Objet

Publié le par Opale

Il aura suffi d'une question mal, très mal placée pour que remonte à la surface ce ressenti.

15 minutes passées avec le Dr Givré, qui alors que je ne le connais pas me demande si j'ai fait une fellation à mon agresseur, et me voilà repartie à me battre avec mes souvenirs, mes peurs, mes ressentis.

Une séance psy plus tard à tenter de s'expliquer pourquoi ça me met si mal alors que je n'ai pas subi ce dont il a parlé et les mots sont posés "soumission" "impuissance" objet" ..

Comment expliquer cette impression d'être un objet, comment expliquer, sans donner de détails d'abus (ce que je m'interdis le plus possible sur ce blog ) à quel point ça vous amène près de la folie ce ressenti ?

Je dis souvent que l'abuseur a "la télécommande" , ça pourrait presque suffire à tout expliquer. Vous n'êtes plus rien, vous ne décidez plus de rien, il appuie sur tel ou tel bouton et observe avec toute sa perversité comment son jouet lui obéit bien .

Votre tête dit non , votre corps agit, ressent, subit.

Et quand depuis la consultation avec Dr Givré je pense à toutes ces années, c'est ce que je vois, c'est ce que je ressens . Un objet, très élaboré, un jouet qu'on programme à sa guise. Un jouet qui visiblement devient obsédant.

Qu'est-on d'autre qu'un jouet obsédant pour un regard obsédé , quand 2, 3, 10 fois par jour pendant six ans des mains se posent sur vous, dès que vous êtes à portée de ces mains, dès que la pièce où vous vous trouvez est vide.

Plus qu'un objet, un robot, car programmable oui, il suffit de quelques jours, de quelques semaines, pour que de lui-même le robot sache quand il faut obéir, sache quand il faut se déshabiller, sache quand il faut vite faire semblant de rien car la mère revient.

Au moment où on le vit, on ne le sait pas forcément qu'on est un objet, car non, quand on subit des abus sexuels, on se dit finalement assez rarement "oh la la je suis en train de me faire agresser" , non, on se dit plutôt "oh la la JE suis en train de faire quelque chose de mal AVEC lui ", complice, coupable, pour échapper à la folie qu'amènerait si jeune le fait de voir qu'on est un objet et que non l'agresseur ne nous aime pas, non il ne prend pas soin de nous.

Dans mon histoire il semblait en prendre soin de son objet, de son jouet, c'est vrai.

La première fois, cette première fois où ses mains sont passées sous mon t-shirt de pyjama puis ailleurs, il m'a demandé si ça allait.

Joli piège, car quelle est la définition de "ça va ? " dans ces circonstances ?

Dans la tête d'un enfant, d'un ado, "ça va" s'il est content ou s'il n'est pas malade ou s'il n'y a rien à signaler et "ça ne va pas " s'il est triste, malade, en colère. Mais là ? Ca ne rentre pas dans les cases , pas malade, pas triste, pas en colère, juste totalement perdue, aspirée par une incompréhension et une impuissance qui dépassent tout .

Alors déjà on est programmé car soit on ne répond pas, incapable de le faire, soit on répond que "oui ça va " tout en se demandant ce qu'on est en train de dire, ce qui est en train de se passer, ce qui va continuer à se passer .

Les jours, les semaines les années passent, à se croire coupable, complice .

Et puis quand au détour d'un mot tout revient, on se reprend violemment la réalité en tête et les souvenirs affluent, on se souvient qu'on n'était plus que ça, un corps qu'il veut toucher, avec ou sans vêtements selon le temps imparti, mais un corps, pas une tête, pas un esprit, non une chose avec de la peau dessus, une chose qu'on a tant et tant déjà touché qu'on sait que jamais elle ne pourra s'enfuir, puisque c'est désormais son quotidien. Aller porter un café pour dire bonjour ? Touchée. Se rapprocher quand sa mère est dans la cuisine, aux toilettes, à la salle de bain ? Touchée . Se pencher et regarder un livre au dessus de son épaule ? Touchée. La mère partie travailler pour la nuit ? Touchée.

Sans violence, sans menace, un regard, un "tu vas te préparer" et le robot obéit.

Des couches de vêtements trop nombreuses et la voix du "maître" qui dit que ce n'est pas pratique ? A peine dit que le robot a remédié à cela, mécaniquement.

Quand des années plus tard vous tentez de redevenir un être humain, et que votre passé de robot vous saute au visage, c'est juste insupportable. Mille et mille fois les mêmes images, mille et mille fois se voir agir mécaniquement, ne plus s'en vouloir mais en avoir mal à crever d'avoir été programmée. Mille et mille fois revoir le regard obsédé qui s'il n'a qu'une petite seconde fera ses gestes de loin, sans toucher, mais avilissant tout de même.

Et forcément les cauchemars, il est là, il est revenu, se réveiller le matin et devoir réfléchir pour savoir s'il est revenu réellement. Le "voir" la nuit et l'entendre dire "ah si, il faut" avant de toucher encore et encore.

Se noyer dans les mots, se noyer dans les conseils, il faut vivre et on veut vivre et pourtant c'est là, ça tire vers le bas, ça met des gifles encore et encore, ça broie le coeur en une seconde.

On s'y perd, tout se mélange, le passé et le présent, un mot et on prend peur, on serait prêt à obéir. Bon robot bien programmé. On perd la raison,on se dit ou plutôt on ressent qu'il faut obéir à tout le monde, que c'est comme ça, qu'on le doit , qu'on est fait pour ça, objet, juste objet.

Heureusement on pose les mots, heureusement il y a la thérapie, heureusement il y a l'écrit, le temps de refaire surface, le temps de ne pas faire de connerie, le temps de réaliser que non on n'est plus un objet même si on se déteste encore tant et tant.

Les agresseurs sont des voleurs d'âmes, de cerveau, de corps, d'images. Ils ne laissent rien de vivant ou si peu de chose .

Plus qu'à se reconstruire...en sujet.

 

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Elle a 36 ans...

Publié le par Opale

G. a 36 ans . Elle a deux enfants, JL un garçon de 15 ans et L une fille de 9 ans . Elle est mariée à E. , qui est âgé de 78 ans.

JL n'est pas le fils de E. mais de M. son premier amour . M. était en instance de divorce, alors tous les deux se cachaient mais JL est arrivé . La procédure prenait trop, beaucoup trop de temps , et G. s'inquiètait d'élever son petit dans une chambre de bonne glacée .

Elle a donc quitté M. à contre-coeur et a accepté les avances de E. qui l'employait dans son commerce depuis peu.

Ils se sont mariés et ont eu la petite L.

Les années ont passé et nous le disions, G. a désormais 36 ans . Sa vie avec E. n'est pas une vie d'amour, mais ses enfants sont à l'abri, elle a de la tendresse et de la reconnaissance pour lui malgré son caractère difficile de personne âgée.

Alors elle n'en est pas fière mais désormais elle rencontre régulièrement B. , un collègue de la maison de retraite où elle est aide-soignante . Elle cherche l'amour auprès de lui, se contente des miettes de temps qu'il lui accorde, se contente des 10 mn de corps à corps par ci par là, c'est ça sa vie.

Ils font bien attention, il se retire toujours au moment où...Mais cette pratique a ses limites et voilà que G. est enceinte et que le monde s'écroule.

Il va falloir tout avouer à E., et son amour-propre ne méritant pas d'être piétiné par ses égarements, il va bien falloir accepter s'il lui demande d'avorter .

E. lui dira de "faire ce qu'elle veut" et elle sautera sur l'occasion pour garder ce bébé qu'elle aime déjà, elle n'aurait pas supporté de devoir avorter, mais elle l'aurait fait pour lui.

Le 20 septembre 1978 naîtra donc A. , petit bébé qui ignore que E. n'est pas son père biologique.

Les années passent dans une vie monotone puis de plus en plus dramatique . JL meurt à 23 ans, suivi 3 mois plus tard par E. qui a eu 86 ans.

Alors G. s'imagine fonder une vraie famille, avec quelqu'un de son âge, quelqu'un qui rendrait heureux les enfants et surtout la petite.

S., appelé Taré 1er dans ce blog arrive vers les 8 ans de A.

Les années passent à nouveau .

A. a 18 ans. Oh il n'y aura pas de fête, il ne faut pas rêver, c'est une vie plate que cette vie-là . Il y aura un gâteau, des bougies, sa mère, Taré 1er et elle . Sa mère tentera de chantonner "joyeux anniversaire" et Taré 1er râlera parce que ça l'empêche d'entendre la télé.

Mais donc elle a 18 ans, ça y est c'est cette année. Cela fait un ou deux ans qu'elle y pense, qu'elle s'est mis en tête que ce jour là elle y arriverait, que ce symbole de sa majorité lui permettrait enfin de dire non, non à ses mains à lui partout sur son corps, si souvent , chaque jour, plusieurs fois par jour depuis 6 ans déjà.

Elle se l'est promis, à 18 ans elle oserait dire non. Hélas ce n'est pas si simple , repousser les mains, ces mains apparemment non-violentes mais si connues du corps, le "non" sera bien timide et les gestes continueront car c'est bien compliqué de les arrêter, de cesser ce qui est devenu quasi normal.

Et elle culpabilise, elle se l'était dit, elle y arriverait. Peut-être bien d'ailleurs qu'elle s'imagine déjà en prison , complice, coupable, et punissable puisque majeure.

Alors ça ne cessera pas pile à 18 ans, mais plus tard, vers 19 ans ou un peu avant, elle ne sait pas bien, c'est tellement fréquent, elle n'est plus que ça à longueur de journée dès qu'il a accès à elle hors de la présence de sa mère.

G. avait 36 ans quand elle a conçu A.

Et aujourd'hui, 20 septembre 2014, A. a 36 ans . Ou deux fois 18 ans . 18 ans ou un peu moins ont passé depuis la dernière fois où il s'est emparé d'elle et l'a fait réagir telle une poupée bien programmée , où il n'a vu ni être humain ni détresse derrière ce corps devenu son jouet préféré, son pantin à massacrer.

Et 18 ans plus tard, c'est là encore. Elle en a honte parfois quand on lui dit d'avancer, de vivre, de tourner la page. Alors qu'elle lutte encore et encore, plus que personne ne peut l'imaginer.

Plus d'une fois elle regrette cet "accident" qui a fait que G. l'a portée dans son ventre il y a 36 ans .

G c'est ma mère. A. c'est moi.

J'ai 36 ans et pour le moment je ne le digère pas..

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Quand ça va mieux...

Publié le par Opale

Mon avant-dernier article s'intitulant "dépression", il était temps de donner quelques nouvelles.

Ca va mieux . Après des années à tester à contre-coeur des anti-dépresseurs , 6 mois pour le premier, 1 an et demi pour le deuxième et un an pour le troisième, le tout sans effet, à part 8 kilos de plus sur la balance avec le 3ème, voilà que ô miracle et malgré mon énorme blocage contre ces médicaments, le quatrième semble enfin être le bon et me sort donc d'un très long bas qui durait depuis début janvier .

Je peux enfin me réveiller la nuit ou le matin sans avoir directement envie de me tuer, je peux aller travailler sans que ça mobilise toute mon énergie , je peux travailler un peu plus efficacement avec ma psy, bref je peux respirer.

Bien sûr j'ai encore très peur de la rechute . J'ai eu de nombreux bas mais ce dernier épisode dépressif a laissé des traces , peut-être parce qu'il était accompagné du casse-tête judiciaire et de l'attente pour savoir si finalement il y aurait ou non un procès aux Assises pour Taré 1er.

Ca va mieux donc et le travail avec ma psychologue avance . J'ai ressenti le besoin d'écrire deux lettres fictives, l'une que le moi de 12 ans adresse au moi adulte et l'autre qui est la réponse du moi adulte au moi de 12 ans, le but étant de me pardonner .

La première lettre a été écrite, lue (difficilement, ce n'est pas rien ce qu'il y avait dedans ) et semble avoir porté ses fruits puisque depuis je m'accepte beaucoup mieux physiquement, j'ai plaisir par exemple à me choisir quelques vêtements et je suis un peu plus douce avec moi, prenant le temps de faire les choses sans me mettre sans cesse la pression . Ce n'est pas parfait mais ça avance.

J'ai pris la décision de demander un temps partiel à 80% au travail, c'est un sacrifice financier que je ne regrette pas, car je n'ai pas eu d'arrêt de travail depuis, juste une ou deux journées prises au dernier moment , mais dans l'ensemble je suis beaucoup plus présente au travail et je peux me poser le mercredi.

Tout cela, n'en déplaise à ceux qui voudraient que les victimes "tournent la page" n'empêche pas bien sûr les coups de blues, les pleurs lors des séances psy, certains cauchemars ou encore les angoisses fréquents en ce moment quant à la date du procès (2015 ou 2016, telle est la question et si c'est 2016, il est clair que je "péterai un plomb" car il est temps que cette attente se termine )

Malgré tout, ne pas être chaque jour dans l'envie de se tuer, c'est à sauter de joie tant c'est reposant et j'espère bien que ça va durer.

Je tente donc de m'accrocher le plus possible et peu à peu de me remettre dans la vie après cette parenthèse noire qui a bien duré 4 mois , la prochaine étape étant je l'espère la reprise d'activités de loisirs en septembre.

Merci à ceux et celles qui me liront et me connaissent, dans la vraie vie ou sur internet et qui sont toujours là pour partager les hauts comme les bas, sans jugement.

Rien n'est gagné , je suis toujours très prudente quand je dis que je vais mieux, mais je profite en tout cas de cette accalmie pour reprendre des forces .

 

 

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Eux

Publié le par Opale

Lui d'abord, lui qui me manque en ce jour de fête des pères.

Mon papa, ancien tailleur de pierre puis petit commerçant . 86 ans quand il est mort, j'avais 7 ans et demi. Je ne sais pas si ça m'a dérangée un jour d'avoir un "vieux" papa, je n'en ai pas le souvenir en tout cas.

86 ans vous me direz "mais tu es sûre que c'est ton vrai père ? "

Non, en effet.

Il n'est pas mon père biologique, mais ça je ne l'ai su qu'après sa mort. Ma mère comptait me le dire quand je serais apte à comprendre, mais vers mes 9/10 ans, Taré 1er , ivre mort a eu la lumineuse idée de la forcer à me le dire, comme ça, d'un coup , probablement pour tenter de me remonter un peu contre elle. Pas de bol pour lui ça n'a pas marché.

Pas mon père biologique donc. Mais pour moi c'est mon père, le seul, mon papa, celui qui m'a élevée, point. Les liens du sang je m'en cogne comme de l'an 40.

L'autre, le géniteur, c'est juste un type qui avait plusieurs maîtresses "même s'il aimait sa femme" et a bien profité de ma mère qui se contentait de miettes de tendresse, vu sa vie pas simple avec il faut bien le dire une personne âgée, pour qui elle n'éprouvait que de la tendresse et de la reconnaissance.

Il lui avait demandé de l'épouser, elle avait accepté pour mettre mon frère à l'abri à l'époque, loin de sa chambre de bonne glaciale. Ne jugez pas merci, je suis la seule à en avoir éventuellement le droit.

Le jour où elle a su qu'elle était enceinte, elle l'a dit à mon papa (celui du coeur, pas le géniteur, suivez un peu ...) elle était prête pour son "honneur" à lui à accepter d'avorter, il lui a dit "tu fais ce que tu veux" , elle a sauté sur l'occasion pour me garder, n'ayant aucune envie d'avorter. Fin de l'histoire, il m'a élevée comme sa fille.

Dans mon absence de souvenirs je n'ai que de très vagues images d'une canne avec laquelle je jouais, et de son masque à oxygène qu'il portait la nuit.

Un jour en sortant de l'école, ma mère me dit qu'il est à l'hôpital, il décédera quelques jours plus tard. Je n'ai pas posé de questions, pas pleuré, pas réagi, je n'ai pas la moindre idée d'ailleurs de ce que j'ai ressenti , je ne sais même pas ce que l'on m'a dit.

Je peux juste "soupçonner" que l'on m'ait dit "il est parti pour toujours" puisque quelques temps plus tard je faisais mon petit baluchon et laissait un mot à ma mère "je suis partie pour toujours" , lui causant une belle frayeur, mais n'allant en fait pas plus loin que chez une copine.

3 mois plus tôt, la mort avait déjà frappé dans la famille.

Lui, mon grand frère, chauffeur routier est "parti" à 23 ans , un jour de décembre. Une mort idiote qui n'aurait pas dû arriver.

Au départ une simple opération pour des calculs dans les reins. Pendant l'hospitalisation, nombreux changements de sondes et il se choppe un microbe. Maladie nosocomiale on appelle ça je crois. Comme dit si bien Nicolas Canteloup "c'est le petit geste commercial de l'hôpital, pour une maladie soignée, une offerte..."

Il se mettra à cracher du sang mais ne sera pas cru, on lui dit qu'il saigne juste de la bouche. Quand il le montre pour le prouver c'est déjà trop tard, l'embolie pulmonaire monte , on le plonge dans un coma artificiel. Peu avant il a fêté ses deux ans de mariage à l'hôpital. Il n'en ressortira pas. Il meurt deux mois après son entrée.

Là non plus je ne me souviens pas de l'annonce, les seules images qui me restent sont celles de mes parents qui pleurent, de moi qui leur écris des petits mots en silence "je t'aime maman" "je t'aime papa" ne sachant que faire face à leurs larmes, de moi encore qui cachée dans un coin de la porte agite ma petite marionnette pour tenter de faire rire ma belle-soeur.

D'eux j'aimerais pouvoir vous raconter des anecdotes, vous parler de leur caractère , de mes souvenirs avec eux, mais je n'ai absolument rien de tout cela. Je ne vois même pas leur visage vivant dans ma tête. Ils n'ont qu'un visage de papier glacé, éternellement gravé sur de rares photos qui ne me rappellent strictement rien.

Cette absence de souvenirs est lourde, surtout quand d'autres souvenirs d'école sont présents pour la même époque. Le traumatisme m'a privée d'eux mais a choisi de laisser gravé ensuite chaque souvenir violent de Taré 1er arrivé peu de temps après ces deuils. Il n'y a visiblement pas beaucoup de justice dans l'inconscient.

Ils me manquent . Une fois ou deux j'ai rêvé que je les retrouvais, je leur racontais ma vie, on se parlait, j'étais adulte , je pouvais enfin leur dire "je t'aime" . Mais ce n'était qu'un rêve.

Voilà, j'avais juste besoin de vous parler d'eux.

 

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La dépression

Publié le par Opale

Dimanche de Pâques.

Hier a été une journée difficile, passée au lit, mais tu t'es dit qu'allez, aujourd'hui tu parviendrais à ranger un peu, à t'occuper, voire à te faire plaisir.

Malheureusement à peine réveillée tu sens que la journée sera identique ou pire, tu sens ce néant, cette absence d'envie, de vie, de volonté.

Tu te lèves , tu prends quand même un petit déjeuner pour avaler la pilule magique censée éloigner d'ici quelques jours toutes ces idées noires . Ton petit déjeuner tu le prends sur cette table où tu n'as plus de place, où s'accumulent vaisselle, pots de yaourts et autre.

Tu pourrais jeter, laver, alors pourquoi tu ne le fais pas ? Tu ne sais même plus, tu ne peux plus.

Un petit tour sur l'ordi et tu te dis qu'allez, un petit effort et tu vas prendre ta douche, un "coup de pied au cul" devrait suffire comme disent tant de gens. Mais non, ça ne suffit pas et tu restes là, engluée dans ton incapacité . Tu te débats dans ta tête entre découragement, honte de toi, coups de pieds au cul psychiques, rien n'y fait.

Tu tournes et tournes et forcément tu penses, que tu es seule, que c'est un long week-end, que c'est de ta faute puisque de toute façon non seulement tu ne sais pas aller vers les autres mais qu'en plus tu ne donnes jamais de nouvelles.

Tu n'oublies pas ceux que tu aimes mais tu es fatiguée de leur mentir quand tu dois donner des nouvelles alors tu n'en donnes plus . Tu ne te vois pas appeler un ami pour dire que tu n'en peux plus, que mourir serait une chouette option . A quoi bon inquièter quelqu'un pour rien alors que tu n'aurais jamais le cran de passer à l'acte, toi qui as si peur de la mort, une telle peur d'ailleurs qu'elle t'empêche de vivre.

Les pensées tournent et tournent, tant pis tu vas les arrêter quelques heures, tu sais que ce n'est pas l'idéal, tu sais que c'est trop même si ce n'est pas très grave, tu prends 5 xanax de 0.25 et tu te couches .

Tu dors enfin même si tu ne tarderas pas au bout de 2 h à te réveiller, puis à somnoler une bonne partie de la journée, en ayant le temps de regretter, de te dire que franchement tu es conne d'ainsi gâcher ta journée, ta vie, de passer à côté de tout. Pourtant tu ne peux pas, vraiment, tu repenses à aller te doucher, tu ne peux pas, tu redors en te disant que vers 18h tu prendras ta douche et tu iras à l'épicerie, il faut bien manger quelque chose ce soir et tu n'as le courage de rien.

Tu te réveilles, tu jettes un oeil à ton portable et au petit oiseau bleu qui te donne des nouvelles de tous ces gens que pour beaucoup tu admires, leur métier, leur combat, leurs activités, leur lutte pour rester en vie. Et toi tu es là à ne rien faire , et tu as honte.

Tu te lèves et tu n'es toujours pas capable d'aller te doucher, de sortir juste chercher une pizza. Tu n'as pas mangé ce midi tu as un peu faim, il reste trois petites tartines tu te les fais, ça suffira et sinon tant pis pour toi.

Tu regardes dehors, le ciel s'est dégagé, la vue est belle devant chez toi comme chaque jour et pourtant tu sens une vitre infranchissable entre toi et le monde.

Tu te demandes si tout ça vient vraiment de ton passé en enfer, c'est vraiment trop facile de tout mettre sur le dos de Taré 1er , aussi fou soit-il, aussi grave soit ce qu'il t'a fait.

Il doit y avoir autre chose, quelque chose qui cloche chez toi, tu n'es pas une battante, tu es une loque que tu détestes et que tu vois agir, ou plutôt ne pas agir. Tu sais que tu es la seule capable de te rendre heureuse, de te donner le bonheur, d'améliorer ta vie, on te le répète assez, et ça te culpabilise assez aussi.

Tu le sais mais tu ne peux pas, tu es engluée, il paraît que tu es malade, dépressive, et franchement tu as du mal à y croire, tu ne vois que ton incapacité, ta nullité, tu ne vois que ce respect que tu as pour les autres qui eux avancent dans leur combat contre la maladie ou simplement pour changer de vie.

Tu vas sûrement bientôt te recoucher, en croyant que demain tu vas y arriver peut-être, mais surtout en ayant pas envie qu'il y ait un demain.

Tu les comprends . http://poemes-d-opale.over-blog.com/article-18345467.html

 

 

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Enfoiré...

Publié le par Opale

Ca y est il fait beau, la France est sous le soleil . On se réjouit tous, moi y compris , de ces premiers beaux jours après tant de grisaille.

Je me réjouis, mais je serre les dents aussi.

Le soleil, cette atmosphère des premiers beaux jours, ce début de printemps (en avance)...

L'angoisse monte, comme chaque année depuis les révélations. Sentiment de danger, sentiment de ressentir ce qu'a ressenti l'ado que j'étais, peur, impuissance, certitude que ça va arriver.

27 avril 1992...Une date que je n'ai osé demander qu'il y a 2 ou 3 ans pour enfin en avoir le coeur net .

C'est le printemps, il fait beau dehors.

Maman a préparé ses affaires, elle part quelques jours pour une opéation bénine. Rien de grave mais l'atmosphère est lourde. Je n'aime ni les séparations ni l'hôpital . Mon frère y est parti, il y est mort, papa y est parti, il y est mort aussi . On va peut-être arrêter les frais.

Le taxi klaxonne, un dernier bisou, j'accompagne maman dehors et je regarde le taxi partir.

Je rentre à l'appart' , je vais vers toi, j'ai juste besoin de réconfort, je n'aime pas savoir maman à l'hôpital.

Je vais vers toi.

Tu m'emmènes dans ta chambre...

Ce n'était ni la première ni la dernière fois, mais tu as tué une fois de plus cet espoir en moi de recevoir du réconfort, de l'affection, cet espoir que tu sois un "deuxième papa" un peu normal, juste un peu...

Enfoiré....

9 mars 2014...

Et oui j'y pense encore, et oui je ressens l'angoisse diffuse.

Et oui il faut vivre, se créer de nouveaux instants sous le soleil.

Et oui il faut réapprendre à vivre de A à Z puisque tu as tout déconstruit et piétiné.

Enfoiré....

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Retour en arrière...

Publié le par Opale

Le revoilà.

Il s'était calmé depuis un peu plus d'un an mais il revient en force.

LE regret. Puissant, destructeur, angoissant.

Et oui, à nouveau je regrette de toutes mes forces d'avoir porté plainte.

Alors ces phrases dites en toute amitié et sympathie "Mais non ne regrette pas ! " "Mais non faut pas espérer un non-lieu, tu ne vas pas baisser les bras ! " 

Et pourtant si, oh que si je regrette. Et oh que oui j'espère un non-lieu.

Ca suffit. Plus de 3 ans ça suffit. J'étouffe depuis 3 ans dans les pages de mon dossier que la justice ouvre et referme à l'envie, m'écrasant dedans au passage.

Je n'en peux plus . J'ai porté plainte pour avoir une confrontation, je l'ai eue.

Puis j'ai évolué, et j'aurais préféré peut-être que cette évolution n'arrive pas puisque j'ai finalement souhaité un procès, souhaité qu'il soit puni.

J'ai oublié bien trop vite ce que je dis depuis toujours et qu'on ne croyait pas : il s'en fout, il est inatteignable, il ne craint pas d'aller en prison , il se fout de ce qu'il m'a fait, il se fout des conséquences que ça peut avoir dans sa propre vie.

Je le savais, tout comme je savais qu'en garde à vue il n'en aurait strictement rien à faire de sa situation et d'être auditionné par un flic .

Le savoir et le constater sont deux choses différentes.

La violence du constat a été inouïe une première fois lors de la confrontation, lorsque je l'ai vu tellement imbu de lui même, tellement indifférent à la situation de garde à vue. Lorqu'on entend son agresseur dire qu'il ne se souvient pas, reprendre le flic sur des conneries avec son air supérieur, répondre " oh tous les jours ça m'étonnerait je ne suis pas de nature gourmande à la base " , lorsqu'à la fin de la confrontation on l'entend ajouter que s'il se rappelle de quelque chose il contactera le flic, qu'il n'a qu'à lui donner ses coordonnées , je peux vous dire qu'on est KO. J'ai été sonnée par son indifférence.

Le 2ème round est arrivé il y a peu en apprenant qu'il ne cherchait pas à joindre son avocate et n'était pas joignable malgré le fait qu'il ait reçu comme moi son ordonnance de mise en accusation devant les assises.

Reprise du 2ème round. Nouveau KO... L'observer, l'imaginer, savoir qu'il continue sa vie comme si de rien n'était, se ballade, s'en fout.

Il se souvient sûrement bien sûr mais peu lui importe. Il a joué, il s'est amusé, le jouet c'était mon corps, le jouet a porté plainte et alors ? Il risque la prison et alors ? Peu importe.

Je n'en peux plus. Je réalise qu'il y a toujours en moi cette partie qui voudrait l'atteindre, qui voudrait le voir "humain" . Cela n'arrivera jamais, et un procès ne fera que me montrer encore pendant deux longues journées à quel point tout cela est bien loin pour lui, à quel point tout cela n'est qu'une partie de sa vie, 6 années de son quotidien où son activité favorite a été de poser ses mains sur mon corps et de me faire croire que j'en étais coupable.

Ces 6 années sont terminées, fin de l'histoire.

Il n'aura que faire d'un procès, d'une peine éventuelle, c'est une évidence quand on voit encore son absence totale d'intérêt pour son propre dossier et son avenir carcéral ou non.

Alors ça suffit. Je ne veux pas que la cour d'appel confirme les Assises. Je ne veux pas rester encore au moins deux ans avec cette épée de Damoclés au dessus de la tête.

Vous me direz que pendant deux ans je pourrai vivre, faire des choses, oui bien sûr, mais avec cette terreur en filigrane, cette attente d'une date, cette attente d'à nouveau le revoir, à nouveau le subir deux jours durant, à le voir s'en foutre, à l'entendre ironiser, à entendre son avocate tenter de me démonter et à entendre les experts mettre à nu ma vie et la sienne.

Je ne veux plus ça suffit.

Je ne veux plus et l'angoisse me dévore car je ne peux décider de rien. La machine est lancée, le rouleau-compresseur de la justice ne s'arrête jamais.

Je suis usée, fatiguée, terrifiée.

Je regrette oui, c'est bien trop dur de porter plainte et d'en assumer les suites, bien trop lourd, bien trop épuisant.

Non ce n'est pas baisser les bras que de souhaiter un non-lieu . C'est tenter de récupérer une vie, tenter d'admettre et d'accepter qu'il s'en fout et s'en foutra à tout jamais.

C'est tenter de se relever après avoir été mise KO . C'est tenter de ne pas oublier que si pour lui je n'étais qu'un jouet , je n'en suis pas un . C'est tenter d'apaiser la petite fille en moi qui aurait tant voulu être aimée de lui, mais pas ainsi. C'est tenter de le laisser vivre sa vie sans qu'elle ait d'incidence sur la mienne.

Je regrette oui, je n'en peux plus.

Je veux un non-lieu

 

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Vous le saviez ? Moi non plus .

Publié le par Opale

J'espère que ce petit article sera lu par quelques victimes et leur évitera la déconvenue (le mot est faible) que j'ai récemment connue .

Pour les non-victimes, je compte sur vous pour informer.

Je suis sympa je ne ferai pas d'interro écrite, je rappelle donc à ceux qui n'auraient pas suivi qu'on en était resté à "youpi la procédure est finie, il ira aux Assises " (et accessoirement à "au secours, subir 2 jours en sa présence ça va être horrible)

Ca c'était le 27 décembre après réception de l'ordonnance de mise en accusation et de renvoi aux Assises donc .

Oui mais non. On stoppe tout on remballle le champagne (enfin le muscat parce que le champagne c'est dégueu ! ), fausse alerte les gars !

Il y a quelques jours j'ai donc appris que Taré 1er avait fait appel. Vous me direz, et on me l'a déjà dit "mais appel de quoi, y a pas eu de procès encore donc pas de condamnation" 

Ouais, je sais. Mais la justice est joueuse, prenez des notes.

Ce que je ne savais pas (et que mon avocate contre qui je suis bien remontée aurait dû me dire ) c'est que quand une juge d'instruction rend son ordonnance et décide d'envoyer aux Assises c'est à dire qu'il y ait un procès en cour d'Assises (en gros dans les 2 ans qui suivent ) , ça ne s'arrête pas là.

C'est pas encore le moment de sortir le champagne (muscat j'ai dit ) .

Parce que voilà faudrait pas quand même qu'on embête un pauvre gars en l'envoyant pour rien aux Assises même si la juge d'Instruction qui a suivi toute l'affaire, reçu les deux parties, fait les confrontations et j'en passe, même si elle donc a conclu qu'il y avait suffisamment de charges pour que ce dossier aille dans une cour qui traite de dossiers criminels.

Donc , avant même qu'il y ait procès, l'accusé peut faire appel . Et c'est ce que Taré 1er a fait , sur les bons conseils de son avocate (qui doit s'être dit qu'avec un peu de bol comme ça elle n'aurait pas à supporter ce client cinglé encore longtemps ).

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ca veut dire que mon dossier va aller faire un petit tour à la Chambre d'Instruction, qui elle-même fait partie de la Cour d'Appel.

Cette Chambre est composée de trois magistrats qui vont donc reprendre tout le dossier, c'est à dire ici relire tous les PV d'autidion, de confrontation, de perquisition etc..

Puis ils vont se réunir et décider de la suite.

Et cette suite concernant mon dossier peut être soit de confirmer la décision de la juge et donc de confirmer le renvoi aux assises, soit de décider que faute d'éléments suffisants , il y aura non-lieu (et donc pas de procès ).

Ces braves gens vont se réunir le 14 février et me donner une réponse quelques jours plus tard.

Le hasard étant joueur, il me rappelle non seulement que je suis célibataire et que la St Valentin c'est pas la peine de compter dessus, mais il me rappelle également que l'an dernier à la même date se déroulait la deuxième confrontation entre lui et moi chez la juge.

Lors de cette audience il y aura donc trois magistrats ainsi que mon avocate et la sienne , plus un substitut du procureur et un greffier.

Ces trois magistrats prendront leur décision sans jamais nous avoir reçus , ni moi ni lui .

Cerise sur le gâteau indigeste de la justice, si jamais ils décident d'un non-lieu, je ne pourrai pas faire appel, puisqu'il s'agit déjà d'une décision de Cour d'Appel .

Le bon plan idéal pour les agresseurs de son genre, dans ce type d'affaires où l'on reste parole contre parole.

Si non-lieu, il sera définitif et les six ans d'abus sexuels que j'ai subis ne seront jamais punis , ou même simplement évoqués dans un tribunal .

Voilà où j'en suis, fatiguée et lasse, à nouveau en train de ressentir les angoisses si familières et insupportables de l'attente des diverses échéances de ces trois dernières années de procédure.

Je ne sais même plus ce que je veux . Parfois je veux simplement que tout s'arrête, parce que oui évidemment je suis terrifiée par un procès aux assises.

Un procès aux assises ça signifie deux journées entières (au moins 8h par jour ) à tout supporter, sa présence, ses déclarations, écouter les experts parler de nous en détail et dans les détails les plus intimes, devoir parler devant tout ce monde et dire à nouveau ce qu'il m'a fait, entendre les différents "témoins" (qui n'ont de témoins que le nom, évidemment dans l'inceste, ce crime à domicile, pas de témoin visuel ) , voir ma mère malmenée par son avocate à lui, être moi-même malmenée par cette même avocate et j'en passe.

Malgré tout, je ne peux imaginer un non-lieu, surtout dans ces conditions.

Se dire que la juge me croit, qu'elle estime avoir de quoi poursuivre, qu'elle nous a tous les deux vus et entendus , qu'elle a pris une décision et que par ce simple petit appel tout cela peut être piétiné, que par ce simple petit appel il pourra si non-lieu terminer tranquillement sa vie en sachant qu'on peut abuser d'une gamine de 12 à 18 ans, quotidiennement et ce sans jamais être puni et même sans jamais devoir s'expliquer devant un tribunal, c'est insupportable.

C'est insupportable et c'est pourtant le lot de milliers de victimes. Celles qui osent porter plainte voient dans leur majorité la plainte classée sans suite avant même d'arriver entre les mains d'un juge d'Instruction .

C'est ça la réalité des victimes d'inceste ou plus généralement des victimes d'abus sexuels dans l'enfance.

Le temps de sortir un minimum du trauma, d'oser commencer à parler, de démarrer une thérapie, d'avancer, tout ce temps joue contre nous et en la faveur de nos agresseurs.

Plus ils sont virulents dans leur négation, plus ils peuvent être sûrs que la plainte sera classée sans suite.

Ma "chance" a été que Taré 1er ne se défende pas "normalement" . Au lieu de simplement nier, il s'est amusé à se foutre du monde et a choisi de déclarer simplement ne pas se souvenir.

Ce qui l'a fait passer la barrière du Procureur et arriver devant la Juge c'est son comportement, sa façon de se foutre de tout, se foutre des flics, sa façon lors de la confrontation de dire , juste avant de repartir dans la cellule de garde à vue "si je me souviens de quelque chose je vous recontacte , vous me donnez un numéro ? " au flic qui venait de nous auditionner. Ahurissant, et pas très apprécié évidemment.

Le problème est là . Les flics l'ont vu, entendu, la juge l'a vu, entendu , ils ont eu tout loisir de se faire une opinion , tout le loisir d'halluciner et de me dire ou me laisser entendre que franchement ils en avaient rarement vu des comme lui.

Je ne sais pas si simplement lire ses déclarations sur papier fera le même effet aux trois magistrats de la chambre d'instruction.

J'espère, j'espère que ses phrases qui ont par moment failli me rendre folle auront un impact sur leur décision , malgré le fait que sur le PV il n'y a ni le ton ni le regard, ni toute cette supériorité et cette ironie abjecte.

Je n'ai plus qu'à souhaiter que ces quelques phrases lui soient fatales :

- Avez-vous tué quelqu'un monsieur ? (question posée par le flic suite aux "je ne me souviens pas " successifs de sa part )Réponse : Je ne sais pas . (audition de garde à vue )

- Concernant le fait que les abus étaient quotidiens "Tous les jours ça m'étonnerait, je ne suis pas de nature gourmande à la base " (1ère confrontation )

- "Je ne me souviens pas, ce n'est pas le genre de la maison, mais tout est possible " (audition chez la juge )

- Au flic qui lui dit que j'ai déclaré certaines choses " si j'ai caressé c'est déjà un bon début.." puis... "mais non c'est de l'humour par rapport à ce dont on m'accuse" (audition de garde à vue )

Malheureusement aucune de ces phrases ne constitue d'aveu ou de preuve. C'est abject oui, il est immonde, oui, mais ce ne sont pas des preuves.

Voilà, vous entendez probablement souvent que peu de victimes même adultes portent plainte, vous avez peut-être une idée du pourquoi là.

En attendant, je suis fatiguée, épuisée, à bout de nerfs. J'en ai assez de cette procédure, assez de ce qu'il m'a fait, assez de mes souvenirs qui reviennent en force au moindre courrier, assez de cette première confrontation qui continue à me hanter .

J'en ai assez de devoir tenter de me préparer à un non-lieu, qu'il soit maintenant ou plus tard en fin de procès s'il y a procès.

J'en ai assez de savoir que mon agresseur et tant d'autres se promènent libres, insouciants, avec de possibles nouveaux passages à l'acte .

J'en ai assez de cette lutte permanente pour revivre, revivre alors que je n'avais jamais rien fait, rien demandé pour qu'il décide de me donner la mort à sa manière.

 

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Trois ans...

Publié le par Opale

Dans 9 jours cela fera trois ans que j'ai porté plainte .

La procédure est terminée, enfin, depuis que la juge a rendu son ordonnance en décembre dernier, me signifiant que Taré 1er aurait un procès aux Assises.

Trois ans.

J'ai avancé pendant ces trois ans, même moi je ne peux pas le nier . Je n'ai plus peur de lui, ou en tout cas plus peur qu'il me tue ou qu'il tue ma mère.

Il me reste "juste" la peur de sa folie, la peur du moment où à nouveau je l'entendrai parler, la peur d'être emportée dans son discours comme lors de la première confrontation. Ce ressenti est gravé en moi depuis le 29 mai 2012 , un départ dans la quatrième dimension et cette terreur de ne jamais en revenir.

J'ai avancé donc , sur cette peur et sur beaucoup d'autres choses plus ou moins importantes , j'ai cheminé, exprimé des choses , tenté de vivre de bons moments, pas que tenté d'ailleurs puisque j'en ai heureusement vécus réellement et qu'il ne pourra jamais me prendre ces moments.

J'ai vraiment fait du chemin.

Alors pourquoi ? Comment peut-on avancer autant en 3 ans de procédure judiciaire et de thérapie si c'est pour avoir encore aussi mal ?

Qu'est-ce que je ne fais pas correctement pour que tout ça n'aboutisse pas à un mieux-être plus long qu'une petite semaine de temps en temps ?

Cela ne fait que quelques mois que ma psychologue a commencé à parler de "sortie du déni", enfin une certaine forme de déni, le déni de ma souffrance, de mes émotions , la peur de ces émotions également.

Et ce qui est "bon signe" à ses yeux (et malgré tout aux miens aussi ) m'épuise.

Combien de temps faudra-t-il encore laisser venir ces émotions ? Combien de temps faudra-t-il accepter ces moments seule à la maison à parler à un nounours comme s'il était cette petite fille en moi qui me hurle sa solitude et sa terreur ?

Combien de temps à revivre ce sentiment de solitude d'enfant, sentiment que j'avais quasi totalement oublié, ou dont je ne me souvenais que factuellement .

Combien de temps à sentir par moment la peur de la petite ado que j'étais, cette peur qui "sait" qu'il va agir, cette peur de l'impuissance à venir.

Il y a encore peut-être moins d'un an la majorité de tout cela n'était que des mots, mais cela devient désormais des émotions, réelles, concrètes et qui viennent me mettre à terre et me terrifier parce que je suis seule avec elles, seule à la maison à ne pas savoir quoi en faire à part tenter d'écrire sur le cahier prévu à cet effet pour ma psy.

Oui elle me le dit ce n'est pas mauvais signe, on a attendu ces émotions tellement longtemps , maintenant il est important que je puisse m'y confronter mais j'en ai marre ce soir, elles dévorent mon énergie, elles s'imposent sans prévenir , ou ne prévenant parfois que par ce froid soudain qui précède vagues de souvenirs et crises de larmes.

Je n'ai plus peur de tout ça dans le bureau de ma psy, mais chez moi c'est si compliqué.

Que faire, que dire, à qui expliquer tout ça ? Je voudrais parfois que quelqu'un rentre dans ma tête pour comprendre instantanément ce qui s'y passe .

Au quotidien on croise peu de gens qui attendent une réponse sincère à leur " ça va ? " mais même s'ils en attendaient une , tout semble parfois si fou que ce n'est pas explicable.

Qui va entendre que je suis épuisée parce qu'une petite fille de 8/9 ans en moi (enfin moi bien sûr, je ne suis pas encore folle je vous rassure) ne cesse de m'envoyer les émotions du passé ?

Comment dire à quelqu'un "je la vois si loin des adultes, si transparente, si seule , personne ne se préoccupe qu'elle ne fasse que survivre"

Heureusement il y a le forum de victimes d'inceste que je fréquente, là-bas on n'est jamais folle de dormir avec un nounours ou de parler à une "petite fille intérieure" , jamais folle (pour celles qui le font, heureusement par chance pas moi ) de s'auto-mutiler ou de se prostituer entre autres.

Même aux personnes ouvertes et qui comprennent je ne peux pas tout dire, parce que c'est trop violent, c'est une réalité que peu ont envie d'entendre vraiment, ou alors ils en ont envie mais n'imaginent pas une seconde ce qui pourrait leur être dit si vraiment il n'y avait pas de tabou . Le but n'est pas de choquer ou effrayer ceux qu'on aime. Le but n'est pas non plus de mettre mal à l'aise des personnes qui attendent une réponse sincère à un "comment ça va ? " .

Pourtant ma réalité n'est ni pire ni meilleure que celle de quelqu'un qui est malade ou qui a perdu un enfant, mais elle est peut-être plus effrayante pour autrui .

Bref je suis fatiguée ce soir et je cherche encore et encore à trouver de l'espoir parce qu'une nouvelle fois je n'en ai plus, parce qu'une nouvelle fois les idées noires me tournent autour.

Je cherche encore et encore ce que je ne fais pas correctement, je me dis que tout de même si j'ai avancé en 3 ans je devrais aller mieux.

Je sais pourtant que "avancer" en thérapie ne veut pas forcément dire se sentir d'un coup beaucoup mieux mais peut aussi vouloir dire oser regarder la réalité en face, oser la ressentir. Je sais que c'est pour cela que ma psychologue trouve absolument normal (mais douloureux) ce que je vis encore ces derniers temps.

Trois ans bientôt pour cette procédure judiciaire . 11 ans bientôt pour la première fois où j'ai révélé mon secret sur le forum d'une association.

J'ai si honte parfois de tout ce temps passé.

J'ai surtout si peur, peur que ça n'en finisse jamais...

Edit du 23/01/2014 : Non, finalement la procédure n'est pas terminée. J'apprends aujourd'hui qu'il a fait appel.

J'apprends surtout que toute personne pour qui le juge d'instruction décide d'un envoi aux assises peut faire appel de cette décision et donc demander à ce que la chambre d'instruction (d'autres magistrats donc) revoie le dossier et donne sa propre décision, décision qui annulera la précédente.

Le 14 février 2014 , ils se réuniront donc avec son avocate et la mienne afin de savoir s'ils confirment le renvoi aux assises ou s'ils décident d'un non-lieu.

Il paraît qu'il est rare qu'ils prennent une décision contraire à la première. Je l'espère.

Je ne savais pas que cela était possible, mon avocate ne me l'avait pas dit, vous imaginez mon état.

Qui s'étonne encore que peu de victimes portent plainte ?

 

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Si seulement...

Publié le par Opale

Si seulement il y avait quelqu'un, là, maintenant, pour me prendre dans ses bras.

Qu'il est usant ce besoin récurrent avec lequel je me bats depuis des années, qui a parfois failli me pousser à en finir tant ça devenait vital.

Besoin de petite fille paumée, sauf que je ne me rappelle pas ces câlins dont le souvenir m'apaiserait peut-être.

D'avant mes 7 ans et demi j'ai presque tout oublié, alors si tant est que mes parents aient été affectueux, rien en moi ne me le dit .

Puis il y a eu la cassure, la fracture dans un quotidien déjà un peu particulier. Leur mort.

Mon frère : 2 décembre 1985

Mon père : 8 mars 1986

On ne perd pas de temps dans la famille..

J'y ai perdu mes souvenirs, et la tendresse qui allait peut-être avec.

Ma mère s'est blindée contre la douleur d'avoir perdu son fils, la vie a continué comme une simple survie et là-dedans j'ai très vite su m'adapter , devenir encore plus calme et invisible que je ne l'étais .

Jamais de bêtises, jamais de caprices, jamais de questions. Et donc jamais de réponses.

De là on est passé assez rapidement à la case "on tente une nouvelle vie, tiens si je mettais des petites annonces"

Et nous voilà quelques mois plus tard avec Taré 1er à la maison. Bingo, vous avez gagné le gros lot.

De lui je me souviens avoir espéré l'affection, de lui je me souviens mes clowneries pour le faire rire, de lui je me souviens que je le suivais partout dès qu'il était de bonne humeur (sous-entendu pas bourré ) .

De lui je me souviens malgré la terreur et les heures d'attente devant la fenêtre , du soulagement quand je reconnaissais à sa façon d'ouvrir la porte qu'il n'avait pas bu.

Les départs de maman pour son travail de nuit, moi qui allais aussitôt sur ses genoux.

Bon il n'était pas câlin, il me serrait pas dans ses bras, c'était plutôt moi du coup.

De lui je me souviens qu'un jour aller sur ses genoux a viré au cauchemar, à une petite tête de 12 ans qui explose en se demandant ce qui se passe, en cherchant à toute vitesse ce qu'elle est censée faire et ne le trouvant pas, déjà figée et engluée dans la toile d'araignée.

De lui je me souviens que pour rester vivante, pour ne pas mourir de ce besoin d'affection, j'ai continué de le suivre partout, comme une automate courant droit au cauchemar...

Bref évidemment fini les câlins "sains" , depuis ce premier jour il ne m'a plus vue que comme quelqu'un qu'on touchait, quelque chose plutôt , de loin ou de près, sur les vêtements ou pas, mais qu'on touchait, tout le temps, tous les jours, dès la moindre absence de ma mère (oui aller aux toilettes c'est une absence )

Alors j'ai traversé les années jusqu'à temps de pouvoir survivre sans le suivre et d'enfin en être débarassée puisque je ne m'approchais plus et que je pouvais dire non.

Mais le gouffre affectif lui ne s'est pas tû, il a grandi encore et encore, dévastant tout sur son passage.

C'est comme ça qu'en 2003 quand j'ai pris mon indépendance peu après avoir révélé les abus à l'asso, je me suis retrouvée avec ces "crises de besoin de bras" comme je les appelais.

Des moments épouvantables avec ce sentiment que j'allais en mourir si on ne me contenait pas, si on ne me rassurait pas.

J'ai tenu, il a bien fallu.

En juillet 2003 j'ai eu le plus beau trésor de toute ma vie, j'ai enfin vu "pour de vrai" ma maman de coeur et ce premier week-end chez elle a aussi été la découverte d'une douceur pure , de ce câlin pour enfant que je n'avais pas connu depuis 15 ans.

Il est gravé à jamais au plus profond de ma mémoire et de mon coeur.

Et pourtant, si seulement ce soir il y avait quelqu'un, pour de vrai, pas en virtuel , si enfin ce besoin de petite fille pouvait me foutre la paix et me laisser vivre ma vie d'adulte.

Si seulement je récupérais mes souvenirs d'avant lui et que j'oublie tous ces souvenirs de "pendant lui" .

Si seulement je n'avais pas de coeur.

Il est si fatigué.

 

 

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