Si seulement...

Publié le par Opale

Si seulement il y avait quelqu'un, là, maintenant, pour me prendre dans ses bras.

Qu'il est usant ce besoin récurrent avec lequel je me bats depuis des années, qui a parfois failli me pousser à en finir tant ça devenait vital.

Besoin de petite fille paumée, sauf que je ne me rappelle pas ces câlins dont le souvenir m'apaiserait peut-être.

D'avant mes 7 ans et demi j'ai presque tout oublié, alors si tant est que mes parents aient été affectueux, rien en moi ne me le dit .

Puis il y a eu la cassure, la fracture dans un quotidien déjà un peu particulier. Leur mort.

Mon frère : 2 décembre 1985

Mon père : 8 mars 1986

On ne perd pas de temps dans la famille..

J'y ai perdu mes souvenirs, et la tendresse qui allait peut-être avec.

Ma mère s'est blindée contre la douleur d'avoir perdu son fils, la vie a continué comme une simple survie et là-dedans j'ai très vite su m'adapter , devenir encore plus calme et invisible que je ne l'étais .

Jamais de bêtises, jamais de caprices, jamais de questions. Et donc jamais de réponses.

De là on est passé assez rapidement à la case "on tente une nouvelle vie, tiens si je mettais des petites annonces"

Et nous voilà quelques mois plus tard avec Taré 1er à la maison. Bingo, vous avez gagné le gros lot.

De lui je me souviens avoir espéré l'affection, de lui je me souviens mes clowneries pour le faire rire, de lui je me souviens que je le suivais partout dès qu'il était de bonne humeur (sous-entendu pas bourré ) .

De lui je me souviens malgré la terreur et les heures d'attente devant la fenêtre , du soulagement quand je reconnaissais à sa façon d'ouvrir la porte qu'il n'avait pas bu.

Les départs de maman pour son travail de nuit, moi qui allais aussitôt sur ses genoux.

Bon il n'était pas câlin, il me serrait pas dans ses bras, c'était plutôt moi du coup.

De lui je me souviens qu'un jour aller sur ses genoux a viré au cauchemar, à une petite tête de 12 ans qui explose en se demandant ce qui se passe, en cherchant à toute vitesse ce qu'elle est censée faire et ne le trouvant pas, déjà figée et engluée dans la toile d'araignée.

De lui je me souviens que pour rester vivante, pour ne pas mourir de ce besoin d'affection, j'ai continué de le suivre partout, comme une automate courant droit au cauchemar...

Bref évidemment fini les câlins "sains" , depuis ce premier jour il ne m'a plus vue que comme quelqu'un qu'on touchait, quelque chose plutôt , de loin ou de près, sur les vêtements ou pas, mais qu'on touchait, tout le temps, tous les jours, dès la moindre absence de ma mère (oui aller aux toilettes c'est une absence )

Alors j'ai traversé les années jusqu'à temps de pouvoir survivre sans le suivre et d'enfin en être débarassée puisque je ne m'approchais plus et que je pouvais dire non.

Mais le gouffre affectif lui ne s'est pas tû, il a grandi encore et encore, dévastant tout sur son passage.

C'est comme ça qu'en 2003 quand j'ai pris mon indépendance peu après avoir révélé les abus à l'asso, je me suis retrouvée avec ces "crises de besoin de bras" comme je les appelais.

Des moments épouvantables avec ce sentiment que j'allais en mourir si on ne me contenait pas, si on ne me rassurait pas.

J'ai tenu, il a bien fallu.

En juillet 2003 j'ai eu le plus beau trésor de toute ma vie, j'ai enfin vu "pour de vrai" ma maman de coeur et ce premier week-end chez elle a aussi été la découverte d'une douceur pure , de ce câlin pour enfant que je n'avais pas connu depuis 15 ans.

Il est gravé à jamais au plus profond de ma mémoire et de mon coeur.

Et pourtant, si seulement ce soir il y avait quelqu'un, pour de vrai, pas en virtuel , si enfin ce besoin de petite fille pouvait me foutre la paix et me laisser vivre ma vie d'adulte.

Si seulement je récupérais mes souvenirs d'avant lui et que j'oublie tous ces souvenirs de "pendant lui" .

Si seulement je n'avais pas de coeur.

Il est si fatigué.

 

 

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Publié dans émotions en vrac...

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demoisellelibellule 15/02/2014 17:06

j'ai mis du temps à lire ton blog, ce parcours est si difficile et douloureux. Tes récits sont poignants. Nul besoin d'aller jusqu'au bout de celui ci pour avoir envie de te serrer fort dans les bras et te réconforter, t'apaiser.
Je t'envoie de douces pensées.
Bises

Cyb 05/01/2014 23:24

Très touchant.. Je suis avec toi !

Maeva 05/01/2014 10:05

Ton histoire est la mienne... Je te serre fort... Tiens bon... Courage... <3

Iris 04/01/2014 21:51

Ouahhh dur dur... Merci pour ces confidences....biz