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C'est réel...

Publié le par Opale

Je crois que, même si je rechigne à l'accepter, il est là le plus gros noeud de ma peur, de ma terreur face à l'approche du procès.

Je l'ai déjà dit dans d'autres articles : ils vont prononcer des mots "sales", décrire les faits, je vais devoir moi aussi les décrire en répondant à des questions, Taré 1er verra sa vie étudiée sous toutes les coutures, ma mère, ma soeur témoigneront. J'ai peur de tout cela, je ne veux pas de tout cela, je veux fuir tout cela, je veux mourir même pour ne pas y aller.

Mais au fond le problème est ailleurs...dans une partie de moi qui lutte encore contre l'évidence. Car si la présidente, le procureur, les avocates, lui, moi, ma mère, ma soeur et d'autres encore vont dire ce qu'ils ont à dire, vont rappeler ces faits, vont tenter de chercher s'il y a suffisamment de matière à condamner Taré 1er c'est pour une raison, une seule : c'est réel, ça a existé, et je ne veux telllement, tellement pas de ça.

Je ne sais pas vraiment si dans l'esprit de quelqu'un qui n'est ni psy ni victime il est facilement compréhensible que 12 ans après la première parole, après tout un travail sur soi, après avoir quitté la honte et la culpabilité, on puisse encore, quelque part là tout au fond et malgré le fait d'avoir porté plainte, avoir envie que tout cela soit faux.

Bien sûr je sais que c'est vrai, bien sûr je n'ai pas le moindre doute sur ce que j'ai dénoncé, bien sûr. Et pourtant...

Pourtant il y a une partie, une si infime mais si puissante partie de moi qui voit et ressent à quel point la douleur peut être pire, à quel point réaliser pleinement à 100% et non plus disons à 92% peut faire approcher la folie, injecter une douleur quasi animale dans les veines , donner envie de hurler, de supplier pour que ce soit faux, pour avoir rêvé, cauchemardé, pour s'être trompée.

Cette petite partie qui aurait voulu que l'histoire se passe ainsi : " Opale 7 ans et 3 mois perd son grand frère puis 3 mois plus tard son papa. C'est terrible mais sa maman veut leur offrir une nouvelle chance et Gentil 1er arrive dans leur vie , les rend heureuses . Ainsi, Opale n'oubliera jamais son papa, mais Gentil 1er l'aidera à grandir, à devenir libre, à oser et aimer vivre pour devenir au final une femme épanouie."

Sauf que...

La vraie histoire ça n'est pas cela . Gentil 1er n'a existé que dans la tête de l'Opale de 8 ans qui a espéré recevoir à nouveau l'amour violemment perdu. Mais Gentil 1er n'a pas vécu, il était Taré 1er, juste un fou bien décidé à piétiner tous les éclats d'amour restants, tous les espoirs, tout l'avenir , bien décidé aussi 4 ans plus tard à avoir une poupée à lui, de chair et d'os, vivante, obéissante et soumise. Alors au lieu de l'apprendre à grandir il apprit à Opale 8 ans la peur, la violence, il lui apprit à ne pas faire de bruit pendant la télé, pendant les mots croisés, pendant tout en fait . Il lui apprit que le danger est partout, qu'on ne va pas jouer dehors car on ne sait jamais, il lui apprit sans le savoir à reconnaître à sa façon de mettre la clé dans la serrure s'il était ivre ou non . Plus tard il lui apprit comment être une bonne poupée, soumise, obéissante et ne révélant pas son sale secret, pour qu'elle devienne au final une femme terrifiée dont il pourrait peut-être abuser encore et encore .

Oui c'est réel, oui ça a existé . Taré 1er non je n'ai pas rêvé, ce n'est pas un cauchemar même si ça y ressemble . Tes mains se sont posées bien réellement, partout où tu en avais envie . Ton cerveau pervers a trouvé des idées bien réelles pour te faire plaisir en observant ta poupée de chair et d'os tout en lui laissant croire qu'elle était d'accord, qu'elle était complice, que tout était normal.

Non je n'ai pas rêvé tes questions, tes commentaires, je n'ai pas rêvé ce verre d'eau et ce sopalin que tu m'apportais à la fin , je n'ai pas rêvé. Même si je ne l'ai pas dit au flic je n'ai pas rêvé la chose la plus humiliante que tu aies pu me faire subir et qu'évidemment je ne raconterai pas ici . Je n'ai pas rêvé les abus incessants, chaque jour , pas un seul jour en 6 ans tu ne t'es arrêté . Bien sûr tu n'avais pas toujours le temps désiré, parfois maman ne travaillait pas, parfois elle n'allait pas en courses, parfois elle était juste pour 2 mn dans la pièce d'à côté, mais pendant ces deux minutes tu trouvais le moyen, de loin , de faire un geste explicite vers ma poitrine. Jamais, plus jamais tu n'as cessé de penser à ça, de ces gestes de loin quand tu n'étais pas seul, à ces soirées entières quand maman travaillait , tu n'as plus vu autre chose en moi que cela, plus jamais. Et ça hélas, je ne l'ai pas rêvé.

Taré 1er, si tu savais à quel point je donnerais tout pour que tu aies été Gentil 1er , pour savoir ce que c'est de faire du vélo avec toi, se promener en forêt, faire un pique-nique, t'écouter m'apprendre des choses avec bienveillance. Mais ça n'est jamais arrivé , tu as tout détruit et tu m'as imposé une vie plate, sans sortie, sans promenade, sans complicité, une vie totalement vide de sens et de repères . Tu te plaisais à raconter ton enfance à la campagne, tes jeux. Tu osais parler de Noël en famille que tu avais vécu, c'était si cruel alors que tu nous faisais passer les Noël dans la peur, la solitude et la tristesse .

Alors tu vois ils vont tout dire au Tribunal, tout ce que tu m'as fait en terme d'abus sexuels, car pour le reste, même si ça m'a détruit ça ne peut pas rentrer dans le cadre d'une plainte. Ils vont tout dire parce que c'est vrai. Ils vont tout dire parce que jamais Opale 8 ans n'a eu un papa de substitution. Ils vont tout dire parce qu'elle a passé des nuits entières éveillée à attendre qu'enfin la lumière s'éteigne dans la salle et que tu ailles te coucher . Ils vont tout dire parce que tu as massacré , étouffé, piétiné tout ce qui aurait pu exister d'espoir et de vie en moi . Ils vont tout dire parce qu'aujourd'hui à cause de toi, j'ai tout à réapprendre, parce qu'aujourd'hui entendre quelqu'un raconter un banal souvenir de promenade en famille me brise le coeur. Mais surtout ils vont tout dire parce que c'est vrai que tu m'as utilisée, c'est vrai que du jour où tu as commencé tu n'as vu en moi que de la chair et de la peau à caresser, parce que je n'étais plus rien, à tes yeux et donc aux miens, rien d'autre qu'une salope d'ado comme je l'ai pensé longtemps.

Ils vont tout dire pour ça . Et je veux tellement pas . Je ne peux que sauver mon avenir, je ne peux que reconstruire sur les ruines. Je dois accepter que tu as bousillé mon enfance, mon adolescence et qu'elles ne reviendront pas . Je dois accepter d'être comme quelqu'un qui doit réapprendre à marcher avec une jambe en moins, sauf que ma prothèse à moi ne se voit pas.

C'est réel et même là en l'écrivant je suis loin, si loin, coupée de mes émotions pour me protéger encore de la douleur, me protéger du tsunami qui va bientôt me tomber dessus quand tous ces gens assermentés vont officiellement prononcer, dire, raconter ce que tu m'as fait .

Je ne veux pas de ce procès, je ne veux pas y aller, car je ne veux pas que cela me concerne.

Mais c'est réel.

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Les mots...

Publié le par Opale

Depuis l'ouverture de ce blog, il y en a eu des mots, des centaines, des milliers de mots alignés ici pour dire ma peur, ma douleur, mes espoirs, mes souvenirs, la procédure. Jamais de mots "sales" c'est à dire décrivant clairement les abus. Il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais, à la fois par pudeur et difficulté à les écrire et à la fois pour ne pas choquer.

Ces derniers jours, à l'approche du procès, les mots me hantent, des centaines de mots de toutes sortes, tous en lien de près ou de loin avec les abus, ce que j'ai subi, et les conséquences.

Les mots entendus, les mots dits, les mots pensés, les mots redoutés, les mots murmurés, les mots pleurés, les mots cachés, les mots indicibles, les mots qu'on veut taire mais hurler, les mots qu'on veut contenir mais vomir, tous les mots.

Il y a eu les tout premiers de mon accès à la parole en 2003, je m'en souviens encore, un titre de message posé sur le forum de l'asso Sos Inceste pour Revivre. Ces mots étaient "coupable ou victime ?" . En effet je n'en savais rien, et je posais sincèrement la question, après des années à avoir tenté d'oublier, à avoir tenté de me convaincre que je devais accepter mes "erreurs de jeunesse", me pardonner d'avoir été "une salope d'ado" comme je le pensais alors.

On m'a répondu "victime" et ce mot est devenu pendant très longtemps le mot le plus horrible et violent, tant de fois ma maman de coeur l'a prononcé et tant de fois en réaction je sentais comme une bombe dans mon ventre lui répondant "non non non" pendant qu'elle tentait de m'apaiser, de me faire admettre que si, que c'était vrai, que je n'étais pas cette coupable , cette complice que je pensais être, mais que j'avais été victime, pantin donc, jouet.

Il y a eu des tas et des tas de mots confiés à l'asso , sur le forum et au téléphone, des mots crachés entre deux hyperventilations, des mots douloureux et libérateurs à la fois. Puis il y a eu cette bombe de mots que moi j'ai lâchée sur ma mère, un jour comme ça en 5 mn dans la voiture, juste avant une formation . "Maman, faut que je te dise quelque chose, il m'a touchée. " Ces mots qui l'ont assomée, ces mots que je lui ai interdit de répéter à Taré 1er tant je craignais qu'il nous tue. Ces mots lâchés avant de partir et d'agir comme si de rien n'était pendant une journée de formation. De ma part elle ne saura rien de plus à part mon âge, pour le reste je refuserai toujours de détailler, d'expliquer, plus tard la police s'en chargera en partie et la juge aussi lors de son audition.

Il y a eu les mots en thérapie, sur tous les tons, du plus monocorde au plus désespéré , du plus murmuré au plus "crié" des sanglots dans la voix. Il y a eu tous ses mots à elle ma psychologue face à moi , "ce n'est pas que vous êtes nulle c'est que vous êtes sacrément amochée" "il était pervers" "s'il était arrivé vers vos 3 ans vous seriez probablement psychotique à l'heure actuelle " " quand vous cesserez de mettre votre énergie à nier ce passé vous soulèverez des montagnes" . Tous ces mots et tant d'autres, doux ou violents, sérieux ou taquins, mais toujours aidants.

Et puis, et puis...Il y a eu le début de tout , ses mots à lui. Si on ne connaissait pas le contexte on aurait pu croire à des mots sympathiques. D'ailleurs moi dans le flou de ce carnage, du haut de mes 12 ans et jusque mes 18 ans, je n'y ai pas vu d'agression, de violence, je n'ai pas pu reconnaître ça dans des mots qui étaient aux antipodes de la violence des nuits d'alcool.

Ses mots, les tout premiers , lors de la toute première fois , quand alors que j'étais figée ne comprenant pas ce que venaient faire ses mains sous mon t-shirt et ailleurs, il m'a demandé si ça allait . "Ca va ? " Je me rappelle du ton, calme, quasi empathique et de l'impossibilité de répondre autre chose que "oui" , tout en ne sachant qu'à peine à quoi je répondais. Comment dire "non ça ne va pas" quand visiblement il est "gentil" , quand il ne crie pas, quand il n'est pas violent ?

Il y a eu ces mots , si sûr de lui quand un jour je lui ai dit que ce n'était "pas bien ce qu'on faisait" , il n'a pas eu peur, il n'a pas craint que je répète ce qui se passait, il m'a juste répondu "c'est comme un cours" . Un cours, c'est tout. Fin de l'histoire.

Puis tous ces mots au quotidien quand il n'avait que peu de temps, quand je portais t-shirt + chemise en jean + sweat-shirt . Alors pour lui ce n'était "pas pratique" comme il disait, "on ne sent rien" . Tout cela dit avec le sourire, comme un rire, comme un jeu, et du haut de mes 12 ans je "riais" aussi tout en ressentant un malaise que je ne savais pas nommer.

Ses mots, ses mots et ses ignobles questions, celles qui m'ont hantée si longtemps et me hantent encore aujourd'hui, cause entre autre de cet article. Des questions oui, pendant les abus , les "c'est bien comme ça ? c'est pas trop fort ? Tu veux que j'arrête ? "

Que répondre , putain que répondre ? J'ai donné des réponses oui, mais j'ai su plus tard qu'elles ne venaient pas de mon cerveau mais du sien. Le mien de cerveau ne savait plus parler, il n'était qu'un perroquet bien appris, conditionné. Et cette putain de fausse sollicitude, ce putain de geste qu'aujourd'hui je vis comme ignoble et cruel mais qui me perdait autrefois, quand à chaque "fin" il me demandait si je voulais un verre d'eau et m'en apportait un. Juste envie de vomir face à ça.

Les mots, les miens, ces fausse réponses qu'il me dictait, ces mots uniquement pensés quand je me suis dit dès la 1ère seconde du 1er abus "elle ne doit pas arriver" en pensant à ma mère, me sentant déjà coupable, complice, salope ado décevante. Mes mots qui n'ont pas pu dire non, pas pu crier, pas pu hurler de peur. Mes mots ligotés par l'emprise, tout comme mon corps devenu un simple jouet .

Mais aussi mes mots, plus tard, beaucoup beaucoup plus tard , quand je parlais de moi à l'asso, des mots durs, "nulle, conne, moche, coupable, sale " , les mots de douleurs , les mots de peur soudaine quand on regresse face à un autre mot que l'on n'a pas anticipé et que la personne en face va prononcer.

Et puis tous ces mots "sales" , que je n'écrirai pas, mais que j'ai dû dire et redire tant de fois pendant la procédure , mots qui vont être dits et répétés à l'infini au procès, prononcés jusqu'à la nausée. Mots "sales" non pas en eux-mêmes, eux qui sont finalement souvent de simples mots anatomiques décrivant les abus, mais sales parce que longtemps j'ai pensé qu'ils me salissaient, et parce qu'encore aujourd'hui si je les écris ou les prononce j'ai envie de m'excuser, avec ce sentiment de salir la personne qui les entend. J'ai encore beaucoup de mal à admettre que pour une personne lambda ces mots ne sont pas sales , qu'ils ne sont comme dit ma psy que "salis par ce qu'IL en a fait" . Ces mots dans un contexte d'amour entre deux adultes consentants pourraient même être beaux il paraît...Mais pour moi ces mots, surtout dits par les autres comme cela sera le cas au procès, me projettent vite et violemment dans le souvenir, dans la réalité , mettent un focus sur telle ou telle partie du corps, qu'il a vue, touchée , commentée (encore des mots...) , mettent un focus sur le fait que ce qu'il faisait était pour son plaisir, sans aucun intérêt pour ce que j'étais moi comme être humain, sans souci pour l'humiliation subie, sans souci pour mon âge, pour ma peur, pour ce moi figé qui ne pouvait qu'agir comme un pantin programmé.

Les mots, ces mots pourtant aussi dits lors du dépôt de plainte, parce qu'il le faut, parce qu'on se doit d'être très précis et de répondre à ces questions glauques mais hélas nécessaires . Ces mots qui de ce fait ont servi à dénoncer, à dire, à hurler la vérité. Ces mots pour lui redonner sa culpabilité.

Les derniers mots que je veux retenir pour le moment, c'est ceux que je lui ai adressés lors de la première confrontation, quand le policier a dit "Mlle X , Monsieur dit ne pas avoir souvenance des faits, qu'avez-vous à dire ? " , j'ai alors répondu que j'étais sûre qu'il se souvenait, que moi j'aimerais bien avoir oublié, et que j'espérais qu'il n'oublierait pas de ne pas recommencer.

Dans moins de deux mois ce sera le procès, son procès. Et à nouveau des centaines, des milliers de mots vont se dire, s'écrire, se battre. Des mots pour défendre, des mots pour comprendre, des mots pour dénoncer, des mots pour expliquer. Je suis terrifiée à l'idée de m'y noyer, à l'idée de laisser la vague de mots m'emporter vers le passé et me faire revivre tout cela. J'aimerais avoir mes mots à moi, tout prêts à être dégainés, je tente d'y réfléchir mais je ne peux pas imaginer tout ce qu'on me demandera et surtout, surtout, je ne peux pas savoir quand j'entendrai tous ces mots, alors je n'aurai pas le temps de préparer mon armure anti-émotion. De ça j'ai peur. Me noyer sous les mots.

En parlant de mot, c'est toi qui auras le mot de la fin au procès, c'est ainsi , c'est toujours l'accusé qui a le mot de la fin. Je crois que là pour le moment , je n'en ai que quelques uns que j'aimerais te hurler ce jour-là de toutes mes forces même si je sais que je n'en aurai pas le droit. "Crève, par pitié crève, tu ne sers à rien, tu n'as su faire que le mal, crève je n'en peux plus de toi, donne-moi au moins ça "

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Le regret...

Publié le par Opale

Le regret, cette chose capable de vous épuiser le coeur par une simple pensée.

Pendant ces quatre années de procédure, il a été là irrégulièrement . Parfois il me lâchait complètement, me laissait penser que j'avais eu raison. D'autres fois, il me terrassait au point de vouloir mourir, au point de me sentir face au "plus jamais" de la mort , on peut cogner, frapper, crier, il est trop tard pour revenir en arrière.

Il est si difficile à faire entendre, à faire comprendre ce regret. D'abord parce qu'une grande majorité de gens est formatée par le discours qui dit qu'une victime pour se reconstruire, pour être "reconnue" , pour revivre, pour être résiliente, pour tout ce vocabulaire miracle qu'on vous sert quand vous n'avez pas encore parlé, ou pas encore porté plainte, qu'une victime DOIT porter plainte .

La victime parle, va en thérapie, porte plainte, est reconnue victime et abracadabra elle va mieux car la justice a reconnu qu'elle est victime et qu'il est coupable. Sauf que non . Déjà dans beaucoup beaucoup de cas c'est "elle porte plainte et son dossier est classé sans suite" . Pour celles et ceux qui passent la barrière du sans suite, il y a encore souvent "l'instruction est finie et il y a non-lieu faute de preuves" (avant procès donc ) . Pour les autres qui comme moi devraient peut-être jouer au loto car gros coup de bol l'affaire va jusqu'au procès, on a les acquittements faute de preuves, ou les peines ridicules.

Mais il ne s'agit pas de ça, il s'agit d'entendre à quel point avant d'EVENTUELLEMENT aider la victime à se reconstruire, porter plainte est ultra violent. Et ça on ne le dit pas, pas souvent, pas assez, pas aux "non-victimes". Aux victimes on leur dit, un peu mais pas trop pour ne pas qu'elles changent d'avis . Ou on leur explique en long et en large qu'elles n'ont rien à craindre, c'est pas leur procès, c'est lui le coupable, c'est lui qui doit avoir peur, honte etc. Sauf que non, non plus . Bien sûr il n'y a rien à craindre on ne va pas être condamné , on ne va pas aller en taule, on ne va pas avoir les menottes, mais le danger qui plane est bien plus fort, beaucoup plus fort que tout ça . Le danger c'est le passé, c'est la terreur, c'est voir, entendre l'abuseur, c'est redire chaque détail de chaque acte, c'est entendre des experts parler de votre sexualité, de votre personnalité , c'est entendre via votre avocat à quel point vous êtes démoli, c'est entendre via la sienne à quel point il a je ne sais quelles circonstances atténuantes ou une auréole au dessus de la tête faisant que jamais il n'aurait fait ça .

Le danger c'est leur voix, leur visage, le danger c'est la peur, les larmes, l'effondrement, la dissociation , les flashs, l'envie de vomir, et sûrement bien d'autres choses, chaque victime ayant son propre ressenti (et ne regrettant d'ailleurs pas forcément d'avoir porté plainte, je ne généralise pas ) .

Le regret, mon regret, il est difficile à faire comprendre . "Tu as porté plainte donc tu savais qu'il pouvait y avoir un procès ! " . Oui mais non. Enfin si. Mais non. Tout ce que je dis avant, oui je le savais et c'est pour ça que je ne voulais absolument pas porter plainte, pour ça que je n'en ressentais absolument pas le besoin, et que je répondais que c'était hors de question si on m'en parlait . Sauf que l'inconscient est ce qu'il est et qu'un jour il est devenu vital de le confronter et quand il n'y a pas encore prescription, la façon la plus "simple" d'avoir une confrontation c'est le dépôt de plainte. Alors je me suis convaincue, à tort et sans le réaliser vraiment, que de toute façon mon dossier serait classé sans suite. Et en toute logique, personne ne m'a dit le contraire puisque c'est ce qui arrive dans la majorité des cas pour ces affaires très anciennes et donc sans l'ombre d'une preuve. J'ai soudain mis dans une boîte ce que je savais de la justice et j'ai enfoui tout ça le temps de porter plainte. Puis je suis sortie du bureau du policier, avec qui en plus ça ne s'était pas particulièrement bien passé, ce type n'ayant daigné prendre que 45 mn de son temps pour ce qui en général dure au moins 2 ou 3 heures, le tout en refusant de me poser vraiment des questions...

Bref je suis sortie de là, j'avais déposé plainte et je voulais deux choses : une confrontation et que mon dossier soit classé sans suite. J'ai eu la confrontation, 16 mois plus tard, mais pas le classement, et ce qui dans la logique des gens aurait dû me réjouir m'a fait crever de regrets car désormais il était trop tard, plus de retour en arrière possible, plus de maîtrise de mon histoire et de la machine judiciaire. Et perdre la maîtrise , pour une victime de viols , d'inceste, c'est souvent totalement insupportable, c'est retrouver cette situation passée où on n'a pu que subir sans rien faire.

Personne ne peut juger mon regret, tout comme je ne jugerai le regret de personne, ou au contraire tout comme je ne jugerai pas quelqu'un qui me dirait que la plainte, le procès lui a sauvé la vie.

Aujourd'hui, à 2 mois du procès, après avoir eu mon avocate au téléphone hier, le regret revient violemment. Parce qu'elle m'a redit, ré-expliqué , la première matinée qui serait totalement consacrée à la vie de Taré 1er, l'après-midi où l'on commencerait à parler des abus, où je serai interrogée, où il se dira toutes ces choses horribles. Elle m'a expliqué qu'une journée de procès c'est environ 9h d'audience , elle m'a expliqué qu'elle et moi on va prendre un rdv de plusieurs heures à son cabinet pour s'entraîner à tout ça "parce que là-bas quand ils vous interrogeront vous serez debout, il y aura tout le monde , ça va se jouer sur l'impression que vous donnez, sur le fait que vous êtes crédible et savez vous exprimer...". Elle m'a rappelé aussi qu'il y a un risque bien réel d'acquittement puisque nous sommes parole contre parole et que je dois m'y préparer. Elle a été bien, vraiment, réellement, pour la première fois on a pu se parler , j'ai senti qu'elle a écouté même si on n'est pas resté longtemps en conversation. Mais elle m'a rappelé (ou appris) tout ça et j'ai juste envie de fuir, parce que pour moi ce procès ce n'est rien d'autre que deux jours horribles à subir. Je n'y vois rien de positif, de constructif.

J'ai voulu la première confrontation, ça a été ultra violent mais je la voulais et ça m'a aidée, lire les différents PV d'auditions m'a aussi aidée à apprendre des choses sur lui puisque je ne connaissais rien ou des mensonges, et ça l'a fait tomber de son piédestal. D'homme "bionique" et immortel comme une partie de moi le percevait, il est passé à parasite minable et fou dont je n'ai (presque) plus peur qu'il me tue . (presque car ça revient un peu à l'idée de sa sortie de prison s'il y va . ) C'est tout ce dont j'avais besoin, de rien d'autre . Que la justice me dise victime ou pas m'importe peu dans le sens où si j'ai porté plainte c'est que j'avais enfin compris que je n'étais coupable de rien, sinon je n'aurais pas pu.

Alors me revoilà avec ce regret, immense, violent, dévastateur, ce sentiment d'avoir fait la plus grosse connerie de ma vie le 27 janvier 2011 . Si le chemin était à refaire, je parlerais oui, j'irais en thérapie, mais je ne porterais pas plainte. J'ai parfois regretté d'avoir simplement parlé, parce que cette parole qui se libère, c'est aussi la carapace qui se brise et tout qui explose, une bombe qui souffle sur l'avenir d'un coup, une souffrance qu'on n'avait pas conscience d'avoir en soi, c'est tout ça parler. Mais malgré ces moments de regret je sais que je recommencerais, il le fallait, pour tenter d'apprendre à vivre, il le fallait ne serait-ce que parce que ça a permis qu'il dégage enfin de notre vie, de notre quotidien, de chez ma mère . Il le fallait pour que je sache que non je n'étais pas une salope d'ado et que je n'avais pas à assumer ce que je pensais être "mes erreurs de jeunesse" , il le fallait pour que je sache. Je ne regrette pas d'avoir parlé et je le referais s'il le fallait. Mais la plainte non, ces quatre années d'attente, de peur, ces auditions, dire et redire les faits, les entendre dits et redits, le voir lui faire son cirque et s'amuser comme dit mon avocate, puis donc subir ces 2 jours d'audience, non, c'est trop, c'est trop dur. Je ne parle que de moi, je ne dis évidemment pas que la plainte n'aide pas certaines victimes, mais pour le moment j'ai plus l'impression d'avoir été démolie qu'autre chose, d'avoir lutté pour me reconstruire tout en m'épuisant en même temps dans la procédure, ce qui du coup a freiné le reste.

Hier soir, ce matin, je regrette de toutes mes forces. Peut-être que ça passera à nouveau, peut-être que quelque chose changera , peut-être que comme le pense ma maman de coeur je suis plutôt dans le déni, dans la peur d'entendre la réalité des faits, de l'admettre totalement. Peut-être . Mais pour le moment je regrette, je suis épuisée, épuisée et terrifiée.

Non , déposer plainte n'est pas une baguette magique. Ce discours-là qu'on entend encore beaucoup chez les "non avertis" doit cesser , on doit expliquer la réalité aux gens, pour qu'eux-mêmes comprennent ce que leur enfant/voisin/soeur/amie peut vivre face à cela, toute la violence des sentiments, aussi lourds que contradictoires.

Le procès n'est pas un but mais une étape, ça n'est pas de moi mais de ma psychologue . Il y a encore beaucoup à transmettre aux gens sur tout cela.

Ne jugez jamais les réactions d'une victime, jamais. Vous n'êtes pas elle, tout comme elle n'est pas vous .

 

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Ils vont le dire...

Publié le par Opale

Ils vont le dire. Ils vont tout dire. Dire et le répéter, dire et me questionner. Tous ces mots que j'ai déjà bien du mal à prononcer moi-même, je vais les entendre.

Ils vont le dire et j'ai envie de vomir, ce n'est peut-être pas le hasard si j'ai vomi pour de vrai cette nuit après avoir écrit à ma psy quelques heures plus tôt "je voudrais tout vomir de ce qui concerne les viols" .

Ils vont dire, ils vont décrire. Ma maman de coeur a tenté de "m'entraîner" , elle en a pourtant dit très très peu, mais déjà je tremblais, déjà je partais loin dans les souvenirs, pour finir par fondre en larmes. Ils vont dire chacun des mots que je n'écrirai jamais ici, tous ces mots "sales" à mes yeux, des mots parfois d'une parfaite banalité pris hors contexte mais qui eux aussi deviennent "sales " dans le cadre des abus.

Ils vont dire le comment, ils vont dire le pourquoi ou tenter de le comprendre. Et dans l'idéal il faudrait que je puisse suffisamment me protéger pour ne pas revivre tout ça, pour ne pas "partir" dans le passé, pour ne pas me dissocier. Tenter de voir le souvenir de l'extérieur, en n'oubliant pas que je ne le subis plus, qu'il ne me fera plus jamais ça , que mon corps a changé, que j'ai grandi, que c'est un souvenir, un "simple" souvenir. C'est ce qu'on a tenté hier chez ma psychologue et c'est encore bien difficile.

Je suis tellement terrifiée à l'idée de les entendre, à l'idée de perdre pied, de redevenir la petite fille, comme lundi dans les bras de ma maman de coeur où je répétais terrifiée et dans de gros sanglots "il va pas le refaire hein ? " ayant perdu la notion du fait que je suis adulte et qu'il ne me touchera plus.

Il ne le refera pas non, plus jamais. Plus jamais ce qu'ils vont dire ne se reproduira , je tente de penser à ça , de penser surtout qu'à chaque mot "sale" qu'ils diront c'est à lui qu'ils rendront sa saleté, sa perversité. Les mots et les gestes lui appartiennent, il sera devant cette Cour pour les assumer, ou ne pas les assumer d'ailleurs, mais cela redeviendra à lui comme ça aurait dû toujours l'être. Ses idées tordues, ses idées glauques, tout ce qu'il a fait et dit, c'est à lui, ça vient de son cerveau à lui, de son imagination à lui, pas de moi.

Ils vont tout dire, enfin pas tout à fait car comme toute victime de violences sexuelles qui dépose plainte je n'ai pas pu tout déclarer. Il reste quelque chose de beaucoup beaucoup trop humiliant pour que quelqu'un d'autre que ma psy et ma maman de coeur en ait connaissance. Et de toute façon ça ne changerait rien à la qualification des faits .

Ils vont tout dire, tout détailler, il y aura les avocats, puis les jurés qui vont pouvoir poser des questions. Impossible de savoir à quoi s'attendre, impossible de prévoir leurs mots et donc le risque de faire une crise de panique en les entendant. Il va falloir lâcher prise et accepter que si je m'effondre, si je pleure, si je panique devant tous ces gens, ce n'est pas grave, c'est "courant" dans ce lieu et comme l'ont dit ma psy et ma maman de coeur, ça ne fera de toute façon que montrer les ravages de ce qui a été subi. Pourtant j'ai peur, ne rien maîtriser, perdre pied, exactement comme sous ses mains, mais là c'est différent, je dois penser que c'est différent. Je suis là pour hurler la vérité, là pour qu'il soit si possible puni, là pour lui faire passer l'envie de recommencer sur quelqu'un d'autre, là pour poser un fardeau et lui rendre ses immondices, là pour tenter d'enfin revivre et pas seulement survivre.

Tu le sais Taré 1er ils vont tout dire, même si ça sera toujours moins que ce que toi et moi nous savons , toujours moins car il y a des mots qui n'existent pas pour décrire l'indescriptible, l'insupportable, l'inimaginable.

J'espère de toutes mes forces que tu seras au moins un peu puni, même si je sais que je dois me préparer à un acquittement , c'est encore trop dur à envisager. T'imaginer libre comme l'air alors que coupable, c'est pour le moment insupportable, et pourtant ils sont des milliers, des centaines de milliers à l'être, soit parce que la justice n'a pu prouver les actes, soit parce que leur victime n'aura jamais pu parler ou n'est même plus en vie pour pouvoir le faire.

Ils vont tout dire Taré 1er, et même si j'ai envie de vomir ils vont dire ce que TU m'as fait.

 

 

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Nous y voilà...

Publié le par Opale

4 ans, presque 4 ans de procédure et la fin approche enfin.

27 janvier 2011 je déposais plainte pour viols sur mineure par personne ayant autorité.

4 ans et 2 auditions , 2 confrontations et 2 expertises psys plus tard, et pour lui 3 auditions pendant la garde à vue, une chez la juge, nos deux confrontations et 4 expertises psys, je connais désormais la date du procès.

Les 12 et 13 mars 2015 , Taré 1er sera sur le banc des accusés, et moi je serai...je ne sais pas.

J'attends depuis si longtemps que tout ça se termine, je rêve depuis si longtemps que sa mort raccourcisse et mette fin à la procédure. Mais voilà, le jour où vers novembre 2010 déposer plainte a commencé à s'imposer comme un élément vital, je me suis convaincue que ça serait classé sans suite, ou au pire correctionnalisé. Je me suis lancée avec comme unique but d'avoir une confrontation, et qu'il soit auditionné, mis face à ses actes.

Ca a été le cas et comme ont pu le constater psys, juge, avocats, policiers, il s'en fout, il s'en contrefout de ce que je lui reproche, les experts le disent , pas la moindre émotion à être accusé d'un crime, rien.

Il s'en fout et pire il s'est amusé, bien amusé à se foutre des policiers, puis de la juge , et je sais qu'il fera de même pour le Procureur. Quoiqu'il risque et aussi dur que ce soit à faire admettre aux gens il s'en fout.

Par contre moi je ne m'en fous pas, et ayant cru bravement que tout ça serait classé sans suite, ça fait un bout de temps que j'angoisse, mais tout devient concret et ce n'est plus de l'angoisse c'est une panique totale. L'idée de le réentendre lui, le voir faire son cirque, entendre ses expressions , sa façon de parler maniérée , ça me terrifie, je me sens en danger psychologique .

La première confrontation, celle que je souhaitais, est encore gravée en moi, tant je suis encore capable de ressentir cet effondrement, ce basculement dans ma tête en le sentant m'emmener dans son monde, ce monde où rien n'est à sa place, ce monde où un type en garde à vue pour viols dit en fin de confrontation au policier "si je me souviens de quelque chose je vous contacte ? " , de la même façon qu'il l'inviterait à boire le thé, le tout avant de retourner en cellule.

A chaque mot, à chaque phrase inadaptée, moi qui savais pourtant à quel point il est dingue, je m'écroulais, je murmurais en larmes "il est fou" et l'avocate de permanence qui m'accompagnait ce jour-là était consternée, ainsi que le policier qui n'en pouvait plus de l'avoir supporté pendant la garde à vue.

Alors le revoir encore, l'entendre encore , c'est si violent et inimaginable que mon premier réflexe est de me dire "je vais me tuer comme ça j'irai pas" alors que j'ai pourtant le droit de ne pas y aller, malgré la pression de mon avocate sur ma présence "indispensable" pour que les jurés voient la différence entre lui et moi.

Et s'il n'y avait que ça, mais pendant ces deux jours un nombre bien trop grand de personnes va prononcer ces mots que je trouve "sales", les détails de ce que j'ai subi, tout ce qui n'a jamais été évoqué sur ce blog : quoi, comment , combien de temps, de quelle manière, quelle position, en disant quoi . Ca va être ça la réalité , eux disant tous ces mots et moi qui vais devoir les dire aussi.

Puis sa vie à lui disséquée et notamment sa sexualité, et donc aussi l'absence de cette même sexualité avec ma mère , leur relation étalée , mon enfance placée sous microscope pour que chaque juré y voie mieux le "sordide" comme dit ma psy , de cette succession de traumas, de deuils, de solitude, d'absence psychique d'une mère, de son alcoolisme à lui, de sa mythomanie, de sa perversité . Sous le microscope mais dit bien haut et fort au micro la vie de la petite Opale, les nuits blanches à attendre qu'il dorme enfin, les nuits à attendre d'avoir le droit d'aller dormir, les "abus" quand il n'avait pas bu, tout étalé, tout détaillé.

Ca a beau être moi la victime, je ne pense pas que quiconque soit prêt à entendre ce genre de choses , ces détails glauques et tout ce qu'il faut bien dire, estimer, quantifier, dater du mieux qu'on peut malgré ce que la mémoire traumatique provoque sur les souvenirs et la notion de temps .

Je ne sais pas où je serai non, il faut que je me donne le droit de ne pas y aller, le droit de changer d'avis n'importe quand, plutôt que de vouloir juste mourir pour en finir avec tout ça, mais ce n'est pas si simple. La terreur est immense, et dans la terreur le raisonnement se perd.

Puis ma "famille" me manque. Elle est en gros constituée de ma mère et ma soeur. Ma mère, elle ne voit pas le stress que je subis "mais faut pas stresser tu vas te rendre malade et ne plus pouvoir travailler" Si tu savais maman, c'est déjà le cas.

Quant à ma soeur, elle a forcément vu mon message sur facebook donnant les dates, mais aucun mot, aucun soutien, rien . Je fais avec le reste du temps, mais là, pour cette épreuve-là j'ai mal de ne pas avoir de famille, même si j'ai une famille de coeur, j'aurais quand même eu besoin d'elles deux, de leur soutien et pas seulement de leur témoignage qui lui bien sûr est en ma faveur.

Nous y voilà Taré 1er, je ne sais pas où je serai mais toi tu y seras car sinon c'est les flics qui t'y amèneront de force . Le deuxième jour sera un vendredi 13, je ne suis pas superstitieuse mais je sens que je n'ai pas fini d'en entendre parler de ce fait là. Alors pile ou face, auras-tu de la chance ou non ? Seras-tu acquitté ou condamné ? Je n'attends pas grand chose, j'aimerais une petite année de prison pour toi, du ferme, ça me suffirait, même si le mieux serait que tu meures avant le procès. Par contre j'avoue si tu es acquitté, j'ai beau essayer de m'y préparer je ne sais pas dans quel état on me retrouvera.

Mais nous y sommes Taré 1er , et toi qui n'as jamais eu besoin de menaces et de force pour abuser de moi, ce jour où tu me répondais "c'est comme un cours" je crois que tu étais loin de penser que je grandirais, que je comprendrais, et qu'enfin un jour je saurais que je ne suis pas coupable . Et ça, acquitté ou pas ça ne changera pas, je le sais déjà.

Ce soir là, cette première fois où tes mains se sont glissées sous mon t-shirt et ailleurs, tu ne savais pas qu'un jour tu poserais ces mêmes mains à la barre, aux Assises, présent là, accusé des viols que tu as commis , de tout ce que tu m'as fait pendant 6 ans, même si le massacre ne se résume pas qu'aux abus, et que j'ai passé 16 ans à te côtoyer.

Rendez-vous le 12 mars , ou pas, mais toi tu n'y échapperas pas. Tu es la proie.

Nous y voilà.

 

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On vous a tellement trompée...

Publié le par Opale

Tu peux encore te cacher va, ça ne va pas tout de suite te tomber dessus, mais ça ne va pas tarder, ne crois pas que je vais t'épargner.

"On vous a tellement trompée, puis ça a été tellement refoulé que ça remonte violemment."

Non tu vois elle ne me parlait pas vraiment directement de toi, mais d'une émotion dont je n'ai pas le moindre souvenir : avoir eu peur de rester seule avec toi.

Elle m'a dit ça car j'ai beau ne pas m'en souvenir, j'ai beau même me souvenir du contraire et de tous ces moments où je me disais "maman ne doit surtout pas arriver" , impossible de faire l'impasse sur ce qui venait de se passer, moi à moitié dans le passé après quelques échanges sur les abus , lui disant d'un coup d'un ton apeuré "faut pas me laisser j'ai peur" . A la question "de quoi avez-vous peur ?" j'ai répondu " de rester seule avec lui " . Toujours terrifiée j'ai entendu au loin sa réponse "comme quand votre mère vous laissait" .

Tu vois, jusque là on ne parlait pas vraiment de toi, juste de mes émotions, de celles dont je ne me souviens pas mais qui ont existé, car ces mots qui arrivent soudain ne tombent pas du ciel, ce ressenti non plus. Tout ça a forcément existé.

Ce soir là, épuisée de cet aller-retour dans le passé, je me suis couchée à 19h30. Et le lendemain matin, certes je ne me sentais pas très bien, une séance remue toujours , mais alors que je m'apprêtais à faire je ne sais plus quelle chose du quotidien, j'ai senti l'angoisse monter et le besoin de m'allonger avec mon nounours.

" On vous a tellement trompée"

C'est là que tu entres en scène pauvre con, c'est là que je commence à parler de toi , c'est là qu'il s'agit de toi. Parce que ce "on" c'est toi, entre autres, mais surtout toi. Et soudain, alors que la veille cette phrase m'avait semblé banale car oui bien sûr je le sais tu m'as trompée ok c'est pas nouveau, intellectuellement c'est pas nouveau...Soudain disais-je , moi qui ne pleurais plus à la maison depuis des mois, chose qui d'ailleurs me gênait car cela donnait un effet cocotte-minute très désagréable à vivre au quotidien, je me suis retrouvée à fondre en larmes, là avec mon nounours dans les bras.

"On vous a tellement trompée"

Cette phrase s'est mise à passer en boucle dans ma tête, accompagnant mes larmes, et j'ai ressenti si fort et si violemment cette réalité, ta trahison. J'ai ressenti tout ce que je t'ai donné avec tellement de sincérité, tout mon amour de petite fille puis d'adolescente.

Quand tu es arrivé et que tu m'as connue j'avais huit ans et de l'amour à revendre. Tout cet amour perdu, envolé, que je ne pouvais plus donner, ni à mon père , ni à mon frère, tous les deux morts quelques mois plus tôt.

Je t'ai tout donné, de toutes mes forces et de tout mon coeur, j'ai cherché à ce que tu m'aimes, j'ai cherché à te faire rire, j'ai cherché à ce que tu sois fier . Face à ta personnalité j'ai dû surtout aussi rapidement chercher à ne pas t'énerver, ne pas te déranger, obéir.

"On vous a tellement trompée"

Je t'ai aimé de toutes mes forces, aussi fort que je t'ai craint sûrement. Je t'ai attendu des heures, terrifiée à l'idée que tu aies encore bu, et quand je te voyais revenir sobre, c'était comme si le bonheur entrait en moi, j'allais pouvoir te suivre partout, essayer de te faire rire, j'étais fière quand mes jeux de mots t'amusaient.

Je faisais tout pour m'adapter à toi, pas de bruit en mettant la table, pas de bruit pendant que tu écoutais la télé . J'ai tellement voulu t'aimer que parfois je suis devenue comme toi, quand maman se servait d'un appareil ménager bruyant, je finissais par aller fermer la porte de la cuisine avant même que tu le fasses. Longtemps après j'ai eu honte de ça, mais je me suis depuis pardonnée.

J'aurais tout donné pour qu'on soit heureux. Te souviens-tu ce soir-là ? Moi je m'en souviens. J'avais 11 ans, 12 peut-être, et tu avais bu. Maman était partie travailler pour la nuit et bizarrement tu n'étais pas particulièrement agressif ou énervé malgré l'alcool. Alors je t'ai parlé, de tout mon coeur, de toute la force de ma sincérité d'enfant. Je t'ai dit comme on pourrait être heureux tous les trois si tu faisais quelques efforts . Si tu buvais moins déjà, si tu traitais mieux maman, mais aussi si tu lui donnais un peu d'argent parce que quand même elle nous nourrit tous les trois et toi jamais tu ne fournis un seul centime. On pourrait s'amuser, on pourrait être bien, et j'y crois si fort qu'en te disant tout cela je pleure, j'espère si fort la fin de l'enfer, je suis si sincère en te parlant que je te parle en pleurant.

Alors tu promets, tu dis que ça va s'arranger, tu parles d'efforts et moi j'y crois . Je vais me coucher le coeur plus léger, je ferme la porte de ma chambre et quelques secondes après j'entends "qu'elle est conne cette gamine" . Tu viens de me porter un des pires coups de poignard . Tu viens d'anéantir mon coeur .

" On vous a tellement trompée"

Pourtant je vais continuer de toutes mes forces à tenter de t'aimer et d'être aimée, mais est-ce encore de l'amour ou est-ce que je te crains trop ? Je ne sais pas, je suis une ado au coeur d'enfant, avec des besoins affectifs si immenses qu'il est facile de me manipuler et c'est ce que tu vas faire. Pendant 6 longues années où mon corps t'appartiendra tu sauras me faire croire que c'est pour moi, que c'est normal, et j'y croirai. Je croirai surtout que c'est moi qui trompe quelqu'un : maman . Forcément je la trompe, elle me pense si innocente et je la trompe, je la trompe dans le lit de son mec, dans le sien, dans le mien...

Tu sauras exactement ce qu'il faut faire , être tout l'inverse de ce que tu es quand tu as bu. Tu es intelligent hélas et tu sais comme je te fuis et comme j'ai peur quand tu as bu. Tu sais aussi que lorsque je te vois sobre je suis si soulagée que je te suis partout, comme si la vie devenait d'un coup magnifique. Alors jamais tu ne chercheras à abuser de moi en étant saoûl, tu seras toujours parfaitement sobre quand tu le feras . Sobre et doux, et gentil, tout pour m'aveugler et me laisser engluée dans la culpabilité.

"On vous a tellement trompée"

Voilà tu vois, ce matin là, ça m'a fait mal à en crever de ressentir ta trahison, de réaliser cet amour piétiné et massacré par tes soins, en toute conscience . Je n'étais plus qu'une môme désespérée et en sanglots qu'on aurait rejetée, une môme qu'on aurait pas aimée, et pour cause : tu ne m'as pas aimée.

TU m'as tellement trompée.

 

 

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Enfant-fantôme

Publié le par Opale

Il y a des compliments qui sonnent comme une condamnation.

- Elle est sage !

- On l'entend jamais !

- Elle joue toute seule.

- Elle s'occupe toute seule.

- Elle réclame jamais rien.

- Oh non, pas de crise d'ado elle fume pas elle sort pas...

- On a rien besoin de lui dire, elle se débrouille (les devoirs)

- Elle pleure pas elle joue au bout du lit.

- Elle fait jamais de caprices.

L'enfant-fantôme a intégré ce qu'on attend d'elle. Tout bébé déjà, d'un calme olympien. Au bout du lit de sa mère qui dort après sa nuit de travail, elle joue tranquillement, elle a 6 mois/1 an et ne dérange pas, elle ne réclame que pour le biberon . Même quand elle saura marcher elle n'ira pas rejoindre son père dans la salle, elle restera là , jouant seule et tranquille.

L'enfant-fantôme a tout retenu, c'est à peine si on a eu besoin de lui dire je pense, évidemment pas de caprices, évidemment qu'on ne redemande pas un gâteau chez quelqu'un , évidemment qu'on ne bouge pas, qu'on ne crie pas,

A l'école l'enfant-fantôme est quasi muette, surtout les premières années, plantée devant le grillage de la maternelle, emmenée par les enseignantes au chaud avec elles quand il fait froid.

Heureusement ça ne durera pas et elle saura finalement jouer en récréation, mais restera toujours très réservée en classe .

L'enfant fantôme est seule et joue seule, sort ses jouets, regarde les dessins animés, joue des heures avec ses poupées russes. Elle ne dérange personne.

Parfois elle s'ennuie et réveille sa mère pour le lui dire, mais reprend vite ses activités.

L'enfant-fantôme grandit et se débrouille très bien seule avec ses devoirs, ne demande rien , s'organise , prend de l'avance quand elle est au collège .

L'enfant-fantôme devient adolescente et sait bien qu'il ne va pas s'agir de se rebeller. Elle a bien assez entendu comme sa soeur en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents, elle a bien assez entendu à quel point elle n'est pas "comme sa soeur" .

Alors pas une demi-seconde elle n'imaginerait essayer de fumer, de sécher un cours ou encore de répondre de façon légèrement insolente.

Sortir n'y pensons pas bien sûr, les copines commencent à faire de petits tours en ville pour faire du shopping mais elle non, c'est dangereux de se promener en ville elle n'a pas le droit , pas sans adulte.

Et les soirées n'y pensons pas non plus, parfois on lui propose, mais elle refuse avant même d'avoir demandé , elle a bien trop peur qu'IL embête sa mère pendant ce temps s'il a bu, elle ne peut pas . Puis de toute façon elle n'a pas le droit. Même à 20 ans on réussira à la persuader de ne pas aller à la nuit des étoiles camper avec 3 ou 4 copines, elle en a envie pourtant et elle est majeure, mais on lui a tant présenté le danger qu'elle renoncera.

L'enfant-fantôme a donc appris que pour être aimée et valorisée, il fallait être transparente, invisible, soumise.

Soumise ça tombe vraiment bien pour LUI , ce LUI qui lui sert de beau-père. Rien de plus simple que de la faire obéir, rien de plus simple que de dire un jour où elle lui fera remarquer que c'est mal ce qu'ils font "mais non, c'est comme un cours" . Etre soumise pour être aimée, se conformer au désir de l'autre , elle l'a si bien appris que lui n'a plus qu'à terminer le travail .

Il lui suffit d'être "gentil" c'est à dire de ne pas être effrayant, contrairement à quand il boit et se déchaîne. Il lui suffit de parler doucement et d'agir doucement aussi, il lui suffit de tromper ses sens et son pauvre cerveau qui pense que quand on ne crie pas c'est qu'on est gentil.

Cette enfant-fantôme c'était moi, c'est encore trop souvent moi.

Il faut désormais apprendre à s'affirmer, apprendre que l'on peut être aimée en donnant son avis, en existant, en parlant , en exprimant.

Le dernier rendez-vous chez ma psy m'a fait comprendre à quel point le "rôle " de patiente est à l'opposé de ce qu'on attendait de moi enfant. En thérapie on apprend à s'affirmer, on agit, on se lance, on dit, on ose.

Et tant et tant de fois j'ai dit à ma psy que je me sentais méchante, mauvaise, une mauvaise patiente, pour au final réaliser que ce que je ressens c'est un conflit de loyauté, entre celle qu'on m'a demandé d'être à l'époque, et celle que j'ai le droit d'être désormais, l'une et l'autre étant aux antipodes.

L'enfant-fantôme va sûrement encore souvent traîner ses chaînes en moi avant que je ne parvienne à les briser totalement. Pour le moment j'écoute ses murmures qui deviennent des cris effrayants.

Parle mon enfant...

 

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Objet

Publié le par Opale

Il aura suffi d'une question mal, très mal placée pour que remonte à la surface ce ressenti.

15 minutes passées avec le Dr Givré, qui alors que je ne le connais pas me demande si j'ai fait une fellation à mon agresseur, et me voilà repartie à me battre avec mes souvenirs, mes peurs, mes ressentis.

Une séance psy plus tard à tenter de s'expliquer pourquoi ça me met si mal alors que je n'ai pas subi ce dont il a parlé et les mots sont posés "soumission" "impuissance" objet" ..

Comment expliquer cette impression d'être un objet, comment expliquer, sans donner de détails d'abus (ce que je m'interdis le plus possible sur ce blog ) à quel point ça vous amène près de la folie ce ressenti ?

Je dis souvent que l'abuseur a "la télécommande" , ça pourrait presque suffire à tout expliquer. Vous n'êtes plus rien, vous ne décidez plus de rien, il appuie sur tel ou tel bouton et observe avec toute sa perversité comment son jouet lui obéit bien .

Votre tête dit non , votre corps agit, ressent, subit.

Et quand depuis la consultation avec Dr Givré je pense à toutes ces années, c'est ce que je vois, c'est ce que je ressens . Un objet, très élaboré, un jouet qu'on programme à sa guise. Un jouet qui visiblement devient obsédant.

Qu'est-on d'autre qu'un jouet obsédant pour un regard obsédé , quand 2, 3, 10 fois par jour pendant six ans des mains se posent sur vous, dès que vous êtes à portée de ces mains, dès que la pièce où vous vous trouvez est vide.

Plus qu'un objet, un robot, car programmable oui, il suffit de quelques jours, de quelques semaines, pour que de lui-même le robot sache quand il faut obéir, sache quand il faut se déshabiller, sache quand il faut vite faire semblant de rien car la mère revient.

Au moment où on le vit, on ne le sait pas forcément qu'on est un objet, car non, quand on subit des abus sexuels, on se dit finalement assez rarement "oh la la je suis en train de me faire agresser" , non, on se dit plutôt "oh la la JE suis en train de faire quelque chose de mal AVEC lui ", complice, coupable, pour échapper à la folie qu'amènerait si jeune le fait de voir qu'on est un objet et que non l'agresseur ne nous aime pas, non il ne prend pas soin de nous.

Dans mon histoire il semblait en prendre soin de son objet, de son jouet, c'est vrai.

La première fois, cette première fois où ses mains sont passées sous mon t-shirt de pyjama puis ailleurs, il m'a demandé si ça allait.

Joli piège, car quelle est la définition de "ça va ? " dans ces circonstances ?

Dans la tête d'un enfant, d'un ado, "ça va" s'il est content ou s'il n'est pas malade ou s'il n'y a rien à signaler et "ça ne va pas " s'il est triste, malade, en colère. Mais là ? Ca ne rentre pas dans les cases , pas malade, pas triste, pas en colère, juste totalement perdue, aspirée par une incompréhension et une impuissance qui dépassent tout .

Alors déjà on est programmé car soit on ne répond pas, incapable de le faire, soit on répond que "oui ça va " tout en se demandant ce qu'on est en train de dire, ce qui est en train de se passer, ce qui va continuer à se passer .

Les jours, les semaines les années passent, à se croire coupable, complice .

Et puis quand au détour d'un mot tout revient, on se reprend violemment la réalité en tête et les souvenirs affluent, on se souvient qu'on n'était plus que ça, un corps qu'il veut toucher, avec ou sans vêtements selon le temps imparti, mais un corps, pas une tête, pas un esprit, non une chose avec de la peau dessus, une chose qu'on a tant et tant déjà touché qu'on sait que jamais elle ne pourra s'enfuir, puisque c'est désormais son quotidien. Aller porter un café pour dire bonjour ? Touchée. Se rapprocher quand sa mère est dans la cuisine, aux toilettes, à la salle de bain ? Touchée . Se pencher et regarder un livre au dessus de son épaule ? Touchée. La mère partie travailler pour la nuit ? Touchée.

Sans violence, sans menace, un regard, un "tu vas te préparer" et le robot obéit.

Des couches de vêtements trop nombreuses et la voix du "maître" qui dit que ce n'est pas pratique ? A peine dit que le robot a remédié à cela, mécaniquement.

Quand des années plus tard vous tentez de redevenir un être humain, et que votre passé de robot vous saute au visage, c'est juste insupportable. Mille et mille fois les mêmes images, mille et mille fois se voir agir mécaniquement, ne plus s'en vouloir mais en avoir mal à crever d'avoir été programmée. Mille et mille fois revoir le regard obsédé qui s'il n'a qu'une petite seconde fera ses gestes de loin, sans toucher, mais avilissant tout de même.

Et forcément les cauchemars, il est là, il est revenu, se réveiller le matin et devoir réfléchir pour savoir s'il est revenu réellement. Le "voir" la nuit et l'entendre dire "ah si, il faut" avant de toucher encore et encore.

Se noyer dans les mots, se noyer dans les conseils, il faut vivre et on veut vivre et pourtant c'est là, ça tire vers le bas, ça met des gifles encore et encore, ça broie le coeur en une seconde.

On s'y perd, tout se mélange, le passé et le présent, un mot et on prend peur, on serait prêt à obéir. Bon robot bien programmé. On perd la raison,on se dit ou plutôt on ressent qu'il faut obéir à tout le monde, que c'est comme ça, qu'on le doit , qu'on est fait pour ça, objet, juste objet.

Heureusement on pose les mots, heureusement il y a la thérapie, heureusement il y a l'écrit, le temps de refaire surface, le temps de ne pas faire de connerie, le temps de réaliser que non on n'est plus un objet même si on se déteste encore tant et tant.

Les agresseurs sont des voleurs d'âmes, de cerveau, de corps, d'images. Ils ne laissent rien de vivant ou si peu de chose .

Plus qu'à se reconstruire...en sujet.

 

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Elle a 36 ans...

Publié le par Opale

G. a 36 ans . Elle a deux enfants, JL un garçon de 15 ans et L une fille de 9 ans . Elle est mariée à E. , qui est âgé de 78 ans.

JL n'est pas le fils de E. mais de M. son premier amour . M. était en instance de divorce, alors tous les deux se cachaient mais JL est arrivé . La procédure prenait trop, beaucoup trop de temps , et G. s'inquiètait d'élever son petit dans une chambre de bonne glacée .

Elle a donc quitté M. à contre-coeur et a accepté les avances de E. qui l'employait dans son commerce depuis peu.

Ils se sont mariés et ont eu la petite L.

Les années ont passé et nous le disions, G. a désormais 36 ans . Sa vie avec E. n'est pas une vie d'amour, mais ses enfants sont à l'abri, elle a de la tendresse et de la reconnaissance pour lui malgré son caractère difficile de personne âgée.

Alors elle n'en est pas fière mais désormais elle rencontre régulièrement B. , un collègue de la maison de retraite où elle est aide-soignante . Elle cherche l'amour auprès de lui, se contente des miettes de temps qu'il lui accorde, se contente des 10 mn de corps à corps par ci par là, c'est ça sa vie.

Ils font bien attention, il se retire toujours au moment où...Mais cette pratique a ses limites et voilà que G. est enceinte et que le monde s'écroule.

Il va falloir tout avouer à E., et son amour-propre ne méritant pas d'être piétiné par ses égarements, il va bien falloir accepter s'il lui demande d'avorter .

E. lui dira de "faire ce qu'elle veut" et elle sautera sur l'occasion pour garder ce bébé qu'elle aime déjà, elle n'aurait pas supporté de devoir avorter, mais elle l'aurait fait pour lui.

Le 20 septembre 1978 naîtra donc A. , petit bébé qui ignore que E. n'est pas son père biologique.

Les années passent dans une vie monotone puis de plus en plus dramatique . JL meurt à 23 ans, suivi 3 mois plus tard par E. qui a eu 86 ans.

Alors G. s'imagine fonder une vraie famille, avec quelqu'un de son âge, quelqu'un qui rendrait heureux les enfants et surtout la petite.

S., appelé Taré 1er dans ce blog arrive vers les 8 ans de A.

Les années passent à nouveau .

A. a 18 ans. Oh il n'y aura pas de fête, il ne faut pas rêver, c'est une vie plate que cette vie-là . Il y aura un gâteau, des bougies, sa mère, Taré 1er et elle . Sa mère tentera de chantonner "joyeux anniversaire" et Taré 1er râlera parce que ça l'empêche d'entendre la télé.

Mais donc elle a 18 ans, ça y est c'est cette année. Cela fait un ou deux ans qu'elle y pense, qu'elle s'est mis en tête que ce jour là elle y arriverait, que ce symbole de sa majorité lui permettrait enfin de dire non, non à ses mains à lui partout sur son corps, si souvent , chaque jour, plusieurs fois par jour depuis 6 ans déjà.

Elle se l'est promis, à 18 ans elle oserait dire non. Hélas ce n'est pas si simple , repousser les mains, ces mains apparemment non-violentes mais si connues du corps, le "non" sera bien timide et les gestes continueront car c'est bien compliqué de les arrêter, de cesser ce qui est devenu quasi normal.

Et elle culpabilise, elle se l'était dit, elle y arriverait. Peut-être bien d'ailleurs qu'elle s'imagine déjà en prison , complice, coupable, et punissable puisque majeure.

Alors ça ne cessera pas pile à 18 ans, mais plus tard, vers 19 ans ou un peu avant, elle ne sait pas bien, c'est tellement fréquent, elle n'est plus que ça à longueur de journée dès qu'il a accès à elle hors de la présence de sa mère.

G. avait 36 ans quand elle a conçu A.

Et aujourd'hui, 20 septembre 2014, A. a 36 ans . Ou deux fois 18 ans . 18 ans ou un peu moins ont passé depuis la dernière fois où il s'est emparé d'elle et l'a fait réagir telle une poupée bien programmée , où il n'a vu ni être humain ni détresse derrière ce corps devenu son jouet préféré, son pantin à massacrer.

Et 18 ans plus tard, c'est là encore. Elle en a honte parfois quand on lui dit d'avancer, de vivre, de tourner la page. Alors qu'elle lutte encore et encore, plus que personne ne peut l'imaginer.

Plus d'une fois elle regrette cet "accident" qui a fait que G. l'a portée dans son ventre il y a 36 ans .

G c'est ma mère. A. c'est moi.

J'ai 36 ans et pour le moment je ne le digère pas..

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Quand ça va mieux...

Publié le par Opale

Mon avant-dernier article s'intitulant "dépression", il était temps de donner quelques nouvelles.

Ca va mieux . Après des années à tester à contre-coeur des anti-dépresseurs , 6 mois pour le premier, 1 an et demi pour le deuxième et un an pour le troisième, le tout sans effet, à part 8 kilos de plus sur la balance avec le 3ème, voilà que ô miracle et malgré mon énorme blocage contre ces médicaments, le quatrième semble enfin être le bon et me sort donc d'un très long bas qui durait depuis début janvier .

Je peux enfin me réveiller la nuit ou le matin sans avoir directement envie de me tuer, je peux aller travailler sans que ça mobilise toute mon énergie , je peux travailler un peu plus efficacement avec ma psy, bref je peux respirer.

Bien sûr j'ai encore très peur de la rechute . J'ai eu de nombreux bas mais ce dernier épisode dépressif a laissé des traces , peut-être parce qu'il était accompagné du casse-tête judiciaire et de l'attente pour savoir si finalement il y aurait ou non un procès aux Assises pour Taré 1er.

Ca va mieux donc et le travail avec ma psychologue avance . J'ai ressenti le besoin d'écrire deux lettres fictives, l'une que le moi de 12 ans adresse au moi adulte et l'autre qui est la réponse du moi adulte au moi de 12 ans, le but étant de me pardonner .

La première lettre a été écrite, lue (difficilement, ce n'est pas rien ce qu'il y avait dedans ) et semble avoir porté ses fruits puisque depuis je m'accepte beaucoup mieux physiquement, j'ai plaisir par exemple à me choisir quelques vêtements et je suis un peu plus douce avec moi, prenant le temps de faire les choses sans me mettre sans cesse la pression . Ce n'est pas parfait mais ça avance.

J'ai pris la décision de demander un temps partiel à 80% au travail, c'est un sacrifice financier que je ne regrette pas, car je n'ai pas eu d'arrêt de travail depuis, juste une ou deux journées prises au dernier moment , mais dans l'ensemble je suis beaucoup plus présente au travail et je peux me poser le mercredi.

Tout cela, n'en déplaise à ceux qui voudraient que les victimes "tournent la page" n'empêche pas bien sûr les coups de blues, les pleurs lors des séances psy, certains cauchemars ou encore les angoisses fréquents en ce moment quant à la date du procès (2015 ou 2016, telle est la question et si c'est 2016, il est clair que je "péterai un plomb" car il est temps que cette attente se termine )

Malgré tout, ne pas être chaque jour dans l'envie de se tuer, c'est à sauter de joie tant c'est reposant et j'espère bien que ça va durer.

Je tente donc de m'accrocher le plus possible et peu à peu de me remettre dans la vie après cette parenthèse noire qui a bien duré 4 mois , la prochaine étape étant je l'espère la reprise d'activités de loisirs en septembre.

Merci à ceux et celles qui me liront et me connaissent, dans la vraie vie ou sur internet et qui sont toujours là pour partager les hauts comme les bas, sans jugement.

Rien n'est gagné , je suis toujours très prudente quand je dis que je vais mieux, mais je profite en tout cas de cette accalmie pour reprendre des forces .

 

 

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