Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Nous y voilà...

Publié le par Opale

4 ans, presque 4 ans de procédure et la fin approche enfin.

27 janvier 2011 je déposais plainte pour viols sur mineure par personne ayant autorité.

4 ans et 2 auditions , 2 confrontations et 2 expertises psys plus tard, et pour lui 3 auditions pendant la garde à vue, une chez la juge, nos deux confrontations et 4 expertises psys, je connais désormais la date du procès.

Les 12 et 13 mars 2015 , Taré 1er sera sur le banc des accusés, et moi je serai...je ne sais pas.

J'attends depuis si longtemps que tout ça se termine, je rêve depuis si longtemps que sa mort raccourcisse et mette fin à la procédure. Mais voilà, le jour où vers novembre 2010 déposer plainte a commencé à s'imposer comme un élément vital, je me suis convaincue que ça serait classé sans suite, ou au pire correctionnalisé. Je me suis lancée avec comme unique but d'avoir une confrontation, et qu'il soit auditionné, mis face à ses actes.

Ca a été le cas et comme ont pu le constater psys, juge, avocats, policiers, il s'en fout, il s'en contrefout de ce que je lui reproche, les experts le disent , pas la moindre émotion à être accusé d'un crime, rien.

Il s'en fout et pire il s'est amusé, bien amusé à se foutre des policiers, puis de la juge , et je sais qu'il fera de même pour le Procureur. Quoiqu'il risque et aussi dur que ce soit à faire admettre aux gens il s'en fout.

Par contre moi je ne m'en fous pas, et ayant cru bravement que tout ça serait classé sans suite, ça fait un bout de temps que j'angoisse, mais tout devient concret et ce n'est plus de l'angoisse c'est une panique totale. L'idée de le réentendre lui, le voir faire son cirque, entendre ses expressions , sa façon de parler maniérée , ça me terrifie, je me sens en danger psychologique .

La première confrontation, celle que je souhaitais, est encore gravée en moi, tant je suis encore capable de ressentir cet effondrement, ce basculement dans ma tête en le sentant m'emmener dans son monde, ce monde où rien n'est à sa place, ce monde où un type en garde à vue pour viols dit en fin de confrontation au policier "si je me souviens de quelque chose je vous contacte ? " , de la même façon qu'il l'inviterait à boire le thé, le tout avant de retourner en cellule.

A chaque mot, à chaque phrase inadaptée, moi qui savais pourtant à quel point il est dingue, je m'écroulais, je murmurais en larmes "il est fou" et l'avocate de permanence qui m'accompagnait ce jour-là était consternée, ainsi que le policier qui n'en pouvait plus de l'avoir supporté pendant la garde à vue.

Alors le revoir encore, l'entendre encore , c'est si violent et inimaginable que mon premier réflexe est de me dire "je vais me tuer comme ça j'irai pas" alors que j'ai pourtant le droit de ne pas y aller, malgré la pression de mon avocate sur ma présence "indispensable" pour que les jurés voient la différence entre lui et moi.

Et s'il n'y avait que ça, mais pendant ces deux jours un nombre bien trop grand de personnes va prononcer ces mots que je trouve "sales", les détails de ce que j'ai subi, tout ce qui n'a jamais été évoqué sur ce blog : quoi, comment , combien de temps, de quelle manière, quelle position, en disant quoi . Ca va être ça la réalité , eux disant tous ces mots et moi qui vais devoir les dire aussi.

Puis sa vie à lui disséquée et notamment sa sexualité, et donc aussi l'absence de cette même sexualité avec ma mère , leur relation étalée , mon enfance placée sous microscope pour que chaque juré y voie mieux le "sordide" comme dit ma psy , de cette succession de traumas, de deuils, de solitude, d'absence psychique d'une mère, de son alcoolisme à lui, de sa mythomanie, de sa perversité . Sous le microscope mais dit bien haut et fort au micro la vie de la petite Opale, les nuits blanches à attendre qu'il dorme enfin, les nuits à attendre d'avoir le droit d'aller dormir, les "abus" quand il n'avait pas bu, tout étalé, tout détaillé.

Ca a beau être moi la victime, je ne pense pas que quiconque soit prêt à entendre ce genre de choses , ces détails glauques et tout ce qu'il faut bien dire, estimer, quantifier, dater du mieux qu'on peut malgré ce que la mémoire traumatique provoque sur les souvenirs et la notion de temps .

Je ne sais pas où je serai non, il faut que je me donne le droit de ne pas y aller, le droit de changer d'avis n'importe quand, plutôt que de vouloir juste mourir pour en finir avec tout ça, mais ce n'est pas si simple. La terreur est immense, et dans la terreur le raisonnement se perd.

Puis ma "famille" me manque. Elle est en gros constituée de ma mère et ma soeur. Ma mère, elle ne voit pas le stress que je subis "mais faut pas stresser tu vas te rendre malade et ne plus pouvoir travailler" Si tu savais maman, c'est déjà le cas.

Quant à ma soeur, elle a forcément vu mon message sur facebook donnant les dates, mais aucun mot, aucun soutien, rien . Je fais avec le reste du temps, mais là, pour cette épreuve-là j'ai mal de ne pas avoir de famille, même si j'ai une famille de coeur, j'aurais quand même eu besoin d'elles deux, de leur soutien et pas seulement de leur témoignage qui lui bien sûr est en ma faveur.

Nous y voilà Taré 1er, je ne sais pas où je serai mais toi tu y seras car sinon c'est les flics qui t'y amèneront de force . Le deuxième jour sera un vendredi 13, je ne suis pas superstitieuse mais je sens que je n'ai pas fini d'en entendre parler de ce fait là. Alors pile ou face, auras-tu de la chance ou non ? Seras-tu acquitté ou condamné ? Je n'attends pas grand chose, j'aimerais une petite année de prison pour toi, du ferme, ça me suffirait, même si le mieux serait que tu meures avant le procès. Par contre j'avoue si tu es acquitté, j'ai beau essayer de m'y préparer je ne sais pas dans quel état on me retrouvera.

Mais nous y sommes Taré 1er , et toi qui n'as jamais eu besoin de menaces et de force pour abuser de moi, ce jour où tu me répondais "c'est comme un cours" je crois que tu étais loin de penser que je grandirais, que je comprendrais, et qu'enfin un jour je saurais que je ne suis pas coupable . Et ça, acquitté ou pas ça ne changera pas, je le sais déjà.

Ce soir là, cette première fois où tes mains se sont glissées sous mon t-shirt et ailleurs, tu ne savais pas qu'un jour tu poserais ces mêmes mains à la barre, aux Assises, présent là, accusé des viols que tu as commis , de tout ce que tu m'as fait pendant 6 ans, même si le massacre ne se résume pas qu'aux abus, et que j'ai passé 16 ans à te côtoyer.

Rendez-vous le 12 mars , ou pas, mais toi tu n'y échapperas pas. Tu es la proie.

Nous y voilà.

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

On vous a tellement trompée...

Publié le par Opale

Tu peux encore te cacher va, ça ne va pas tout de suite te tomber dessus, mais ça ne va pas tarder, ne crois pas que je vais t'épargner.

"On vous a tellement trompée, puis ça a été tellement refoulé que ça remonte violemment."

Non tu vois elle ne me parlait pas vraiment directement de toi, mais d'une émotion dont je n'ai pas le moindre souvenir : avoir eu peur de rester seule avec toi.

Elle m'a dit ça car j'ai beau ne pas m'en souvenir, j'ai beau même me souvenir du contraire et de tous ces moments où je me disais "maman ne doit surtout pas arriver" , impossible de faire l'impasse sur ce qui venait de se passer, moi à moitié dans le passé après quelques échanges sur les abus , lui disant d'un coup d'un ton apeuré "faut pas me laisser j'ai peur" . A la question "de quoi avez-vous peur ?" j'ai répondu " de rester seule avec lui " . Toujours terrifiée j'ai entendu au loin sa réponse "comme quand votre mère vous laissait" .

Tu vois, jusque là on ne parlait pas vraiment de toi, juste de mes émotions, de celles dont je ne me souviens pas mais qui ont existé, car ces mots qui arrivent soudain ne tombent pas du ciel, ce ressenti non plus. Tout ça a forcément existé.

Ce soir là, épuisée de cet aller-retour dans le passé, je me suis couchée à 19h30. Et le lendemain matin, certes je ne me sentais pas très bien, une séance remue toujours , mais alors que je m'apprêtais à faire je ne sais plus quelle chose du quotidien, j'ai senti l'angoisse monter et le besoin de m'allonger avec mon nounours.

" On vous a tellement trompée"

C'est là que tu entres en scène pauvre con, c'est là que je commence à parler de toi , c'est là qu'il s'agit de toi. Parce que ce "on" c'est toi, entre autres, mais surtout toi. Et soudain, alors que la veille cette phrase m'avait semblé banale car oui bien sûr je le sais tu m'as trompée ok c'est pas nouveau, intellectuellement c'est pas nouveau...Soudain disais-je , moi qui ne pleurais plus à la maison depuis des mois, chose qui d'ailleurs me gênait car cela donnait un effet cocotte-minute très désagréable à vivre au quotidien, je me suis retrouvée à fondre en larmes, là avec mon nounours dans les bras.

"On vous a tellement trompée"

Cette phrase s'est mise à passer en boucle dans ma tête, accompagnant mes larmes, et j'ai ressenti si fort et si violemment cette réalité, ta trahison. J'ai ressenti tout ce que je t'ai donné avec tellement de sincérité, tout mon amour de petite fille puis d'adolescente.

Quand tu es arrivé et que tu m'as connue j'avais huit ans et de l'amour à revendre. Tout cet amour perdu, envolé, que je ne pouvais plus donner, ni à mon père , ni à mon frère, tous les deux morts quelques mois plus tôt.

Je t'ai tout donné, de toutes mes forces et de tout mon coeur, j'ai cherché à ce que tu m'aimes, j'ai cherché à te faire rire, j'ai cherché à ce que tu sois fier . Face à ta personnalité j'ai dû surtout aussi rapidement chercher à ne pas t'énerver, ne pas te déranger, obéir.

"On vous a tellement trompée"

Je t'ai aimé de toutes mes forces, aussi fort que je t'ai craint sûrement. Je t'ai attendu des heures, terrifiée à l'idée que tu aies encore bu, et quand je te voyais revenir sobre, c'était comme si le bonheur entrait en moi, j'allais pouvoir te suivre partout, essayer de te faire rire, j'étais fière quand mes jeux de mots t'amusaient.

Je faisais tout pour m'adapter à toi, pas de bruit en mettant la table, pas de bruit pendant que tu écoutais la télé . J'ai tellement voulu t'aimer que parfois je suis devenue comme toi, quand maman se servait d'un appareil ménager bruyant, je finissais par aller fermer la porte de la cuisine avant même que tu le fasses. Longtemps après j'ai eu honte de ça, mais je me suis depuis pardonnée.

J'aurais tout donné pour qu'on soit heureux. Te souviens-tu ce soir-là ? Moi je m'en souviens. J'avais 11 ans, 12 peut-être, et tu avais bu. Maman était partie travailler pour la nuit et bizarrement tu n'étais pas particulièrement agressif ou énervé malgré l'alcool. Alors je t'ai parlé, de tout mon coeur, de toute la force de ma sincérité d'enfant. Je t'ai dit comme on pourrait être heureux tous les trois si tu faisais quelques efforts . Si tu buvais moins déjà, si tu traitais mieux maman, mais aussi si tu lui donnais un peu d'argent parce que quand même elle nous nourrit tous les trois et toi jamais tu ne fournis un seul centime. On pourrait s'amuser, on pourrait être bien, et j'y crois si fort qu'en te disant tout cela je pleure, j'espère si fort la fin de l'enfer, je suis si sincère en te parlant que je te parle en pleurant.

Alors tu promets, tu dis que ça va s'arranger, tu parles d'efforts et moi j'y crois . Je vais me coucher le coeur plus léger, je ferme la porte de ma chambre et quelques secondes après j'entends "qu'elle est conne cette gamine" . Tu viens de me porter un des pires coups de poignard . Tu viens d'anéantir mon coeur .

" On vous a tellement trompée"

Pourtant je vais continuer de toutes mes forces à tenter de t'aimer et d'être aimée, mais est-ce encore de l'amour ou est-ce que je te crains trop ? Je ne sais pas, je suis une ado au coeur d'enfant, avec des besoins affectifs si immenses qu'il est facile de me manipuler et c'est ce que tu vas faire. Pendant 6 longues années où mon corps t'appartiendra tu sauras me faire croire que c'est pour moi, que c'est normal, et j'y croirai. Je croirai surtout que c'est moi qui trompe quelqu'un : maman . Forcément je la trompe, elle me pense si innocente et je la trompe, je la trompe dans le lit de son mec, dans le sien, dans le mien...

Tu sauras exactement ce qu'il faut faire , être tout l'inverse de ce que tu es quand tu as bu. Tu es intelligent hélas et tu sais comme je te fuis et comme j'ai peur quand tu as bu. Tu sais aussi que lorsque je te vois sobre je suis si soulagée que je te suis partout, comme si la vie devenait d'un coup magnifique. Alors jamais tu ne chercheras à abuser de moi en étant saoûl, tu seras toujours parfaitement sobre quand tu le feras . Sobre et doux, et gentil, tout pour m'aveugler et me laisser engluée dans la culpabilité.

"On vous a tellement trompée"

Voilà tu vois, ce matin là, ça m'a fait mal à en crever de ressentir ta trahison, de réaliser cet amour piétiné et massacré par tes soins, en toute conscience . Je n'étais plus qu'une môme désespérée et en sanglots qu'on aurait rejetée, une môme qu'on aurait pas aimée, et pour cause : tu ne m'as pas aimée.

TU m'as tellement trompée.

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Enfant-fantôme

Publié le par Opale

Il y a des compliments qui sonnent comme une condamnation.

- Elle est sage !

- On l'entend jamais !

- Elle joue toute seule.

- Elle s'occupe toute seule.

- Elle réclame jamais rien.

- Oh non, pas de crise d'ado elle fume pas elle sort pas...

- On a rien besoin de lui dire, elle se débrouille (les devoirs)

- Elle pleure pas elle joue au bout du lit.

- Elle fait jamais de caprices.

L'enfant-fantôme a intégré ce qu'on attend d'elle. Tout bébé déjà, d'un calme olympien. Au bout du lit de sa mère qui dort après sa nuit de travail, elle joue tranquillement, elle a 6 mois/1 an et ne dérange pas, elle ne réclame que pour le biberon . Même quand elle saura marcher elle n'ira pas rejoindre son père dans la salle, elle restera là , jouant seule et tranquille.

L'enfant-fantôme a tout retenu, c'est à peine si on a eu besoin de lui dire je pense, évidemment pas de caprices, évidemment qu'on ne redemande pas un gâteau chez quelqu'un , évidemment qu'on ne bouge pas, qu'on ne crie pas,

A l'école l'enfant-fantôme est quasi muette, surtout les premières années, plantée devant le grillage de la maternelle, emmenée par les enseignantes au chaud avec elles quand il fait froid.

Heureusement ça ne durera pas et elle saura finalement jouer en récréation, mais restera toujours très réservée en classe .

L'enfant fantôme est seule et joue seule, sort ses jouets, regarde les dessins animés, joue des heures avec ses poupées russes. Elle ne dérange personne.

Parfois elle s'ennuie et réveille sa mère pour le lui dire, mais reprend vite ses activités.

L'enfant-fantôme grandit et se débrouille très bien seule avec ses devoirs, ne demande rien , s'organise , prend de l'avance quand elle est au collège .

L'enfant-fantôme devient adolescente et sait bien qu'il ne va pas s'agir de se rebeller. Elle a bien assez entendu comme sa soeur en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents, elle a bien assez entendu à quel point elle n'est pas "comme sa soeur" .

Alors pas une demi-seconde elle n'imaginerait essayer de fumer, de sécher un cours ou encore de répondre de façon légèrement insolente.

Sortir n'y pensons pas bien sûr, les copines commencent à faire de petits tours en ville pour faire du shopping mais elle non, c'est dangereux de se promener en ville elle n'a pas le droit , pas sans adulte.

Et les soirées n'y pensons pas non plus, parfois on lui propose, mais elle refuse avant même d'avoir demandé , elle a bien trop peur qu'IL embête sa mère pendant ce temps s'il a bu, elle ne peut pas . Puis de toute façon elle n'a pas le droit. Même à 20 ans on réussira à la persuader de ne pas aller à la nuit des étoiles camper avec 3 ou 4 copines, elle en a envie pourtant et elle est majeure, mais on lui a tant présenté le danger qu'elle renoncera.

L'enfant-fantôme a donc appris que pour être aimée et valorisée, il fallait être transparente, invisible, soumise.

Soumise ça tombe vraiment bien pour LUI , ce LUI qui lui sert de beau-père. Rien de plus simple que de la faire obéir, rien de plus simple que de dire un jour où elle lui fera remarquer que c'est mal ce qu'ils font "mais non, c'est comme un cours" . Etre soumise pour être aimée, se conformer au désir de l'autre , elle l'a si bien appris que lui n'a plus qu'à terminer le travail .

Il lui suffit d'être "gentil" c'est à dire de ne pas être effrayant, contrairement à quand il boit et se déchaîne. Il lui suffit de parler doucement et d'agir doucement aussi, il lui suffit de tromper ses sens et son pauvre cerveau qui pense que quand on ne crie pas c'est qu'on est gentil.

Cette enfant-fantôme c'était moi, c'est encore trop souvent moi.

Il faut désormais apprendre à s'affirmer, apprendre que l'on peut être aimée en donnant son avis, en existant, en parlant , en exprimant.

Le dernier rendez-vous chez ma psy m'a fait comprendre à quel point le "rôle " de patiente est à l'opposé de ce qu'on attendait de moi enfant. En thérapie on apprend à s'affirmer, on agit, on se lance, on dit, on ose.

Et tant et tant de fois j'ai dit à ma psy que je me sentais méchante, mauvaise, une mauvaise patiente, pour au final réaliser que ce que je ressens c'est un conflit de loyauté, entre celle qu'on m'a demandé d'être à l'époque, et celle que j'ai le droit d'être désormais, l'une et l'autre étant aux antipodes.

L'enfant-fantôme va sûrement encore souvent traîner ses chaînes en moi avant que je ne parvienne à les briser totalement. Pour le moment j'écoute ses murmures qui deviennent des cris effrayants.

Parle mon enfant...

 

Creative Commons License

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Objet

Publié le par Opale

Il aura suffi d'une question mal, très mal placée pour que remonte à la surface ce ressenti.

15 minutes passées avec le Dr Givré, qui alors que je ne le connais pas me demande si j'ai fait une fellation à mon agresseur, et me voilà repartie à me battre avec mes souvenirs, mes peurs, mes ressentis.

Une séance psy plus tard à tenter de s'expliquer pourquoi ça me met si mal alors que je n'ai pas subi ce dont il a parlé et les mots sont posés "soumission" "impuissance" objet" ..

Comment expliquer cette impression d'être un objet, comment expliquer, sans donner de détails d'abus (ce que je m'interdis le plus possible sur ce blog ) à quel point ça vous amène près de la folie ce ressenti ?

Je dis souvent que l'abuseur a "la télécommande" , ça pourrait presque suffire à tout expliquer. Vous n'êtes plus rien, vous ne décidez plus de rien, il appuie sur tel ou tel bouton et observe avec toute sa perversité comment son jouet lui obéit bien .

Votre tête dit non , votre corps agit, ressent, subit.

Et quand depuis la consultation avec Dr Givré je pense à toutes ces années, c'est ce que je vois, c'est ce que je ressens . Un objet, très élaboré, un jouet qu'on programme à sa guise. Un jouet qui visiblement devient obsédant.

Qu'est-on d'autre qu'un jouet obsédant pour un regard obsédé , quand 2, 3, 10 fois par jour pendant six ans des mains se posent sur vous, dès que vous êtes à portée de ces mains, dès que la pièce où vous vous trouvez est vide.

Plus qu'un objet, un robot, car programmable oui, il suffit de quelques jours, de quelques semaines, pour que de lui-même le robot sache quand il faut obéir, sache quand il faut se déshabiller, sache quand il faut vite faire semblant de rien car la mère revient.

Au moment où on le vit, on ne le sait pas forcément qu'on est un objet, car non, quand on subit des abus sexuels, on se dit finalement assez rarement "oh la la je suis en train de me faire agresser" , non, on se dit plutôt "oh la la JE suis en train de faire quelque chose de mal AVEC lui ", complice, coupable, pour échapper à la folie qu'amènerait si jeune le fait de voir qu'on est un objet et que non l'agresseur ne nous aime pas, non il ne prend pas soin de nous.

Dans mon histoire il semblait en prendre soin de son objet, de son jouet, c'est vrai.

La première fois, cette première fois où ses mains sont passées sous mon t-shirt de pyjama puis ailleurs, il m'a demandé si ça allait.

Joli piège, car quelle est la définition de "ça va ? " dans ces circonstances ?

Dans la tête d'un enfant, d'un ado, "ça va" s'il est content ou s'il n'est pas malade ou s'il n'y a rien à signaler et "ça ne va pas " s'il est triste, malade, en colère. Mais là ? Ca ne rentre pas dans les cases , pas malade, pas triste, pas en colère, juste totalement perdue, aspirée par une incompréhension et une impuissance qui dépassent tout .

Alors déjà on est programmé car soit on ne répond pas, incapable de le faire, soit on répond que "oui ça va " tout en se demandant ce qu'on est en train de dire, ce qui est en train de se passer, ce qui va continuer à se passer .

Les jours, les semaines les années passent, à se croire coupable, complice .

Et puis quand au détour d'un mot tout revient, on se reprend violemment la réalité en tête et les souvenirs affluent, on se souvient qu'on n'était plus que ça, un corps qu'il veut toucher, avec ou sans vêtements selon le temps imparti, mais un corps, pas une tête, pas un esprit, non une chose avec de la peau dessus, une chose qu'on a tant et tant déjà touché qu'on sait que jamais elle ne pourra s'enfuir, puisque c'est désormais son quotidien. Aller porter un café pour dire bonjour ? Touchée. Se rapprocher quand sa mère est dans la cuisine, aux toilettes, à la salle de bain ? Touchée . Se pencher et regarder un livre au dessus de son épaule ? Touchée. La mère partie travailler pour la nuit ? Touchée.

Sans violence, sans menace, un regard, un "tu vas te préparer" et le robot obéit.

Des couches de vêtements trop nombreuses et la voix du "maître" qui dit que ce n'est pas pratique ? A peine dit que le robot a remédié à cela, mécaniquement.

Quand des années plus tard vous tentez de redevenir un être humain, et que votre passé de robot vous saute au visage, c'est juste insupportable. Mille et mille fois les mêmes images, mille et mille fois se voir agir mécaniquement, ne plus s'en vouloir mais en avoir mal à crever d'avoir été programmée. Mille et mille fois revoir le regard obsédé qui s'il n'a qu'une petite seconde fera ses gestes de loin, sans toucher, mais avilissant tout de même.

Et forcément les cauchemars, il est là, il est revenu, se réveiller le matin et devoir réfléchir pour savoir s'il est revenu réellement. Le "voir" la nuit et l'entendre dire "ah si, il faut" avant de toucher encore et encore.

Se noyer dans les mots, se noyer dans les conseils, il faut vivre et on veut vivre et pourtant c'est là, ça tire vers le bas, ça met des gifles encore et encore, ça broie le coeur en une seconde.

On s'y perd, tout se mélange, le passé et le présent, un mot et on prend peur, on serait prêt à obéir. Bon robot bien programmé. On perd la raison,on se dit ou plutôt on ressent qu'il faut obéir à tout le monde, que c'est comme ça, qu'on le doit , qu'on est fait pour ça, objet, juste objet.

Heureusement on pose les mots, heureusement il y a la thérapie, heureusement il y a l'écrit, le temps de refaire surface, le temps de ne pas faire de connerie, le temps de réaliser que non on n'est plus un objet même si on se déteste encore tant et tant.

Les agresseurs sont des voleurs d'âmes, de cerveau, de corps, d'images. Ils ne laissent rien de vivant ou si peu de chose .

Plus qu'à se reconstruire...en sujet.

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Elle a 36 ans...

Publié le par Opale

G. a 36 ans . Elle a deux enfants, JL un garçon de 15 ans et L une fille de 9 ans . Elle est mariée à E. , qui est âgé de 78 ans.

JL n'est pas le fils de E. mais de M. son premier amour . M. était en instance de divorce, alors tous les deux se cachaient mais JL est arrivé . La procédure prenait trop, beaucoup trop de temps , et G. s'inquiètait d'élever son petit dans une chambre de bonne glacée .

Elle a donc quitté M. à contre-coeur et a accepté les avances de E. qui l'employait dans son commerce depuis peu.

Ils se sont mariés et ont eu la petite L.

Les années ont passé et nous le disions, G. a désormais 36 ans . Sa vie avec E. n'est pas une vie d'amour, mais ses enfants sont à l'abri, elle a de la tendresse et de la reconnaissance pour lui malgré son caractère difficile de personne âgée.

Alors elle n'en est pas fière mais désormais elle rencontre régulièrement B. , un collègue de la maison de retraite où elle est aide-soignante . Elle cherche l'amour auprès de lui, se contente des miettes de temps qu'il lui accorde, se contente des 10 mn de corps à corps par ci par là, c'est ça sa vie.

Ils font bien attention, il se retire toujours au moment où...Mais cette pratique a ses limites et voilà que G. est enceinte et que le monde s'écroule.

Il va falloir tout avouer à E., et son amour-propre ne méritant pas d'être piétiné par ses égarements, il va bien falloir accepter s'il lui demande d'avorter .

E. lui dira de "faire ce qu'elle veut" et elle sautera sur l'occasion pour garder ce bébé qu'elle aime déjà, elle n'aurait pas supporté de devoir avorter, mais elle l'aurait fait pour lui.

Le 20 septembre 1978 naîtra donc A. , petit bébé qui ignore que E. n'est pas son père biologique.

Les années passent dans une vie monotone puis de plus en plus dramatique . JL meurt à 23 ans, suivi 3 mois plus tard par E. qui a eu 86 ans.

Alors G. s'imagine fonder une vraie famille, avec quelqu'un de son âge, quelqu'un qui rendrait heureux les enfants et surtout la petite.

S., appelé Taré 1er dans ce blog arrive vers les 8 ans de A.

Les années passent à nouveau .

A. a 18 ans. Oh il n'y aura pas de fête, il ne faut pas rêver, c'est une vie plate que cette vie-là . Il y aura un gâteau, des bougies, sa mère, Taré 1er et elle . Sa mère tentera de chantonner "joyeux anniversaire" et Taré 1er râlera parce que ça l'empêche d'entendre la télé.

Mais donc elle a 18 ans, ça y est c'est cette année. Cela fait un ou deux ans qu'elle y pense, qu'elle s'est mis en tête que ce jour là elle y arriverait, que ce symbole de sa majorité lui permettrait enfin de dire non, non à ses mains à lui partout sur son corps, si souvent , chaque jour, plusieurs fois par jour depuis 6 ans déjà.

Elle se l'est promis, à 18 ans elle oserait dire non. Hélas ce n'est pas si simple , repousser les mains, ces mains apparemment non-violentes mais si connues du corps, le "non" sera bien timide et les gestes continueront car c'est bien compliqué de les arrêter, de cesser ce qui est devenu quasi normal.

Et elle culpabilise, elle se l'était dit, elle y arriverait. Peut-être bien d'ailleurs qu'elle s'imagine déjà en prison , complice, coupable, et punissable puisque majeure.

Alors ça ne cessera pas pile à 18 ans, mais plus tard, vers 19 ans ou un peu avant, elle ne sait pas bien, c'est tellement fréquent, elle n'est plus que ça à longueur de journée dès qu'il a accès à elle hors de la présence de sa mère.

G. avait 36 ans quand elle a conçu A.

Et aujourd'hui, 20 septembre 2014, A. a 36 ans . Ou deux fois 18 ans . 18 ans ou un peu moins ont passé depuis la dernière fois où il s'est emparé d'elle et l'a fait réagir telle une poupée bien programmée , où il n'a vu ni être humain ni détresse derrière ce corps devenu son jouet préféré, son pantin à massacrer.

Et 18 ans plus tard, c'est là encore. Elle en a honte parfois quand on lui dit d'avancer, de vivre, de tourner la page. Alors qu'elle lutte encore et encore, plus que personne ne peut l'imaginer.

Plus d'une fois elle regrette cet "accident" qui a fait que G. l'a portée dans son ventre il y a 36 ans .

G c'est ma mère. A. c'est moi.

J'ai 36 ans et pour le moment je ne le digère pas..

Creative Commons License

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Quand ça va mieux...

Publié le par Opale

Mon avant-dernier article s'intitulant "dépression", il était temps de donner quelques nouvelles.

Ca va mieux . Après des années à tester à contre-coeur des anti-dépresseurs , 6 mois pour le premier, 1 an et demi pour le deuxième et un an pour le troisième, le tout sans effet, à part 8 kilos de plus sur la balance avec le 3ème, voilà que ô miracle et malgré mon énorme blocage contre ces médicaments, le quatrième semble enfin être le bon et me sort donc d'un très long bas qui durait depuis début janvier .

Je peux enfin me réveiller la nuit ou le matin sans avoir directement envie de me tuer, je peux aller travailler sans que ça mobilise toute mon énergie , je peux travailler un peu plus efficacement avec ma psy, bref je peux respirer.

Bien sûr j'ai encore très peur de la rechute . J'ai eu de nombreux bas mais ce dernier épisode dépressif a laissé des traces , peut-être parce qu'il était accompagné du casse-tête judiciaire et de l'attente pour savoir si finalement il y aurait ou non un procès aux Assises pour Taré 1er.

Ca va mieux donc et le travail avec ma psychologue avance . J'ai ressenti le besoin d'écrire deux lettres fictives, l'une que le moi de 12 ans adresse au moi adulte et l'autre qui est la réponse du moi adulte au moi de 12 ans, le but étant de me pardonner .

La première lettre a été écrite, lue (difficilement, ce n'est pas rien ce qu'il y avait dedans ) et semble avoir porté ses fruits puisque depuis je m'accepte beaucoup mieux physiquement, j'ai plaisir par exemple à me choisir quelques vêtements et je suis un peu plus douce avec moi, prenant le temps de faire les choses sans me mettre sans cesse la pression . Ce n'est pas parfait mais ça avance.

J'ai pris la décision de demander un temps partiel à 80% au travail, c'est un sacrifice financier que je ne regrette pas, car je n'ai pas eu d'arrêt de travail depuis, juste une ou deux journées prises au dernier moment , mais dans l'ensemble je suis beaucoup plus présente au travail et je peux me poser le mercredi.

Tout cela, n'en déplaise à ceux qui voudraient que les victimes "tournent la page" n'empêche pas bien sûr les coups de blues, les pleurs lors des séances psy, certains cauchemars ou encore les angoisses fréquents en ce moment quant à la date du procès (2015 ou 2016, telle est la question et si c'est 2016, il est clair que je "péterai un plomb" car il est temps que cette attente se termine )

Malgré tout, ne pas être chaque jour dans l'envie de se tuer, c'est à sauter de joie tant c'est reposant et j'espère bien que ça va durer.

Je tente donc de m'accrocher le plus possible et peu à peu de me remettre dans la vie après cette parenthèse noire qui a bien duré 4 mois , la prochaine étape étant je l'espère la reprise d'activités de loisirs en septembre.

Merci à ceux et celles qui me liront et me connaissent, dans la vraie vie ou sur internet et qui sont toujours là pour partager les hauts comme les bas, sans jugement.

Rien n'est gagné , je suis toujours très prudente quand je dis que je vais mieux, mais je profite en tout cas de cette accalmie pour reprendre des forces .

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Eux

Publié le par Opale

Lui d'abord, lui qui me manque en ce jour de fête des pères.

Mon papa, ancien tailleur de pierre puis petit commerçant . 86 ans quand il est mort, j'avais 7 ans et demi. Je ne sais pas si ça m'a dérangée un jour d'avoir un "vieux" papa, je n'en ai pas le souvenir en tout cas.

86 ans vous me direz "mais tu es sûre que c'est ton vrai père ? "

Non, en effet.

Il n'est pas mon père biologique, mais ça je ne l'ai su qu'après sa mort. Ma mère comptait me le dire quand je serais apte à comprendre, mais vers mes 9/10 ans, Taré 1er , ivre mort a eu la lumineuse idée de la forcer à me le dire, comme ça, d'un coup , probablement pour tenter de me remonter un peu contre elle. Pas de bol pour lui ça n'a pas marché.

Pas mon père biologique donc. Mais pour moi c'est mon père, le seul, mon papa, celui qui m'a élevée, point. Les liens du sang je m'en cogne comme de l'an 40.

L'autre, le géniteur, c'est juste un type qui avait plusieurs maîtresses "même s'il aimait sa femme" et a bien profité de ma mère qui se contentait de miettes de tendresse, vu sa vie pas simple avec il faut bien le dire une personne âgée, pour qui elle n'éprouvait que de la tendresse et de la reconnaissance.

Il lui avait demandé de l'épouser, elle avait accepté pour mettre mon frère à l'abri à l'époque, loin de sa chambre de bonne glaciale. Ne jugez pas merci, je suis la seule à en avoir éventuellement le droit.

Le jour où elle a su qu'elle était enceinte, elle l'a dit à mon papa (celui du coeur, pas le géniteur, suivez un peu ...) elle était prête pour son "honneur" à lui à accepter d'avorter, il lui a dit "tu fais ce que tu veux" , elle a sauté sur l'occasion pour me garder, n'ayant aucune envie d'avorter. Fin de l'histoire, il m'a élevée comme sa fille.

Dans mon absence de souvenirs je n'ai que de très vagues images d'une canne avec laquelle je jouais, et de son masque à oxygène qu'il portait la nuit.

Un jour en sortant de l'école, ma mère me dit qu'il est à l'hôpital, il décédera quelques jours plus tard. Je n'ai pas posé de questions, pas pleuré, pas réagi, je n'ai pas la moindre idée d'ailleurs de ce que j'ai ressenti , je ne sais même pas ce que l'on m'a dit.

Je peux juste "soupçonner" que l'on m'ait dit "il est parti pour toujours" puisque quelques temps plus tard je faisais mon petit baluchon et laissait un mot à ma mère "je suis partie pour toujours" , lui causant une belle frayeur, mais n'allant en fait pas plus loin que chez une copine.

3 mois plus tôt, la mort avait déjà frappé dans la famille.

Lui, mon grand frère, chauffeur routier est "parti" à 23 ans , un jour de décembre. Une mort idiote qui n'aurait pas dû arriver.

Au départ une simple opération pour des calculs dans les reins. Pendant l'hospitalisation, nombreux changements de sondes et il se choppe un microbe. Maladie nosocomiale on appelle ça je crois. Comme dit si bien Nicolas Canteloup "c'est le petit geste commercial de l'hôpital, pour une maladie soignée, une offerte..."

Il se mettra à cracher du sang mais ne sera pas cru, on lui dit qu'il saigne juste de la bouche. Quand il le montre pour le prouver c'est déjà trop tard, l'embolie pulmonaire monte , on le plonge dans un coma artificiel. Peu avant il a fêté ses deux ans de mariage à l'hôpital. Il n'en ressortira pas. Il meurt deux mois après son entrée.

Là non plus je ne me souviens pas de l'annonce, les seules images qui me restent sont celles de mes parents qui pleurent, de moi qui leur écris des petits mots en silence "je t'aime maman" "je t'aime papa" ne sachant que faire face à leurs larmes, de moi encore qui cachée dans un coin de la porte agite ma petite marionnette pour tenter de faire rire ma belle-soeur.

D'eux j'aimerais pouvoir vous raconter des anecdotes, vous parler de leur caractère , de mes souvenirs avec eux, mais je n'ai absolument rien de tout cela. Je ne vois même pas leur visage vivant dans ma tête. Ils n'ont qu'un visage de papier glacé, éternellement gravé sur de rares photos qui ne me rappellent strictement rien.

Cette absence de souvenirs est lourde, surtout quand d'autres souvenirs d'école sont présents pour la même époque. Le traumatisme m'a privée d'eux mais a choisi de laisser gravé ensuite chaque souvenir violent de Taré 1er arrivé peu de temps après ces deuils. Il n'y a visiblement pas beaucoup de justice dans l'inconscient.

Ils me manquent . Une fois ou deux j'ai rêvé que je les retrouvais, je leur racontais ma vie, on se parlait, j'étais adulte , je pouvais enfin leur dire "je t'aime" . Mais ce n'était qu'un rêve.

Voilà, j'avais juste besoin de vous parler d'eux.

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

La dépression

Publié le par Opale

Dimanche de Pâques.

Hier a été une journée difficile, passée au lit, mais tu t'es dit qu'allez, aujourd'hui tu parviendrais à ranger un peu, à t'occuper, voire à te faire plaisir.

Malheureusement à peine réveillée tu sens que la journée sera identique ou pire, tu sens ce néant, cette absence d'envie, de vie, de volonté.

Tu te lèves , tu prends quand même un petit déjeuner pour avaler la pilule magique censée éloigner d'ici quelques jours toutes ces idées noires . Ton petit déjeuner tu le prends sur cette table où tu n'as plus de place, où s'accumulent vaisselle, pots de yaourts et autre.

Tu pourrais jeter, laver, alors pourquoi tu ne le fais pas ? Tu ne sais même plus, tu ne peux plus.

Un petit tour sur l'ordi et tu te dis qu'allez, un petit effort et tu vas prendre ta douche, un "coup de pied au cul" devrait suffire comme disent tant de gens. Mais non, ça ne suffit pas et tu restes là, engluée dans ton incapacité . Tu te débats dans ta tête entre découragement, honte de toi, coups de pieds au cul psychiques, rien n'y fait.

Tu tournes et tournes et forcément tu penses, que tu es seule, que c'est un long week-end, que c'est de ta faute puisque de toute façon non seulement tu ne sais pas aller vers les autres mais qu'en plus tu ne donnes jamais de nouvelles.

Tu n'oublies pas ceux que tu aimes mais tu es fatiguée de leur mentir quand tu dois donner des nouvelles alors tu n'en donnes plus . Tu ne te vois pas appeler un ami pour dire que tu n'en peux plus, que mourir serait une chouette option . A quoi bon inquièter quelqu'un pour rien alors que tu n'aurais jamais le cran de passer à l'acte, toi qui as si peur de la mort, une telle peur d'ailleurs qu'elle t'empêche de vivre.

Les pensées tournent et tournent, tant pis tu vas les arrêter quelques heures, tu sais que ce n'est pas l'idéal, tu sais que c'est trop même si ce n'est pas très grave, tu prends 5 xanax de 0.25 et tu te couches .

Tu dors enfin même si tu ne tarderas pas au bout de 2 h à te réveiller, puis à somnoler une bonne partie de la journée, en ayant le temps de regretter, de te dire que franchement tu es conne d'ainsi gâcher ta journée, ta vie, de passer à côté de tout. Pourtant tu ne peux pas, vraiment, tu repenses à aller te doucher, tu ne peux pas, tu redors en te disant que vers 18h tu prendras ta douche et tu iras à l'épicerie, il faut bien manger quelque chose ce soir et tu n'as le courage de rien.

Tu te réveilles, tu jettes un oeil à ton portable et au petit oiseau bleu qui te donne des nouvelles de tous ces gens que pour beaucoup tu admires, leur métier, leur combat, leurs activités, leur lutte pour rester en vie. Et toi tu es là à ne rien faire , et tu as honte.

Tu te lèves et tu n'es toujours pas capable d'aller te doucher, de sortir juste chercher une pizza. Tu n'as pas mangé ce midi tu as un peu faim, il reste trois petites tartines tu te les fais, ça suffira et sinon tant pis pour toi.

Tu regardes dehors, le ciel s'est dégagé, la vue est belle devant chez toi comme chaque jour et pourtant tu sens une vitre infranchissable entre toi et le monde.

Tu te demandes si tout ça vient vraiment de ton passé en enfer, c'est vraiment trop facile de tout mettre sur le dos de Taré 1er , aussi fou soit-il, aussi grave soit ce qu'il t'a fait.

Il doit y avoir autre chose, quelque chose qui cloche chez toi, tu n'es pas une battante, tu es une loque que tu détestes et que tu vois agir, ou plutôt ne pas agir. Tu sais que tu es la seule capable de te rendre heureuse, de te donner le bonheur, d'améliorer ta vie, on te le répète assez, et ça te culpabilise assez aussi.

Tu le sais mais tu ne peux pas, tu es engluée, il paraît que tu es malade, dépressive, et franchement tu as du mal à y croire, tu ne vois que ton incapacité, ta nullité, tu ne vois que ce respect que tu as pour les autres qui eux avancent dans leur combat contre la maladie ou simplement pour changer de vie.

Tu vas sûrement bientôt te recoucher, en croyant que demain tu vas y arriver peut-être, mais surtout en ayant pas envie qu'il y ait un demain.

Tu les comprends . http://poemes-d-opale.over-blog.com/article-18345467.html

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Enfoiré...

Publié le par Opale

Ca y est il fait beau, la France est sous le soleil . On se réjouit tous, moi y compris , de ces premiers beaux jours après tant de grisaille.

Je me réjouis, mais je serre les dents aussi.

Le soleil, cette atmosphère des premiers beaux jours, ce début de printemps (en avance)...

L'angoisse monte, comme chaque année depuis les révélations. Sentiment de danger, sentiment de ressentir ce qu'a ressenti l'ado que j'étais, peur, impuissance, certitude que ça va arriver.

27 avril 1992...Une date que je n'ai osé demander qu'il y a 2 ou 3 ans pour enfin en avoir le coeur net .

C'est le printemps, il fait beau dehors.

Maman a préparé ses affaires, elle part quelques jours pour une opéation bénine. Rien de grave mais l'atmosphère est lourde. Je n'aime ni les séparations ni l'hôpital . Mon frère y est parti, il y est mort, papa y est parti, il y est mort aussi . On va peut-être arrêter les frais.

Le taxi klaxonne, un dernier bisou, j'accompagne maman dehors et je regarde le taxi partir.

Je rentre à l'appart' , je vais vers toi, j'ai juste besoin de réconfort, je n'aime pas savoir maman à l'hôpital.

Je vais vers toi.

Tu m'emmènes dans ta chambre...

Ce n'était ni la première ni la dernière fois, mais tu as tué une fois de plus cet espoir en moi de recevoir du réconfort, de l'affection, cet espoir que tu sois un "deuxième papa" un peu normal, juste un peu...

Enfoiré....

9 mars 2014...

Et oui j'y pense encore, et oui je ressens l'angoisse diffuse.

Et oui il faut vivre, se créer de nouveaux instants sous le soleil.

Et oui il faut réapprendre à vivre de A à Z puisque tu as tout déconstruit et piétiné.

Enfoiré....

Creative Commons License

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Retour en arrière...

Publié le par Opale

Le revoilà.

Il s'était calmé depuis un peu plus d'un an mais il revient en force.

LE regret. Puissant, destructeur, angoissant.

Et oui, à nouveau je regrette de toutes mes forces d'avoir porté plainte.

Alors ces phrases dites en toute amitié et sympathie "Mais non ne regrette pas ! " "Mais non faut pas espérer un non-lieu, tu ne vas pas baisser les bras ! " 

Et pourtant si, oh que si je regrette. Et oh que oui j'espère un non-lieu.

Ca suffit. Plus de 3 ans ça suffit. J'étouffe depuis 3 ans dans les pages de mon dossier que la justice ouvre et referme à l'envie, m'écrasant dedans au passage.

Je n'en peux plus . J'ai porté plainte pour avoir une confrontation, je l'ai eue.

Puis j'ai évolué, et j'aurais préféré peut-être que cette évolution n'arrive pas puisque j'ai finalement souhaité un procès, souhaité qu'il soit puni.

J'ai oublié bien trop vite ce que je dis depuis toujours et qu'on ne croyait pas : il s'en fout, il est inatteignable, il ne craint pas d'aller en prison , il se fout de ce qu'il m'a fait, il se fout des conséquences que ça peut avoir dans sa propre vie.

Je le savais, tout comme je savais qu'en garde à vue il n'en aurait strictement rien à faire de sa situation et d'être auditionné par un flic .

Le savoir et le constater sont deux choses différentes.

La violence du constat a été inouïe une première fois lors de la confrontation, lorsque je l'ai vu tellement imbu de lui même, tellement indifférent à la situation de garde à vue. Lorqu'on entend son agresseur dire qu'il ne se souvient pas, reprendre le flic sur des conneries avec son air supérieur, répondre " oh tous les jours ça m'étonnerait je ne suis pas de nature gourmande à la base " , lorsqu'à la fin de la confrontation on l'entend ajouter que s'il se rappelle de quelque chose il contactera le flic, qu'il n'a qu'à lui donner ses coordonnées , je peux vous dire qu'on est KO. J'ai été sonnée par son indifférence.

Le 2ème round est arrivé il y a peu en apprenant qu'il ne cherchait pas à joindre son avocate et n'était pas joignable malgré le fait qu'il ait reçu comme moi son ordonnance de mise en accusation devant les assises.

Reprise du 2ème round. Nouveau KO... L'observer, l'imaginer, savoir qu'il continue sa vie comme si de rien n'était, se ballade, s'en fout.

Il se souvient sûrement bien sûr mais peu lui importe. Il a joué, il s'est amusé, le jouet c'était mon corps, le jouet a porté plainte et alors ? Il risque la prison et alors ? Peu importe.

Je n'en peux plus. Je réalise qu'il y a toujours en moi cette partie qui voudrait l'atteindre, qui voudrait le voir "humain" . Cela n'arrivera jamais, et un procès ne fera que me montrer encore pendant deux longues journées à quel point tout cela est bien loin pour lui, à quel point tout cela n'est qu'une partie de sa vie, 6 années de son quotidien où son activité favorite a été de poser ses mains sur mon corps et de me faire croire que j'en étais coupable.

Ces 6 années sont terminées, fin de l'histoire.

Il n'aura que faire d'un procès, d'une peine éventuelle, c'est une évidence quand on voit encore son absence totale d'intérêt pour son propre dossier et son avenir carcéral ou non.

Alors ça suffit. Je ne veux pas que la cour d'appel confirme les Assises. Je ne veux pas rester encore au moins deux ans avec cette épée de Damoclés au dessus de la tête.

Vous me direz que pendant deux ans je pourrai vivre, faire des choses, oui bien sûr, mais avec cette terreur en filigrane, cette attente d'une date, cette attente d'à nouveau le revoir, à nouveau le subir deux jours durant, à le voir s'en foutre, à l'entendre ironiser, à entendre son avocate tenter de me démonter et à entendre les experts mettre à nu ma vie et la sienne.

Je ne veux plus ça suffit.

Je ne veux plus et l'angoisse me dévore car je ne peux décider de rien. La machine est lancée, le rouleau-compresseur de la justice ne s'arrête jamais.

Je suis usée, fatiguée, terrifiée.

Je regrette oui, c'est bien trop dur de porter plainte et d'en assumer les suites, bien trop lourd, bien trop épuisant.

Non ce n'est pas baisser les bras que de souhaiter un non-lieu . C'est tenter de récupérer une vie, tenter d'admettre et d'accepter qu'il s'en fout et s'en foutra à tout jamais.

C'est tenter de se relever après avoir été mise KO . C'est tenter de ne pas oublier que si pour lui je n'étais qu'un jouet , je n'en suis pas un . C'est tenter d'apaiser la petite fille en moi qui aurait tant voulu être aimée de lui, mais pas ainsi. C'est tenter de le laisser vivre sa vie sans qu'elle ait d'incidence sur la mienne.

Je regrette oui, je n'en peux plus.

Je veux un non-lieu

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

1 2 3 4 5 6 > >>