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Deux ans. Fin du blog.

Publié le par Opale

10 juillet 2017. Deux ans . Il est temps de tenter de calmer les dates anniversaire. Il est temps de mettre fin à ce blog . Il va continuer d’exister sur les eaux infinies du Dieu Google, et s’il n’aide même qu’une seule personne je serai ravie.

Deux ans , parce que même si le procès a eu lieu les 25 et 26 juin 2015 , la procédure s’est réellement terminée pour moi quand j’ai su qu’il ne ferait pas appel. Un condamné aux Assises a 10 jours ouvrables pour faire appel, j’ai donc vécu les 14 plus longs et plus angoissants jours de ma vie , puisque si l’accusé fait appel, on recommence le procès environ deux ans plus tard . Par bonheur ça s’est arrêté là.

 

Ce 10 juillet 2015 tous ceux ou presque qui m’avaient soutenue de près ou de loin n’avaient qu’un mot à la bouche « tu vas revivre  , tu vas tourner la page , tu vas construire ta vie » Deux ans après ( déjà deux ans , seulement deux ans…) , je ne pense pas que ce soit le cas.

Je suis sortie de là groggy comme un boxeur, j'ai enchaîné les cauchemars où je m’excusais auprès de lui de n’avoir pas pu faire autrement puis les cauchemars où il revenait chercher des affaires alors qu’il aurait dû être en prison. Mon cerveau et mon corps n’avaient pas encore intégré qu’il n’y avait plus d’attente , après 4 ans 5 mois et 14 jours à attendre depuis le jour de mon dépôt de plainte.

Pourtant je me surprenais à penser à 2016 , à me dire qu’enfin 2016 serait une année sans procédure et que rien que ça ce serait formidable. J’allais souffler , retrouver un peu d’insouciance malgré tous ces bleus et ces fractures invisibles laissés par cette procédure et ce procès.

Et puis…et puis…13 novembre 2015. Que viennent faire les attentats là-dedans me direz-vous ? J'y viens . 13 novembre donc , l’apocalypse, les infos en boucle et surtout sur Twitter le hashtag #PorteOuverte mis en place par des tas d’anonymes , spontanément, pour recueillir ceux qui parvenaient à fuir. Les tweets d’appel au secours et le lendemain les tweets de recherche et d’annonce de mort.

4 mois et demi après le procès, un évènement que ni moi ni personne n’aurions imaginé. Comme tout le monde, tant bien que mal , j’ai repris mon quotidien n’étant ni victime ni famille ou proche de victimes.

 

Et puis…et puis…la peur tout de même déjà de se rendre à Paris. Bon.

Et puis et puis…reprise du travail…et le 22 mars 2016 , angoisses intenses à l’idée d’y aller juste parce qu’il fallait participer à une réunion. Dépassée, figée, je ne pars pas et m’abrutis de médicaments. Je ne dors pas et traîne sur internet. Ca y est , l’insouciance vient vraiment de me quitter, moi qui pensais qu’elle m’avait quittée dans l’enfance. Attentat à Bruxelles. Toujours pas victime, toujours pas proche de victime et pourtant à partir de ce jour et pendant quasi 1 an je vais me sentir morte, vraiment morte, plus aucune envie, du vide . Une hospitalisation tentera bien de remettre un peu de lumière sur mon âme mais en vain, je suis morte je le sens et c’est absolument effrayant. Même aller voir ma maman de cœur est un effort, j’angoisse pour tout je m’épuise pour tout j’ai peur de tout, je suis morte.

Je me dis bien que ce n’est pas logique tout de même de réagir si fort aux attentats , certes il y a aussi la date anniversaire de ce qui aurait dû être le procès (mars 2015) mais quand même.

Pourtant en  moi je sais, je sens le pourquoi de ma terreur , car ils ont réussi avec moi les terroristes ; oui je suis terrorisée par ces hommes qui se foutent de tout et n’ont pas peur de mourir, ces hommes semblant fous et dans un autre monde. Je vois bien que je fais complètement le parallèle entre eux et Taré 1er .

Je dis à ma psy « j’ai l’impression qu’ils sont comme lui » et elle qui donne si rarement son avis me répond « ce n’est pas qu’une impression ».

 

Je me retrouve morte et perdue, à me dire très égoïstement que merde je voulais souffler, profiter après ces presque 5 ans et voilà que ces types sèment la terreur dans le monde et dans ma tête. Voilà que même sans procès, plus jamais il n'y aura d'insouciance.

Je suis loin, très loin de la renaissance qu’espéraient ceux qui m’ont soutenue. Ca dure, ça dure , ce vide , cette mort, les anti-dépresseurs impuissants. Et soudain dans les premiers jours de mars 2017 le sentiment de mort disparaît comme il est venu. Effet de la date anniversaire à nouveau ? Je n’en sais rien mais je prends ce répit même si ce n’est pas vivre que de ne simplement pas se sentir morte.

 

Depuis la lutte a repris, tenter de manger autre chose que des plats tout prêts ( échec...), me faire aider pour ce taudis qu’était devenu mon appartement pendant un an , retenter de travailler et ne pas y parvenir , chercher un sens à la vie là où je n’en vois aucun , là où pour moi « il faut profiter puisqu’on va mourir » est un non-sens et que je me demande encore pourquoi on ne cesse pas ce jeu cruel de suite.

Chercher malgré tout des moments de mieux , y arriver si rarement que le sentiment de fierté n’existe plus. Puis accepter , accepter que lui l’homme-bourreau soit en prison depuis deux ans et 3 mois et que je ne m’y fais toujours pas . Les conditions de vie, le fait que rien n’améliorera son état, le lien d’illusion que la petite fille en moi entretient encore avec lui , tout ça est épuisant et inexplicable ou tout au moins plus que difficile à faire comprendre à quelqu’un d’autre qu’un professionnel.

 

Deux ans. J’en suis là, rien de glorieux donc. Pas vraiment de regret non plus , probablement qu’il fallait que je porte plainte puisque je l’ai fait, mais le prix à payer est cher, très cher , malgré les belles personnes rencontrées.

J’en suis là et si quelqu’un veut porter plainte je ne le découragerai pas , je serai juste à ses côtés , je lui conseillerai simplement d’être bien suivi psychologiquement et de ne pas trop croire d’emblée au « tu verras il va être puni » . Nous ne sommes pas si nombreux à voir notre agresseur passer par la case prison il ne faut pas l’oublier.

 

Deux ans , je vis au jour le jour , la suite on verra bien, l’espoir on verra bien, c’est une notion inconnue. Je sais juste que je suis encore là , que ça m’enchante ou non . Et que je suis allée au bout de cette procédure, que surtout il a su que j’avais parlé , que ce n’était plus notre secret , c’est à ça que devait servir la plainte à mes yeux , à ça et à avoir une confrontation , que j’ai eu bien avant le procès, dont j’avais besoin mais qui est comme une immense marque au fer rouge sur mon âme et dans ma tête tant ce fut violent moralement.

 

Un jour peut-être un livre naîtra de tout cela et de mes « poèmes », un jour peut-être je témoignerai dans les établissements scolaires ou auprès de professionnels. Un jour peut-être…

 

Pour le moment je clos ce blog , un autre ouvrira ou non sur le quotidien, la vie, les passions pourquoi pas. Mais ici c’est fini. Porter plainte et après ? Je n’ai pas la réponse…pas encore.

 

 

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Et le procès eut lieu...Plaidoiries.

Publié le par Opale

Voilà , c’est à elle , elle va plaider, elle va me défendre et c’est déjà un si grand symbole par rapport au passé. En plus elle va le faire malgré la douleur, malgré le fauteuil roulant dans lequel l’ont clouée pour un moment de vilaines fractures tibia/péroné. Pas de report, pas de remplaçant, elle a voulu être là pour moi et ça me bouleverse tellement , elle met toutes ses tripes dans mon affaire.

Elle arrive donc vers les jurés, en fauteuil et j’imagine que plaider assis est la pire chose pour un avocat. Moi , grâce à ses mots je la vois debout , forte, précise, parfaite. Il y a une si longue histoire derrière nous, tant de mal à s’apprivoiser mais depuis que c’est fait le lien est fort.

Je me souviens que longtemps avant le procès , quand nous avions parlé des plaidoiries elle m’avait dit « un de mes buts sera aussi de vous faire craquer, pas pour faire pleurer dans les chaumières, mais pour que vous puissiez enfin lâcher ce que vous contenez. » A l’époque cela m’avait fait peur, moi qui n’était pas très copine avec mes émotions.

La voilà donc face à eux et bien sûr deux ans après ma mémoire est floue, mais mon cœur se souvient, je me souviens de sa conviction, je me souviens des moments où elle s’est adressée à moi , pour me dire que tout ça ce n’était pas ma sexualité, mais aussi pour me dire qu’elle souhaitait garder le contact avec moi . Je me souviens l’impossibilité de fuir mes émotions , elle a dit tant de fois mon prénom qu’il était impossible de tenter de m’échapper. Elle était dans ma tête , disant parfois « je » comme si elle faisait parler la petite fille de 12 ans.

Je n’avais aucune idée de ce que les jurés pensaient , mais moi j’étais emportée par ce tsunami d’émotions, ses mots qui expliquaient les conséquences d’un viol , ses mots qui revenaient sur mon enfance , ses mots qui me rappelaient le chemin parcouru ensemble , ses mots qui me rappelaient que je n’étais plus seule. La veille d’ailleurs un sms de sa part disait « on se bat ensemble demain ok ? ».

Mon avocate me défendait , je ne risquais rien à ses côtés et c’est je crois l’une des choses les plus réparatrices de ce procès . Elle parlait, parlait, parlait , ça faisait du bien et du mal à la fois . Elle s’adressait aux jurés leur demandant de regarder la photo de moi à 12 ans . Grâce aux articles de journaux j’ai quelques phrases entières en mémoire « Elle est reconnue travailleur handicapé. Souvenez-vous de la petite fille de 12 ans : elle voulait juste être heureuse en famille , puis devenir institutrice, avoir un mari, élever des enfants. Aujourd’hui elle est incapable de tout ça, parce que le viol , c’est un meurtre psychologique…On tue l’âme. Mais il ne lui manque plus grand-chose . Elle va renaître. Elle a juste besoin de vous. »

Je me souviens de ça. Je me souviens aussi qu’elle a parlé de mon père que j’ai perdu si jeune, du vide affectif et de comment Taré 1er en a profité. Je me souviens avec émotion quand me regardant et regardant D. elle a dit « mais vous l’avez votre papa, Opale, il est là. » D .tentait de retenir ses larmes, lui et moi nous savions depuis longtemps que je le considérais comme un papa de cœur, mais il faisait toujours mine de ne pas vouloir officialiser ce terme. Depuis ce jour je peux le charrier et lui rappeler que c’est la loi qui a décidé !

Elle a dit tant de choses encore , qui échappent à ma mémoire mais qui sont gravées dans mon cœur . Elle avait tout compris, tout ce que j’étais , tout ce que je ressentais. Je lui avais offert ma confiance et elle l’avait sublimée.

Elle est retournée à sa place, près de moi, je pleurais et n’avais aucun mot assez fort pour dire merci. Je pensais alors que sa demande de garder le contact n’était « que pour la plaidoirie » mais c’était mal la connaître, elle le voulait vraiment, je le lui ai demandé pour m’en assurer et j’en ai été profondément touchée.

Je n’aurais pas pu avoir meilleure avocate et je remercie encore Maître Mô de me l’avoir conseillée. Dans des circonstances si terribles c’est une belle rencontre humaine.

L’avocat général lui a plaidé avant ou après , je ne sais plus, enfin plutôt il a fait ses réquisitions et a demandé de 6 à 8 ans de prison contre Taré 1er. Il a dit clairement qu’il me croyait. Il a noté le fait que j’avais toujours été constante dans mes déclarations. Il a traité Taré 1er de parasite et de je ne sais plus quoi encore (dommage, j’aimerais m’en souvenir ! ) Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il demande autant de prison mais j’ai surtout été touchée d’être crue , réellement crue alors que lui n’était pas là pour me défendre ni pour défendre Taré 1er.

Puis il y a eu pour finir les plaidoiries de Pipo et Mario . Je n’y ai presque pas assisté car très vite, à les entendre tenter de faire valoir leur argumentation je me suis dit que forcément on allait perdre, forcément je n’avais pas de preuves, forcément il n’y avait pas d’aveu. Je suis sortie de la salle et quand je suis revenue la scène était assez surréaliste, l’un de ses deux avocats répétant à Taré 1er « Vous qui avez été enfant de chœur, jurez-moi que vous n’avez jamais violé cette jeune femme » . Intérieurement j’entendais « Marie-Thérèse ne jurez pas » , extérieurement j’avais l’impression que son avocat était limite en train d’essayer de le faire avouer (il n'a obtenu aucun "je le jure" ) , tandis que le deuxième à un moment lui disait « pour une fois répondez à une question par oui ou par non, avez-vous violé cette jeune femme ? » . Du bout des lèvres il a dit non après 5 ans de « je ne me souviens pas je sais pas c’est pas le genre de la maison ».

Grâce aux articles de journaux toujours j’ai su qu’un des avocats avait tenté de démontrer qu’on ne pouvait pas le condamner comme ça, sans preuve sans rien, même si j’étais « constante et mesurée » comme l’avait dit l’avocat général. Je ne me souviens de rien de plus, c’était la fin et il était temps de partir prendre l’air en attendant le verdict vers 18h30.

A 18h30 nous nous sommes installés , mon avocate m’avait expliqué qu’il fallait un oui à la première question , tous les trois, elle , moi et mon papa de cœur retenions notre souffle et nous tenions la main. Verdict : coupable et condamné à 5 ans de prison ferme. Je demandais alors à mon avocate pourquoi ils ne disaient pas combien de sursis, mais en fait il n’y avait pas de sursis. J’étais totalement sonnée, incapable de me réjouir malgré cette fin car il fallait attendre encore dix jours ouvrés pour savoir s’il ferait appel, ce qu’heureusement il n’a pas fait.

Voilà comme se sont terminés ces deux jours du 25 et 26 juin 2015

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Et le procès eut lieu...C'est son tour.

Publié le par Opale

Il est là à la barre, et mon souvenir est lointain. Je tente de boucler le récit de ce procès, pour moi, pour d’autres , mais la violence de ces deux jours et le temps qui passe floutent ma mémoire.

Il est là et derrière lui se tiennent trois policiers, je pense qu’on sait tous qu’il ne va pas fuir en courant mais c’est ainsi, il a été présenté déjà incarcéré suite à son absence à la première audience, la prudence est donc de mise.

Il est là, toujours si indifférent, prêt à faire son numéro, pas intimidé le moins du monde à cet instant où le temps qui passe l’amène de plus en plus vers une possible peine de prison.

C’est flou , je ne sais plus exactement qui lui pose quelle question , je me souviens qu’il maintient toujours ne pas savoir , avoir oublié, ne pas se souvenir. Je me souviens de la Présidente qui lui dit à un moment « mais enfin quand on arrive dans une maison où il y a une enfant de 8 ans, on s’attache, des liens se créent non ? » , je me souviens mon cœur déchiré par le vide qui s’en suit.

Les questions défilent, ses réponses sont encore et toujours floues, sa vie est disséquée tant bien que mal jusque dans sa sexualité et j’ai un fou rire nerveux quand à la question « vous avez déclaré tel jour avoir eu votre première relation à 18 ans, tel autre à 21 ans, finalement c’était à quel âge ? » il répond « ça dépend » . Tellement saugrenu, tellement fou, tellement lui…

Il y a ce moment surréaliste où mon avocate l’interroge , se tenant debout à la table, elle qui était en fauteuil roulant à cause de ses fractures. Elle pointe tout ce qui cloche , ne le ménage surtout pas. (et ça fait du bien ! ) .

A un moment , elle lui dit qu’elle n’a pas entendu sa réponse , il rétorque « comme ça on va monter un club » , référence au fait qu’il a apparemment des problèmes d’audition. Ses réponses n’ont de sens que pour lui et surtout sont rarement franches , mon avocate lui demande alors s’il ne peut pas pour une fois répondre par oui ou par non , et là devant les policiers ayant bien du mal à garder leur sérieux (et comme je les comprends ! ) il lui répond « non, je vais vous expliquer pourquoi . Quand je marche dans la rue je fais attention aux bouches d’égoût , car j’ai un ami qui est tombé dedans. Mais parfois j’oublie donc je n’y fais pas attention. On ne peut donc pas répondre par oui ou par non » .

A ce moment là je crois que je suis à la fois sidérée, « amusée » et en larmes, tout est si fou, tout est si lui, tout est si semblable à ce monde dans lequel j’ai grandi .

Je ne me souviens pas des questions suivantes mais je me souviens de mon avocate qui, le regardant droit dans les yeux lui dit « bien, on va continuer à jouer Monsieur puisque vous voulez jouer » . Lui qui méprise tout le monde et encore plus les femmes se fait remettre en place par une femme . Pendant presque tout le procès, il avait été plutôt éteint et indifférent , mais à la fin de l’interrogatoire de mon avocate j'ai retrouvé celui que je connaissais, j’ai reconnu dans ses yeux ce regard froid, glacial, à ce moment précis je sais qu’il aurait aimé pouvoir la rabaisser, qu’il la détestait et la méprisait de toutes ses forces. Mais cette fois, c’était elle la plus forte.

Cet article sera court finalement , les souvenirs m’échappent mais la violence des émotions est toujours aussi vive . Voir sa folie, son je m’en foutisme, son ironie et lire la consternation dans les yeux de tous, tout en réalisant que je me suis bâtie là-dessus, c’était insupportable ...et ça l’est encore beaucoup.

 
 

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Et le procès eut lieu... Mon audition .

Publié le par Opale

26 juin 2015 , 9 heures , le moment terrifiant que j’attends et redoute depuis que je sais qu’il y aura procès est arrivé, je vais passer à la barre , je vais devoir dire, détailler, entendre ces questions horribles et y répondre. Je tente de ne pas oublier ce que je sais, c'est-à-dire que ces questions parfois culpabilisantes sont posées entre autre parce que les jurés ont eux ces a priori sur le viol et que cela doit être posé pour qu’ils comprennent. Ca ne veut pas forcément dire que l’on ne croit pas la victime, mais ça reste horrible.

Il va falloir parler et en plus de cela il y a un micro , pas question d’espérer ne pas être entendue.

Dans la salle il y a mon avocate et sa jeune stagiaire, il y a D. qui me soutient, il y a pêle-mêle les 9 jurés, les 3 étudiants en droit (élèves avocats je crois ) , la Présidente, ses deux assesseurs, la greffière, l’avocat général, Pipo et Mario les avocats de Taré 1er , le journaliste qui suit le procès, les flics qui entourent Taré 1er et l’expert psychiatre présent pour parler de mon expertise. Pas de « public » je crois ou peut-être juste un juré non tiré au sort qui est resté mais je n’en suis pas sûre.

La Présidente m’appelle, mon avocate m’accompagne, ou plutôt j’accompagne mon avocate pour qu’elle m’accompagne, puisque je dois pousser son fauteuil roulant jusqu’à la barre . On commence fort mais au moins cela nous fait sourire.

 

La Présidente va d’abord attendre un récit « spontané » des faits, je tente d’être claire, je voudrais être loin, très très loin plutôt que de raconter ces horreurs, je raconte, les mots sales me font peur, j’entends mon avocate qui me murmure « allez » pour m’encourager, je continue en espérant en dire assez , en espérant ne pas avoir trop de questions, en craignant d’avance ces questions.

Ces questions aujourd’hui, elles sont en vrac dans ma tête…douloureuses, sales, nécessaires pourtant. Je les pose aussi en vrac.

-Qu’est-ce qui dit que vous n’avez pas menti ?

-Mais enfin mademoiselle, aller sur ses genoux, c’est de la provocation !

- 1 doigt , ou deux ou trois ? Quelle main ? Il bougeait son doigt ?

-Pourquoi les viols se seraient arrêtés d’un coup pour ne continuer qu’avec des attouchements ?

-Quand il touchait ça faisait du mal ou du bien ?

-Mais vous avez quel diplôme ? On ne parle pas à la fac pour savoir ce qu’est une agression ?

 

Bien sûr dit ainsi, quelqu’un d’extérieur peut penser que c’est inhumain et surtout cruel de poser des questions qui peuvent être culpabilisantes. Pourtant j’ai senti, pendant, et compris, après, qu’il n’y a pas le choix. Si des questions parfois « brut de décoffrage » ne sont pas posées, les jurés qui eux je le rappelle sont des gens tirés au sort sur la liste électorale à la base, et qui n’y connaissent rien et n’ont souvent que les a priori que toutes les victimes ont déjà entendu sur le viol , garderont ces questions dans leur tête sans réponse, ce qui peut les faire minimiser les choses et donc ne pas réaliser ce que ce crime implique.

Toujours est-il bien sûr que ces questions sont horribles à entendre, j’ai craqué sur la plus « technique » tout en me demandant si ma réponse était la bonne , en ayant peur de mentir, de ne plus savoir, j’ai choisi la spontanéité et de répondre ce qui me semblait vrai en ajoutant que je n’en étais pas sûre . (main droite ou main gauche franchement, aucune idée ….)

 

Pour le reste j’ai fait de mon mieux , en répondant que moi je disais que je n’ai pas menti, que je sais que rien ne peut le prouver. Que oui même avec mes diplômes je ne savais pas que j’avais été agressée, je l’ai su quand l’association SOS INCESTE me l’a dit clairement. Jusque là j’étais pour moi quelqu’un qui avait commis d’énormes « erreurs de jeunesse » , une ex salope d’ado. J’ai cru que j’allais défaillir quand il a fallu répondre à « ça faisait du bien ou du mal ? » . Cette infernale question c’est celle que je craignais plus que tout au monde, je n’avais pas dit dans mes dépositions ce que mon corps avait été forcé de ressentir, ce putain de « plaisir subi » . Ce n’était pas un fait après tout, mais plus tard j’ai dû en parler à mon avocate pour préparer une éventuelle réponse et sans mentir, tout en sachant que j’étais incapable d’expliquer ça, et surtout que des jurés n’y connaissant rien ne pouvaient pas intégrer en deux minutes l’horreur de ce qui arrive à une personne dont le corps réagit contre son gré (et je rappelle que c'est fréquent notamment lors d'attouchements sans violence physique) . Il était peu probable qu’on me pose la question mais c’est venu, j’ai répondu, en espérant très fort que ça suffise « ça ne faisait pas mal » . Ca a suffi. Je pense même que la Présidente a compris ce qui se cachait derrière cette réponse, et heureusement elle n’a pas cherché à développer.

Je ne savais pas non plus pourquoi les viols n’avaient duré « que » 6 mois à 1 an environ , pour laisser place uniquement à des attouchements. Je savais que ce n’était pas du tout dans la logique d’un agresseur « standard » , ça avait beaucoup surpris la juge d'instruction , mais c’était dans celle de Taré 1er . Viol = pas de sensations pour moi alors il a peut-être pensé que je risquais plus d’en parler , beaucoup plus que de ce corps réagissant aux attouchements. Je ne savais pas, mais ce que je savais c’est que je ne voulais pas en rajouter, je voulais m’en tenir à la stricte vérité, si j’avais voulu j’aurais pu dire que les viols avaient duré 6 ans, mais non, et je pense que ça a forcément été un point important dans ma crédibilité.

 

Un moment a été assez surréaliste, dans le bon sens, quand la Présidente m’a demandé pourquoi je n’aurais pas rajouté ces viols pour que ce ne soit pas prescrit. Or, depuis que je pensais à porter plainte je m’étais beaucoup renseignée sur les lois et il s’avérait d’après ce que j’avais compris, ce que l’asso avait compris, ce que D. avait compris, qu’une partie des attouchements n’étaient pas prescrits. Pourtant, on me disait l’inverse, notamment à l’asso d’aide aux victimes de l’INAVEM où la juriste m’avait soutenu que tout, même les viols, était prescrit. Par chance j’étais sûre de moi. J’ai expliqué tout cela à la Présidente, mes recherches, ce que j’en avais conclu, ce que l’on me disait depuis le début . J'ai vu alors la Présidente regarder des papiers, me regarder droit dans les yeux et me dire « vous avez raison mademoiselle, une partie des agressions sexuelles n’est pas prescrite » (les viols on le savait ne l’étaient pas puisqu’on était aux Assises pour ça ). Grand silence, j’étais surprise et en même temps j’ai vraiment senti que là j’étais prise très au sérieux .

 

Je ne me souviens plus à quel moment il a fallu « laisser la place » à l’expert psychiatre qui était présent pour parler de mon expertise et qui n’avait pas le temps d’attendre la fin de mon passage à la barre. Il est donc passé et je ne sais plus vraiment ce qu’il a dit , j’ai bien sûr le contenu de l’expertise chez moi sur papier, mais ce qu’il a dit ce jour-là m’échappe, je pense qu’il a confirmé ses écrits qui disaient que je ne présentais pas de traits mythomanes, psychotiques et autre, que les symptômes dont je souffrais pouvaient être expliqués par des abus sexuels si les faits étaient avérés (puisque ce n’est pas son rôle de dire si oui ou non j’en ai subis ) . Je ne me souviens de rien de plus. Il est parti et il a fallu retourner à la barre, pour avoir cette fois les questions de Pipo et Mario puis celles de mon avocate.

Pipo et Mario n’ont pas été très surprenants dans leurs questions, il m’a été demandé ce que j’avais d’autre à part mes déclarations (rien …) , combien de fois les viols avaient eu lieu EXACTEMENT parce que , je cite « ça marque un viol » . Il m’a été demandé si j’avais lu le livre « j’ai menti » et un autre livre (que je ne connais pas mais a priori dans la même veine) . Je me surprenais à répondre sans trop de peur, sachant d’avance qu’ils étaient là pour tenter de faire faiblir ma parole , alors je suis restée toujours spontanée, en me retenant toutefois de leur faire un mini cours sur la mémoire traumatique et l’amnésie, histoire de ne pas passer pour la fille qui s’est trop renseignée, vu que déjà ils m’ont fait remarquer que je m’étais beaucoup renseignée sur la prescription .

Le fameux livre oui j’en avais entendu parler, non je ne l’avais pas lu et de toute façon je n’avais pas menti, même si en effet je n’avais que mes déclarations pour le dire. Au final je m’attendais à pire de leur part, mais la Présidente avait posé les questions les plus précises et douloureuses, ils n’avaient pas à le refaire.

Je n’avais aucune idée de ce que mon avocate allait me poser comme questions , on n’en avait pas parlé , le but étant de rester naturelle, ce qui à moi me faisais peur, mais qui à ses yeux et elle avait raison était le moyen le plus sûr de me montrer telle que j’étais, avec mes certitudes et ma souffrance. Elle ne m’a posé qu’une question « quelle était sa phrase préférée ? » , j’ai répondu « la vengeance est un plat qui se mange froid et moi je le préfère avec des glaçons » . Ce n’est pas ce qu’elle attendait et j’ai eu un instant de panique en me disant que j’avais mal répondu, que je n'étais pas crédible etc etc, alors elle a débuté la phrase et j’ai compris à laquelle elle faisait référence « je suis capable du meilleur comme du pire , mais dans le pire je suis le meilleur » . Glacial. Silence. Sa seule question aura tout dit au fond.

La Présidente m’a ensuite demandé si j’avais quelque chose à dire à Taré 1er. Mon premier réflexe a été de demander s’il m’entendait, puisque depuis le début du procès il disait entendre très très mal , sans que l’on sache si c’était vrai. Elle s’est adressée à lui, lui a demandé, il a dit en gros que non pas trop mais que c’était pas grave, un de ses avocats l’a sermonné en disant « Monsieur, faites un effort c’est votre procès tout de même » , parce que bon ça faisait pas très très joli de ne pas vouloir écouter la victime. Je me suis tournée vers Taré 1er et je lui ai dit ce qui ressemblait fort à ce que je lui avais dit un jour à 12 ans , que s’il avait fait des efforts, on aurait pu être heureux à trois . 25 ans plus tard je rajoutais qu’il avait tout gâché . Je ne crois pas avoir dit grand chose d’autre , je le regardais mais ne trouvais pas son regard, je sentais les sanglots dans ma voix et cette petite fille en moi qui aurait tant voulu qu’il soit différent . Je ne me souviens pas avoir ressenti beaucoup de colère, je n’en ressens toujours pas vraiment , mais il paraît que j’ai parlé clairement, posément , moi qui en général ne parle vraiment pas très fort. Je lui ai dit tout de même que j'étais sûre qu'il se souvenait , et que s'il ne m'avait pas entendu c'était pas grave car de toute façon il ne faisait plus partie de ma vie . ( hélas dans mon psychisme il en fait encore trop partie ) 

La Présidente lui a demandé s’il avait entendu, et d’après sa réaction non, ou peu, mais surtout il s’en foutait. Je me suis alors surprise à dire à la Présidente « s’il n'a pas entendu je peux aller à côté de lui, je vais lui redire » . Je n’aurais jamais pensé sortir une phrase pareille avec cet aplomb ! Elle m’a répondu que non , ça irait, que je pouvais retourner à ma place et que c’est lui qui allait venir à la barre.

Je suis retournée à ma place, j’ai croisé le regard encourageant du journaliste me signifiant que j’avais assuré, j’ai vu D. en larmes , ému et fier que j'aie tenu jusqu’au bout et me sois adressée à Taré 1er. C’était passé, enfin. J’étais épuisée, j’avais mal, mais la journée n’était pas finie , il allait désormais passer à la barre.

 

A suivre…

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu...Pause pizza !

Publié le par Opale

Juste avant l’audition de ma famille, il y a eu celle du directeur d’enquête, le policier qui a suivi mon dossier, organisé garde à vue, confrontation, auditions etc… Par chance ce n’était pas le sombre connard qui avait pris mon dépôt de plainte. Ce dernier avait quitté le service et c’est lui, le directeur d’enquête qui a repris tous ses dossiers, avec tout le retard que ça impliquait , quand on sait qu’à la Brigade des mœurs de ce département ils sont seulement deux.

J’avais apprécié cet homme, il n’était ni chaleureux ni glacial, il faisait son boulot avec la neutralité nécessaire et était respectueux avec moi, contrairement à celui à qui il a succédé, c’était déjà beaucoup à mes yeux .

Ce jour-là , il vient donc relater comment s’est passée son enquête, comment se sont passées les auditions, la garde à vue, la confrontation . Il vient, forcément, témoigner des réponses aberrantes de Taré 1er tel que son « je ne sais pas » à la question « avez-vous tué quelqu’un monsieur ? » lancée à force de recevoir des « je ne sais pas » de sa part concernant ce dont il était accusé.

Il va être assez injustement attaqué je trouve, notamment sur les délais ( 16 mois entre mon dépôt de plainte et la prise en main du dossier ) , alors qu’il est arrivé quelques mois après, dans un nouveau service, pour remplacer quelqu’un qui je le rappelle refusait de poser des questions aux victimes (en tout cas à moi…) pour les aider à préciser et n’avait pris avec moi que 45 mn pour une plainte qui aurait dû prendre au moins 2 ou 3 heures.

J’ai d’ailleurs été surprise (plutôt agréablement) que le courrier que j’avais adressé au Procureur environ un an après ma plainte pour exprimer la souffrance de l’attente ait été lu au procès. Ce courrier, alors que les policiers m’avaient dit le contraire , a eu une vraie influence pour faire bouger les choses, et je me bénis d’avoir été posée et concise dans mes propos, sans agressivité.

Pipo et Mario vont avoir le don de me faire rire en interrogeant le directeur d’enquête, il faut dire qu’ils ont fait assez fort. Ils lui ont reproché deux choses . Il faut savoir que des DVD pornos ont été retrouvés chez Taré 1er , DVD où se trouvaient sur certains des jeunes filles a priori majeures (mais tout juste majeures…) , d’autres …zoophiles. Pas une seconde je ne l’imaginais en la possession de ce genre de choses , il ne semblait pas du tout du tout s’intéresser au sexe à la télévision et chez nous rien de ce genre n’existait. Cela dit, ma surprise a « surpris » ma psy, qui m’a douloureusement rappelé que chez nous, il avait ce qu’il fallait à disposition : moi.

Ces DVD , Taré 1er expliquera au gré des auditions les avoir soit achetés sur catalogue par curiosité, déclarant que si c’est vendu c’est que c’est autorisé, soit les avoir trouvés dans la rue dans un sac plastique .

Là où Pipo et Mario m’ont fait rire malgré eux, c’est en tergiversant sur la date de sortie des DVD , expliquant que c’était très différent si ces DVD dataient de mon adolescence ou s’ils dataient de quelques années. Sauf que quand j’étais adolescente…les DVD n’existaient pas ! J’ai glissé cela à l’oreille de mon avocate que ça a bien fait sourire aussi car elle n’avait pas tilté sur le moment.

L’autre reproche qui a été assez grandiose je trouve c’est « pourquoi n’avez-vous pas cherché un autre agresseur ? »

Evidemment comme a répondu ce brave homme, quand une femme de 33 ans dépose plainte et donne le nom de son agresseur, on n’a aucune raison de se dire « ça doit pas être le bon , cherchons-en un autre. » C’était donc la minute comique de cette journée…

Après cette audition devait donc venir celle de ma famille, racontée dans les articles précédents.

C’était la fin de cette première journée, longue, incroyablement intense, épuisante, douloureuse, irréelle. Je savais que le lendemain c’est moi qui passerais à la barre, et que les questions allaient être très très dures, d’autant plus qu’il était impossible de tirer quoi que ce soit de Taré 1er, il fallait donc me faire parler moi au maximum, me pousser dans mes retranchements pour que les jurés puissent se forger leur intime conviction.

Quelques mots échangés avec mon avocate et il était temps de partir se restaurer et se reposer.

Nous avons choisi D.et moi de faire une pause pizza (on y vient ! ) . Et là s’est déroulé ce moment totalement improbable qui nous fait rire dès qu’on en reparle, qui nous montre aussi à quel point une journée aux Assises est plus qu’éreintante. Il faut pour l’anecdote préciser que D. est très TRES calé en mathématiques, en informatique , et a le cerveau qui fonctionne à toute allure dans ce domaine, en plus d’être un homme formidable que j’ai la chance d’avoir comme papa de cœur.

Nous nous rendons jusqu’à la pizzeria , décidés à prendre une pizza et à la manger sur un banc au soleil histoire de prendre un peu l’air. Deux pizzas nous tentent particulièrement et on se dit qu’on goûterait bien aux deux. Un problème (si, si) se pose alors à nous : combien de pizzas nous faut-il pour pouvoir chacun manger la moitié de l’autre , pour avoir une moitié d’un goût et une moitié de l’autre. Et nous voilà à moitié hébétés et à moitié conscients de l’ampleur de notre fatigue psychique à tenter de calculer l’évidence (oui une pizza chacun suffit, je confirme…) . Au vu des capacités intellectuelles de D. , particulièrement en mathématiques, on n’a pas cessé de rire sur ces 10 bonnes minutes passées devant le menu à tenter de savoir ce qu’il nous fallait. On en ri encore , mais c’est je trouve une très bonne démonstration de l’énergie que peut prendre, dévorer même , une telle journée, y compris pour celui qui n’est qu’accompagnant.

Nous voilà enfin avec notre pizza, on sait encore la diviser en deux, tout n’est pas perdu , on la déguste et je me blottis dans ses bras sur le banc, me foutant (et lui aussi ) de ce que pourraient bien penser les passants .

Puis on rejoint nos chambres d’hôtel respectives , il fait encore très bon, il est 22h et un SMS de mon avocate m’attend :

« Demain on se bat ensemble d’accord ? »

A suivre…

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Et le procès eut lieu... (partie 3)

Publié le par Opale

Elle est là, à la barre, du haut de son mètre cinquante-huit qui se tasse à l’approche de ses 74 printemps. Elle est là où elle n’aurait jamais imaginé être un jour : devant une cour d’Assises .

Je suis là aussi et je voudrais disparaître, fuir. Depuis au moins deux ans c’est clair dans ma tête, je n’assisterai pas aux auditions de ma famille et si je dois prioriser, celle à laquelle il faudrait me tuer pour que j’y assiste , c’est celle de ma mère. Pas une seconde je n’ai imaginé que je devrais y assister. Pas une seconde la Présidente n’imagine le long travail qu’elle est en train de briser en me faisant assister à ça.

Il a fallu beaucoup, beaucoup de temps en thérapie avant de parvenir à ne plus sans cesse excuser ma mère, avant de parvenir à lui en vouloir, à lui laisser ses responsabilités tout en étant capable d’expliquer comment elle en est arrivée là. J’étais enfin parvenue à ne plus voir que sa fragilité, je lui laissais enfin sa place. Mais là c’était trop, je savais et je l’avais prévenue depuis longtemps qu’elle n’allait pas être épargnée notamment par Pipo et Mario et je me retrouvais à nouveau le cœur fendu de la voir là , prête à répondre aux questions qui allaient être tout sauf tendres.

Je ne veux pas être là, je ne veux pas entendre ce que j’ai déjà lu dans les PV d’auditions, je ne veux pas entendre parler de tout cela, encore , je ne veux pas qu’on lui demande encore comment je lui ai parlé des abus, si j’ai parlé de viol, ce qu’elle m’a demandée et pourquoi .

Elle est là, je ne me souviens pas des questions exactes qui lui ont été posées mais évidemment elle n’a pas été épargnée, bien que personne, je pense, ne doute du fait qu’elle ignorait tout de ce que je subissais.

Elle ne se cherche pas d’excuses, elle n’élude pas les questions, elle répond franchement, elle égrène tout ce qu’elle a espéré, tout ce à quoi elle a cru, ce grand n’importe quoi, ces « gros bobards de l’accusé » comme le dira le titre de l’article du journal le lendemain. Elle les énumère : oui elle l’a cru quand il disait composer pour Clayderman entre autre, oui elle l’a cru quand il disait être ami avec les flics et travailler parfois avec eux, oui elle l’a cru quand il disait qu’il pouvait faire mettre de la drogue chez elle. Ca et tant de choses , c’en est vertigineux . La Présidente s’époumone « mais enfin c’est pas des couleuvres que vous avez avalées là , c’est des baleines !! » « Oui, j’ai été conne » .

Je l’entends répondre sincèrement aux questions, je l’entends ne fuir aucune responsabilité mais dire cette phrase terrible dont elle ne se rend pas compte de l’impact sur les jurés « fallait quelqu’un pour garder le chien , puis il la faisait rire, il aimait la nature, je pensais qu’on serait heureux » .

Tout y passe dans les questions de la Présidente, de mon avocate (qui pendant une seconde pose sa main sur la mienne en me disant « je suis désolée il faut » avant d’être assez rude avec elle ) , de Pipo et Mario…Tout : son amour pour moi, comment elle a appris ce que j’ai subi, sa sexualité ou non sexualité avec lui, un viol subi vers ses 20 ans et qui à ses yeux n’a eu aucun impact sur sa vie « on a fait attention pendant 3 semaines avec mon ami pour pas avoir de maladies et voilà » . Pauvre petite maman. Ca me fend le cœur c’est plus fort que moi, ça me fend le cœur et ça met en miettes mon travail thérapeutique.

J’entends ce que j’ai déjà lu sur leur (non) sexualité, sur les propos tordus de Taré 1eret je voudrais hurler mon dégoût envers lui . Elle n’a aucune malice et n’en a jamais eu, alors elle répond, spontanément, stressée certes. Elle montre les crocs quand on fait mine de lui demander pourquoi je n’aurais pas menti « ah non, ma fille ce n’est pas une menteuse ! »

Je n’apprends rien pendant cette audition, ni sur notre vie, ni sur sa personnalité, ni sur quoi que ce soit. Je savais que je n’apprendrais rien. Moment inutile et infiniment douloureux, et d’autant plus douloureux qu’il est inutile et contre ma volonté, il reste aujourd’hui mon regret dans ce procès, mon pincement au cœur, mon « et si on m’avait pas demandé d’écouter » , mais je dois accepter que c’est ainsi.

A la fin de l’audition la Présidente lui a demandé si elle serait présente le lendemain, elle a répondu que non puisque je ne le souhaitais pas, la Présidente a insisté , beaucoup trop à mon goût, sur le rôle d’une mère. C’est le seul moment où je suis intervenue sans qu’on me le demande. Je ne me souviens pas si elle m’a entendue mais j’ai dit « c’est moi qui ne veux pas » .

Une fois cette audition terminée, je l’ai rejoint dans le hall avec ma sœur et ma nièce, pour lui dire qu’elle avait assuré, parce que c’est vrai, elle avait assuré, il en faut du courage pour dire sans broncher toutes les couleuvres que l’on a avalées, pour l’avouer devant tous ces gens qui probablement pensent « mais moi jamais je n’aurais cru à des choses pareilles. » A ce moment précis je suis fière d’elle . Bousculée par l’insistance de la Présidente, elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et me redemande si elle doit venir le lendemain, je réponds que non, surtout pas, je ne veux pas et ce n’est pas à la Présidente de décider du contraire.

J’ai peut-être oublié la moitié de cette audition , je ne sais pas, c’est peut-être mieux ainsi. Ou pas. J’en garde juste le goût très amer de mon souhait non respecté de ne pas l’entendre. Il faudra bien que je m’y fasse .

Depuis j’ai dû refaire du chemin, réapprendre à ne pas encore chercher à l’excuser, faire à nouveau la différence entre excuser et expliquer, me donner le droit de lui en vouloir, alors que son audition déborde de courage, d’amour, mais aussi d’inconséquence .

Elle était là, à la barre, du haut de son mètre 58 qui se tassait, et j’aurais voulu ne jamais l’y voir.

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Et le procès eut lieu... (partie 2)

Publié le par Opale

25 juin 2015 .

Je me souviens très peu de cette première matinée, tout est embrouillé par le stress, l’angoisse. Ce dont je me souviens c’est de retrouver des lieux horriblement familiers, des personnes aussi , que ce soit les avocats de Taré 1er ou ma géniale avocate , ou encore la présidente et l’avocat général, le journaliste suivant le procès et bien sûr D.

Cette fois je savais que je n’aurais pas à faire semblant de tenir le coup longtemps devant ma famille puisque rapidement ma mère, ma nièce et ma sœur seraient invitées à aller faire un tour dans la ville pour revenir seulement l’après-midi afin d’être auditionnées.

Tout était comme en mars, mais cette fois, enfin, nous allions aller au bout de ce procès, ce qui impliquait aussi évidemment le moment terrifiant où il faudrait passer à la barre.

Entre humour noir et bienveillance, nous nous sommes installés, D. à ma gauche, mon avocate à ma droite, vaillante dans son fauteuil roulant, et sa jeune stagiaire près d’elle.

La suite de la matinée me paraît très très floue, c’est là que j’aimerais avoir une trace écrite de tout ce qui s’est dit. Je sais que Taré 1er a été interrogé , c’était le moment où il fallait tenter de présenter sa personnalité aux jurés et la Présidente tentait donc d’obtenir des réponses d’un Taré 1er version mollusque (il n’était vraiment pas très réactif ) et sourd (il semblerait , sauf si c’était du bluff, qu’il n’entende quasi plus d’une oreille ). Tout un programme . Je pense que déjà l’étrangeté du personnage apparaissait mais on était extrêmement loin de la suite , des propos qu’il aurait le lendemain notamment à la barre.

En tout cas il me semblait vieux, de plus en plus vieux. Je tentais en vain d’accrocher son regard, mais il était impossible de voir s’il me regardait . Je pense qu’il ne me faisait plus peur, plus vraiment, mais j’avais mal, très mal de le voir tel que je l’ai toujours connu : inatteignable.

Tant et tant de fois on a eu du mal à me croire quand je disais qu’il s’en foutait de tout, de vivre, de mourir, d’aller en prison. Je pense que ceux qui ont assisté à ses auditions ont pu pleinement prendre conscience de cette réalité folle. Je le savais je ne pourrais pas l’atteindre et pourtant la petite fille en moi le voulait encore désespérément.

Sa folie, son caractère étrange est sûrement apparu relativement rapidement aux jurés, notamment quand la raison officielle de son absence au premier jour du procès de mars a été évoquée. Cette raison était , je le rappelle que sortant de chez son avocat qui lui avait conseillé de mieux se vêtir pour le procès ( au vu de son hygiène déplorable notamment) , il serait allé s’acheter des vêtements, et aurait eu une « absence » , ne sachant plus comment rentrer chez lui . Personne n’y a cru je pense même si le contraire était improuvable, ou qu’en tout cas le but n’était pas de le prouver.

Ce moment de la matinée reste donc assez flou pour moi, ainsi que la suite, à savoir l’audition des deux experts psychiatres et des deux experts psychologues qui l’ont examiné.

Au-delà de la question de savoir si, au cas où les faits seraient avérés , il serait responsable de ses actes, question rapidement conclue par un oui massif, il y avait tout un « mystère » autour de sa mémoire. En effet tout au long des cinq ans de procédure il n’a cessé de déclarer qu’il ne se souvenait de rien , qu’il avait de toute façon des pertes de mémoire suite à un soi-disant accident de scooter dont je n’ai plus jamais entendu parler après le premier procès-verbal de garde à vue.

Il ne se souvenait de rien donc et disait en substance qu’il ne voyait pas pourquoi je mentirais, mais qu’il n’allait « quand même pas dire des choses dont il ne se souvenait pas » . Il a avec une poésie certaine ajouté lors de la première confrontation que « des abus quotidiens ce serait surprenant, n’étant pas de nature gourmande à la base » . Oui c’est ça la grande classe. Et dans sa grande mansuétude il a demandé au policier en fin de confrontation, avant de rejoindre sa cellule de garde à vue « si jamais je me souviens de quelque chose, je vous rappelle ? » . Ouais, autour d’un thé tiens…

Lors de sa garde à vue d’ailleurs, à force de répéter qu’il ne se souvenait pas, la question lui a été posée de savoir s’il avait tué quelqu’un. Réponse « je ne sais pas » . J’admire la patience du policier qui a fait ces différentes auditions.

Les différents experts devaient donc se prononcer sur la réalité de ses troubles de la mémoire, et les avis divergeaient un peu, d’où les demandes de contre-expertise. Pour les uns, les troubles étaient possibles, notamment suite à des années d’alcoolisation massive, pour d’autres ces troubles étaient factices et servaient une personnalité manipulatrice et quasi psychotique (mais pas vraiment, tout est dans la nuance ! )

Autant dire que quatre experts qui s’expriment à la suite, avec le vocabulaire adéquat, les questions des avocats, de la Présidente et autre, j’ai été totalement saturée d’informations et je ne me souviens que de peu de choses.

Je sais en tout cas que Pipo et Mario (les avocats de Taré 1er) faisaient tout leur possible pour faire dire aux experts si OUI OU NON il avait commis ces actes sur moi. Cela n’étant absolument pas leur rôle, aucun ne s’est laissé faire et ils se sont contentés de faire ce qu’ils avaient à faire , répondre à des questions précises.

Même si leurs avis divergeaient un peu, au final il a été établi que si jamais Taré 1er avait des troubles de la mémoire, et au vu des divers tests et entretiens, ces troubles ne concernaient pas la mémoire à long terme (il était d’ailleurs très précis quant à son passé ) , ce qui impliquait qu’il ne pouvait avoir oublié ce qu’il m’avait fait .

Je me souviens de discussions animées entre mon avocate et ses avocats autour de phrases présentes dans les expertises et volontairement citées tronquées par Pipo et Mario, je me souviens de ce sentiment si rassurant d’être défendue et bien défendue, car mon avocate était très, très loin d’être du genre à se laisser faire . C’est une des choses qui peut aider dans un procès quand on a un bon avocat, se sentir défendue, épaulée, l’inverse donc de ce qui a existé dans l’enfance maltraitée.

Pendant qu’on écoute tout cela, les questions, les réponses, les extraits d’expertise, il est bien difficile de ne pas réagir, de ne pas intervenir, mais c’est ainsi , on ne parle que quand on nous le demande et au final dans un procès, on nous le demande peu, mis à part le passage à la barre. Pour le reste il faut laisser gérer son avocat(e) et lui transmettre éventuellement quelques remarques. Cela dit je ne sais pas vraiment si mon cerveau était en état de quoi que ce soit. J’entendais, j’absorbais, j’étais là et ailleurs à la fois, je le voyais lui sans cesse en face de moi, j’entendais parler de lui, j’entendais parler de sa « folie », et ça me déchirait régulièrement le cœur de réaliser avoir vécu dans cette folie. Je voyais bien autour de moi les personnes soit surprises soit consternées (et encore il était loin d’avoir fait son plus beau numéro ) , les policiers qui avaient du mal (et je les comprends mille fois) à ne pas rire face à des réponses parfois totalement aberrantes. Je voyais tout cela et je réalisais que moi, de mes 8 ans environ à mes 25 ans j’étais en plein dans tout cela, engluée, le cerveau dévoré à chaque seconde . Encore une fois je pensais à ma psychologue qui à maintes reprises m’avait dit que je ne m’en sortais « pas si mal » au vu de la vie dans un tel contexte et avec un tel personnage.

Après la pause déjeuner le moment était venu d’entendre ma famille. J’avais décidé depuis des mois de ne pas assister à leur audition, j’étais donc dans le hall lors de l’audition de ma sœur, puis de ma nièce. Je ne sais donc pas vraiment ce qu’elles ont déclaré, je n’ai pas demandé grand-chose à ce propos ensuite, je sais juste qu’elles ont confirmé son étrangeté, sa violence verbale envers ma mère, ses propos mythomanes, le fait qu’il n’ait à aucun moment donné un seul centime à ma mère pendant toutes ces années. Et ma personnalité, discrète, réservée, très réservée, trop peut-être, ainsi que l’immense naïveté de ma mère.

J’attendais donc dans le hall , il y a eu une pause il me semble. Dans ces moments de pause, soit je passais un petit coup de fil à ma maman de cœur, soit je discutais avec mon avocate, D. et le journaliste présent et très bienveillant.

Tout le monde est rentré, c’était au tour de ma mère d’être entendue. J’avais pour ma part pu lire les PV de son audition à la police et chez la juge d’instruction, et cela avait été suffisamment difficile pour que je ne souhaite pas réentendre tout cela (notamment des questions crues sur sa (non)sexualité avec Taré 1er) . J’attendais donc dans le hall quand D. est venu me chercher à la demande de la Présidente. Je devais venir entendre ma mère, elle pensait que c’était nécessaire. J’avais sûrement la possibilité de refuser mais je n’ai pas osé, trop impressionnée par cette Présidente, trop terrifiée par d’éventuelles conséquences. La mort dans l’âme j’y suis allée. Cela nécessite je pense un article complet.

A suivre donc…

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu... (partie 1 )

Publié le par Opale

Plus de 13 mois se sont écoulés entre le procès et cet article. Il n’était pas possible de dire, il n’était pas possible d’écrire . Pas possible non plus contrairement à mon souhait premier de noter à chaud ce qui me revenait en tête les jours suivants, j’ai essayé et c’était trop éprouvant.

Forcément 1 an après, entre l’émotion immense, la violence du moment et le temps passé, je mélangerai sûrement des choses, j’en oublierai, je confondrai peut-être le premier et le deuxième jour, mais je suppose que l’important est de toute façon ce que j’en ai retenu.

Le procès avait donc été reporté aux 25 et 26 juin 2015, ce qui avait été une épreuve insupportable à vivre . On approchait pourtant enfin de cette deuxième échéance et visiblement il était écrit que rien ne serait simple.

Après trois jours d’hospitalisation pour moi à tenter de casser la spirale d’angoisses qui me dépassait, le pire était à venir , quinze jours avant le procès, mon avocate a fait une chute et m’a annoncé son opération suite à fracture du péroné et du tibia. Sur le moment je ne m’étais pas trop inquiétée , j’avais pensé « jambe cassée, plâtre » . La réalité était bien plus grave et complexe et nous avons frôlé le report , et c’est une avocate en fauteuil roulant qui deux semaines plus tard m’accompagnait . Je ne pourrai jamais assez la remercier, malgré sa douleur, sa fatigue, malgré une interdiction des médecins de travailler, malgré l’impossibilité de mettre en route ses assurances si elle plaidait une affaire, malgré le fait d’être payée à l’aide juridictionnelle totale dans mon dossier, elle est venue , parce qu’elle a senti que je ne tiendrais jamais face à un deuxième report , parce que mon dossier lui tenait à coeur, parce que c'est elle tout simplement, et qu'elle est formidable.

Le fauteuil roulant a été loin de lui retirer de sa force et de sa détermination, assise elle a été bien plus grande que tous les intervenants debout . Plaider en fauteuil doit être une des choses les plus désagréables pour un avocat et pourtant elle dégageait déjà une telle force que je n’imagine pas ce que cela donne quand elle est debout.

Le 25 juin 2015 est donc arrivé, D. qui m’accompagnait déjà à la première audience était bien présent, lui et sa femme ayant décalé leurs vacances d’une semaine pour qu’il puisse m’accompagner. Notre organisation était la même qu’en mars, même hôtel à cinq minutes à pied du tribunal , même parking devant le tribunal, mêmes horaires de départ, nous étions rodés.

Les deux jours qui allaient suivre se passeraient selon ces horaires si mes souvenirs sont bons : le jeudi de 9h à 18h environ avec 1h de pause repas et 15 minutes de pause le matin . Le vendredi a été plus intense , pause de 30 minutes seulement pour manger, et de 5/10 minutes le matin , fin vers 16h30 et verdict vers 18h30.

Pendant ce temps tout s’enchaîne, il n’y a pas de répit , tout est intense, violent, épuisant . Des auditions des témoins en passant par les auditions des experts , de mon passage à la barre jusqu’aux plaidoiries , il est impossible de digérer quoi que ce soit sur le moment, et même en imaginant que cela serait très intense, j’étais, nous étions, très très loin de la réalité .

Le premier jour , après la nomination des jurés (100 % d'hommes, les femmes ayant été toutes récusées par la défense) , le rappel des faits, l’envoi des témoins dans une salle dédiée , il y a eu en vrac des moments où il a été entendu, l’audition de ma nièce, de ma sœur, de ma mère , celle du policier directeur d’enquête , ainsi que l’audition des quatre experts ( 2 expertises, 2 contre-expertises ) qui ont examiné Taré 1er.

A chaque audition cela se passait dans le même ordre (toujours si mes souvenirs sont bons ) , la Présidente posait ses questions, puis le procureur, puis l’avocat de la défense ( ici ils étaient deux , nous les appellerons Pipo et Mario pour la suite du récit … ) et enfin mon avocate .

Le deuxième jour était consacré à mon passage à la barre, à l’audition des experts m’ayant examinée , de nouveau à des questions posées à Taré 1er puis aux plaidoiries .

Voilà le « programme » de ce qui restera l’une des épreuves les plus dures que j’ai eu à affronter . J’avais décidé de ne pas assister aux auditions de ma famille, il en a été décidé autrement par la Présidente concernant l’audition de ma mère , puisqu’elle (la Présidente) a demandé à ce que je sois présente, seule chose que je regrette dans le procès je crois, et pour laquelle je lui en veux encore malgré toute sa compétence .

A suivre…

 

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Lettre à la petite fille.

Publié le par Opale

Petite fille , petit fantôme,

Je repousse le moment de t'écrire, ça me fait peur.

J'ai des choses à te dire, à me dire , et je suis si peu sûre de moi.

Je ne sais pas si tu es morte tu sais . Je sens encore tant ta souffrance , je me la représente si fort qu'elle me fait mal, alors es-tu morte ou es-tu quelque part , blessée et agonisant, espérant que tout cesse un jour ?

Je crois que tu es morte tu sais . Ou qu'il le faut. Tu ne dois pas avoir peur, écoute-moi, je vais te parler de cet endroit où tu peux aller : le paradis des enfants maltraités. Ce n'est pas le paradis des gens qui croient en Dieu, on s'en fout nous de Dieu.

Au paradis des enfants maltraités, tu peux faire tout ce dont tu as envie, tout ce que tu n'as pas pu faire avant, toutes les promenades, tous les pique-niques . Il y a tout ce qui peut faire plaisir à chaque enfant, il suffit qu'il y pense et ça arrive . Tu peux faire du vélo , voir plein d'amis, rire à la plage , c'est toi qui décides .

Là-bas les enfants ont l'âge qu'ils avaient quand ils ont commencé à devenir très malheureux. Alors toi tu auras huit ans. Huit ans pour toujours.

Là-bas tu ne peux pas oublier ce qui t'est arrivé mais tu n'as plus mal . Et puis il y a les anges-adultes, ce ne sont pas des parents , c'est beaucoup mieux , ils sont là pour chaque enfant , chacun a son ange-adulte pour veiller sur lui .

Un ange-adulte peut te faire des câlins toute la journée si tu as envie , il ne se lassera jamais . Quand tu te souviendras de ce qui t'est arrivé, il sera là pour vite t'apaiser et te donner plein d'amour . Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas tout le temps penser à ce qui t'est arrivé , tu vas avoir bien trop de choses amusantes à faire.

Et puis ce paradis des enfants maltraités est spécial et magique. Puique les enfants ne sont pas de vrais morts , ce qui est mort en eux c'est ce qui a été abîmé .C'est un morceau d'âme qui a succombé à trop de douleur . Mais leur corps physique a grandi, est resté vivant , et quand l'adulte habitant ce corps fait des choses agréables , alors l'enfant peut venir s'il en a envie pour partager ces choses . Tu vois, si je vais à la mer , si je fais une promenade, si je vois des amis, tu pourras être là avec moi et t'amuser tant que tu veux.

Pourtant tu dois ensuite retourner au paradis des enfants maltraités, parce que tu n'existes plus dans la réalité de 2016, mais moi si. Et j'ai peur, c'est pour ça que j'ai peur tu sais, car je connais beaucoup mieux ta souffrance que je ne connais l'envie de vivre, que je ne connais la vie . Parce que je ne peux plus rester près de ton âme souffrante et attendre que tu ressucites. Je ne peux pas moi essayer de rejoindre le paradis des enfants maltraités, sinon je meurs, pour de vrai, comme les vrais morts qu'on enterre .

J'ai de la peine, beaucoup, parce que je voudrais rester tout le temps avec toi . Mais tu vois, je ne parviens pas à te consoler, ça me fait trop de mal, ça me donne envie de prendre ta place de morte , ça me donne envie d'aller au paradis des enfants maltraités. Mais je ne peux pas avoir huit ans pour toujours. Je peux seulement grandir et essayer de faire le plus de jolies choses possibles pour me faire plaisir et que tu puisses souvent me rejoindre, sans ta souffrance.

J'ai peur petite fille, petit fantôme, et je sens bien que toi aussi tu as très peur .Je ne sais pas comment on va faire, on va prendre le temps, le temps que tu ailles de temps en temps au paradis des enfants maltraités pendant que j'essaye de bien grandir.

J'ai peur parce que toi et moi on est différentes désormais. Je suis adulte , je ne suis plus maltraitée. Et toi dans ton monde à toi tu l'es encore, parce que ton monde est comme un enfer qui tourne en boucle. C'est pour ça qu'il faut que tu ailles dans ce paradis : pour quitter ta souffrance et ta peur. Je peux te promettre que je les ai entendues et que je ne les oublierai pas, je ne les cacherai pas. Mais on doit se séparer, pour ton bien, pour le mien. Il faut que ton petit corps repose en paix . Je ne veux pas te dire ça, je veux que tu restes, tu vois je ne sais plus j'ai peur de te perdre et pourtant je te promets que je crois au paradis des enfants maltraités.

Petite fille, petit fantôme, ne m'en veux pas, ne pleure pas s'il te plaît , ils t'ont tuée et je te promets j'aurais tellement voulu que ça se passe autrement . Mais ça s'est passé comme ça et tu as passé tant de temps à avoir peur, mal, à être résignée.

Je garde de toi ton amour des enfants, tes envies de faire rire, je garde de toi ce que tu as réussi à voir comme des bons souvenirs, peu importe si c'était des miettes, c'est ton avis qui compte.

Petit fille, aide-moi à savoir quoi faire pour toi, pour moi. Tu serais si heureuse au paradis des enfants maltraités tu sais, et tu viendrais me voir souvent , car je ferais de mon mieux pour être une adulte qui vit. J'ai peur de ça aussi tu vois, tu comprends toi , c'est l'inconnu la vie quand on a grandi dans la mort .

Petite fille, petit fantôme, ne pleure pas, on va trouver une solution pour toi et moi. Je suis là.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Message à la petite moi...

Publié le par Opale

Petite moi

Je t'entends hurler et pleurer, je sens ta tristesse si fort que ça me déchire le coeur. Je suis devant ce courrier et tu as mal, tu as tellement mal quand je lis "numéro d'écrou" face au nom de celui que tu veux comme deuxième papa.

Petite moi, comment te dire que s'il est en prison c'est parce qu'il a fait beaucoup de mal, à toi, à moi, à nous, nous ne sommes qu'une normalement tu sais, je suis toi qui as grandi, enfin je suis censée avoir grandi mais mes larmes se mêlent aux tiennes face à ces mots.

Petite moi je sens tellement tout ton espoir, tu as tellement envie qu'on t'aime, tu as tellement envie qu'on s'occupe de toi, tu as le droit d'avoir envie de ça tu sais, mais ça ne sera pas S. qui s'occupera bien de toi , je voudrais te dire que si, je voudrais te dire qu'il va t'aimer mais ce n'est pas vrai.

Il ne va pas t'aimer, il va te faire beaucoup beaucoup de mal de plein de façons, parfois avec plein de peur, parfois avec plein de gestes de grand...

Petite moi j'écris ces mots et je sens tellement de douleur, j'ai l'impression que la douleur coule dans mon sang et va exploser mon coeur. Tu te révoltes tu ne veux pas m'écouter tu ne veux pas me croire mais je te promets je dis la vérité, il est méchant, il est dangereux, il n'aime pas les enfants, il n'aime pas maman, il n'aime personne.

Je sais bien tu es toute seule je sais tous ces matins où maman dort et où tu t'ennuies, alors tu vas le voir, tu veux juste de l'attention, juste cesser d'être seule à jouer ou à regarder les dessins animés, seule des heures.

Petite moi ton papa est mort, et je te promets que s'il pouvait il te dirait de toutes ses forces de t'éloigner de S., de ne pas t'approcher, de ne pas venir sur ses genoux, de ne pas le faire rire, de ne pas le servir. Mais il ne peut pas ton papa, notre papa, il est au ciel et au ciel on ne peut pas parler aux gens qui sont sur Terre encore.

Petite moi oui c'est vrai que S. est en prison et c'est vrai que c'est suite à mon dépôt de plainte. Cest vrai qu'il n'a plus le droit de se promener des heures comme il aime, c'est vrai qu'il ne peut plus faire ce qu'il veut. Mais c'est normal il a été très très méchant et quand on est très méchant comme ça on mérite d'aller en prison.

Je sais que tu aimerais si fort que quelqu'un le guérisse en prison, et qu'il revienne comme par magie avec plein d'amour pour toi, mais petite moi ce n'est pas possible, d'abord parce qu'hélas lui il n'a pas envie de guérir, personne ne peut le guérir, mais aussi parce que tu es cette petite moi uniquement dans mon coeur et ma tête, mais tu as grandi, tu es devenue adulte même si tu ne le sais pas, même si tu ne le veux pas.

Tu as grandi et plus jamais tu n'auras 8 ans et plus jamais il ne sera possible qu'il change, jamais il ne t'aimera et ce n'est pas de ta faute , plein d'autres gens t'aimeront je te promets mais pas lui. Et plus jamais tu ne pourras monter sur les genoux d'un papa non, ni ton papa au ciel, ni S. ni personne, parce que tu n'es plus du tout une petite fille.

Je suis là moi petite moi, j'ai trouvé des gens pour essayer de t'apprendre à grandir, pour essayer de t'apprendre et de m'apprendre aussi comment on fait pour vivre avec tout ce mal dans la tête. Tu le sais tu es là souvent quand je parle, tu es là toujours même. Ca fait mal mais tu ne peux pas l'attendre, il ne reviendra jamais, c'est pas lui que tu attends d'ailleurs tu sais, c'est ton papa , mais ton papa est mort, il ne reviendra pas non plus, je sais que ça fait mal, je sais que c'est pas juste, je sais que tu es bien trop petite pour ne plus avoir de papa, bien trop petite pour tout le mal qu'on va te faire, mais je te promets que si tu pouvais aimer S., si S. t'aimait, je te promets que je te le dirais.

Tu vas y arriver petite moi, tu es une petite fille courageuse et tu vas trouver des miettes d'amour et de force un peu partout, chez maman déjà même si elle est vraiment très très fragile , puis beaucoup à l'école , et puis en grandissant je te promets , en parlant et en rencontrant plein de gens gentils et aidants , des gens qui ne veulent que ton bien.

Tu auras une maman de coeur, un papa de coeur, ne pense qu'à ça, c'est ça qui compte, c'est eux, pas S. non, mais eux car eux t'aiment vraiment très fort et ne t'abandonneront jamais.

Petite moi je finis de t'écrire et oui sur le courrier c'est encore marqué "numéro d'écrou", ça ne partira jamais tu sais, il est en prison, un jour il va sortir de prison mais il ne sera pas plus gentil, il ne t'aimera pas plus .

Je te promets ce n'est pas le vide si tu lâches S. auquel tu t'agrippes si fort, je te jure que c'est pas le vide, il y a plein d'amour pour te réceptionner, vraiment plein, j'y veille en te choisissant beaucoup de gens très gentils, beaucoup de gens qui vont t'aider je te promets, ce n'est pas le vide sans lui, lâche sa main que tu essayes de toujours tenir, lâche-la et des tas de mains vont te rattraper, des mains aimantes je te promets , des mains solides et sûres , et en moins d'une seconde il y aura tellement d'amour que le vide sera rempli par eux tous, S. ne remplit rien , il ne remplit ton coeur que de malheur.

Lâche le s'il te plaît n'aies pas peur, je suis là même si c'est vrai j'ai peur aussi, mais tu verras on n'est pas seules, regarde aujourd'hui, je ne le lis pas dans le vide ce texte, quelqu'un va m'aider , quelqu'un va t'aider...tu peux le lâcher je te promets.

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