Et voilà...c'est fini.

Publié le par Opale

Voilà. C'est fait. Toi et moi on s'est vu, on peut pas dire qu'on se soit parlé, moi je t'ai parlé en tout cas et je n'ai plus rien d'autre à te dire, que tu aies entendu ou non mes mots au procès.

Voilà, jusqu'à aujourd'hui inclus tu pouvais faire appel de la peine de prison de 5 ans ferme dont tu as écopé . Tu ne l'as pas fait et je ne te dirai même pas merci pour ça, faut pas déconner, c'est pas pour moi que tu as fait ce choix, si tant est que tu aies réfléchi un peu à cette possibilité d'appel, t'en avais probablement juste rien à foutre en fait, comme tout au long du procès, que peut-être un jour je réussirai à raconter ici.

En tout cas, 4 ans 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, c'est FINI ! Demain je vais me réveiller sans me demander ce que va faire la justice. Demain je vais me réveiller en sachant que je ne t'entendrai plus jamais , ni ta voix, ni surtout tes propos qui réussissaient encore au procès à m'emporter dans ta folie, dans ce passé. Oh je ne me fais pas d'illusions, peut-être que demain je me réveillerai après avoir rêvé que je t'engueulais, ou que tu abusais de moi, ou que je te suppliais de m'aimer moi petite fille, ça arrivera encore. Mais c'est fini.

Je ne crois pas que je sois en colère ni que je l'aie beaucoup été, pas même en te parlant. C'est plutôt les larmes qui envahissaient ma voix quand je t'ai dit au procès que nous aurions pu être heureux à 3 mais que tu as tout gâché. Je t'avais dit à peu près ça déjà à 12 ans, mais je ne savais pas à l'époque que tout était déjà gâché et j'ai cru à ta promesse d'efforts, avant d'aller dans ma chambre et de t'entendre dire "qu'elle est con cette gamine".

Je n'aurai plus à me confronter à toi vivant, même si j'ai encore pas mal à faire avec le toi du passé, celui que j'ai aimé autant que je l'ai craint, celui dont j'ai voulu l'amour, celui qui m'a manipulée et fracassée. Mais contre celui-là j'ai des armes, la thérapie, les amis, ma maman de coeur, mon papa de coeur (qui sourira en me lisant de son titre officiellement donné au procès ).

Ca ne fait que quelques heures que je sais que c'est fini, je ne réalise pas bien encore, mais je me réjouis. Pas que tu sois en prison non, même si j'avais besoin que tu prennes au moins 1 mois ferme, juste un petit mois. Mais la prison et ses conditions étant ce qu'elles sont, c'est pour le moment compliqué pour moi de t'avoir "envoyé" là-bas même si on me dit et me redit à raison que ce sont bien tes actes qui t'y ont envoyé. Tes actes et les jurés.

Ca ne fait que quelques heures alors j'admire tout ces petits mots adorables de tous ces connus et inconnus (en tout cas en chair et en os) qui se réjouissent pour moi. Parfois je tique c'est vrai quand on me parle déjà d'aller de l'avant, de passer à autre chose. C'est plein de bonnes intentions mais je sais bien que ça ne va pas être aussi simple que ça peut le paraître aux "non-initiés" . Il y aura le procès à digérer, toute cette réalité de ton indifférence prise encore une fois en pleine face. Il y aura des cauchemars, des mots à poser. Il y aura les émotions d'une puissance inouïe reçues lors de la plaidoirie de ma génialissime avocate .

Oui il y aura tout ça et surtout le plus gros travail : apprendre à vivre, à avoir envie de vivre, à réparer le ressort cassé de mon âme, cette âme que tu as piétinée de toutes tes forces mais que , pauvre con que tu es, tu n'as pas été foutu de massacrer jusqu'au bout puisque tu vois je suis là, je sais rire, aimer, partager et ça tu n'as pas la moindre idée de ce que ça peut vouloir dire.

Je te l'ai dit au procès, tu ne fais plus partie de ma vie. Je le pensais de toutes mes forces sur le moment, même si je sais bien que tu vas encore un peu en faire partie, en tout cas ton fantôme. Mais mon souhait le plus cher est que l'homme que tu es actuellement me devienne totalement indifférent. Ce que tu fais, ce que tu vis, ce que tu vivras à l'air libre quand tu sortiras, que tu ailles bien ou mal, que tu sois heureux ou non, tout ça n'a plus rien à faire dans ma tête. Je n'ai pas envie de te haïr, j'ai sûrement déjà à apprendre à la petite fille qu'elle doit vraiment arrêter de t'aimer, de t'attendre comme dans un cauchemar d'il y a deux jours à peine.

Oui voilà, c'est fini, tu es en prison, tu vas faire à peine 2 ans sur tes 5 ans probablement mais peu importe .Ils ont vu qui tu étais, ils ont tous vu et ils ont compris je crois, compris non pas ce que tu as dans la tête car je ne pense pas qu'un jour quelqu'un le saura, mais compris un millième de l'enfer que ça pouvait être de vivre des années avec toi, et ça même s'il n'y avait pas eu les abus.

J'ai cru un jour que tu pouvais devenir un papa de substitution, la petite fille en moi le veut encore et je dois lui expliquer que non . Taré 1er tu étais avant, Taré 1er tu as été pendant, et Taré 1er tu resteras, incapable d'amour pour les autres, incapable de vie. Alors oui tu m'as empoisonnée, j'ai appris la peur, la honte, la folie, la culpabilité, les sens qu'on ne contrôle pas, la perversion de tes gestes. Entre toi et maman j'ai eu de quoi avoir peur de tout, tout le temps, véritable handicapée de la vie, plongée dans l'angoisse et le néant de la vie plate et sans saveur, sans valeur que nous avions tous les trois.

Mais voilà, c'est fini, et comme tu n'es pas si doué que ça finalement, je ne suis pas morte, je vacille, je pleure, je tombe, mais j'aime , je donne, je reçois. Alors peut-être que la vie, elle, la mienne , n'est pas finie. Elle commence. Sans toi. Ca va prendre du temps et j'espère qu'autour de moi on n'oubliera pas ce paramètre-là .

Et voilà...c'est pas fini. Ca commence. Sans toi. Débrouille-toi avec ta route , j'ai des morceaux à recoller , et d'autres à inventer.

 

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Ismène 18/07/2015 20:12

Bonne chance dans votre nouvelle vie, prenez soin de vous :)

Ameclo 15/07/2015 20:00

Je suis sincèrement heureuse pour toi qu'enfin la plainte soit allée jusqu'au bout. Cette page peut doucement se tourner.
Mais oui c'est toi qui a remporté cette victoire contre ton passé, contre Taré 1er, mais c'est une victoire essentielle pour toi, pour cette petite fille en toi dont tu vas pouvoir prendre soin : elle et toi vous allez retrouver votre voie vers une vie peu à peu apaisée.
La graine est semée, elle a déjà germé, il reste à la faire pousser avec beaucoup d'amour, de soleil et de rires !!
Pour finir, bravo de t'etre accrochée à la vie, bravo pour ton courage durant ces années d'epreuves qui sont venus en plus des autres années de souffrance. Quel chemin parcouru...
Je te souhaite de profiter de ta famille de coeur, et d'apprendre à vivre pour toi.
C'est le début d'une belle histoire qu'il te faut écrire ;-)

Carole 12/07/2015 21:17

Enfin !!!
Je suis très heureuse pour vous.
Maintenant, il faut penser à vous et aller vers ce nouveau chemin.
La vie est belle !
Carole

M.L. 12/07/2015 01:51

Ma chère Opale, je suis très contente de te voir soulagée et joyeuse, ne redoutant plus le lendemain. C'est une belle victoire pour toi et le début d'un nouvel espace de vie à profiter.
Et si tu te servais de ta plume ? Tu écris vraiment bien, la lecture de tes écrits est fluide et agréable.
Bonne route a toi, je vais te suivre en espérant la voir remplie d'éclats de rire!

marie 11/07/2015 13:36

Enchantée et soulagée pour vous.
La justice française peut s' honorer de ce verdict : une peine très significative (votre aggresseur s' est nui à lui-même par son défaut et sans doute par son attitude " désinvolte " lors des audiences).
Nous n'avons pas à nous interroger sur les raisons de son non appel mais il faut garder à l'esprit que juridiquement ce n'était pas son intérêt, notamment vu son âge.
C'est peut être encore un effet de la sagesse de ce jury d'avoir rendu l'appel dissuasif et de vous avoir épargné encore bien des tourments inutiles.

Porter plainte et après ? Mais depuis hier, chère Opale, on est après ! :)

Je me permets de vous souhaiter de vous autoriser à être aussi sereine et heureuse que vous le méritez.
(Je connais ces situations personnellement).
Très sincèrement,
Marie