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Verdict

Publié le par Opale

5 ans de prison ferme.

Mais il faut attendre le 10 juillet pour être sûr qu'il ne fasse pas appel...

Publié dans La plainte

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On va recommencer...

Publié le par Opale

On va se lever à 6h30 , prendre le petit déjeuner et se préparer. On va partir à l'heure pour éviter du stress supplémentaire. Route direction A.

On va arriver à l'heure, avec de l'avance, ce qui nous permettra de prendre un chocolat chaud au café tout à côté du Tribunal . Puis on montera le grand escalier pour être dans le hall vers 8h45. On attendra notre tour pour sortir les affaires des poches, faire fouiller le sac, poser la ceinture dans le bac et tout reprendre une fois le portique passé .On saluera ma mère, ma soeur, ma nièce.

On fera la queue entre futurs jurés et diverses personnes , je donnerai ma convocation à l'huissier, puis on rentrera dans la salle, on s'installera , mon avocate à ma droite, mon papa de coeur à ma gauche. Les futurs jurés (et ceux qui ne le seront pas) seront assis sur les bancs du public en attendant le tirage au sort.

Il rentrera , menottes aux poignets , entouré de deux gendarmes et s'installera dans le box des accusés. Il sera toujours aussi impossible de détecter la moindre émotion sur son visage, la moindre expression. Il sera impossible de réussir à voir s'il me regarde .

La sonnerie retentira , et l'on entendra "La Cour ! " , alors on se lèvera, la Présidente entrera avec sa robe rouge, elle s'installera , les assesseurs à ses côtés.

Elle commencera par parler aux futurs (ou non) jurés et le tirage au sort se fera, certains pour des raisons que nous ne connaîtrons pas demanderont à être révoqués, d'autres le seront par les avocats de la défense, sans que l'on en connaisse la raison. Ceux qui ne seront ni jurés ni remplaçants pourront repartir . Les jurés désignés , eux, vont prêter serment puis s'installer avec les assesseurs et la Présidente.

Les témoins seront nommés, on vérifiera leur présence, on leur prendra leur téléphone portable et on les emmènera dans la salle des témoins en attendant le moment de leur interrogatoire.

A ce moment là, la Présidente lira le "résumé" de l'affaire, résumé aussi clair et impartial que possible, mélange de déclarations de chacun et d'articles de loi. J'entendrai ces mots sales à nouveau .

On lui demandera de se lever, de décliner son identité , et son adresse.

Je ne connais pas la suite, j'espère qu'enfin cette fois, rien ne viendra permettre un nouveau report, je n'ose pas croire que ça finira, j'ai encore peur de ce qui peut nous tomber dessus avant qu'on soit enfin, vraiment, réellement à la fin du procès.

Ce que j'ai déjà vécu les 12 et 13 mars me permet de connaître les lieux et certains intervenants, mais me fait aussi craindre un procès loin d'être classique, et de façon certaine hyper éprouvant pour moi . Je crains déjà tous ces mots qu'il faudra dire et entendre, le résumé ayant déjà été très dur à entendre. Je crains déjà ses réponses ou le fiasco possible avec sa (semble-t-il ) réelle semi-surdité . Je crains déjà les questions que ses deux avocats vont me poser, je crains déjà de les entendre le défendre, je crains les choses comme "mon client est à l'abandon" entendu en mars et qui m'a à la fois donné envie de rire et de pleurer.

Encore un peu moins de 6 semaines et on va recommencer. Comme dans un cauchemar, tout se remettra en place, même parking, même petit bar, même chocolat chaud, même portique, même place dans la salle, même peur . Pourtant cette fois c'est sûr il sera là.

Le midi aller déposer les affaires à l'hôtel et manger, le soir peut-être discuter autour d'un verre avec mon avocate, la nuit à l'hôtel, l'angoisse, y retourner le lendemain, savoir qu'un verdict nous attend quelques heures plus tard.

On va recommencer. Et j'ai envie de me tuer.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Ces jours-là...

Publié le par Opale

Il y a des jours comme ça où l'on se réveille les larmes aux yeux . Des jours où après une période de trêve le passé prend le dessus sur le présent et vient rappeler son visage horrible. Il y a des jours comme ça où l'on a envie de pleurer, de hurler, de crier . Des jours de solitude où le ressenti semble si impossible à partager, si impossible à faire comprendre . Dans ces jours-là parfois on a envie de hurler à la Terre entière tous les abus subis, en détails, avec rage, puis bien sûr on ne le fait pas, par respect pour les autres, pour soi, parce qu'on sait que quelque part ça ne servirait à rien.

Puis il y a cette chose qu'on voudrait tant faire comprendre, à ceux qui nous soutiennent comme à ceux qui nous gratifient de leur "tourne la page, c'est le passé" , c'est ce sentiment de n'être rien . Non d'ailleurs ce n'est pas un sentiment c'est un vécu, un vécu réel, quasi palpable, et ce vécu-là quand il revient tel un boomerang, il transforme ces jours-là en une torture de chaque seconde, passant et repassant les images, les sentiments, la douleur et l'incompréhension. Comment faire comprendre à quelqu'un ce que c'est de n'avoir été rien, vraiment rien, plus un être humain, même pas un animal, tout juste un objet ?

Un jour un homme , Taré 1er en ce qui me concerne, a décidé que pour lui je n'étais tellement rien, tellement pas une âme, tellement pas un être respectable, tellement juste un bout de chair sans tête, tellement juste une poupée , qu'il pouvait décider, juste parce qu'il en avait envie, de mettre de la margarine sur moi. C'est je pense le seul "détail" que je donnerai sur ce blog , inutile d'en dire plus ni de faire un dessin , il a donc fait ça. Ce "ça" qui ces jours-ci me hante parce que ce geste, cette "idée" , cette folie glauque me disait à l'époque que je n'étais rien. On ne ferait pas ça à un animal , et pourtant à moi il le faisait.

Quand on a 12/13 ans et qu'un homme décide entre autre chose de faire ça sur vous, on est propulsé dans un monde d'incompréhension totale. Pourquoi ce truc, cette chose sur moi, et de toute la naïveté de l'enfance on pense à une chose, en tout cas j'ai pensé à ça : et si j'attrape des microbes ? Mais il est impossible de dire quelque chose, de faire quelque chose, on est là , il n'y a ni violence physique, ni menace, juste un homme sensé être notre deuxième papa, lui et cette putain de margarine. Ca dépasse complètement le cerveau qui n'aurait pas pu imaginer ça une seule seconde, qui déjà ne connaît quasi rien à la sexualité .

Alors sur le moment, transformé en objet, en poupée obéissante, on laisse faire, figée, paumée, on est là et pas là à la fois, tout semble irréel, et en prime on se sent sale, parce qu'on se dit que quand même c'est dégueulasse ce truc comme ça sur soi. On enregistre dans ses souvenirs traumatiques le bouchon rouge des grandes bouteilles d'Oasis, ce bouchon rouge dont il se sert pour mettre sa merde de margarine, pour avoir son "échantillon" .

Longtemps, très très longtemps après, on finit un jour, dévoré par la honte, par raconter ce souvenir , caché derrière ses mains , le souffle court . Ca ne suffira pas et il faudra en parler encore et encore, décortiquer les ressentis, les peurs, comprendre la folie de l'homme , comprendre l'impact sur soi, cet impact si violent et destructeur, cet impact aussi fort que les explosifs faisant s'effondrer les barres d'immeuble : se sentir rien.

Les images passent, repassent, on avance en thérapie, on devient capable de comprendre qu'on y est absolument pour rien, mais plus on en devient capable et plus on réalise à quel point le supposé 2ème papa ne nous aimait pas, à quel point il n'avait qu'une obsession du matin au soir, dès qu'il avait son jouet à disposition : l'utiliser. Revoir les images dans sa tête et réaliser, réaliser chaque instant, chaque seconde où il ne voyait qu'un corps et rien d'autre, pas d'âme, pas de vie. Poupée robotisée, suffisamment sophistiquée pour réagir à ses gestes contre son propre gré.

C'est cela n'être rien, c'est servir à quelqu'un comme un objet fonctionnel, sans pouvoir protester, sans comprendre, privé de toute réaction et de toute pensée car à force d'être un objet on ne pense plus, ça serait beaucoup trop dangereux de penser, de réaliser que l'autre est en train de se servir de nous, ça amènerait tout droit à la folie, alors l'inconscient attend sagement le nombre d'années nécessaires pour qu'on soit en mesure d'enfin réaliser ça, longtemps après, quand tout est fini et qu'à distance on peut enfin hurler cette douleur, ressentir ce déchirement de ne pas avoir été aimé, d'avoir simplement été utilisé, juste parce qu'il en avait envie, juste pour ses petites expériences personnelles de pervers.

Il faut du temps, beaucoup beaucoup de temps et de travail pour essayer un jour de comprendre qu'on n'est pas un objet, qu'on l'a été uniquement à ses yeux à lui, mais qu'on a en réalité droit au respect des autres et surtout de soi-même. Le chemin est inimaginablement long pour se réapproprier cette idée quand jour après jour le corps et le cerveau ont intégré leur rôle d'objet, ont intégré la soumission et la peur, ont intégré ces gestes dans le quotidien : je me brosse les dents je me lave je mange je suis abusée....tout au même niveau.

Je ne sais pas si un jour le souvenir d'avoir été rien pour quelqu'un qui devait nous aimer peut cesser de faire mal. J'ai fait une partie du chemin, mais au vu de la douleur d'aujourd'hui il en reste encore pas mal hélas.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Tribunal J2

Publié le par Opale

13 mars , 7h : La nuit a été courte, je suis réveillée depuis un moment déjà et je ne cesse de me demander ce qui va se passer aujourd'hui. Pour moi c'est quitte ou double, s'il est là je serai enfin libérée , s'il n'est pas là il va falloir encore attendre, et combien de temps?

Une douche et ensuite avec D. je peux profiter du seul moment agréable de la journée, un bon petit déjeuner à l'hôtel, dans leur belle salle où les vitraux sont baignés de soleil. D. tente de me détendre et ce n'est pas chose facile, je sais que lui aussi se demande ce qui se passera . On prépare nos bagages au cas où et on emmène le tout, tout en disant à l'accueil que l'on appellera vers 9h pour dire si l'on reprend une chambre pour le soir.

Il est l'heure d'y aller, même pas 10 mn de trajet jusqu'au Tribunal et j'ai peur , tellement peur. En même temps j'espère de toutes mes forces , j'espère qu'ils l'aient eu chez lui hier soir ou ce matin, j'espère qu'on fasse ce foutu procès aujourd'hui et demain matin et qu'enfin, enfin je sorte de cette procédure qui a duré plus de 4 ans. J'espère de toutes mes forces tout en me disant "non tu ne dois pas y croire, si tu y crois tu vas être trop déçue."

Nous arrivons dans le hall, on doit d'abord comme à chaque fois passer nos affaires au portique, il y a la queue, j'aperçois au loin ma mère, ma soeur et ma nièce. Je leur lance un regard interrogateur et d'un signe de tête elles me font comprendre qu'elles n'en savent pas plus que moi pour le moment. On attend notre tour, on passe le portique et ma nièce vient me dire qu'ils l'ont, qu'il est là. Je n'ose pas y croire, mon coeur fait des bonds, je demande d'où elles tiennent l'info et ça vient des jurés. Je me précipite vers l'huissier pour vérifier l'information et il me dit "oui rassurez-vous il est là."

Je suis à quelques minutes du début d'un procès qui me terrifie et pourtant j'ai l'impression de ressentir le plus grand soulagement de toute ma vie, pour un peu j'embrasserais Taré 1er d'être là ! (enfin n'exagérons rien...) Il reste 10 minutes, je file appeler ma maman de coeur, ma voix tremble , je suis tellement contente, demain midi ça sera fini, enfin fini. Je donne des nouvelles à mes autres amis via internet et je retourne dans la salle. D. de son côté appelle l'hôtel pour dire que l'on prend une chambre pour le soir .

Taré 1er fait son entrée entouré de deux policiers, il a les menottes aux poignets, ce qui est à la fois impressionnant et à la fois extrêmement symbolique pour moi. Il me semble vieux, de plus en plus vieux. Les policiers l'emmènent dans un petit "carré" où je suppose il attendra d'échanger avec ses avocats. Mon soulagement commence à laisser la place au stress, je réalise que ça y est il va falloir parler . Mon avocate arrive et je l'informe de la bonne nouvelle, elle me répond qu'il peut tout de même y avoir une demande de renvoi, je lui dis qu'elle me fait peur, je ne veux pas entendre ça, mais elle me rassure et part à la rencontre de la Présidente et des avocats de Taré 1er, tous réunis dans les bureaux .

Quelques minutes passent, je vois mon avocate revenir et immédiatement je sens que la nouvelle va être mauvaise, elle est décomposée. Elle arrive et m'explique que non seulement il y a demande de report qui sera acceptée mais qu'en plus il va falloir subir une épreuve supplémentaire car il semble que pour valider tout cela il faille malgré tout débuter le procès, c'est à dire tirer au sort les jurés, les installer, leur faire prêter serment, appeler les témoins et les mettre dans leur salle, puis lire le résumé des accusations .

Je m'effondre. Jusque là j'avais été incapable de me laisser aller tant que ma famille était là, mais là je ne peux plus rien retenir, c'est trop violent cette cruelle nouvelle après l'immense soulagement ressenti quelques minutes plus tôt . Tout vire au cauchemar , ça ne sera pas fini, je ne serai pas libre demain midi, je ne pourrai pas dire à ma maman de coeur "c'est fini" quand je la verrai à Pâques, tout s'effondre devant moi.

La sonnerie annonçant la Cour retentit et tout commence comme dans un mauvais film, les jurés ne savent pas que le procès sera reporté et que donc ce n'est pas eux qui jugeront Taré 1er . Mais ils sont tirés au sort, appelés, installés. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont appelées, on leur prend leur téléphone portable et on les emmène en salle des témoins. Puis la Présidente procède à la lecture du "résumé de l'affaire" , un texte qu'elle doit faire le plus neutre possible permettant aux jurés de comprendre les accusations, les déclarations. C'est dur, c'est violent à entendre, les mots "sales" que je craignais sont là, certains détails glauques aussi, je serre fort la main de D. qui est à côté de moi, je regarde la table, je suis ailleurs. Ce "résumé" se termine par une phrase expliquant que Taré 1er n'avait pas de relations sexuelles avec ma mère car d'après lui "ça se mérite" . Remarque à vomir, même si je la connaissais déjà.

Je me dis que ça va s'arrêter là mais non, la Présidente ne parle toujours pas du renvoi et je ne comprends pas pourquoi . Elle parle des experts à venir , dont un à 14h comme si on allait réellement être présent à 14h alors que nous savons (elle, mon avocate, les avocats de Taré 1er, et lui j'imagine..) que le procès va être reporté .

J'ai le sentiment de revivre quelque chose de l'ordre de sa folie à lui. Entendre parler la Présidente en disant "Monsieur Untel à 14h" etc le tout en sachant que ça n'a aucun sens, c'est trop dur, trop incompréhensible, je craque et mon avocate demande à D. de m'emmener prendre un peu l'air. Nous allons dans le hall et pour le coup le peu de monde présent dans ce hall a dû m'entendre d'un bout à l'autre tant je n'en pouvais plus, tant tout cela était trop .

Nous revenons après que D.ait à nouveau contacté la charmante personne de l'hôtel pour lui dire non finalement on ne prend pas de chambre. Elle est consternée pour nous.

Quand nous arrivons un expert est interrogé par les avocats de Taré 1er, on ne parle toujours pas du renvoi, je demande à mon avocate "mais pourquoi elle le dit pas " ? Elle ne le sait pas mais en tout cas elle est en colère de voir ce qu'on me fait subir, il ne devrait pas y avoir ces questions de posées puisqu'il n'y aura pas de procès et qu'elles seront donc considérées comme nulles. Au bout d'un long moment on finit par enfin parler du renvoi, et il faut également parler de la mise en détention de Taré 1er, pour éviter qu'il ne refasse le coup de l'absence.

Entre temps j'aurais appris la "raison" de l'absence de Taré 1er le premier jour d'audience. Quand les policiers l'ont cueilli chez lui à 6h du matin, il leur a expliqué tranquillement qu'après son rdv vous avec son avocat l'avant-veille, il était allé voir pour un costume pour le procès, mais qu'il avait eu des "absences" et avait finalement mis deux jours à parvenir à retrouver le chemin de son logement. Raison totalement crédible donc. Ou pas...

Il va s'en suivre de longs moments d'attente car ce cas ne s'est jamais présenté. Quand quelqu'un ne vient pas à son procès, c'est pour échapper à la justice et il se cache donc ce qui là n'est pas le cas, on a retrouvé l'accusé mais on doit reporter sur demande de ses avocats qui entre autre soyons clairs n'ont aucune envie de travailler samedi matin. Présidente et avocats ne sont pas d'accord sur les textes et sur la procédure à suivre. L'audience est suspendue et je sors pour tenter de joindre ma psychologue et lui parler un peu .

J'ai oublié des éléments dans tout cela je pense, les émotions étaient si fortes que tout se mélange encore , je sais car D. me l'a dit qu'à un moment pendant que j'étais sortie mon avocate s'est énervée face à un des avocats de Taré 1er, soulignant ce qu'il me faisait subir en posant des questions aux experts, lui disant "vous nous faites honte". Pour moi c'est très précieux, car dans toute cette folie, dans ce cauchemar de ces deux jours, je me suis sentie défendue, j'ai compris ce que c'était d'être défendue, respectée . Ce que je n'ai pas eu étant enfant et adolescente. Si dans le futur procès il y a quelque chose de potentiellement réparateur, ça sera ce sentiment-là, ce vécu-là d'avoir quelqu'un pour me défendre de toutes ses forces.

Finalement pendant que je parlais au téléphone à ma psychologue, les gens sont sortis, c'était fini, Taré 1er partait directement en détention provisoire jusqu'au 25 juin, date du futur procès. Et moi j'étais là, paumée sur l'escalier, à échanger à nouveau quelques mots avec mon avocate et D.

La suite c'est cette impression d'avoir reçu un bâtiment sur la tête, d'être totalement en état de choc comme m'a dit ma maman de coeur quand elle m'a eue le soir où je ne pouvais cesser de répéter "ça devait être fini, je voulais que ce soit fini" . Il a fallu des heures et des jours et de la patience, du repos pour m'apaiser un peu, pour accepter qu'à nouveau je me retrouvais à J-3 mois, pour accepter qu'il allait falloir vivre quand même d'ici le 25 juin.

Aujourd'hui, je survis à cela en attendant, j'essaie de profiter de petits moments agréables même si le procès s'est rappelé à moi avec la réception de sa convocation par ma mère.

Je n'ose plus croire que le 27 juin je serai libre enfin, 4 ans et 5 mois après mon dépôt de plainte. Je n'y croirai que quand ça sera fini.

Je ne veux plus espérer.

 

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Publié dans La plainte

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Tribunal J1

Publié le par Opale

Un mois après le fiasco du procès (pour ceux qui ne savent pas il est reporté au 25/26 juin) , je vais tenter de raconter un peu ces deux jours de cauchemar que furent les 12 et 13 mars 2015.

Le texte risque d'être assez mal écrit et plus un listing qu'autre chose, tant pis.

Ce 12 mars 2015 nous sommes donc arrivés D. (mon papa de coeur) et moi tout près du Tribunal vers 8h30 et avons pu prendre le temps de boire un chocolat chaud pour nous donner quelques forces et nous poser après la route.

15 minutes plus tard , on se dirigeait vers le Tribunal pour y attendre mon avocate dans le hall. J'avais peur, très peur à l'idée de parler, à l'idée de ce qu'on me poserait comme questions, très peur de voir et surtout d'entendre Taré 1er.

Arrivés là-bas nous avons dit bonjour à ma mère, ma soeur et ma nièce convoquées toutes les trois comme "témoins" (témoins n'étant qu'un terme juridique puisque le principe de l'inceste est d'être un crime sans témoin la plupart du temps) . J'ai vite eu besoin de prendre de la distance et de repartir avec D.pour parcourir le hall en attendant mon avocate. Les jurés étaient déjà là, du monde se bousculait à la porte, chacun donnant sa convocation, un RIB qu'on nous demandait, chacun s'installant dans cette salle des Assises qui finalement n'est pas si grande que cela (je ne sais pas comment c'est ailleurs ).

Je retrouve mon avocate avec qui j'ai eu rendez-vous le dimanche précédent pour préparer une dernière fois le procès et avec qui le courant passe vraiment de mieux en mieux . Nous nous installons et j'ai la chance que la Présidente ait accepté que D. soit à côté de nous et non pas sur les bancs du public, il est donc juste là à côté de moi, ce qui me rassure beaucoup. Il n'y a d'ailleurs en fait pas de public (tant mieux !) même si le procès ne se déroule pas à huis clos et les seules personnes occupant les bancs sont la trentaine de jurés parmi lesquels 9 seront tirés au sort.

9h approche, pas de Taré 1er en vue mais je me dis que c'est normal, qu'il est peut-être dans une pièce pour se préparer ou quelque chose de ce genre. Mais non, en fait il n'est pas encore arrivé nous dit-on. Je ne suis pas très inquiète, je pense qu'il est simplement en retard , il s'est présenté à tous ses rendez-vous obligatoires et je n'ai donc jamais pensé qu'il puisse ne pas venir au procès. Pourtant 30 minutes passent et toujours personne, l'angoisse monte, ses avocats téléphonent , à lui ou au foyer je ne sais pas, en tout cas personne ne parvient à le joindre.

Comme le demande la loi, des policiers sont envoyés chez lui , chargés de le ramener s'il est là . Ils reviendront bredouille, il ne répond pas et ses voisins disent qu'il est parti à 8h30 en leur déclarant qu'il allait travailler. (sachant qu'il ne travaille pas). Le temps passe, des tonnes de questions arrivent sur ce qui va se passer s'il ne vient pas, si on ne le trouve pas. Tout le monde attend, et puisque l'on peut sortir de la salle quand on veut , je vais téléphoner à ma maman de coeur pour lui donner des (mauvaises) nouvelles et prendre un peu l'air. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont toujours dans la salle et je ne parviens pas à me laisser aller devant elles, je contiens ce que je ressens, je contiens ma peur, ma terreur devant cet imprévu, devant cette "surprise" qu'il nous impose encore une fois.

Vers 11h , toujours rien, nous sommes tous priés d'aller manger un peu plus tôt et de revenir vers 13h pour faire le point. Tout le monde sort de la salle ou presque, dont ma famille. Je peux donc enfin, dans la salle, m'effondrer en larmes et exprimer ce que je ressens . Je me souviens de l'humanité de la greffière passant devant moi et me disant "ça va s'arranger" . Mon avocate est également très soutenante et à ce niveau-là je me sens protégée .

D. et moi nous dirigeons vers l'hôtel, la charmante dame de l'accueil va avoir fort à faire avec nous, car nous commençons par lui annoncer que nous n'avons aucune idée de si l'on va finalement dormir ici ou pas, puisque nous ne connaissons pas la suite des évènements . Nous prenons ensuite tranquillement le temps de manger, il fait un temps splendide, sale journée pour un procès !

A 13h nous nous retrouvons dans la salle et nous apprenons que pour le moment il n'est toujours pas retrouvé. Chacun donne des pistes, on sait qu'il aime beaucoup marcher mais c'est justement un problème , il peut très bien être à 10 ou 20 kilomètres à l'heure actuelle, comment le retrouver ? Des pistes sont évoquées, faire le procès sans lui, et là nous apprenons que l'on peut faire un procès non seulement sans l'accusé mais aussi sans son avocat et sans les jurés ! Le système judiciaire n'a pas fini de nous étonner . Dans l'absolu personne ne souhaite un procès sans lui, ce serait ridicule et assez peu constructif. On nous demande alors de revenir vers 17h pour à nouveau faire le point. Une nouvelle fois tout le monde sort, une nouvelle fois je m'effondre dans la salle, sonnée de ce qu'il est encore capable de m'infliger.

Je vais me reposer à l'hôtel et donner des nouvelles aux amis pendant que D. prend un peu le soleil en ville, puis nous nous rejoignons . J'ai mal à la tête d'avoir tant pleuré, j'angoisse à l'idée qu'il ne soit toujours pas là à 17h, je commence à imaginer le report, mes projets, mes objectifs, mes nerfs s'effondrent.

A 17h nous voilà de nouveau dans la salle et informés qu'il n'a toujours pas été retrouvé. La Présidente décide de passer à la vitesse supérieure et de demander en plus à je ne sais quelle brigade de le rechercher, un mandat d'amener est décidé, ce qui l'empêchera totalement de refuser de venir. Elle demande également à ses avocats l'autorisation d'enfoncer sa porte s'il ne répond pas, au cas où il aurait commis l'irréparable ou aurait eu un malaise. On nous explique que l'espoir est de le retrouver en soirée s'il rentre chez lui, et que la brigade va donc "planquer" toute la nuit s'il le faut pour l'amener le lendemain matin. Si le lendemain matin à 9h il n'est pas là, le procès devra être reporté . Par contre s'il est là, il est fortement envisagé de faire le procès sur le vendredi et le samedi matin, sauf que ses avocats semblent extrêmement réticents à cette solution, mais à ce moment-là je me dis que quelque part ils se devront d'obéir à la Présidente selon ce qu'elle décide.

A nouveau tout le monde part et à nouveau je m'effondre. Mon avocate nous invite D. et moi à prendre un verre près du Tribunal, et il s'en suivra un échange très enrichissant sur les difficultés que nous avons eu elle et moi à entrer en relation, à se comprendre, à se faire confiance . Un échange qui nous montrera que vraiment nous sommes heureuses l'une et l'autre d'enfin mieux nous connaître, d'enfin mieux échanger, c'est un moment vraiment précieux de cette journée cauchemardesque.

Ensuite , direction l'hôtel où nous expliquons que finalement on garde les chambres, mais que nous aurons peut-être aussi besoin d'une chambre le lendemain, que ce n'est pas sûr. La personne de l'accueil est charmante et navrée pour nous de voir dans quel bazar nous sommes et fait vraiment de son mieux. Repos à l'hôtel avant de manger, petits échanges téléphoniques avec ma maman de coeur consternée, messages aux amis, larmes....puis repas et coucher assez tôt avec l'angoisse au ventre : sera-t-il là le lendemain ?

 

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Et puis il y a toi...

Publié le par Opale

Il y a lui : Taré 1er, le monstre, mon agresseur, mon ex-beau-père, ou tout simplement S. son prénom, appelez-le comme vous voulez . Il aura 68 ans le 3 mars . Lui que je crains si fort de revoir et surtout d'entendre les 12 et 13 mars pour le procès, son procès.Lui qui va être pendant deux jours en face de moi, configuration à laquelle j'avoue je ne m'attendais pas.

Pendant ces derniers mois, la terreur m'a dévorée de jour en jour, mon cerveau torturé ne savait plus quoi faire : y aller ? ne pas y aller ? Comment savoir ce qui serait le mieux pour moi , sachant que le mieux pour moi n'est pas forcément le mieux pour la procédure et inversement . Des jours , des semaines à me dire "je vais me tuer pour ne pas y aller" , tout ça parce que j'étais incapable de juste m'autoriser à ne pas y aller. Puis de rares moments plus lucides où je voulais aller au bout, mais tant de peurs, tellement.

Et finalement je le sais désormais, je vais y aller, parce que...je le dirai bientôt.

Et puis il y a toi. Il y a toi A . La première et la dernière fois que j'ai pris ta main dans la mienne, c'était le 8 février, pour te dire au revoir alors que tu étais inconscient. Première fois puisqu'habituellement on se faisait la bise.

Il y en a eu des fois, tellement de jours, tellement de mardis entre autre en 2005 où F ta femme mais aussi ma précieuse amie allait me chercher pour qu'on passe la journée ensemble avant de retourner à la chorale le soir . Quasi toute une année, et tous ces autres jours, des anniversaires parfois, même Noël, si calme et apaisé chez vous que ça en paraissait magique. Toi, F, et votre petite (grande) famille. Je vous connaissais tous, les enfants, les petits-enfants, j'ai même connu ton papa ce grand gaillard merveilleux qui donnait envie de l'avoir comme grand-père ou arrière-grand-père. Ta belle-fille et sa maman. Et moi avec la chance d'être là parmi vous tous, un peu de votre famille pour la journée.

Je ne serai pas la première à dire que tu étais discret, réservé, et pourtant ce qui me vient en premier ce sont tes rires, quand tu racontais tes anecdotes de classe, ou tes "rhoooo" rigolards devant telle ou telle ineptie à la télé. On se parlait peu intimement mais on a bien ri ça oui . Tu as toujours été bienveillant, ne me posant pas de questions sur mon histoire, sur mes arrêts de travail, sur le pourquoi de mes soudaines annulations pour un ciné ou une journée chez vous. Tu connaissais les grandes lignes par F bien sûr et tu as toujours été respectueux et accueillant. Un homme bon et tranquille avec qui je mettais souvent la table ou remplissais le lave-vaisselle en fin de repas , des choses anodines mais qui n'en sont pas .

La première et la dernière fois où j'ai chanté pour toi, rien que pour toi (et les tiens) avec mon coeur et mes larmes , c'était le 13 février . Je dis la première fois car malheureusement pour toi A, quand je chantais dans ton salon avec F, sur la voix d'alti qui donne un morceau dirons-nous...particulier, je t'ai plutôt cassé les oreilles, contrairement à la voix magique de ta femme, mais que veux-tu, pas possible de rivaliser !

Tu vois, tu ne le savais donc sûrement pas mais je t'aimais beaucoup et même si je voulais rester solide et soutenante pour les tiens ce 13 février, les larmes ont coulé en chantant, ou en écoutant les paroles dites, notamment sur le fait de "se souvenir de ce qui avait été vécu avec A".

Tu ne le sais pas, ou peut-être que si après tout désormais, si tu me lis, si tu es un instant en train d'écouter ce que je dis à F au téléphone, ou si encore tu papotes avec mon papa et mon frère là-haut, donc tu le sais ou non mais depuis ce 13 février et peut-être même depuis le 8 au soir , mes idées noires, mes "je vais me tuer pour ne pas aller au procès" se sont envolées. Oui envolées, comme toi. Qui sait, tu avais peut-être des dons de magicien qu'on ignorait, et j'avoue c'est bien joué !

Oui A elles se sont envolées, parce qu'il y a lui, il va avoir 68 ans bientôt , le fou qui a brisé ma vie mais qui aussi sans le savoir m'a fait connaître des personnes magnifiques comme F et toi. Il y a lui qui va être jugé , il y a ce procès auquel j'avais, auquel j'ai toujours peur d'aller, mais je vais y aller...parce que...

Parce qu'il y a toi A . Parce que toi c'est le 18 février que tu aurais dû avoir 68 ans et que je ressens une injustice immense de voir qu'un homme tel que toi, bon, droit, honnête, qui a tout donné à des générations d'enfants et aux tiens, n'aura jamais 68 ans quand l'autre qui n'a su que détruire et prendre va les avoir. Je ne crois pas que ce soit de la vengeance tu sais, F et son pote Bouddha n'aimeraient pas ça sinon. C'est simplement de la colère et grâce à toi cette colère a fait s'envoler les idées noires.

Le 12 et 13 mars j'irai je te le jure. Je ne te garantis pas de tenir tout le procès, mais j'irai ça oui. J'irai pour moi d'abord car il serait beaucoup trop dangereux d'y aller d'abord pour quelqu'un d'autre, mais tu es pour beaucoup dans cette libération qu'est la prise de décision. Tu vois à un moment j'ai pensé que j'aurais préféré garder mes idées noires et que les tiens puissent te garder, mais comme me l'a fait remarquer ma psy, ça c'est de l'ordre de la pensée magique, tu serais parti quand même, et m'a-t'elle dit, "si son départ a provoqué cela en vous alors c'est le plus beau cadeau qu'il vous fait et que vous pouvez lui faire."

J'irai là-bas, je vais crever de peur et de douleur je le sais et c'est normal, mais j'espère avoir le courage qu'a ta chère F en ce moment pour tenir le coup face à ce cataclysme de ton absence. Alors j'aurai peur, tellement peur car il y aura lui.

Mais il y a toi. Et j'irai. Merci pour tout.

 

 

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C'est réel...

Publié le par Opale

Je crois que, même si je rechigne à l'accepter, il est là le plus gros noeud de ma peur, de ma terreur face à l'approche du procès.

Je l'ai déjà dit dans d'autres articles : ils vont prononcer des mots "sales", décrire les faits, je vais devoir moi aussi les décrire en répondant à des questions, Taré 1er verra sa vie étudiée sous toutes les coutures, ma mère, ma soeur témoigneront. J'ai peur de tout cela, je ne veux pas de tout cela, je veux fuir tout cela, je veux mourir même pour ne pas y aller.

Mais au fond le problème est ailleurs...dans une partie de moi qui lutte encore contre l'évidence. Car si la présidente, le procureur, les avocates, lui, moi, ma mère, ma soeur et d'autres encore vont dire ce qu'ils ont à dire, vont rappeler ces faits, vont tenter de chercher s'il y a suffisamment de matière à condamner Taré 1er c'est pour une raison, une seule : c'est réel, ça a existé, et je ne veux telllement, tellement pas de ça.

Je ne sais pas vraiment si dans l'esprit de quelqu'un qui n'est ni psy ni victime il est facilement compréhensible que 12 ans après la première parole, après tout un travail sur soi, après avoir quitté la honte et la culpabilité, on puisse encore, quelque part là tout au fond et malgré le fait d'avoir porté plainte, avoir envie que tout cela soit faux.

Bien sûr je sais que c'est vrai, bien sûr je n'ai pas le moindre doute sur ce que j'ai dénoncé, bien sûr. Et pourtant...

Pourtant il y a une partie, une si infime mais si puissante partie de moi qui voit et ressent à quel point la douleur peut être pire, à quel point réaliser pleinement à 100% et non plus disons à 92% peut faire approcher la folie, injecter une douleur quasi animale dans les veines , donner envie de hurler, de supplier pour que ce soit faux, pour avoir rêvé, cauchemardé, pour s'être trompée.

Cette petite partie qui aurait voulu que l'histoire se passe ainsi : " Opale 7 ans et 3 mois perd son grand frère puis 3 mois plus tard son papa. C'est terrible mais sa maman veut leur offrir une nouvelle chance et Gentil 1er arrive dans leur vie , les rend heureuses . Ainsi, Opale n'oubliera jamais son papa, mais Gentil 1er l'aidera à grandir, à devenir libre, à oser et aimer vivre pour devenir au final une femme épanouie."

Sauf que...

La vraie histoire ça n'est pas cela . Gentil 1er n'a existé que dans la tête de l'Opale de 8 ans qui a espéré recevoir à nouveau l'amour violemment perdu. Mais Gentil 1er n'a pas vécu, il était Taré 1er, juste un fou bien décidé à piétiner tous les éclats d'amour restants, tous les espoirs, tout l'avenir , bien décidé aussi 4 ans plus tard à avoir une poupée à lui, de chair et d'os, vivante, obéissante et soumise. Alors au lieu de l'apprendre à grandir il apprit à Opale 8 ans la peur, la violence, il lui apprit à ne pas faire de bruit pendant la télé, pendant les mots croisés, pendant tout en fait . Il lui apprit que le danger est partout, qu'on ne va pas jouer dehors car on ne sait jamais, il lui apprit sans le savoir à reconnaître à sa façon de mettre la clé dans la serrure s'il était ivre ou non . Plus tard il lui apprit comment être une bonne poupée, soumise, obéissante et ne révélant pas son sale secret, pour qu'elle devienne au final une femme terrifiée dont il pourrait peut-être abuser encore et encore .

Oui c'est réel, oui ça a existé . Taré 1er non je n'ai pas rêvé, ce n'est pas un cauchemar même si ça y ressemble . Tes mains se sont posées bien réellement, partout où tu en avais envie . Ton cerveau pervers a trouvé des idées bien réelles pour te faire plaisir en observant ta poupée de chair et d'os tout en lui laissant croire qu'elle était d'accord, qu'elle était complice, que tout était normal.

Non je n'ai pas rêvé tes questions, tes commentaires, je n'ai pas rêvé ce verre d'eau et ce sopalin que tu m'apportais à la fin , je n'ai pas rêvé. Même si je ne l'ai pas dit au flic je n'ai pas rêvé la chose la plus humiliante que tu aies pu me faire subir et qu'évidemment je ne raconterai pas ici . Je n'ai pas rêvé les abus incessants, chaque jour , pas un seul jour en 6 ans tu ne t'es arrêté . Bien sûr tu n'avais pas toujours le temps désiré, parfois maman ne travaillait pas, parfois elle n'allait pas en courses, parfois elle était juste pour 2 mn dans la pièce d'à côté, mais pendant ces deux minutes tu trouvais le moyen, de loin , de faire un geste explicite vers ma poitrine. Jamais, plus jamais tu n'as cessé de penser à ça, de ces gestes de loin quand tu n'étais pas seul, à ces soirées entières quand maman travaillait , tu n'as plus vu autre chose en moi que cela, plus jamais. Et ça hélas, je ne l'ai pas rêvé.

Taré 1er, si tu savais à quel point je donnerais tout pour que tu aies été Gentil 1er , pour savoir ce que c'est de faire du vélo avec toi, se promener en forêt, faire un pique-nique, t'écouter m'apprendre des choses avec bienveillance. Mais ça n'est jamais arrivé , tu as tout détruit et tu m'as imposé une vie plate, sans sortie, sans promenade, sans complicité, une vie totalement vide de sens et de repères . Tu te plaisais à raconter ton enfance à la campagne, tes jeux. Tu osais parler de Noël en famille que tu avais vécu, c'était si cruel alors que tu nous faisais passer les Noël dans la peur, la solitude et la tristesse .

Alors tu vois ils vont tout dire au Tribunal, tout ce que tu m'as fait en terme d'abus sexuels, car pour le reste, même si ça m'a détruit ça ne peut pas rentrer dans le cadre d'une plainte. Ils vont tout dire parce que c'est vrai. Ils vont tout dire parce que jamais Opale 8 ans n'a eu un papa de substitution. Ils vont tout dire parce qu'elle a passé des nuits entières éveillée à attendre qu'enfin la lumière s'éteigne dans la salle et que tu ailles te coucher . Ils vont tout dire parce que tu as massacré , étouffé, piétiné tout ce qui aurait pu exister d'espoir et de vie en moi . Ils vont tout dire parce qu'aujourd'hui à cause de toi, j'ai tout à réapprendre, parce qu'aujourd'hui entendre quelqu'un raconter un banal souvenir de promenade en famille me brise le coeur. Mais surtout ils vont tout dire parce que c'est vrai que tu m'as utilisée, c'est vrai que du jour où tu as commencé tu n'as vu en moi que de la chair et de la peau à caresser, parce que je n'étais plus rien, à tes yeux et donc aux miens, rien d'autre qu'une salope d'ado comme je l'ai pensé longtemps.

Ils vont tout dire pour ça . Et je veux tellement pas . Je ne peux que sauver mon avenir, je ne peux que reconstruire sur les ruines. Je dois accepter que tu as bousillé mon enfance, mon adolescence et qu'elles ne reviendront pas . Je dois accepter d'être comme quelqu'un qui doit réapprendre à marcher avec une jambe en moins, sauf que ma prothèse à moi ne se voit pas.

C'est réel et même là en l'écrivant je suis loin, si loin, coupée de mes émotions pour me protéger encore de la douleur, me protéger du tsunami qui va bientôt me tomber dessus quand tous ces gens assermentés vont officiellement prononcer, dire, raconter ce que tu m'as fait .

Je ne veux pas de ce procès, je ne veux pas y aller, car je ne veux pas que cela me concerne.

Mais c'est réel.

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Les mots...

Publié le par Opale

Depuis l'ouverture de ce blog, il y en a eu des mots, des centaines, des milliers de mots alignés ici pour dire ma peur, ma douleur, mes espoirs, mes souvenirs, la procédure. Jamais de mots "sales" c'est à dire décrivant clairement les abus. Il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais, à la fois par pudeur et difficulté à les écrire et à la fois pour ne pas choquer.

Ces derniers jours, à l'approche du procès, les mots me hantent, des centaines de mots de toutes sortes, tous en lien de près ou de loin avec les abus, ce que j'ai subi, et les conséquences.

Les mots entendus, les mots dits, les mots pensés, les mots redoutés, les mots murmurés, les mots pleurés, les mots cachés, les mots indicibles, les mots qu'on veut taire mais hurler, les mots qu'on veut contenir mais vomir, tous les mots.

Il y a eu les tout premiers de mon accès à la parole en 2003, je m'en souviens encore, un titre de message posé sur le forum de l'asso Sos Inceste pour Revivre. Ces mots étaient "coupable ou victime ?" . En effet je n'en savais rien, et je posais sincèrement la question, après des années à avoir tenté d'oublier, à avoir tenté de me convaincre que je devais accepter mes "erreurs de jeunesse", me pardonner d'avoir été "une salope d'ado" comme je le pensais alors.

On m'a répondu "victime" et ce mot est devenu pendant très longtemps le mot le plus horrible et violent, tant de fois ma maman de coeur l'a prononcé et tant de fois en réaction je sentais comme une bombe dans mon ventre lui répondant "non non non" pendant qu'elle tentait de m'apaiser, de me faire admettre que si, que c'était vrai, que je n'étais pas cette coupable , cette complice que je pensais être, mais que j'avais été victime, pantin donc, jouet.

Il y a eu des tas et des tas de mots confiés à l'asso , sur le forum et au téléphone, des mots crachés entre deux hyperventilations, des mots douloureux et libérateurs à la fois. Puis il y a eu cette bombe de mots que moi j'ai lâchée sur ma mère, un jour comme ça en 5 mn dans la voiture, juste avant une formation . "Maman, faut que je te dise quelque chose, il m'a touchée. " Ces mots qui l'ont assomée, ces mots que je lui ai interdit de répéter à Taré 1er tant je craignais qu'il nous tue. Ces mots lâchés avant de partir et d'agir comme si de rien n'était pendant une journée de formation. De ma part elle ne saura rien de plus à part mon âge, pour le reste je refuserai toujours de détailler, d'expliquer, plus tard la police s'en chargera en partie et la juge aussi lors de son audition.

Il y a eu les mots en thérapie, sur tous les tons, du plus monocorde au plus désespéré , du plus murmuré au plus "crié" des sanglots dans la voix. Il y a eu tous ses mots à elle ma psychologue face à moi , "ce n'est pas que vous êtes nulle c'est que vous êtes sacrément amochée" "il était pervers" "s'il était arrivé vers vos 3 ans vous seriez probablement psychotique à l'heure actuelle " " quand vous cesserez de mettre votre énergie à nier ce passé vous soulèverez des montagnes" . Tous ces mots et tant d'autres, doux ou violents, sérieux ou taquins, mais toujours aidants.

Et puis, et puis...Il y a eu le début de tout , ses mots à lui. Si on ne connaissait pas le contexte on aurait pu croire à des mots sympathiques. D'ailleurs moi dans le flou de ce carnage, du haut de mes 12 ans et jusque mes 18 ans, je n'y ai pas vu d'agression, de violence, je n'ai pas pu reconnaître ça dans des mots qui étaient aux antipodes de la violence des nuits d'alcool.

Ses mots, les tout premiers , lors de la toute première fois , quand alors que j'étais figée ne comprenant pas ce que venaient faire ses mains sous mon t-shirt et ailleurs, il m'a demandé si ça allait . "Ca va ? " Je me rappelle du ton, calme, quasi empathique et de l'impossibilité de répondre autre chose que "oui" , tout en ne sachant qu'à peine à quoi je répondais. Comment dire "non ça ne va pas" quand visiblement il est "gentil" , quand il ne crie pas, quand il n'est pas violent ?

Il y a eu ces mots , si sûr de lui quand un jour je lui ai dit que ce n'était "pas bien ce qu'on faisait" , il n'a pas eu peur, il n'a pas craint que je répète ce qui se passait, il m'a juste répondu "c'est comme un cours" . Un cours, c'est tout. Fin de l'histoire.

Puis tous ces mots au quotidien quand il n'avait que peu de temps, quand je portais t-shirt + chemise en jean + sweat-shirt . Alors pour lui ce n'était "pas pratique" comme il disait, "on ne sent rien" . Tout cela dit avec le sourire, comme un rire, comme un jeu, et du haut de mes 12 ans je "riais" aussi tout en ressentant un malaise que je ne savais pas nommer.

Ses mots, ses mots et ses ignobles questions, celles qui m'ont hantée si longtemps et me hantent encore aujourd'hui, cause entre autre de cet article. Des questions oui, pendant les abus , les "c'est bien comme ça ? c'est pas trop fort ? Tu veux que j'arrête ? "

Que répondre , putain que répondre ? J'ai donné des réponses oui, mais j'ai su plus tard qu'elles ne venaient pas de mon cerveau mais du sien. Le mien de cerveau ne savait plus parler, il n'était qu'un perroquet bien appris, conditionné. Et cette putain de fausse sollicitude, ce putain de geste qu'aujourd'hui je vis comme ignoble et cruel mais qui me perdait autrefois, quand à chaque "fin" il me demandait si je voulais un verre d'eau et m'en apportait un. Juste envie de vomir face à ça.

Les mots, les miens, ces fausse réponses qu'il me dictait, ces mots uniquement pensés quand je me suis dit dès la 1ère seconde du 1er abus "elle ne doit pas arriver" en pensant à ma mère, me sentant déjà coupable, complice, salope ado décevante. Mes mots qui n'ont pas pu dire non, pas pu crier, pas pu hurler de peur. Mes mots ligotés par l'emprise, tout comme mon corps devenu un simple jouet .

Mais aussi mes mots, plus tard, beaucoup beaucoup plus tard , quand je parlais de moi à l'asso, des mots durs, "nulle, conne, moche, coupable, sale " , les mots de douleurs , les mots de peur soudaine quand on regresse face à un autre mot que l'on n'a pas anticipé et que la personne en face va prononcer.

Et puis tous ces mots "sales" , que je n'écrirai pas, mais que j'ai dû dire et redire tant de fois pendant la procédure , mots qui vont être dits et répétés à l'infini au procès, prononcés jusqu'à la nausée. Mots "sales" non pas en eux-mêmes, eux qui sont finalement souvent de simples mots anatomiques décrivant les abus, mais sales parce que longtemps j'ai pensé qu'ils me salissaient, et parce qu'encore aujourd'hui si je les écris ou les prononce j'ai envie de m'excuser, avec ce sentiment de salir la personne qui les entend. J'ai encore beaucoup de mal à admettre que pour une personne lambda ces mots ne sont pas sales , qu'ils ne sont comme dit ma psy que "salis par ce qu'IL en a fait" . Ces mots dans un contexte d'amour entre deux adultes consentants pourraient même être beaux il paraît...Mais pour moi ces mots, surtout dits par les autres comme cela sera le cas au procès, me projettent vite et violemment dans le souvenir, dans la réalité , mettent un focus sur telle ou telle partie du corps, qu'il a vue, touchée , commentée (encore des mots...) , mettent un focus sur le fait que ce qu'il faisait était pour son plaisir, sans aucun intérêt pour ce que j'étais moi comme être humain, sans souci pour l'humiliation subie, sans souci pour mon âge, pour ma peur, pour ce moi figé qui ne pouvait qu'agir comme un pantin programmé.

Les mots, ces mots pourtant aussi dits lors du dépôt de plainte, parce qu'il le faut, parce qu'on se doit d'être très précis et de répondre à ces questions glauques mais hélas nécessaires . Ces mots qui de ce fait ont servi à dénoncer, à dire, à hurler la vérité. Ces mots pour lui redonner sa culpabilité.

Les derniers mots que je veux retenir pour le moment, c'est ceux que je lui ai adressés lors de la première confrontation, quand le policier a dit "Mlle X , Monsieur dit ne pas avoir souvenance des faits, qu'avez-vous à dire ? " , j'ai alors répondu que j'étais sûre qu'il se souvenait, que moi j'aimerais bien avoir oublié, et que j'espérais qu'il n'oublierait pas de ne pas recommencer.

Dans moins de deux mois ce sera le procès, son procès. Et à nouveau des centaines, des milliers de mots vont se dire, s'écrire, se battre. Des mots pour défendre, des mots pour comprendre, des mots pour dénoncer, des mots pour expliquer. Je suis terrifiée à l'idée de m'y noyer, à l'idée de laisser la vague de mots m'emporter vers le passé et me faire revivre tout cela. J'aimerais avoir mes mots à moi, tout prêts à être dégainés, je tente d'y réfléchir mais je ne peux pas imaginer tout ce qu'on me demandera et surtout, surtout, je ne peux pas savoir quand j'entendrai tous ces mots, alors je n'aurai pas le temps de préparer mon armure anti-émotion. De ça j'ai peur. Me noyer sous les mots.

En parlant de mot, c'est toi qui auras le mot de la fin au procès, c'est ainsi , c'est toujours l'accusé qui a le mot de la fin. Je crois que là pour le moment , je n'en ai que quelques uns que j'aimerais te hurler ce jour-là de toutes mes forces même si je sais que je n'en aurai pas le droit. "Crève, par pitié crève, tu ne sers à rien, tu n'as su faire que le mal, crève je n'en peux plus de toi, donne-moi au moins ça "

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Le regret...

Publié le par Opale

Le regret, cette chose capable de vous épuiser le coeur par une simple pensée.

Pendant ces quatre années de procédure, il a été là irrégulièrement . Parfois il me lâchait complètement, me laissait penser que j'avais eu raison. D'autres fois, il me terrassait au point de vouloir mourir, au point de me sentir face au "plus jamais" de la mort , on peut cogner, frapper, crier, il est trop tard pour revenir en arrière.

Il est si difficile à faire entendre, à faire comprendre ce regret. D'abord parce qu'une grande majorité de gens est formatée par le discours qui dit qu'une victime pour se reconstruire, pour être "reconnue" , pour revivre, pour être résiliente, pour tout ce vocabulaire miracle qu'on vous sert quand vous n'avez pas encore parlé, ou pas encore porté plainte, qu'une victime DOIT porter plainte .

La victime parle, va en thérapie, porte plainte, est reconnue victime et abracadabra elle va mieux car la justice a reconnu qu'elle est victime et qu'il est coupable. Sauf que non . Déjà dans beaucoup beaucoup de cas c'est "elle porte plainte et son dossier est classé sans suite" . Pour celles et ceux qui passent la barrière du sans suite, il y a encore souvent "l'instruction est finie et il y a non-lieu faute de preuves" (avant procès donc ) . Pour les autres qui comme moi devraient peut-être jouer au loto car gros coup de bol l'affaire va jusqu'au procès, on a les acquittements faute de preuves, ou les peines ridicules.

Mais il ne s'agit pas de ça, il s'agit d'entendre à quel point avant d'EVENTUELLEMENT aider la victime à se reconstruire, porter plainte est ultra violent. Et ça on ne le dit pas, pas souvent, pas assez, pas aux "non-victimes". Aux victimes on leur dit, un peu mais pas trop pour ne pas qu'elles changent d'avis . Ou on leur explique en long et en large qu'elles n'ont rien à craindre, c'est pas leur procès, c'est lui le coupable, c'est lui qui doit avoir peur, honte etc. Sauf que non, non plus . Bien sûr il n'y a rien à craindre on ne va pas être condamné , on ne va pas aller en taule, on ne va pas avoir les menottes, mais le danger qui plane est bien plus fort, beaucoup plus fort que tout ça . Le danger c'est le passé, c'est la terreur, c'est voir, entendre l'abuseur, c'est redire chaque détail de chaque acte, c'est entendre des experts parler de votre sexualité, de votre personnalité , c'est entendre via votre avocat à quel point vous êtes démoli, c'est entendre via la sienne à quel point il a je ne sais quelles circonstances atténuantes ou une auréole au dessus de la tête faisant que jamais il n'aurait fait ça .

Le danger c'est leur voix, leur visage, le danger c'est la peur, les larmes, l'effondrement, la dissociation , les flashs, l'envie de vomir, et sûrement bien d'autres choses, chaque victime ayant son propre ressenti (et ne regrettant d'ailleurs pas forcément d'avoir porté plainte, je ne généralise pas ) .

Le regret, mon regret, il est difficile à faire comprendre . "Tu as porté plainte donc tu savais qu'il pouvait y avoir un procès ! " . Oui mais non. Enfin si. Mais non. Tout ce que je dis avant, oui je le savais et c'est pour ça que je ne voulais absolument pas porter plainte, pour ça que je n'en ressentais absolument pas le besoin, et que je répondais que c'était hors de question si on m'en parlait . Sauf que l'inconscient est ce qu'il est et qu'un jour il est devenu vital de le confronter et quand il n'y a pas encore prescription, la façon la plus "simple" d'avoir une confrontation c'est le dépôt de plainte. Alors je me suis convaincue, à tort et sans le réaliser vraiment, que de toute façon mon dossier serait classé sans suite. Et en toute logique, personne ne m'a dit le contraire puisque c'est ce qui arrive dans la majorité des cas pour ces affaires très anciennes et donc sans l'ombre d'une preuve. J'ai soudain mis dans une boîte ce que je savais de la justice et j'ai enfoui tout ça le temps de porter plainte. Puis je suis sortie du bureau du policier, avec qui en plus ça ne s'était pas particulièrement bien passé, ce type n'ayant daigné prendre que 45 mn de son temps pour ce qui en général dure au moins 2 ou 3 heures, le tout en refusant de me poser vraiment des questions...

Bref je suis sortie de là, j'avais déposé plainte et je voulais deux choses : une confrontation et que mon dossier soit classé sans suite. J'ai eu la confrontation, 16 mois plus tard, mais pas le classement, et ce qui dans la logique des gens aurait dû me réjouir m'a fait crever de regrets car désormais il était trop tard, plus de retour en arrière possible, plus de maîtrise de mon histoire et de la machine judiciaire. Et perdre la maîtrise , pour une victime de viols , d'inceste, c'est souvent totalement insupportable, c'est retrouver cette situation passée où on n'a pu que subir sans rien faire.

Personne ne peut juger mon regret, tout comme je ne jugerai le regret de personne, ou au contraire tout comme je ne jugerai pas quelqu'un qui me dirait que la plainte, le procès lui a sauvé la vie.

Aujourd'hui, à 2 mois du procès, après avoir eu mon avocate au téléphone hier, le regret revient violemment. Parce qu'elle m'a redit, ré-expliqué , la première matinée qui serait totalement consacrée à la vie de Taré 1er, l'après-midi où l'on commencerait à parler des abus, où je serai interrogée, où il se dira toutes ces choses horribles. Elle m'a expliqué qu'une journée de procès c'est environ 9h d'audience , elle m'a expliqué qu'elle et moi on va prendre un rdv de plusieurs heures à son cabinet pour s'entraîner à tout ça "parce que là-bas quand ils vous interrogeront vous serez debout, il y aura tout le monde , ça va se jouer sur l'impression que vous donnez, sur le fait que vous êtes crédible et savez vous exprimer...". Elle m'a rappelé aussi qu'il y a un risque bien réel d'acquittement puisque nous sommes parole contre parole et que je dois m'y préparer. Elle a été bien, vraiment, réellement, pour la première fois on a pu se parler , j'ai senti qu'elle a écouté même si on n'est pas resté longtemps en conversation. Mais elle m'a rappelé (ou appris) tout ça et j'ai juste envie de fuir, parce que pour moi ce procès ce n'est rien d'autre que deux jours horribles à subir. Je n'y vois rien de positif, de constructif.

J'ai voulu la première confrontation, ça a été ultra violent mais je la voulais et ça m'a aidée, lire les différents PV d'auditions m'a aussi aidée à apprendre des choses sur lui puisque je ne connaissais rien ou des mensonges, et ça l'a fait tomber de son piédestal. D'homme "bionique" et immortel comme une partie de moi le percevait, il est passé à parasite minable et fou dont je n'ai (presque) plus peur qu'il me tue . (presque car ça revient un peu à l'idée de sa sortie de prison s'il y va . ) C'est tout ce dont j'avais besoin, de rien d'autre . Que la justice me dise victime ou pas m'importe peu dans le sens où si j'ai porté plainte c'est que j'avais enfin compris que je n'étais coupable de rien, sinon je n'aurais pas pu.

Alors me revoilà avec ce regret, immense, violent, dévastateur, ce sentiment d'avoir fait la plus grosse connerie de ma vie le 27 janvier 2011 . Si le chemin était à refaire, je parlerais oui, j'irais en thérapie, mais je ne porterais pas plainte. J'ai parfois regretté d'avoir simplement parlé, parce que cette parole qui se libère, c'est aussi la carapace qui se brise et tout qui explose, une bombe qui souffle sur l'avenir d'un coup, une souffrance qu'on n'avait pas conscience d'avoir en soi, c'est tout ça parler. Mais malgré ces moments de regret je sais que je recommencerais, il le fallait, pour tenter d'apprendre à vivre, il le fallait ne serait-ce que parce que ça a permis qu'il dégage enfin de notre vie, de notre quotidien, de chez ma mère . Il le fallait pour que je sache que non je n'étais pas une salope d'ado et que je n'avais pas à assumer ce que je pensais être "mes erreurs de jeunesse" , il le fallait pour que je sache. Je ne regrette pas d'avoir parlé et je le referais s'il le fallait. Mais la plainte non, ces quatre années d'attente, de peur, ces auditions, dire et redire les faits, les entendre dits et redits, le voir lui faire son cirque et s'amuser comme dit mon avocate, puis donc subir ces 2 jours d'audience, non, c'est trop, c'est trop dur. Je ne parle que de moi, je ne dis évidemment pas que la plainte n'aide pas certaines victimes, mais pour le moment j'ai plus l'impression d'avoir été démolie qu'autre chose, d'avoir lutté pour me reconstruire tout en m'épuisant en même temps dans la procédure, ce qui du coup a freiné le reste.

Hier soir, ce matin, je regrette de toutes mes forces. Peut-être que ça passera à nouveau, peut-être que quelque chose changera , peut-être que comme le pense ma maman de coeur je suis plutôt dans le déni, dans la peur d'entendre la réalité des faits, de l'admettre totalement. Peut-être . Mais pour le moment je regrette, je suis épuisée, épuisée et terrifiée.

Non , déposer plainte n'est pas une baguette magique. Ce discours-là qu'on entend encore beaucoup chez les "non avertis" doit cesser , on doit expliquer la réalité aux gens, pour qu'eux-mêmes comprennent ce que leur enfant/voisin/soeur/amie peut vivre face à cela, toute la violence des sentiments, aussi lourds que contradictoires.

Le procès n'est pas un but mais une étape, ça n'est pas de moi mais de ma psychologue . Il y a encore beaucoup à transmettre aux gens sur tout cela.

Ne jugez jamais les réactions d'une victime, jamais. Vous n'êtes pas elle, tout comme elle n'est pas vous .

 

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Publié dans La plainte

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Ils vont le dire...

Publié le par Opale

Ils vont le dire. Ils vont tout dire. Dire et le répéter, dire et me questionner. Tous ces mots que j'ai déjà bien du mal à prononcer moi-même, je vais les entendre.

Ils vont le dire et j'ai envie de vomir, ce n'est peut-être pas le hasard si j'ai vomi pour de vrai cette nuit après avoir écrit à ma psy quelques heures plus tôt "je voudrais tout vomir de ce qui concerne les viols" .

Ils vont dire, ils vont décrire. Ma maman de coeur a tenté de "m'entraîner" , elle en a pourtant dit très très peu, mais déjà je tremblais, déjà je partais loin dans les souvenirs, pour finir par fondre en larmes. Ils vont dire chacun des mots que je n'écrirai jamais ici, tous ces mots "sales" à mes yeux, des mots parfois d'une parfaite banalité pris hors contexte mais qui eux aussi deviennent "sales " dans le cadre des abus.

Ils vont dire le comment, ils vont dire le pourquoi ou tenter de le comprendre. Et dans l'idéal il faudrait que je puisse suffisamment me protéger pour ne pas revivre tout ça, pour ne pas "partir" dans le passé, pour ne pas me dissocier. Tenter de voir le souvenir de l'extérieur, en n'oubliant pas que je ne le subis plus, qu'il ne me fera plus jamais ça , que mon corps a changé, que j'ai grandi, que c'est un souvenir, un "simple" souvenir. C'est ce qu'on a tenté hier chez ma psychologue et c'est encore bien difficile.

Je suis tellement terrifiée à l'idée de les entendre, à l'idée de perdre pied, de redevenir la petite fille, comme lundi dans les bras de ma maman de coeur où je répétais terrifiée et dans de gros sanglots "il va pas le refaire hein ? " ayant perdu la notion du fait que je suis adulte et qu'il ne me touchera plus.

Il ne le refera pas non, plus jamais. Plus jamais ce qu'ils vont dire ne se reproduira , je tente de penser à ça , de penser surtout qu'à chaque mot "sale" qu'ils diront c'est à lui qu'ils rendront sa saleté, sa perversité. Les mots et les gestes lui appartiennent, il sera devant cette Cour pour les assumer, ou ne pas les assumer d'ailleurs, mais cela redeviendra à lui comme ça aurait dû toujours l'être. Ses idées tordues, ses idées glauques, tout ce qu'il a fait et dit, c'est à lui, ça vient de son cerveau à lui, de son imagination à lui, pas de moi.

Ils vont tout dire, enfin pas tout à fait car comme toute victime de violences sexuelles qui dépose plainte je n'ai pas pu tout déclarer. Il reste quelque chose de beaucoup beaucoup trop humiliant pour que quelqu'un d'autre que ma psy et ma maman de coeur en ait connaissance. Et de toute façon ça ne changerait rien à la qualification des faits .

Ils vont tout dire, tout détailler, il y aura les avocats, puis les jurés qui vont pouvoir poser des questions. Impossible de savoir à quoi s'attendre, impossible de prévoir leurs mots et donc le risque de faire une crise de panique en les entendant. Il va falloir lâcher prise et accepter que si je m'effondre, si je pleure, si je panique devant tous ces gens, ce n'est pas grave, c'est "courant" dans ce lieu et comme l'ont dit ma psy et ma maman de coeur, ça ne fera de toute façon que montrer les ravages de ce qui a été subi. Pourtant j'ai peur, ne rien maîtriser, perdre pied, exactement comme sous ses mains, mais là c'est différent, je dois penser que c'est différent. Je suis là pour hurler la vérité, là pour qu'il soit si possible puni, là pour lui faire passer l'envie de recommencer sur quelqu'un d'autre, là pour poser un fardeau et lui rendre ses immondices, là pour tenter d'enfin revivre et pas seulement survivre.

Tu le sais Taré 1er ils vont tout dire, même si ça sera toujours moins que ce que toi et moi nous savons , toujours moins car il y a des mots qui n'existent pas pour décrire l'indescriptible, l'insupportable, l'inimaginable.

J'espère de toutes mes forces que tu seras au moins un peu puni, même si je sais que je dois me préparer à un acquittement , c'est encore trop dur à envisager. T'imaginer libre comme l'air alors que coupable, c'est pour le moment insupportable, et pourtant ils sont des milliers, des centaines de milliers à l'être, soit parce que la justice n'a pu prouver les actes, soit parce que leur victime n'aura jamais pu parler ou n'est même plus en vie pour pouvoir le faire.

Ils vont tout dire Taré 1er, et même si j'ai envie de vomir ils vont dire ce que TU m'as fait.

 

 

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Publié dans La plainte

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