Elle a 36 ans...

Publié le par Opale

G. a 36 ans . Elle a deux enfants, JL un garçon de 15 ans et L une fille de 9 ans . Elle est mariée à E. , qui est âgé de 78 ans.

JL n'est pas le fils de E. mais de M. son premier amour . M. était en instance de divorce, alors tous les deux se cachaient mais JL est arrivé . La procédure prenait trop, beaucoup trop de temps , et G. s'inquiètait d'élever son petit dans une chambre de bonne glacée .

Elle a donc quitté M. à contre-coeur et a accepté les avances de E. qui l'employait dans son commerce depuis peu.

Ils se sont mariés et ont eu la petite L.

Les années ont passé et nous le disions, G. a désormais 36 ans . Sa vie avec E. n'est pas une vie d'amour, mais ses enfants sont à l'abri, elle a de la tendresse et de la reconnaissance pour lui malgré son caractère difficile de personne âgée.

Alors elle n'en est pas fière mais désormais elle rencontre régulièrement B. , un collègue de la maison de retraite où elle est aide-soignante . Elle cherche l'amour auprès de lui, se contente des miettes de temps qu'il lui accorde, se contente des 10 mn de corps à corps par ci par là, c'est ça sa vie.

Ils font bien attention, il se retire toujours au moment où...Mais cette pratique a ses limites et voilà que G. est enceinte et que le monde s'écroule.

Il va falloir tout avouer à E., et son amour-propre ne méritant pas d'être piétiné par ses égarements, il va bien falloir accepter s'il lui demande d'avorter .

E. lui dira de "faire ce qu'elle veut" et elle sautera sur l'occasion pour garder ce bébé qu'elle aime déjà, elle n'aurait pas supporté de devoir avorter, mais elle l'aurait fait pour lui.

Le 20 septembre 1978 naîtra donc A. , petit bébé qui ignore que E. n'est pas son père biologique.

Les années passent dans une vie monotone puis de plus en plus dramatique . JL meurt à 23 ans, suivi 3 mois plus tard par E. qui a eu 86 ans.

Alors G. s'imagine fonder une vraie famille, avec quelqu'un de son âge, quelqu'un qui rendrait heureux les enfants et surtout la petite.

S., appelé Taré 1er dans ce blog arrive vers les 8 ans de A.

Les années passent à nouveau .

A. a 18 ans. Oh il n'y aura pas de fête, il ne faut pas rêver, c'est une vie plate que cette vie-là . Il y aura un gâteau, des bougies, sa mère, Taré 1er et elle . Sa mère tentera de chantonner "joyeux anniversaire" et Taré 1er râlera parce que ça l'empêche d'entendre la télé.

Mais donc elle a 18 ans, ça y est c'est cette année. Cela fait un ou deux ans qu'elle y pense, qu'elle s'est mis en tête que ce jour là elle y arriverait, que ce symbole de sa majorité lui permettrait enfin de dire non, non à ses mains à lui partout sur son corps, si souvent , chaque jour, plusieurs fois par jour depuis 6 ans déjà.

Elle se l'est promis, à 18 ans elle oserait dire non. Hélas ce n'est pas si simple , repousser les mains, ces mains apparemment non-violentes mais si connues du corps, le "non" sera bien timide et les gestes continueront car c'est bien compliqué de les arrêter, de cesser ce qui est devenu quasi normal.

Et elle culpabilise, elle se l'était dit, elle y arriverait. Peut-être bien d'ailleurs qu'elle s'imagine déjà en prison , complice, coupable, et punissable puisque majeure.

Alors ça ne cessera pas pile à 18 ans, mais plus tard, vers 19 ans ou un peu avant, elle ne sait pas bien, c'est tellement fréquent, elle n'est plus que ça à longueur de journée dès qu'il a accès à elle hors de la présence de sa mère.

G. avait 36 ans quand elle a conçu A.

Et aujourd'hui, 20 septembre 2014, A. a 36 ans . Ou deux fois 18 ans . 18 ans ou un peu moins ont passé depuis la dernière fois où il s'est emparé d'elle et l'a fait réagir telle une poupée bien programmée , où il n'a vu ni être humain ni détresse derrière ce corps devenu son jouet préféré, son pantin à massacrer.

Et 18 ans plus tard, c'est là encore. Elle en a honte parfois quand on lui dit d'avancer, de vivre, de tourner la page. Alors qu'elle lutte encore et encore, plus que personne ne peut l'imaginer.

Plus d'une fois elle regrette cet "accident" qui a fait que G. l'a portée dans son ventre il y a 36 ans .

G c'est ma mère. A. c'est moi.

J'ai 36 ans et pour le moment je ne le digère pas..

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Publié dans émotions en vrac...

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Commenter cet article

tiwan 26/09/2014 00:50

Eh bien c'est p'tet con, mais pour ma part je ne regrette absolument pas que G. ait gardé A. puisque malgré toutes ces difficultés, et même si on ne se connait pas, je ressens à travers ses écrits une sensibilité qui me touche. Donc oui, c'est égoïste, mais non, je ne regrette pas.
Et donc malgré tout : bon anniversaire :)

Spyko 20/09/2014 22:21

Et moi je fais plein de câlins à la petite Armelle qui en aurait eu besoin et à la grande qui est triste aujourd'hui. Bisous !!