Et le procès eut lieu... (partie 1 )

Publié le par Opale

Plus de 13 mois se sont écoulés entre le procès et cet article. Il n’était pas possible de dire, il n’était pas possible d’écrire . Pas possible non plus contrairement à mon souhait premier de noter à chaud ce qui me revenait en tête les jours suivants, j’ai essayé et c’était trop éprouvant.

Forcément 1 an après, entre l’émotion immense, la violence du moment et le temps passé, je mélangerai sûrement des choses, j’en oublierai, je confondrai peut-être le premier et le deuxième jour, mais je suppose que l’important est de toute façon ce que j’en ai retenu.

Le procès avait donc été reporté aux 25 et 26 juin 2015, ce qui avait été une épreuve insupportable à vivre . On approchait pourtant enfin de cette deuxième échéance et visiblement il était écrit que rien ne serait simple.

Après trois jours d’hospitalisation pour moi à tenter de casser la spirale d’angoisses qui me dépassait, le pire était à venir , quinze jours avant le procès, mon avocate a fait une chute et m’a annoncé son opération suite à fracture du péroné et du tibia. Sur le moment je ne m’étais pas trop inquiétée , j’avais pensé « jambe cassée, plâtre » . La réalité était bien plus grave et complexe et nous avons frôlé le report , et c’est une avocate en fauteuil roulant qui deux semaines plus tard m’accompagnait . Je ne pourrai jamais assez la remercier, malgré sa douleur, sa fatigue, malgré une interdiction des médecins de travailler, malgré l’impossibilité de mettre en route ses assurances si elle plaidait une affaire, malgré le fait d’être payée à l’aide juridictionnelle totale dans mon dossier, elle est venue , parce qu’elle a senti que je ne tiendrais jamais face à un deuxième report , parce que mon dossier lui tenait à coeur, parce que c'est elle tout simplement, et qu'elle est formidable.

Le fauteuil roulant a été loin de lui retirer de sa force et de sa détermination, assise elle a été bien plus grande que tous les intervenants debout . Plaider en fauteuil doit être une des choses les plus désagréables pour un avocat et pourtant elle dégageait déjà une telle force que je n’imagine pas ce que cela donne quand elle est debout.

Le 25 juin 2015 est donc arrivé, D. qui m’accompagnait déjà à la première audience était bien présent, lui et sa femme ayant décalé leurs vacances d’une semaine pour qu’il puisse m’accompagner. Notre organisation était la même qu’en mars, même hôtel à cinq minutes à pied du tribunal , même parking devant le tribunal, mêmes horaires de départ, nous étions rodés.

Les deux jours qui allaient suivre se passeraient selon ces horaires si mes souvenirs sont bons : le jeudi de 9h à 18h environ avec 1h de pause repas et 15 minutes de pause le matin . Le vendredi a été plus intense , pause de 30 minutes seulement pour manger, et de 5/10 minutes le matin , fin vers 16h30 et verdict vers 18h30.

Pendant ce temps tout s’enchaîne, il n’y a pas de répit , tout est intense, violent, épuisant . Des auditions des témoins en passant par les auditions des experts , de mon passage à la barre jusqu’aux plaidoiries , il est impossible de digérer quoi que ce soit sur le moment, et même en imaginant que cela serait très intense, j’étais, nous étions, très très loin de la réalité .

Le premier jour , après la nomination des jurés (100 % d'hommes, les femmes ayant été toutes récusées par la défense) , le rappel des faits, l’envoi des témoins dans une salle dédiée , il y a eu en vrac des moments où il a été entendu, l’audition de ma nièce, de ma sœur, de ma mère , celle du policier directeur d’enquête , ainsi que l’audition des quatre experts ( 2 expertises, 2 contre-expertises ) qui ont examiné Taré 1er.

A chaque audition cela se passait dans le même ordre (toujours si mes souvenirs sont bons ) , la Présidente posait ses questions, puis le procureur, puis l’avocat de la défense ( ici ils étaient deux , nous les appellerons Pipo et Mario pour la suite du récit … ) et enfin mon avocate .

Le deuxième jour était consacré à mon passage à la barre, à l’audition des experts m’ayant examinée , de nouveau à des questions posées à Taré 1er puis aux plaidoiries .

Voilà le « programme » de ce qui restera l’une des épreuves les plus dures que j’ai eu à affronter . J’avais décidé de ne pas assister aux auditions de ma famille, il en a été décidé autrement par la Présidente concernant l’audition de ma mère , puisqu’elle (la Présidente) a demandé à ce que je sois présente, seule chose que je regrette dans le procès je crois, et pour laquelle je lui en veux encore malgré toute sa compétence .

A suivre…

 

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marie 09/08/2016 17:52

C'est sans doute une bonne chose que vous écriviez enfin ce récit
Je me permets de penser que, malgré votre ressentiment, la Présidente (et quasiment tous ces confrères auraient fait la même chose) a pris la bonne décision.
Les mères de victimes d'inceste, malgré tout le deni déployé par la famille toute entière, ont une très lourde responsabilité au moins morale (sinon pénale) dans ce qui arrive.
Quand on a introduit le loup dans la bergerie, qu'on est aveugle à ce sui se passe sous votre toit, et la victime ayant souvent beau jeu de vous trouver toutes les excuses du monde...
.Eh bien, il est juste me semble-t-il que la vérité soit établie.
Y compris même si ca ne fait pas plaisir à la victime et à son déni de savoir qu'elle est aussi victime de sa mère.
Elle peut vouloir toujours conserver l'illusion qu'elle a au moins un parent presque convenable : c'est un aveuglement de plus.
C'est peut-être douloureux à lire pour vous et je m'en excuse mais je pense pour ma part (ayant été victime moi même) que ma guérison psychique est venue ou a commencé à venir quand j'ai vu toute la vérité en face et que je n'ai plus aucune attente, ni excuse, ni illusion concernant ma génitrice (une mère protège ses enfants et ne leur impose une vie privée chaotique et un aggresseur en guise de figure paternelle. Les plus courageuses assument leurs enfants et s'assument.

J'approuve pour ma part cette Présidente.

Opale 09/08/2016 18:09

Marie , bien evidemment ma mère est responsable de l'avoir amené chez nous , par contre elle n'était pas au courant de ce qui se passait , travaillant de nuit , et qd très tardivement je lui ai dit ( à 26 ans ) elle l'a viré . Au procès elle n'a en aucun cas cherché à fuir sa responsabilité . Ce que j'ai entendu je le savais déjà , je n'avais simplement pas envie de l'entendre à nouveau , je n'ai rien appris de + . J'ai fini de l'excuser . Je sais ce qui l'a amené à rester , c une explication , pas une excuse , c très différent .