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Lettre à la petite fille.

Publié le par Opale

Petite fille , petit fantôme,

Je repousse le moment de t'écrire, ça me fait peur.

J'ai des choses à te dire, à me dire , et je suis si peu sûre de moi.

Je ne sais pas si tu es morte tu sais . Je sens encore tant ta souffrance , je me la représente si fort qu'elle me fait mal, alors es-tu morte ou es-tu quelque part , blessée et agonisant, espérant que tout cesse un jour ?

Je crois que tu es morte tu sais . Ou qu'il le faut. Tu ne dois pas avoir peur, écoute-moi, je vais te parler de cet endroit où tu peux aller : le paradis des enfants maltraités. Ce n'est pas le paradis des gens qui croient en Dieu, on s'en fout nous de Dieu.

Au paradis des enfants maltraités, tu peux faire tout ce dont tu as envie, tout ce que tu n'as pas pu faire avant, toutes les promenades, tous les pique-niques . Il y a tout ce qui peut faire plaisir à chaque enfant, il suffit qu'il y pense et ça arrive . Tu peux faire du vélo , voir plein d'amis, rire à la plage , c'est toi qui décides .

Là-bas les enfants ont l'âge qu'ils avaient quand ils ont commencé à devenir très malheureux. Alors toi tu auras huit ans. Huit ans pour toujours.

Là-bas tu ne peux pas oublier ce qui t'est arrivé mais tu n'as plus mal . Et puis il y a les anges-adultes, ce ne sont pas des parents , c'est beaucoup mieux , ils sont là pour chaque enfant , chacun a son ange-adulte pour veiller sur lui .

Un ange-adulte peut te faire des câlins toute la journée si tu as envie , il ne se lassera jamais . Quand tu te souviendras de ce qui t'est arrivé, il sera là pour vite t'apaiser et te donner plein d'amour . Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas tout le temps penser à ce qui t'est arrivé , tu vas avoir bien trop de choses amusantes à faire.

Et puis ce paradis des enfants maltraités est spécial et magique. Puique les enfants ne sont pas de vrais morts , ce qui est mort en eux c'est ce qui a été abîmé .C'est un morceau d'âme qui a succombé à trop de douleur . Mais leur corps physique a grandi, est resté vivant , et quand l'adulte habitant ce corps fait des choses agréables , alors l'enfant peut venir s'il en a envie pour partager ces choses . Tu vois, si je vais à la mer , si je fais une promenade, si je vois des amis, tu pourras être là avec moi et t'amuser tant que tu veux.

Pourtant tu dois ensuite retourner au paradis des enfants maltraités, parce que tu n'existes plus dans la réalité de 2016, mais moi si. Et j'ai peur, c'est pour ça que j'ai peur tu sais, car je connais beaucoup mieux ta souffrance que je ne connais l'envie de vivre, que je ne connais la vie . Parce que je ne peux plus rester près de ton âme souffrante et attendre que tu ressucites. Je ne peux pas moi essayer de rejoindre le paradis des enfants maltraités, sinon je meurs, pour de vrai, comme les vrais morts qu'on enterre .

J'ai de la peine, beaucoup, parce que je voudrais rester tout le temps avec toi . Mais tu vois, je ne parviens pas à te consoler, ça me fait trop de mal, ça me donne envie de prendre ta place de morte , ça me donne envie d'aller au paradis des enfants maltraités. Mais je ne peux pas avoir huit ans pour toujours. Je peux seulement grandir et essayer de faire le plus de jolies choses possibles pour me faire plaisir et que tu puisses souvent me rejoindre, sans ta souffrance.

J'ai peur petite fille, petit fantôme, et je sens bien que toi aussi tu as très peur .Je ne sais pas comment on va faire, on va prendre le temps, le temps que tu ailles de temps en temps au paradis des enfants maltraités pendant que j'essaye de bien grandir.

J'ai peur parce que toi et moi on est différentes désormais. Je suis adulte , je ne suis plus maltraitée. Et toi dans ton monde à toi tu l'es encore, parce que ton monde est comme un enfer qui tourne en boucle. C'est pour ça qu'il faut que tu ailles dans ce paradis : pour quitter ta souffrance et ta peur. Je peux te promettre que je les ai entendues et que je ne les oublierai pas, je ne les cacherai pas. Mais on doit se séparer, pour ton bien, pour le mien. Il faut que ton petit corps repose en paix . Je ne veux pas te dire ça, je veux que tu restes, tu vois je ne sais plus j'ai peur de te perdre et pourtant je te promets que je crois au paradis des enfants maltraités.

Petite fille, petit fantôme, ne m'en veux pas, ne pleure pas s'il te plaît , ils t'ont tuée et je te promets j'aurais tellement voulu que ça se passe autrement . Mais ça s'est passé comme ça et tu as passé tant de temps à avoir peur, mal, à être résignée.

Je garde de toi ton amour des enfants, tes envies de faire rire, je garde de toi ce que tu as réussi à voir comme des bons souvenirs, peu importe si c'était des miettes, c'est ton avis qui compte.

Petit fille, aide-moi à savoir quoi faire pour toi, pour moi. Tu serais si heureuse au paradis des enfants maltraités tu sais, et tu viendrais me voir souvent , car je ferais de mon mieux pour être une adulte qui vit. J'ai peur de ça aussi tu vois, tu comprends toi , c'est l'inconnu la vie quand on a grandi dans la mort .

Petite fille, petit fantôme, ne pleure pas, on va trouver une solution pour toi et moi. Je suis là.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Message à la petite moi...

Publié le par Opale

Petite moi

Je t'entends hurler et pleurer, je sens ta tristesse si fort que ça me déchire le coeur. Je suis devant ce courrier et tu as mal, tu as tellement mal quand je lis "numéro d'écrou" face au nom de celui que tu veux comme deuxième papa.

Petite moi, comment te dire que s'il est en prison c'est parce qu'il a fait beaucoup de mal, à toi, à moi, à nous, nous ne sommes qu'une normalement tu sais, je suis toi qui as grandi, enfin je suis censée avoir grandi mais mes larmes se mêlent aux tiennes face à ces mots.

Petite moi je sens tellement tout ton espoir, tu as tellement envie qu'on t'aime, tu as tellement envie qu'on s'occupe de toi, tu as le droit d'avoir envie de ça tu sais, mais ça ne sera pas S. qui s'occupera bien de toi , je voudrais te dire que si, je voudrais te dire qu'il va t'aimer mais ce n'est pas vrai.

Il ne va pas t'aimer, il va te faire beaucoup beaucoup de mal de plein de façons, parfois avec plein de peur, parfois avec plein de gestes de grand...

Petite moi j'écris ces mots et je sens tellement de douleur, j'ai l'impression que la douleur coule dans mon sang et va exploser mon coeur. Tu te révoltes tu ne veux pas m'écouter tu ne veux pas me croire mais je te promets je dis la vérité, il est méchant, il est dangereux, il n'aime pas les enfants, il n'aime pas maman, il n'aime personne.

Je sais bien tu es toute seule je sais tous ces matins où maman dort et où tu t'ennuies, alors tu vas le voir, tu veux juste de l'attention, juste cesser d'être seule à jouer ou à regarder les dessins animés, seule des heures.

Petite moi ton papa est mort, et je te promets que s'il pouvait il te dirait de toutes ses forces de t'éloigner de S., de ne pas t'approcher, de ne pas venir sur ses genoux, de ne pas le faire rire, de ne pas le servir. Mais il ne peut pas ton papa, notre papa, il est au ciel et au ciel on ne peut pas parler aux gens qui sont sur Terre encore.

Petite moi oui c'est vrai que S. est en prison et c'est vrai que c'est suite à mon dépôt de plainte. Cest vrai qu'il n'a plus le droit de se promener des heures comme il aime, c'est vrai qu'il ne peut plus faire ce qu'il veut. Mais c'est normal il a été très très méchant et quand on est très méchant comme ça on mérite d'aller en prison.

Je sais que tu aimerais si fort que quelqu'un le guérisse en prison, et qu'il revienne comme par magie avec plein d'amour pour toi, mais petite moi ce n'est pas possible, d'abord parce qu'hélas lui il n'a pas envie de guérir, personne ne peut le guérir, mais aussi parce que tu es cette petite moi uniquement dans mon coeur et ma tête, mais tu as grandi, tu es devenue adulte même si tu ne le sais pas, même si tu ne le veux pas.

Tu as grandi et plus jamais tu n'auras 8 ans et plus jamais il ne sera possible qu'il change, jamais il ne t'aimera et ce n'est pas de ta faute , plein d'autres gens t'aimeront je te promets mais pas lui. Et plus jamais tu ne pourras monter sur les genoux d'un papa non, ni ton papa au ciel, ni S. ni personne, parce que tu n'es plus du tout une petite fille.

Je suis là moi petite moi, j'ai trouvé des gens pour essayer de t'apprendre à grandir, pour essayer de t'apprendre et de m'apprendre aussi comment on fait pour vivre avec tout ce mal dans la tête. Tu le sais tu es là souvent quand je parle, tu es là toujours même. Ca fait mal mais tu ne peux pas l'attendre, il ne reviendra jamais, c'est pas lui que tu attends d'ailleurs tu sais, c'est ton papa , mais ton papa est mort, il ne reviendra pas non plus, je sais que ça fait mal, je sais que c'est pas juste, je sais que tu es bien trop petite pour ne plus avoir de papa, bien trop petite pour tout le mal qu'on va te faire, mais je te promets que si tu pouvais aimer S., si S. t'aimait, je te promets que je te le dirais.

Tu vas y arriver petite moi, tu es une petite fille courageuse et tu vas trouver des miettes d'amour et de force un peu partout, chez maman déjà même si elle est vraiment très très fragile , puis beaucoup à l'école , et puis en grandissant je te promets , en parlant et en rencontrant plein de gens gentils et aidants , des gens qui ne veulent que ton bien.

Tu auras une maman de coeur, un papa de coeur, ne pense qu'à ça, c'est ça qui compte, c'est eux, pas S. non, mais eux car eux t'aiment vraiment très fort et ne t'abandonneront jamais.

Petite moi je finis de t'écrire et oui sur le courrier c'est encore marqué "numéro d'écrou", ça ne partira jamais tu sais, il est en prison, un jour il va sortir de prison mais il ne sera pas plus gentil, il ne t'aimera pas plus .

Je te promets ce n'est pas le vide si tu lâches S. auquel tu t'agrippes si fort, je te jure que c'est pas le vide, il y a plein d'amour pour te réceptionner, vraiment plein, j'y veille en te choisissant beaucoup de gens très gentils, beaucoup de gens qui vont t'aider je te promets, ce n'est pas le vide sans lui, lâche sa main que tu essayes de toujours tenir, lâche-la et des tas de mains vont te rattraper, des mains aimantes je te promets , des mains solides et sûres , et en moins d'une seconde il y aura tellement d'amour que le vide sera rempli par eux tous, S. ne remplit rien , il ne remplit ton coeur que de malheur.

Lâche le s'il te plaît n'aies pas peur, je suis là même si c'est vrai j'ai peur aussi, mais tu verras on n'est pas seules, regarde aujourd'hui, je ne le lis pas dans le vide ce texte, quelqu'un va m'aider , quelqu'un va t'aider...tu peux le lâcher je te promets.

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Handicap...

Publié le par Opale

Ce vendredi 2 octobre, je me suis pris une claque, au sens figuré. J'avais enfin repris le travail à 80% depuis le lundi 28 septembre, et avais tant bien que mal fait ma semaine du lundi au jeudi, la finissant épuisée, dissociée et en proie aux idées noires. Pendant ces 5 dernières années, je crois que j'ai travaillé au maximum un an, et par petits bouts. Le reste du temps, j'étais en congé longue maladie , au choix sur mes arrêts : dépression sévère, dépression réactionnelle...

Quand ce vendredi j'ai parlé à ma psychologue , que ce soit du travail ou de mon état, elle m'a demandé quand je travaillais, je lui ai donc répondu du lundi au jeudi et là je l'ai vue faire la grimace , pas "contente" du tout . "Vous savez 4 jours d'affilée c'est beaucoup ." Comment était-il possible que ce soit beaucoup alors que je ne travaillais pas à 100% ? Certes ce qu'elle me disait, c'est ce que je ressentais, mais merde à la fin, je voulais être normale. "Quand vous me dites ça je me sens handicapée . " Réponse du tac au tac "Handicapée je ne sais pas mais diminuée c'est sûr ,vous ne pouvez pas faire ce que d'autres font , pas pour l'instant, et il vaut mieux en faire moins que de vous retrouver à nouveau en arrêt à ne rien faire du tout . "

Diminuée, le mot lâché comme une bombe, tout comme il y a quelques années quand elle m'avait dit face au terme de nulle dont je me qualifiais "ce n'est pas tant que vous êtes nulle, c'est que vous êtes sacrément amochée. " Entendre ça, c'est à la fois violent et rassurant.

Handicapée, j'ai souvent utilisé ce mot quand je n'arrivais pas à faire des choses simples, je disais "je me sens handicapée" (par mon passé, les séquelles ) . Mais vendredi , à l'heure où je lui disais ça, je ne pensais même pas au fait que chez moi, dans mes papiers, il y a deux notifications, la RQTH et l'AAH . La première me reconnaît travailleur handicapée pour 5 ans, la deuxième adulte handicapée pour 2 ans. La première ne me dérangeait pas trop, on m'en avait surtout parlé pour aménager plus facilement mon emploi du temps afin d'aller à mes rendez-vous chez la psy qui bosse pendant les heures de bureau uniquement. Ca ne portait pas à conséquence, ça n'empêchait pas de travailler, je n'étais même pas obligée de prévenir de futurs employeurs que je l'avais.

La deuxième par contre a été bien plus difficile à accepter. C'est l'ancienne directrice-adjointe de la MDPH qui donc était aussi ma supérieure quand je travaillais là-bas, qui m'en a parlé pendant un énième congé longue maladie, et ce pour que j'aie l'esprit plus tranquille financièrement, puisque j'étais à demi-salaire . Très humaine, elle m'a dit qu'elle comprenait que ça puisse être dur à accepter, mais que si ça pouvait m'aider, pourquoi ne pas saisir cette possibilité. J'ai beaucoup réfléchi et j'ai fini par accepter, ne pensant pas que l'on me l'accorderait, même si j'avais moi-même vu passer dans le cadre de mon travail des dossiers pour dépression, mais aussi des dossiers parlant des séquelles de violences sexuelles. Quand l'AAH m'a donc été accordée , j'ai tout fait pour me faire croire que l'on "me faisait une fleur" parce que j'avais travaillé là-bas et j'ai rangé ça de côté dans ma tête.

Depuis vendredi et cette "claque" , je sais, je sais que si l'on m'a attribué ces deux choses-là, ce n'est pas pour me faire plaisir, mais c'est parce que mon état au moment où le dossier a été rempli par mon médecin avec courrier de ma psychologue, justifiait et justifie encore de l'acceptation de cette demande. Depuis, j'ai renoncé au 80% pour passer à un 60% pour un an, travaillant le lundi, mardi et jeudi. Je me suis au début sentie nulle, puis soulagée. Soulagée car je sens que je parviendrai même si c'est difficile, à tenir mes semaines de travail sans un énième arrêt . Soulagée parce que je commence à penser que c'est vrai, je dois être bienveillante avec moi et accepter cette aide qui m'est offerte via l'AAH pour réintégrer le milieu du travail tout en ayant du temps en dehors pour ma reconstruction dont le chantier est gigantesque.

C'est donc positif en quelque sorte, même si ça fait terriblement mal, même si c'est terriblement violent. J'ai de la chance, j'ai mes deux bras, mes deux jambes, je marche, je ne me bats pas pour me déplacer avec un fauteuil roulant dans la rue, mais je traîne un handicap invisible bien planqué derrière le sourire que je dégaine automatiquement à l'approche du moindre être humain .

Ce handicap invisible, c'est comme un poids aux chevilles, avec en plus un sac à dos chargé de plomb à porter en permanence, et avec tout cela il faut avancer face aux regards extérieurs qui ne voient ni les poids, ni le sac à dos. Ce handicap invisible m'empêche parfois (souvent) de m'occuper de moi, de mon environnement, il m'empêche d'aller vers les autres quand j'en aurais envie car j'ai encore gravée en moi la certitude de ne rien valoir, d'être inintéressante. Il ne m'a pas aimée, ne s'est pas intéressé à moi, n'a su que s'intéresser à mon corps pour son plaisir à lui , et même si en tant qu'adulte je sais que tout cela est anormal, qu'il est anormal, il reste cette blessure de non-amour, cette môme de 8, 9, 10 ans en moi qui ne sait pas pourquoi on lui détruit sa vie, et qui n'imagine pas une seconde avoir le droit à autre chose qu'au néant.

Ce handicap invisible me fait sauter sur la radio pour l'éteindre aux paroles trop sensuelles de "Que je t'aime", me fait devenir muette face aux "blagues" sous la ceinture. Il me fait mettre la table seule chez moi en continuant d'instinct à poser doucement verres et assiettes, comme dans le temps, pour ne pas faire de bruit. Il me retient prisonnière à la maison , il me fait détester la vie et parfois vouloir la quitter . Il est fait de cauchemars, de souvenirs, d'habitudes prises dans un conditionnement ravageur , de pensées automatiques et auto-destructrices .

Depuis cette claque, depuis que j'ai fait ma semaine à 60% , j'ai décidé de tenter d'être un peu plus bienveillante avec moi , là où certains verraient de la faiblesse ou de la fainéantise. Je sais et je sens en moi que j'ai raison. Mais j'ai mal, mal à en crever de voir ce qu'il a provoqué, mal de voir que je n'ai pas l'esprit d'une battante car je n'ai appris sans cesse que la résignation, et que chaque millimètre de vie que je gagne est le fruit d'un travail qui dévore mon énergie .

Je vais prendre le temps, mon temps, celui nécessaire pour réapprendre à vivre, ou plutôt pour apprendre à vivre tout court, car je n'ai pas du tout eu l'occasion d'apprendre. Il restera à vie une partie de ce handicap invisible, et ça aussi je dois l'accepter, tout comme on accepte d'avoir une jambe en moins et de marcher avec une prothèse . Il me manque mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune adulte, tout ça a été anéanti et inexistant. Il m'a amputée de mon insouciance,  mais je peux encore marcher, en attendant de courir un jour.

 

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Un procès, et après ?

Publié le par Opale

Quand on vous conseille de porter plainte, deux choses reviennent souvent : porter plainte pour "se reconstruire" et pour "être reconnue victime". Soyons clair , si un jour vous donnez ce conseil à quelqu'un , oubliez le "être reconnue victime" car c'est hélas assez rare , particulièrement dans les affaires d'abus sexuels anciens.

J'ai réalisé en pensant un peu à cet article qu'on reçoit divers conseils plus ou moins avisés avant, pendant et après le dépôt de plainte, mais que finalement quand la procédure est terminée, c'est terminé également dans la tête des gens. Sauf que...

Me concernant j'ai eu beaucoup de chance puisque 4 ans, 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, mon agresseur est non seulement passé aux Assises, a écopé de 5 ans de prison ferme mais n'a en plus pas fait appel. C'est donc juridiquement vraiment terminé , il n'y a "plus qu'à" savourer la victoire.

En tant que victime on s'imagine tout un tas de choses, plus ou moins influencé par l'entourage, les témoignages et autres a priori . On imagine le procès d'abord, on imagine le perdre, on imagine la difficulté de parler, on imagine ce que dira l'agresseur, on espère un verdict en notre faveur. Pour l'après-procès, on a envie de croire que ça va tout changer d'un coup, hop "libérée délivrée" (non les mamans, ne me remerciez pas de citer la Reine des Neiges, c'est cadeau ;-) ) . On se dit qu'on ne va plus avoir peur, plus avoir mal, qu'on va retrouver de l'énergie, des projets, qu'on ne va pas tarder à finir notre thérapie et à devenir ce dont on rêve depuis des années et des années : quelqu'un de NORMAL . Rien que ça oui.

En vrai comment ça se passe ? (sachant que je ne peux témoigner que de mes propres ressentis ) . Ca dépend de beaucoup de paramètres , comment se passe le procès, quel est le verdict , quelle est la stratégie de la défense (traduction qu'est-ce qu'on se prend dans la tête en terme de c'est une menteuse une allumeuse une...complètez selon votre expérience) , quelle est la plaidoirie de votre propre avocat, que va dire l'accusé (nier encore, avouer, être indifférent, se révéler, etc...) . Forcément donc chaque procès a un impact différent selon son déroulé.

Après un procès, il se passe à la fois beaucoup de choses et pas grand chose . D'abord, si c'est aux Assises et qu'il y a eu condamnation, on vit les 10 plus longs jours de sa vie dans l'attente de savoir si l'accusé fait appel ou non, pendant que tout le monde est déjà en train de vous dire que vous avez gagné, vous êtes reconnue victime, tout ça tout ça... Je n'ose imaginer ce qui se passe quand il fait appel (ce qui veut dire coucou on recommence tout dans environ 2 ans ) , j'ai eu la chance qu'il ne le fasse pas.

Du moment où j'ai su qu'il n'avait pas fait appel, il y a eu un certain temps qui se compte en jours ou semaines je ne sais plus, où mon cerveau a eu besoin de comprendre qu'il n'avait plus à attendre, moi je le savais, mais lui continuait, c'est une sensation assez étrange. Il y a en même temps malgré tout bien sûr un soulagement (et l'occasion de trinquer avec les amis au fur et à mesure ! ) parce que ça y est c'est FINI , on se le dit, on se le répète, ça paraît dingue, on a oublié ce que c'était que de vivre sans attente, forcément au bout de 4 ans et demi ça conditionne.

Donc une fois soulagée d'apprendre cette décision et à partir  de ce jour, il y a eu pour moi 10 jours de suite avec les mêmes rêves/cauchemars où je ressentais violemment l'amour de la petite fille que j'étais envers mon agresseur, je lui expliquais avec tout mon coeur et toute mon âme, comme je l'aimais, comme j'aurais eu besoin d'un papa, mais que voilà j'avais été obligée de porter plainte, il le fallait puisqu'il avait fait "ça" . C'était dur et répétitif et ce désespoir d'amour perdu restait toute la journée, ce cycle se terminant quand j'ai pu en parler à ma psychologue. Un autre cycle a alors commencé, les cauchemars où il devait aller en prison et s'y préparait en venant chercher des affaires chez nous, mélange d'abus, de menaces, de larmes. Puis les cauchemars actuels où il devrait être en prison mais n'y est pas, ou encore celui tout "frais" de cette nuit où nous attendions chacun le verdict chez ma mère, où il me disait que c'était nécessaire, mais où au final quand je m'approchais il sortait une arme dans le but de me tuer. Un festival de réjouissances donc.

Pour moi il y a eu aussi une grosse claque émotionnelle avec l'impossibilité de me cacher dans le déni, tant la plaidoirie de mon avocate a été forte, prenante, elle s'est littéralement mise dans ma tête, a parlé pour la petite fille que j'étais, s'est adressée à moi plusieurs fois, a tant de fois dit mon prénom qu'il était impossible de m'échapper psychiquement. Je crois que je n'oublierai jamais cette plaidoirie bouleversante mais nécessaire pour moi, pour que j'entende mes propres émotions par sa voix. Je ne la remercierai jamais assez pour ça, entre autre.

Ca c'est pour le côté "il se passe des choses", surtout psychiquement. Mais d'un autre côté, on finit par réaliser que ce que les professionnels formés comme ma psychologue avaient dit est vrai, un procès n'est pas une baguette magique, un procès n'est pas un but en soi mais une étape, un procès ne règle pas tout, un procès remue beaucoup de choses et il va falloir (encore) travailler dessus. On a beau le savoir c'est agaçant voire même culpabilisant , parce qu'à côté des professionnels formés il y a tous ces gens heureux pour nous et qui malgré leur bonne volonté ne peuvent pas envisager que tout ça ne se termine pas avec le procès. Pour eux on a gagné, on a eu la reconnaissance de la justice, notre agresseur est en prison , tout est donc parfait . On n'aura jamais autant entendu le mot "revivre" que pendant qu'on en est encore à tenter de digérer les questions très détaillées sur les abus ou à tenter d'admettre que oui décidément ce type s'en fout d'aller en prison et va y aller parce qu'on l'y pose, comme on l'a "posé" au procès, le tout sans affect aucun .

Il y a aussi forcément les nerfs qui retombent là où on souhaitait retrouver de l'énergie...Pas de bol, 4 ans et demi de nerfs qui retombent ça fait "un peu" de bruit, et beaucoup de fatigue et de mal-être . Re-culpabilité de ne pas aller mieux.

Et puis l'ambiguïté, celle que je connaissais pourtant et qui est une des spécificités de l'inceste, mais que je n'attendais vraiment pas après avoir souhaité qu'il aille en prison. Parce qu'évidemment , je ne m'étais jamais imaginé comme ça pourrait me sembler "lourd" d'envoyer quelqu'un en prison. Bien sûr on m'a expliqué, ce n'est pas moi qui l'ai envoyé, c'est la Justice et ce sont ses actes à lui, mais quand même c'est une expérience très troublante. Et là encore on peut se retrouver en décalage, l'entourage se réjouit de son enfermement mais aussi du fait qu'il risque de passer de très mauvais moments en tant que "pointeur" , pendant qu'on est paumé entre passé et présent, envie qu'il soit puni mais pas "torturé", envie qu'il guérisse et revienne comme le disent les cauchemars (dans la réalité bien sûr je n'y crois pas et je n'en ai pas envie) , et perdu dans cet amour qu'on aurait tellement voulu avoir et que le procès nous a montré comme vraiment impossible (pour ma part il a été dit au procès à quel point il n'en a eu rien à faire de moi, et entendre ça de personnes extérieures est sacrément violent, mais hélas nécessaire . )

Je n'en suis qu'au début de l'après-procès , j'ai pour l'instant répondu pour la première fois "non" à "est-ce que tu regrettes d'avoir porté plainte ?" , mais il est évident que ma réponse aurait sûrement été différente s'il avait été acquitté ou condamné à uniquement du sursis. C'est un parcours tellement épuisant avant le procès, et un moment (qui dure 2 ou 3 jours ) tellement intense et violent pendant le procès , qu'il est sûrement extrêmement difficile de trouver peu à peu du positif dans le fait d'avoir porté plainte si cette plainte n'aboutit pas. C'est tout un nouveau travail psychologique très dur qui attend les victimes concernées.

Pour le moment donc il s'est passé beaucoup de choses et pas grand chose à la fois. J'ai réalisé tout récemment l'immensité de ce que j'ai affronté depuis mars (puisqu'il y a eu le 1er procès qui s'est terminé en report) , j'ai du bout des lèvres vaguement osé dire que c'était peut-être courageux, mais j'ai aussi pleuré de fatigue parce que malgré tout ça, pour le moment, j'en suis toujours à me débattre avec cette non-envie de vivre , ce néant qui m'attire régulièrement et l'absence totale et handicapante d'espoir.

J'espère un jour parvenir à raconter le procès sur ce blog, ce n'est pas encore le moment, et j'aimerais aussi le faire sans imposer au lecteur des dizaines de répétitions qui déplaisent dans la langue française . Il faut donc attendre pour éviter une série de " il a dit, il a répondu, elle a dit, elle a exliqué" jusqu'à l'indigestion.

Je souligne encore une fois la CHANCE que j'ai eu de voir mon agresseur condamné, vous qui lisez, n'oubliez pas que ce n'est hélas pas la majorité des cas dans les affaires anciennes (et d'inceste notamment ) , alors surtout si vous êtes proches de victimes ne leur faites pas miroiter une condamnation (ne les découragez pas non plus ! ) , et si vous êtes victime , préparez le plus possible avec votre thérapeute ce que vous attendez d'un dépôt de plainte, même si je le sais d'expérience, ce qu'on en attend évolue au fil de la procédure du fait de sa longueur et du travail psychologique qui avance pendant ce temps.

 

 

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Publié dans La plainte

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Et voilà...c'est fini.

Publié le par Opale

Voilà. C'est fait. Toi et moi on s'est vu, on peut pas dire qu'on se soit parlé, moi je t'ai parlé en tout cas et je n'ai plus rien d'autre à te dire, que tu aies entendu ou non mes mots au procès.

Voilà, jusqu'à aujourd'hui inclus tu pouvais faire appel de la peine de prison de 5 ans ferme dont tu as écopé . Tu ne l'as pas fait et je ne te dirai même pas merci pour ça, faut pas déconner, c'est pas pour moi que tu as fait ce choix, si tant est que tu aies réfléchi un peu à cette possibilité d'appel, t'en avais probablement juste rien à foutre en fait, comme tout au long du procès, que peut-être un jour je réussirai à raconter ici.

En tout cas, 4 ans 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, c'est FINI ! Demain je vais me réveiller sans me demander ce que va faire la justice. Demain je vais me réveiller en sachant que je ne t'entendrai plus jamais , ni ta voix, ni surtout tes propos qui réussissaient encore au procès à m'emporter dans ta folie, dans ce passé. Oh je ne me fais pas d'illusions, peut-être que demain je me réveillerai après avoir rêvé que je t'engueulais, ou que tu abusais de moi, ou que je te suppliais de m'aimer moi petite fille, ça arrivera encore. Mais c'est fini.

Je ne crois pas que je sois en colère ni que je l'aie beaucoup été, pas même en te parlant. C'est plutôt les larmes qui envahissaient ma voix quand je t'ai dit au procès que nous aurions pu être heureux à 3 mais que tu as tout gâché. Je t'avais dit à peu près ça déjà à 12 ans, mais je ne savais pas à l'époque que tout était déjà gâché et j'ai cru à ta promesse d'efforts, avant d'aller dans ma chambre et de t'entendre dire "qu'elle est con cette gamine".

Je n'aurai plus à me confronter à toi vivant, même si j'ai encore pas mal à faire avec le toi du passé, celui que j'ai aimé autant que je l'ai craint, celui dont j'ai voulu l'amour, celui qui m'a manipulée et fracassée. Mais contre celui-là j'ai des armes, la thérapie, les amis, ma maman de coeur, mon papa de coeur (qui sourira en me lisant de son titre officiellement donné au procès ).

Ca ne fait que quelques heures que je sais que c'est fini, je ne réalise pas bien encore, mais je me réjouis. Pas que tu sois en prison non, même si j'avais besoin que tu prennes au moins 1 mois ferme, juste un petit mois. Mais la prison et ses conditions étant ce qu'elles sont, c'est pour le moment compliqué pour moi de t'avoir "envoyé" là-bas même si on me dit et me redit à raison que ce sont bien tes actes qui t'y ont envoyé. Tes actes et les jurés.

Ca ne fait que quelques heures alors j'admire tout ces petits mots adorables de tous ces connus et inconnus (en tout cas en chair et en os) qui se réjouissent pour moi. Parfois je tique c'est vrai quand on me parle déjà d'aller de l'avant, de passer à autre chose. C'est plein de bonnes intentions mais je sais bien que ça ne va pas être aussi simple que ça peut le paraître aux "non-initiés" . Il y aura le procès à digérer, toute cette réalité de ton indifférence prise encore une fois en pleine face. Il y aura des cauchemars, des mots à poser. Il y aura les émotions d'une puissance inouïe reçues lors de la plaidoirie de ma génialissime avocate .

Oui il y aura tout ça et surtout le plus gros travail : apprendre à vivre, à avoir envie de vivre, à réparer le ressort cassé de mon âme, cette âme que tu as piétinée de toutes tes forces mais que , pauvre con que tu es, tu n'as pas été foutu de massacrer jusqu'au bout puisque tu vois je suis là, je sais rire, aimer, partager et ça tu n'as pas la moindre idée de ce que ça peut vouloir dire.

Je te l'ai dit au procès, tu ne fais plus partie de ma vie. Je le pensais de toutes mes forces sur le moment, même si je sais bien que tu vas encore un peu en faire partie, en tout cas ton fantôme. Mais mon souhait le plus cher est que l'homme que tu es actuellement me devienne totalement indifférent. Ce que tu fais, ce que tu vis, ce que tu vivras à l'air libre quand tu sortiras, que tu ailles bien ou mal, que tu sois heureux ou non, tout ça n'a plus rien à faire dans ma tête. Je n'ai pas envie de te haïr, j'ai sûrement déjà à apprendre à la petite fille qu'elle doit vraiment arrêter de t'aimer, de t'attendre comme dans un cauchemar d'il y a deux jours à peine.

Oui voilà, c'est fini, tu es en prison, tu vas faire à peine 2 ans sur tes 5 ans probablement mais peu importe .Ils ont vu qui tu étais, ils ont tous vu et ils ont compris je crois, compris non pas ce que tu as dans la tête car je ne pense pas qu'un jour quelqu'un le saura, mais compris un millième de l'enfer que ça pouvait être de vivre des années avec toi, et ça même s'il n'y avait pas eu les abus.

J'ai cru un jour que tu pouvais devenir un papa de substitution, la petite fille en moi le veut encore et je dois lui expliquer que non . Taré 1er tu étais avant, Taré 1er tu as été pendant, et Taré 1er tu resteras, incapable d'amour pour les autres, incapable de vie. Alors oui tu m'as empoisonnée, j'ai appris la peur, la honte, la folie, la culpabilité, les sens qu'on ne contrôle pas, la perversion de tes gestes. Entre toi et maman j'ai eu de quoi avoir peur de tout, tout le temps, véritable handicapée de la vie, plongée dans l'angoisse et le néant de la vie plate et sans saveur, sans valeur que nous avions tous les trois.

Mais voilà, c'est fini, et comme tu n'es pas si doué que ça finalement, je ne suis pas morte, je vacille, je pleure, je tombe, mais j'aime , je donne, je reçois. Alors peut-être que la vie, elle, la mienne , n'est pas finie. Elle commence. Sans toi. Ca va prendre du temps et j'espère qu'autour de moi on n'oubliera pas ce paramètre-là .

Et voilà...c'est pas fini. Ca commence. Sans toi. Débrouille-toi avec ta route , j'ai des morceaux à recoller , et d'autres à inventer.

 

 

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Verdict

Publié le par Opale

5 ans de prison ferme.

Mais il faut attendre le 10 juillet pour être sûr qu'il ne fasse pas appel...

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On va recommencer...

Publié le par Opale

On va se lever à 6h30 , prendre le petit déjeuner et se préparer. On va partir à l'heure pour éviter du stress supplémentaire. Route direction A.

On va arriver à l'heure, avec de l'avance, ce qui nous permettra de prendre un chocolat chaud au café tout à côté du Tribunal . Puis on montera le grand escalier pour être dans le hall vers 8h45. On attendra notre tour pour sortir les affaires des poches, faire fouiller le sac, poser la ceinture dans le bac et tout reprendre une fois le portique passé .On saluera ma mère, ma soeur, ma nièce.

On fera la queue entre futurs jurés et diverses personnes , je donnerai ma convocation à l'huissier, puis on rentrera dans la salle, on s'installera , mon avocate à ma droite, mon papa de coeur à ma gauche. Les futurs jurés (et ceux qui ne le seront pas) seront assis sur les bancs du public en attendant le tirage au sort.

Il rentrera , menottes aux poignets , entouré de deux gendarmes et s'installera dans le box des accusés. Il sera toujours aussi impossible de détecter la moindre émotion sur son visage, la moindre expression. Il sera impossible de réussir à voir s'il me regarde .

La sonnerie retentira , et l'on entendra "La Cour ! " , alors on se lèvera, la Présidente entrera avec sa robe rouge, elle s'installera , les assesseurs à ses côtés.

Elle commencera par parler aux futurs (ou non) jurés et le tirage au sort se fera, certains pour des raisons que nous ne connaîtrons pas demanderont à être révoqués, d'autres le seront par les avocats de la défense, sans que l'on en connaisse la raison. Ceux qui ne seront ni jurés ni remplaçants pourront repartir . Les jurés désignés , eux, vont prêter serment puis s'installer avec les assesseurs et la Présidente.

Les témoins seront nommés, on vérifiera leur présence, on leur prendra leur téléphone portable et on les emmènera dans la salle des témoins en attendant le moment de leur interrogatoire.

A ce moment là, la Présidente lira le "résumé" de l'affaire, résumé aussi clair et impartial que possible, mélange de déclarations de chacun et d'articles de loi. J'entendrai ces mots sales à nouveau .

On lui demandera de se lever, de décliner son identité , et son adresse.

Je ne connais pas la suite, j'espère qu'enfin cette fois, rien ne viendra permettre un nouveau report, je n'ose pas croire que ça finira, j'ai encore peur de ce qui peut nous tomber dessus avant qu'on soit enfin, vraiment, réellement à la fin du procès.

Ce que j'ai déjà vécu les 12 et 13 mars me permet de connaître les lieux et certains intervenants, mais me fait aussi craindre un procès loin d'être classique, et de façon certaine hyper éprouvant pour moi . Je crains déjà tous ces mots qu'il faudra dire et entendre, le résumé ayant déjà été très dur à entendre. Je crains déjà ses réponses ou le fiasco possible avec sa (semble-t-il ) réelle semi-surdité . Je crains déjà les questions que ses deux avocats vont me poser, je crains déjà de les entendre le défendre, je crains les choses comme "mon client est à l'abandon" entendu en mars et qui m'a à la fois donné envie de rire et de pleurer.

Encore un peu moins de 6 semaines et on va recommencer. Comme dans un cauchemar, tout se remettra en place, même parking, même petit bar, même chocolat chaud, même portique, même place dans la salle, même peur . Pourtant cette fois c'est sûr il sera là.

Le midi aller déposer les affaires à l'hôtel et manger, le soir peut-être discuter autour d'un verre avec mon avocate, la nuit à l'hôtel, l'angoisse, y retourner le lendemain, savoir qu'un verdict nous attend quelques heures plus tard.

On va recommencer. Et j'ai envie de me tuer.

 

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Ces jours-là...

Publié le par Opale

Il y a des jours comme ça où l'on se réveille les larmes aux yeux . Des jours où après une période de trêve le passé prend le dessus sur le présent et vient rappeler son visage horrible. Il y a des jours comme ça où l'on a envie de pleurer, de hurler, de crier . Des jours de solitude où le ressenti semble si impossible à partager, si impossible à faire comprendre . Dans ces jours-là parfois on a envie de hurler à la Terre entière tous les abus subis, en détails, avec rage, puis bien sûr on ne le fait pas, par respect pour les autres, pour soi, parce qu'on sait que quelque part ça ne servirait à rien.

Puis il y a cette chose qu'on voudrait tant faire comprendre, à ceux qui nous soutiennent comme à ceux qui nous gratifient de leur "tourne la page, c'est le passé" , c'est ce sentiment de n'être rien . Non d'ailleurs ce n'est pas un sentiment c'est un vécu, un vécu réel, quasi palpable, et ce vécu-là quand il revient tel un boomerang, il transforme ces jours-là en une torture de chaque seconde, passant et repassant les images, les sentiments, la douleur et l'incompréhension. Comment faire comprendre à quelqu'un ce que c'est de n'avoir été rien, vraiment rien, plus un être humain, même pas un animal, tout juste un objet ?

Un jour un homme , Taré 1er en ce qui me concerne, a décidé que pour lui je n'étais tellement rien, tellement pas une âme, tellement pas un être respectable, tellement juste un bout de chair sans tête, tellement juste une poupée , qu'il pouvait décider, juste parce qu'il en avait envie, de mettre de la margarine sur moi. C'est je pense le seul "détail" que je donnerai sur ce blog , inutile d'en dire plus ni de faire un dessin , il a donc fait ça. Ce "ça" qui ces jours-ci me hante parce que ce geste, cette "idée" , cette folie glauque me disait à l'époque que je n'étais rien. On ne ferait pas ça à un animal , et pourtant à moi il le faisait.

Quand on a 12/13 ans et qu'un homme décide entre autre chose de faire ça sur vous, on est propulsé dans un monde d'incompréhension totale. Pourquoi ce truc, cette chose sur moi, et de toute la naïveté de l'enfance on pense à une chose, en tout cas j'ai pensé à ça : et si j'attrape des microbes ? Mais il est impossible de dire quelque chose, de faire quelque chose, on est là , il n'y a ni violence physique, ni menace, juste un homme sensé être notre deuxième papa, lui et cette putain de margarine. Ca dépasse complètement le cerveau qui n'aurait pas pu imaginer ça une seule seconde, qui déjà ne connaît quasi rien à la sexualité .

Alors sur le moment, transformé en objet, en poupée obéissante, on laisse faire, figée, paumée, on est là et pas là à la fois, tout semble irréel, et en prime on se sent sale, parce qu'on se dit que quand même c'est dégueulasse ce truc comme ça sur soi. On enregistre dans ses souvenirs traumatiques le bouchon rouge des grandes bouteilles d'Oasis, ce bouchon rouge dont il se sert pour mettre sa merde de margarine, pour avoir son "échantillon" .

Longtemps, très très longtemps après, on finit un jour, dévoré par la honte, par raconter ce souvenir , caché derrière ses mains , le souffle court . Ca ne suffira pas et il faudra en parler encore et encore, décortiquer les ressentis, les peurs, comprendre la folie de l'homme , comprendre l'impact sur soi, cet impact si violent et destructeur, cet impact aussi fort que les explosifs faisant s'effondrer les barres d'immeuble : se sentir rien.

Les images passent, repassent, on avance en thérapie, on devient capable de comprendre qu'on y est absolument pour rien, mais plus on en devient capable et plus on réalise à quel point le supposé 2ème papa ne nous aimait pas, à quel point il n'avait qu'une obsession du matin au soir, dès qu'il avait son jouet à disposition : l'utiliser. Revoir les images dans sa tête et réaliser, réaliser chaque instant, chaque seconde où il ne voyait qu'un corps et rien d'autre, pas d'âme, pas de vie. Poupée robotisée, suffisamment sophistiquée pour réagir à ses gestes contre son propre gré.

C'est cela n'être rien, c'est servir à quelqu'un comme un objet fonctionnel, sans pouvoir protester, sans comprendre, privé de toute réaction et de toute pensée car à force d'être un objet on ne pense plus, ça serait beaucoup trop dangereux de penser, de réaliser que l'autre est en train de se servir de nous, ça amènerait tout droit à la folie, alors l'inconscient attend sagement le nombre d'années nécessaires pour qu'on soit en mesure d'enfin réaliser ça, longtemps après, quand tout est fini et qu'à distance on peut enfin hurler cette douleur, ressentir ce déchirement de ne pas avoir été aimé, d'avoir simplement été utilisé, juste parce qu'il en avait envie, juste pour ses petites expériences personnelles de pervers.

Il faut du temps, beaucoup beaucoup de temps et de travail pour essayer un jour de comprendre qu'on n'est pas un objet, qu'on l'a été uniquement à ses yeux à lui, mais qu'on a en réalité droit au respect des autres et surtout de soi-même. Le chemin est inimaginablement long pour se réapproprier cette idée quand jour après jour le corps et le cerveau ont intégré leur rôle d'objet, ont intégré la soumission et la peur, ont intégré ces gestes dans le quotidien : je me brosse les dents je me lave je mange je suis abusée....tout au même niveau.

Je ne sais pas si un jour le souvenir d'avoir été rien pour quelqu'un qui devait nous aimer peut cesser de faire mal. J'ai fait une partie du chemin, mais au vu de la douleur d'aujourd'hui il en reste encore pas mal hélas.

 

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Tribunal J2

Publié le par Opale

13 mars , 7h : La nuit a été courte, je suis réveillée depuis un moment déjà et je ne cesse de me demander ce qui va se passer aujourd'hui. Pour moi c'est quitte ou double, s'il est là je serai enfin libérée , s'il n'est pas là il va falloir encore attendre, et combien de temps?

Une douche et ensuite avec D. je peux profiter du seul moment agréable de la journée, un bon petit déjeuner à l'hôtel, dans leur belle salle où les vitraux sont baignés de soleil. D. tente de me détendre et ce n'est pas chose facile, je sais que lui aussi se demande ce qui se passera . On prépare nos bagages au cas où et on emmène le tout, tout en disant à l'accueil que l'on appellera vers 9h pour dire si l'on reprend une chambre pour le soir.

Il est l'heure d'y aller, même pas 10 mn de trajet jusqu'au Tribunal et j'ai peur , tellement peur. En même temps j'espère de toutes mes forces , j'espère qu'ils l'aient eu chez lui hier soir ou ce matin, j'espère qu'on fasse ce foutu procès aujourd'hui et demain matin et qu'enfin, enfin je sorte de cette procédure qui a duré plus de 4 ans. J'espère de toutes mes forces tout en me disant "non tu ne dois pas y croire, si tu y crois tu vas être trop déçue."

Nous arrivons dans le hall, on doit d'abord comme à chaque fois passer nos affaires au portique, il y a la queue, j'aperçois au loin ma mère, ma soeur et ma nièce. Je leur lance un regard interrogateur et d'un signe de tête elles me font comprendre qu'elles n'en savent pas plus que moi pour le moment. On attend notre tour, on passe le portique et ma nièce vient me dire qu'ils l'ont, qu'il est là. Je n'ose pas y croire, mon coeur fait des bonds, je demande d'où elles tiennent l'info et ça vient des jurés. Je me précipite vers l'huissier pour vérifier l'information et il me dit "oui rassurez-vous il est là."

Je suis à quelques minutes du début d'un procès qui me terrifie et pourtant j'ai l'impression de ressentir le plus grand soulagement de toute ma vie, pour un peu j'embrasserais Taré 1er d'être là ! (enfin n'exagérons rien...) Il reste 10 minutes, je file appeler ma maman de coeur, ma voix tremble , je suis tellement contente, demain midi ça sera fini, enfin fini. Je donne des nouvelles à mes autres amis via internet et je retourne dans la salle. D. de son côté appelle l'hôtel pour dire que l'on prend une chambre pour le soir .

Taré 1er fait son entrée entouré de deux policiers, il a les menottes aux poignets, ce qui est à la fois impressionnant et à la fois extrêmement symbolique pour moi. Il me semble vieux, de plus en plus vieux. Les policiers l'emmènent dans un petit "carré" où je suppose il attendra d'échanger avec ses avocats. Mon soulagement commence à laisser la place au stress, je réalise que ça y est il va falloir parler . Mon avocate arrive et je l'informe de la bonne nouvelle, elle me répond qu'il peut tout de même y avoir une demande de renvoi, je lui dis qu'elle me fait peur, je ne veux pas entendre ça, mais elle me rassure et part à la rencontre de la Présidente et des avocats de Taré 1er, tous réunis dans les bureaux .

Quelques minutes passent, je vois mon avocate revenir et immédiatement je sens que la nouvelle va être mauvaise, elle est décomposée. Elle arrive et m'explique que non seulement il y a demande de report qui sera acceptée mais qu'en plus il va falloir subir une épreuve supplémentaire car il semble que pour valider tout cela il faille malgré tout débuter le procès, c'est à dire tirer au sort les jurés, les installer, leur faire prêter serment, appeler les témoins et les mettre dans leur salle, puis lire le résumé des accusations .

Je m'effondre. Jusque là j'avais été incapable de me laisser aller tant que ma famille était là, mais là je ne peux plus rien retenir, c'est trop violent cette cruelle nouvelle après l'immense soulagement ressenti quelques minutes plus tôt . Tout vire au cauchemar , ça ne sera pas fini, je ne serai pas libre demain midi, je ne pourrai pas dire à ma maman de coeur "c'est fini" quand je la verrai à Pâques, tout s'effondre devant moi.

La sonnerie annonçant la Cour retentit et tout commence comme dans un mauvais film, les jurés ne savent pas que le procès sera reporté et que donc ce n'est pas eux qui jugeront Taré 1er . Mais ils sont tirés au sort, appelés, installés. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont appelées, on leur prend leur téléphone portable et on les emmène en salle des témoins. Puis la Présidente procède à la lecture du "résumé de l'affaire" , un texte qu'elle doit faire le plus neutre possible permettant aux jurés de comprendre les accusations, les déclarations. C'est dur, c'est violent à entendre, les mots "sales" que je craignais sont là, certains détails glauques aussi, je serre fort la main de D. qui est à côté de moi, je regarde la table, je suis ailleurs. Ce "résumé" se termine par une phrase expliquant que Taré 1er n'avait pas de relations sexuelles avec ma mère car d'après lui "ça se mérite" . Remarque à vomir, même si je la connaissais déjà.

Je me dis que ça va s'arrêter là mais non, la Présidente ne parle toujours pas du renvoi et je ne comprends pas pourquoi . Elle parle des experts à venir , dont un à 14h comme si on allait réellement être présent à 14h alors que nous savons (elle, mon avocate, les avocats de Taré 1er, et lui j'imagine..) que le procès va être reporté .

J'ai le sentiment de revivre quelque chose de l'ordre de sa folie à lui. Entendre parler la Présidente en disant "Monsieur Untel à 14h" etc le tout en sachant que ça n'a aucun sens, c'est trop dur, trop incompréhensible, je craque et mon avocate demande à D. de m'emmener prendre un peu l'air. Nous allons dans le hall et pour le coup le peu de monde présent dans ce hall a dû m'entendre d'un bout à l'autre tant je n'en pouvais plus, tant tout cela était trop .

Nous revenons après que D.ait à nouveau contacté la charmante personne de l'hôtel pour lui dire non finalement on ne prend pas de chambre. Elle est consternée pour nous.

Quand nous arrivons un expert est interrogé par les avocats de Taré 1er, on ne parle toujours pas du renvoi, je demande à mon avocate "mais pourquoi elle le dit pas " ? Elle ne le sait pas mais en tout cas elle est en colère de voir ce qu'on me fait subir, il ne devrait pas y avoir ces questions de posées puisqu'il n'y aura pas de procès et qu'elles seront donc considérées comme nulles. Au bout d'un long moment on finit par enfin parler du renvoi, et il faut également parler de la mise en détention de Taré 1er, pour éviter qu'il ne refasse le coup de l'absence.

Entre temps j'aurais appris la "raison" de l'absence de Taré 1er le premier jour d'audience. Quand les policiers l'ont cueilli chez lui à 6h du matin, il leur a expliqué tranquillement qu'après son rdv vous avec son avocat l'avant-veille, il était allé voir pour un costume pour le procès, mais qu'il avait eu des "absences" et avait finalement mis deux jours à parvenir à retrouver le chemin de son logement. Raison totalement crédible donc. Ou pas...

Il va s'en suivre de longs moments d'attente car ce cas ne s'est jamais présenté. Quand quelqu'un ne vient pas à son procès, c'est pour échapper à la justice et il se cache donc ce qui là n'est pas le cas, on a retrouvé l'accusé mais on doit reporter sur demande de ses avocats qui entre autre soyons clairs n'ont aucune envie de travailler samedi matin. Présidente et avocats ne sont pas d'accord sur les textes et sur la procédure à suivre. L'audience est suspendue et je sors pour tenter de joindre ma psychologue et lui parler un peu .

J'ai oublié des éléments dans tout cela je pense, les émotions étaient si fortes que tout se mélange encore , je sais car D. me l'a dit qu'à un moment pendant que j'étais sortie mon avocate s'est énervée face à un des avocats de Taré 1er, soulignant ce qu'il me faisait subir en posant des questions aux experts, lui disant "vous nous faites honte". Pour moi c'est très précieux, car dans toute cette folie, dans ce cauchemar de ces deux jours, je me suis sentie défendue, j'ai compris ce que c'était d'être défendue, respectée . Ce que je n'ai pas eu étant enfant et adolescente. Si dans le futur procès il y a quelque chose de potentiellement réparateur, ça sera ce sentiment-là, ce vécu-là d'avoir quelqu'un pour me défendre de toutes ses forces.

Finalement pendant que je parlais au téléphone à ma psychologue, les gens sont sortis, c'était fini, Taré 1er partait directement en détention provisoire jusqu'au 25 juin, date du futur procès. Et moi j'étais là, paumée sur l'escalier, à échanger à nouveau quelques mots avec mon avocate et D.

La suite c'est cette impression d'avoir reçu un bâtiment sur la tête, d'être totalement en état de choc comme m'a dit ma maman de coeur quand elle m'a eue le soir où je ne pouvais cesser de répéter "ça devait être fini, je voulais que ce soit fini" . Il a fallu des heures et des jours et de la patience, du repos pour m'apaiser un peu, pour accepter qu'à nouveau je me retrouvais à J-3 mois, pour accepter qu'il allait falloir vivre quand même d'ici le 25 juin.

Aujourd'hui, je survis à cela en attendant, j'essaie de profiter de petits moments agréables même si le procès s'est rappelé à moi avec la réception de sa convocation par ma mère.

Je n'ose plus croire que le 27 juin je serai libre enfin, 4 ans et 5 mois après mon dépôt de plainte. Je n'y croirai que quand ça sera fini.

Je ne veux plus espérer.

 

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Tribunal J1

Publié le par Opale

Un mois après le fiasco du procès (pour ceux qui ne savent pas il est reporté au 25/26 juin) , je vais tenter de raconter un peu ces deux jours de cauchemar que furent les 12 et 13 mars 2015.

Le texte risque d'être assez mal écrit et plus un listing qu'autre chose, tant pis.

Ce 12 mars 2015 nous sommes donc arrivés D. (mon papa de coeur) et moi tout près du Tribunal vers 8h30 et avons pu prendre le temps de boire un chocolat chaud pour nous donner quelques forces et nous poser après la route.

15 minutes plus tard , on se dirigeait vers le Tribunal pour y attendre mon avocate dans le hall. J'avais peur, très peur à l'idée de parler, à l'idée de ce qu'on me poserait comme questions, très peur de voir et surtout d'entendre Taré 1er.

Arrivés là-bas nous avons dit bonjour à ma mère, ma soeur et ma nièce convoquées toutes les trois comme "témoins" (témoins n'étant qu'un terme juridique puisque le principe de l'inceste est d'être un crime sans témoin la plupart du temps) . J'ai vite eu besoin de prendre de la distance et de repartir avec D.pour parcourir le hall en attendant mon avocate. Les jurés étaient déjà là, du monde se bousculait à la porte, chacun donnant sa convocation, un RIB qu'on nous demandait, chacun s'installant dans cette salle des Assises qui finalement n'est pas si grande que cela (je ne sais pas comment c'est ailleurs ).

Je retrouve mon avocate avec qui j'ai eu rendez-vous le dimanche précédent pour préparer une dernière fois le procès et avec qui le courant passe vraiment de mieux en mieux . Nous nous installons et j'ai la chance que la Présidente ait accepté que D. soit à côté de nous et non pas sur les bancs du public, il est donc juste là à côté de moi, ce qui me rassure beaucoup. Il n'y a d'ailleurs en fait pas de public (tant mieux !) même si le procès ne se déroule pas à huis clos et les seules personnes occupant les bancs sont la trentaine de jurés parmi lesquels 9 seront tirés au sort.

9h approche, pas de Taré 1er en vue mais je me dis que c'est normal, qu'il est peut-être dans une pièce pour se préparer ou quelque chose de ce genre. Mais non, en fait il n'est pas encore arrivé nous dit-on. Je ne suis pas très inquiète, je pense qu'il est simplement en retard , il s'est présenté à tous ses rendez-vous obligatoires et je n'ai donc jamais pensé qu'il puisse ne pas venir au procès. Pourtant 30 minutes passent et toujours personne, l'angoisse monte, ses avocats téléphonent , à lui ou au foyer je ne sais pas, en tout cas personne ne parvient à le joindre.

Comme le demande la loi, des policiers sont envoyés chez lui , chargés de le ramener s'il est là . Ils reviendront bredouille, il ne répond pas et ses voisins disent qu'il est parti à 8h30 en leur déclarant qu'il allait travailler. (sachant qu'il ne travaille pas). Le temps passe, des tonnes de questions arrivent sur ce qui va se passer s'il ne vient pas, si on ne le trouve pas. Tout le monde attend, et puisque l'on peut sortir de la salle quand on veut , je vais téléphoner à ma maman de coeur pour lui donner des (mauvaises) nouvelles et prendre un peu l'air. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont toujours dans la salle et je ne parviens pas à me laisser aller devant elles, je contiens ce que je ressens, je contiens ma peur, ma terreur devant cet imprévu, devant cette "surprise" qu'il nous impose encore une fois.

Vers 11h , toujours rien, nous sommes tous priés d'aller manger un peu plus tôt et de revenir vers 13h pour faire le point. Tout le monde sort de la salle ou presque, dont ma famille. Je peux donc enfin, dans la salle, m'effondrer en larmes et exprimer ce que je ressens . Je me souviens de l'humanité de la greffière passant devant moi et me disant "ça va s'arranger" . Mon avocate est également très soutenante et à ce niveau-là je me sens protégée .

D. et moi nous dirigeons vers l'hôtel, la charmante dame de l'accueil va avoir fort à faire avec nous, car nous commençons par lui annoncer que nous n'avons aucune idée de si l'on va finalement dormir ici ou pas, puisque nous ne connaissons pas la suite des évènements . Nous prenons ensuite tranquillement le temps de manger, il fait un temps splendide, sale journée pour un procès !

A 13h nous nous retrouvons dans la salle et nous apprenons que pour le moment il n'est toujours pas retrouvé. Chacun donne des pistes, on sait qu'il aime beaucoup marcher mais c'est justement un problème , il peut très bien être à 10 ou 20 kilomètres à l'heure actuelle, comment le retrouver ? Des pistes sont évoquées, faire le procès sans lui, et là nous apprenons que l'on peut faire un procès non seulement sans l'accusé mais aussi sans son avocat et sans les jurés ! Le système judiciaire n'a pas fini de nous étonner . Dans l'absolu personne ne souhaite un procès sans lui, ce serait ridicule et assez peu constructif. On nous demande alors de revenir vers 17h pour à nouveau faire le point. Une nouvelle fois tout le monde sort, une nouvelle fois je m'effondre dans la salle, sonnée de ce qu'il est encore capable de m'infliger.

Je vais me reposer à l'hôtel et donner des nouvelles aux amis pendant que D. prend un peu le soleil en ville, puis nous nous rejoignons . J'ai mal à la tête d'avoir tant pleuré, j'angoisse à l'idée qu'il ne soit toujours pas là à 17h, je commence à imaginer le report, mes projets, mes objectifs, mes nerfs s'effondrent.

A 17h nous voilà de nouveau dans la salle et informés qu'il n'a toujours pas été retrouvé. La Présidente décide de passer à la vitesse supérieure et de demander en plus à je ne sais quelle brigade de le rechercher, un mandat d'amener est décidé, ce qui l'empêchera totalement de refuser de venir. Elle demande également à ses avocats l'autorisation d'enfoncer sa porte s'il ne répond pas, au cas où il aurait commis l'irréparable ou aurait eu un malaise. On nous explique que l'espoir est de le retrouver en soirée s'il rentre chez lui, et que la brigade va donc "planquer" toute la nuit s'il le faut pour l'amener le lendemain matin. Si le lendemain matin à 9h il n'est pas là, le procès devra être reporté . Par contre s'il est là, il est fortement envisagé de faire le procès sur le vendredi et le samedi matin, sauf que ses avocats semblent extrêmement réticents à cette solution, mais à ce moment-là je me dis que quelque part ils se devront d'obéir à la Présidente selon ce qu'elle décide.

A nouveau tout le monde part et à nouveau je m'effondre. Mon avocate nous invite D. et moi à prendre un verre près du Tribunal, et il s'en suivra un échange très enrichissant sur les difficultés que nous avons eu elle et moi à entrer en relation, à se comprendre, à se faire confiance . Un échange qui nous montrera que vraiment nous sommes heureuses l'une et l'autre d'enfin mieux nous connaître, d'enfin mieux échanger, c'est un moment vraiment précieux de cette journée cauchemardesque.

Ensuite , direction l'hôtel où nous expliquons que finalement on garde les chambres, mais que nous aurons peut-être aussi besoin d'une chambre le lendemain, que ce n'est pas sûr. La personne de l'accueil est charmante et navrée pour nous de voir dans quel bazar nous sommes et fait vraiment de son mieux. Repos à l'hôtel avant de manger, petits échanges téléphoniques avec ma maman de coeur consternée, messages aux amis, larmes....puis repas et coucher assez tôt avec l'angoisse au ventre : sera-t-il là le lendemain ?

 

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