ça fait toujours "plaisir à entendre"

 

Nous sommes arrivées à son bureau et mon agresseur n'était pas encore là, l'angoisse montait, et s'il ne venait pas ?

Son avocate a fait son apparition et lui est finalement arrivé une dizaine de minutes en retard , probablement à cause des trottoirs très verglacés.

 

La juge l'a d'abord fait entrer avec son avocate et les a placés sur les deux chaises de devant, puis mon avocate et moi avons été placées sur celles de derrière, je me retrouvais donc pile derrière lui mais dans l'impossibilité de le voir, ce qui en fait m'a paru frustrant et déstabilisant tout au long de cette confrontation .

 

On nous a précisés comment décaler nos chaises pour être dans l'angle de la caméra qui allait tout filmer , cela aussi est difficile, impossible de se sentir "naturelle" avec ce truc qui épie vos moindres réactions.

 

La juge  a commencé par lui adresser la parole et on a commencé fort dans de longues phrases pour ne rien dire , avec toujours ce ton de suffisance et de supériorité, cette façon de parler particulière et "manièrée" qui me plonge vite dans le passé .

On a notamment passé au moins 5 minutes sur sa définition de l'ivrogne et de l'alcoolique, je commençais à m'impatienter et à me demander si on allait le laisser longtemps sortir ses conneries.

 

La juge en est ensuite venue aux faits et m'a demandée si je confirmais mes accusations, ce que j'ai fait .

C'en est suivi une succession de questions, me demandant de repréciser des choses, lui demandant ensuite si ça lui disait quelque chose, le tout avec ses invariables "je ne me souviens pas, je ne vois pas "ça s'est produit ou non je ne sais pas" ou encore "ce n'est pas ma tasse de thé " lors d'une description d'un acte précis.

 

Je ne craquais pas, totalement enfermée hors de mes émotions depuis la veille, présente sans vraiment l'être, destabilisée malgré tout de tous ces "je ne me souviens plus" . Il arrive encore à me faire douter alors que je sais ne rien avoir inventé .

 

Si on résume ce qu'il répondait, il ne se souvient pas, il n'est pas du genre à menacer, il ne voit pas pourquoi il m'aurait empêcher de dormir, et j'en passe .

La juge m'a questionnée sur ce qu'il buvait, j'ai donc répondu que le minimum était une bouteille de vin le soir, minimum qui ne le rendait pas du tout saoûl.

Il a confirmé cela et quand la juge lui a fait remarquer que c'était beaucoup, il lui a répondu que dans une bouteille il n'y a pas un litre . Oh ben ça va alors...

A la question de savoir si ma mère buvait avec lui, la juge a eu droit à "oui elle buvait, de l'eau comme tout le monde . "

 

Il ne se "souvient pas" des abus mais n'est pas foutu de les nier farouchement, lorsque la juge lui demande si c'est possible ou impossible il répond "je ne vais pas dire que c'est impossible de quelque chose dont je ne me souviens pas, mais je ne vais pas en rajouter pour vous faire plaisir . "

Quand elle lui fait remarquer qu'il a dit de moi que j'étais bien élevée et pas une menteuse, il dit qu'en effet il pensait cela mais "qu'on a pas la science infuse" et que là il se demande s'il ne s'est pas trompé.

 

Lorsque la juge lui demande quel intérêt j'ai à porter plainte des années après alors qu'il n'a pas d'argent, et pourquoi je ne "rajoute" pas encore plus de faits dans mes déclarations, il ne sait pas.

Il réfléchit soi disant souvent à tout cela pour tenter de se souvenir, et là moment surréaliste, il dit à la juge que quand il se promène en campagne parfois des choses lui reviennent mais pas vraiment en rapport avec ce qu'on dit là.

L'espace d'une seconde je me dis qu'il va peut-être lâcher une toute petite info sur son comportement de l'époque, la juge lui demande ce qui lui revient et il répond "oh , des choses de jeunesse, que j'ai oublié de déclarer un trimestre pour ma retraite "

Ah. OK . C'était la chute et c'en est tellement hallucinant que j'ai failli me mettre à rire.

 

Interrogé sur son absence de sexualité , il repart dans des phrases à rallonge, la juge le met face à certaines déclarations de ma mère et je vais entendre ce qui va le plus me choquer et dont je ne pourrai parler qu'à ma psy, un élement très glauque du peu de sexualité qu'ils ont eu.

On ne doit déjà pas entendre parler de la sexualité de ses parents, mais quand les faits sont glauques et associés à un commentaire pervers , c'est horrible . Je me suis sentie sale d'entendre ça, ça renforce encore sa folie, sa perversité et le fait que ma mère était terriblement manipulable et fragile.

 

Avant la confrontation je m'étais dit que le seul moyen de le faire partir en vrille était de lui parler de ses propos mythomanes, je pensais que si la juge le lançait là-dessus il n'allait pas résister . Je me suis trompée.

Encore une fois il a trouvé une parade.

La juge lui a parlé de la légion entre autre et au lieu de s'expliquer ou d'en rajouter, il a dit à peu près ceci "plus c'est gros plus ça passe pour écoeurer les gens" 

Sa propre avocate lui a demandé de s'expliquer car elle ne voyait pas ce qu'il voulait dire par écoeurer . Il lui a donc répondu " si je vous dis que je suis milliardaire, vous n'allez pas me croire et vous allez partir non ? " elle répond que c'est probable . 

La juge rebondit et lui demande s'il veut dire que ma mère n'aurait pas dû le croire, il répond en gros que oui, et que quand c'est le cas c'est "qu'on n'a pas de bon sens" , le tout dit de manière très dédaigneuse.

Voyant que la juge répète la phrase pour la greffière il dit "oui enfin faut pas en rajouter" ce à quoi la juge lui a fait remarquer que tout ce qu'il dit est noté et filmé.

 

De mon côté je parle assez peu, les quelques questions de la juge portent en particulier sur les abus qu'il faut encore préciser, situer dans le temps, confirmer, c'est difficile.

A la fin son avocate me pose des questions, tente de me piéger sur les dates, le nombre de fois (elle a tellement insisté que j'ai fini par répondre que je ne prends pas de notes quand on m'agresse ) , le pourquoi j'ai porté plainte si tard. Elle m'a fait confirmer qu'il n'avait jamais été violent physiquement avec moi , sous-entendant ainsi que j'aurais pu arrêter tout cela puisque je ne risquais rien.

 

Le seul moment où il n'a rien répondu, c'est quand la juge lui a dit "nous sommes en train d'auditionner des membres de votre famille" , cette famille qu'il n'a pas vue depuis au moins 30 ans.

C'est terrible à dire car ce sont peut-être des gens bien mais je me réjouis de savoir qu'on va briser son image (si tant est qu'elle soit belle à l'heure actuelle) et dire clairement qu'il est accusé de viols sur mineur . Je savoure le fait que ça ait semblé le déranger, au point qu'il n'a strictement rien répondu à ça .

 

Nous avons ensuite signé les papiers et il est parti avec son avocate .

Je suis restée avec mon avocate et la juge pour finir de signer, et la juge a dit à mon avocate "maintenant vous avez vu le personnage" , ajoutant qu'elle en voit pourtant régulièrement des "pas nets" mais que lui est totalement insaisissable .

Elle parle comme si elle allait poursuivre et nous suggère déjà de réfléchir à une correctionnalisation ou un passage aux assises.

Correctionnaliser signifie qu'on "efface" les viols qui sont des crimes, et qu'on les transforme en délit, pour passer au tribunal correctionnel et aller plus vite. 

Le choix n'est pas simple car cette déqualification des faits est tout de même symboliquement dure à avaler.

 

Pour le moment je réfléchis et mon avocate également . Aux assises on passe plus de temps sur le dossier, on est beaucoup plus pris en compte, mais à partir de la décision du juge (à mon avis d'ici pas moins de 6 mois ) il faut compter deux ans pour un procès.

En correctionnelle c'est 6 à 8 mois.

Je penche donc pour l'instant pour la correctionnelle, ne me sentant ni la force ni l'envie d'avoir ma vie entre parenthèses tout ce temps encore et que dans deux ans et demi on vienne me demander à nouveau de tout raconter à la barre et de le voir faire le mariole devant les jurés et la salle d'audience, ravi d'avoir un public.

 

Voilà, après cette confrontation je suis épuisée, ça reste extrêmement difficile de réaliser avoir vécu avec ce type , c'est hyper douloureux à chaque prise de conscience.

Il faut digérer maintenant, pour le moment les abus qui me foutaient la paix depuis un moment me reviennent en tête et les cauchemars refont leur apparition.

Il va falloir du temps pour digérer la violence de sa présence, de ses mots, du doute qu'il réussit à mettre encore en moi, de sa folie si proche menaçant de m'emporter.

Il va falloir également gérer la frustration de n'avoir eu, contrairement à chez les flics, aucun moment où lui adresser la parole.

La colère faisant depuis peu son apparition, j'avais très envie de pouvoir lui dire qu'il n'avait "qu'à crever" et que personne ne le regretterait...



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Par Opale - Publié dans : La plainte
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Vendredi 8 février 2013 5 08 /02 /Fév /2013 19:18

Là d'où je viens il y a cet homme .

Il boit, il fait peur, il empêche de dormir.

Là d'où je viens il y a cet homme.

Ses mains franchissent l'interdit.

 

Mais il n'y a pas que cela.

Là d'où je viens cet homme est fou . Il dit tant et tant de choses qui se perdent dans ma tête d'enfant . Des choses bizarres, des choses effrayantes, des choses semblant impossibles , des choses, des choses, ça déborde de ma tête.

Il dit des choses que maman croit, ma pauvre maman si naïve et paumée, apeurée aussi.

 

J'ai grandi, j'ai porté plainte contre l'homme fou, bientôt je vais le revoir et subir à nouveau sa folie . J'ai peur encore une fois de me sentir emportée par son monde, peur de ses phrases, de ses comportements imprévisibles et tellement inimaginables qu'ils dépassent ma pensée, et me laissent là, sans possibilité de réfléchir.

 

Bien sûr ma psy m'a dit que non je ne deviendrais pas folle mais j'ai si peur, j'ai encore gravée en moi cette première confrontation, cet effondrement et toutes mes larmes en replongeant si violemment dans son monde, ce monde où j'ai grandi de force.

 

Il y a quelques temps j'ai demandé à ma mère de noter dès qu'elle se souvenait de ce qu'il disait, et peu à peu elle l'a fait . En la lisant j'ai constaté que je ne me souvenais pas de tout loin de là , et que d'autres choses oubliées m'étaient finalement familières.

 

J'ai raconté à des amis, ne sachant plus si je devais en rire ou en pleurer . J'ai ri, de bon coeur en délirant sur les situations, puis quelques heures plus tard je me suis sentie mal, si mal pour l'enfant que j'étais et qui devait survivre dans tout cela.

 

Je ne sais pas si les lignes qui suivront seront crédibles, mais elles sont vraies, d'ailleurs comment les inventer ?

Ces lignes sont en vrac ce qu'il a pu affirmer (une partie seulement, ma mère complètera un jour je suppose ), je les mets à l'affirmatif , mais elles seraient bien évidemment à mettre au conditionnel ou plutôt au "non existant" mais ce temps là n'existe pas, à mon grand regret il a existé.

 

Voici donc :

 

- Il a fait 10 ans de légion étrangère . Il a donc changé de nationalité et pris la nationalité monegasque , et a été reçu à la table du prince Rainier . Pour avoir cette nationalité il avait un studio à Monaco.

 

- A la légion il a été blessé et est resté deux ans sur un lit d'hôpital.

 

- Il a écrit pour Richard Clayderman, Dire Straits et Rondo Veneziano . Il faisait acheter du papier musique à ma mère et lui faisait poster ces partitions soi disant écrites à l'encre "invisible" au citron.

 

- Il pouvait s'il le voulait faire mettre de la drogue chez ma mère et la faire mettre en prison .

 

- Il pilotait un avion et allait chercher en Suisse des enfants enlevés à leur famille.

 

- Il était maire près de Bayonne et avait une entreprise là-bas, il recrutait aussi dans le Nord Pas de Calais

 

- Il avait repris une entreprise de frigorifiques sur Paris.

 

- Il avait un casier pour mettre ses affaires chez les gendarmes et faisait des rondes avec eux . Pendant ces rondes, il faisait veiller quelqu'un chez nous pour me garder la nuit .

Un jour les gendarmes sont venus le chercher en hélicoptère dans son jardin du campus et ses voisins n'en revenaient pas.

 

- Ma mère avait un petit carreau de cassé à son rétroviseur et il ne voulait pas qu'elle le répare car il disait que cela lui servait pour échanger des messages avec des gens, via des petits papiers mis dans l'espace formé par ce carreau cassé .

 

- Il ramenait des billets à ma mère et lui demandait l'équivalent en monnaie, pour payer des personnes qui lui donnaient des renseignements .

 

Voilà, je vous épargne ce qui concerne les différents emplois occupés.

 

J'ai mal, mal pour cette enfant que j'étais, plongée, noyée là-dedans.

J'ai peur, peur de l'entendre à nouveau, sa façon de parler me replonge sans aucun recul possible dans ce gouffre délirant .

 

Je suis fatiguée, certes j'ai survécu, certes je ne suis pas devenue folle, mais j'ai trop mal de tout ce gâchis et de la lutte pour s'en sortir.

 

Là d'où je viens, il y a cet homme que je vais revoir.


 

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Par Opale - Publié dans : Mon agresseur
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