Et le procès eut lieu...C'est son tour.

Publié le par Opale

Il est là à la barre, et mon souvenir est lointain. Je tente de boucler le récit de ce procès, pour moi, pour d’autres , mais la violence de ces deux jours et le temps qui passe floutent ma mémoire.

Il est là et derrière lui se tiennent trois policiers, je pense qu’on sait tous qu’il ne va pas fuir en courant mais c’est ainsi, il a été présenté déjà incarcéré suite à son absence à la première audience, la prudence est donc de mise.

Il est là, toujours si indifférent, prêt à faire son numéro, pas intimidé le moins du monde à cet instant où le temps qui passe l’amène de plus en plus vers une possible peine de prison.

C’est flou , je ne sais plus exactement qui lui pose quelle question , je me souviens qu’il maintient toujours ne pas savoir , avoir oublié, ne pas se souvenir. Je me souviens de la Présidente qui lui dit à un moment « mais enfin quand on arrive dans une maison où il y a une enfant de 8 ans, on s’attache, des liens se créent non ? » , je me souviens mon cœur déchiré par le vide qui s’en suit.

Les questions défilent, ses réponses sont encore et toujours floues, sa vie est disséquée tant bien que mal jusque dans sa sexualité et j’ai un fou rire nerveux quand à la question « vous avez déclaré tel jour avoir eu votre première relation à 18 ans, tel autre à 21 ans, finalement c’était à quel âge ? » il répond « ça dépend » . Tellement saugrenu, tellement fou, tellement lui…

Il y a ce moment surréaliste où mon avocate l’interroge , se tenant debout à la table, elle qui était en fauteuil roulant à cause de ses fractures. Elle pointe tout ce qui cloche , ne le ménage surtout pas. (et ça fait du bien ! ) .

A un moment , elle lui dit qu’elle n’a pas entendu sa réponse , il rétorque « comme ça on va monter un club » , référence au fait qu’il a apparemment des problèmes d’audition. Ses réponses n’ont de sens que pour lui et surtout sont rarement franches , mon avocate lui demande alors s’il ne peut pas pour une fois répondre par oui ou par non , et là devant les policiers ayant bien du mal à garder leur sérieux (et comme je les comprends ! ) il lui répond « non, je vais vous expliquer pourquoi . Quand je marche dans la rue je fais attention aux bouches d’égoût , car j’ai un ami qui est tombé dedans. Mais parfois j’oublie donc je n’y fais pas attention. On ne peut donc pas répondre par oui ou par non » .

A ce moment là je crois que je suis à la fois sidérée, « amusée » et en larmes, tout est si fou, tout est si lui, tout est si semblable à ce monde dans lequel j’ai grandi .

Je ne me souviens pas des questions suivantes mais je me souviens de mon avocate qui, le regardant droit dans les yeux lui dit « bien, on va continuer à jouer Monsieur puisque vous voulez jouer » . Lui qui méprise tout le monde et encore plus les femmes se fait remettre en place par une femme . Pendant presque tout le procès, il avait été plutôt éteint et indifférent , mais à la fin de l’interrogatoire de mon avocate j'ai retrouvé celui que je connaissais, j’ai reconnu dans ses yeux ce regard froid, glacial, à ce moment précis je sais qu’il aurait aimé pouvoir la rabaisser, qu’il la détestait et la méprisait de toutes ses forces. Mais cette fois, c’était elle la plus forte.

Cet article sera court finalement , les souvenirs m’échappent mais la violence des émotions est toujours aussi vive . Voir sa folie, son je m’en foutisme, son ironie et lire la consternation dans les yeux de tous, tout en réalisant que je me suis bâtie là-dessus, c’était insupportable ...et ça l’est encore beaucoup.

 
 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans émotions en vrac...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article