Et vous ça va ? ( Bonnes nouvelles inside )

Publié le par Opale

Une semaine . Une semaine aujourd’hui que je vis à nouveau seule chez moi .

Depuis septembre 2018 , j’avais été contrainte de me réfugier chez ma mère , n’étant plus du tout en capacité de vivre seule , de gérer mon quotidien , de ne pas faire de surdose de médicaments ou d’alcool .

2018 est une année de flou . Sur les 3 premiers mois il y a eu mon hospitalisation pour des séances de sismothérapie car j’allais déjà très mal . 15 séances plus tard je suis sortie ...encore plus mal qu’avant .

Je ne pensais pas pouvoir chuter encore plus bas mais si , et en mai 2018 ma psychologue souhaitait déjà que je retourne en clinique. Je ne l’ai pas fait et en septembre donc nous avons parlé d’aller chez ma mère " quelques temps" , le temps de retrouver une autonomie dans les gestes du quotidien car manger , se laver , sortir , plus rien n’existait .

J’étais à terre , couchée toute la journée ou presque . Des angoisses immenses , l’envie de mourir pour que cela cesse enfin . Je n’arrivais même plus à envisager de faire l’aller retour jusque ma ville de résidence pour voir ma psychologue. 
Pendant quasi un an j’ai annulé les rdv , j’en reprenais un puis annulais à nouveau .

Ma psychologue aurait pu comme le CMP l’a fait quelques temps avant pour les mêmes raisons , me sortir de sa patientèle mais elle m’a laissé la chance de revenir .

Des essais de retour à mon domicile ont été fait en vain , échec à chaque fois , je ne sortais pas de mon lit ou juste pour prendre des cachets . Le temps a passé j’ai repris le chemin de la thérapie vers septembre 2019 et en novembre j’ai tenté de rentrer chez moi . 
Ça a été une catastrophe, un enfer , je n’avais jamais atteint un tel niveau de souffrance. Je n’avais plus que  des anxiolytiques très légers , ça ne suffisait pas à s’anesthésier . Alors j’ai pris de l’alcool. Dès 8h du matin , pas par goût , juste comme on prendrait des médicaments. 
J’ai regardé sur Google les doses létales des médicaments qui me restaient . Je voulais que ça s’arrête. 
A bout de souffrance j’ai failli appeler le 15 mais j’étais terrifiée à l’idée de me retrouver en HP . J’ai fini par appeler ma mère qui est venue me chercher . Elle est très rarement aidante psychologiquement, c’est même souvent l’inverse mais heureusement qu’elle a été là matériellement.

Une demande d’hospitalisation en clinique a été faite mais en janvier , à la date prévue , j’ai paniqué , dissocié et renoncé à rester alors que j’étais dans les locaux.

Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix . 
1 mois après j’ai pu très très doucement faire des efforts qui jusque là m’étaient inaccessibles. Avoir plus d’hygiène, aller marcher un peu dans un parc , faire quelques recettes , me remettre à lire . C’était extrêmement fragile mais je me donnais quelques objectifs, je voulais rentrer chez moi à la mi-avril 2020 et il fallait pour cela être capable d’agir .

Je commençais à envisager d’aller faire un tour en ville ou même à la mer quand ...nous avons tous été confinés . Mes maigres objectifs m’échappaient, je craignais de perdre le fruit de mes premiers efforts .

Ma psychologue que désormais je n’avais plus qu’au téléphone à cause de ce maudit virus , m’a aidée à ne pas lâcher , m’a encouragée à maintenir les bases , à continuer de faire à manger , m’a dit de m’acheter de quoi m’occuper ( livres , coloriages ) et m’a incitée à sortir chaque jour lors de l’heure quotidienne autorisée.

Nous avons été déconfinés et je poursuivais mes efforts tant bien que mal mais ne faisais pas grand chose d’autre que faire les repas . 
J’ai pris la décision de donner mon préavis pour déménager , toujours dans ma ville de domicile mais dans un studio car mes revenus ( AAH ) ne permettent plus de payer un loyer conséquent . 
Ce mois-ci avec ma mère nous sommes venues chez moi pour trier pendant une semaine . Et là , le déclic . Alors que  je pensais repartir avec elle , j’ai senti que j’étais capable de rester , mais de rester sans risquer de reprendre de l’alcool ( je n’ai pas d’addiction) ou trop de médicaments. 
 

Une semaine donc que je vis à nouveau seule et comme j’ai dit à ma psychologue, je cherche la caméra cachée . Pourquoi ? Car tout se passe mieux que je n’aurais pu l’imaginer.

Du jour au lendemain je suis passée de faire quelques repas chez ma mère et me lever vers 9h , à pouvoir TOUT FAIRE chez moi et me lever à 6h30 .

J’ai le sentiment de sortir de deux ans d’un long coma et d’avoir frôlé la mort . Chaque jour depuis samedi dernier je m’émerveille car tout me semble nouveau , mon " premier" repas cuisiné chez moi , ma " première " sortie en ville , même mon " premier " nettoyage de machine à laver je l’ai apprécié !

Je ne me reconnais pas , je me couche en ayant hâte d’être au lendemain, je me lève tôt pour profiter de ma journée . J’ai retrouvé un quotidien normal ( sauf le fait que je ne travaille pas je suis en invalidité mais j’ai le droit de travailler plus tard ) , les repas , l’hygiène, le ménage , les sorties en ville pour une course , tout cela est redevenu accessible comme par magie ( puisque je n’ai pas de traitement en dehors d’un anxiolytique) . 
J’ai pleuré d’émotion un matin tant c’est merveilleux de se réveiller sans aucune envie de mourir . Je me dis que ce doit être sacrément chouette la vie des gens qui n’ont pas de " gros " problèmes et se réveillent chaque jour sans songer à mourir . 
J’ai en plus depuis le confinement un nouveau psychiatre, le premier de ma vie qui écoute réellement et prend 30 mn par Rdv au lieu de maximum 15 mn sans écoute.

J’attends une réponse pour un logement. J’en ai vu un et j’aimerais l’avoir. Pour la première fois depuis une éternité je suis capable de me projeter . Je me sens rassurée pour l’avenir , même si je le serai vraiment quand j’aurai un logement avant la fin de mon préavis .

Le tri nécessaire pour passer de 60m2 à 30m2 me fait du bien et je vais vers un nouveau départ même si je suis consciente que les traumas eux sont encore là et à travailler, mais respirer sans avoir envie de mourir je ne pensais pas vivre ça . 
Avec l’agence immobilière qui me fait tourner en bourrique j’ai eu un coup de mou et forcément la peur de rechuter mais je me sens mieux outillée . J’avais je crois déjà en tête les outils qui pour moi sont 4 piliers de base : maintenir l’hygiène , un sommeil correct , manger régulièrement et m’aérer . Mais je n’avais pas encore accepté que je suis malade et que peut-être la dépression chronique ce sera à vie.

Désormais je l’ai accepté et quand je dois impérativement me coucher au plus tard à 23h , je trouve ça pénible mais ce n’est pas la fin du monde , pas plus que pour un diabétique et sa piqûre quotidienne . Si se coucher à 23h permet moins de risques de rechute , allons-y . 
 

Voilà , ça fait une semaine. Je maudis le COVID qui m’empêche encore de faire ce que je voudrais alors que je n’étais plus capable de le faire mais j’ai hâte de boire un verre en terrasse, d’aller à la mer ...Alors en attendant j’apprécie le reste , tout ce dont j’ai été privée pendant 2 ans . Y compris faire une lessive ou aller à la pharmacie sans que cela demande un effort surhumain.

Si vous me lisez et êtes concernés, peut-être qu’une vilaine voix vous dit " elle y arrive et pas moi" ou " moi ça ne m’arrivera jamais " . Je le sais je la porte en moi cette voix . 
Rien n’est acquis pour moi , rien du tout même si j’espère que ça va durer . Vous pouvez aller mieux , je ne sais ni quand ni comment ni pour combien de temps , mais je suis sûre qu’à l’instant T vous faites ce que vous pouvez . Et si par exemple aujourd’hui vous prenez une douche , ou que vous lisez 5 minutes , ou que vous lavez une tasse ou deux sur l’immense pile de vaisselle chez vous , alors bravo . Et si vous ne le faites pas , ce n’est pas un échec . 
Cela ne fait qu’une semaine que ça va bien , mais si c’est encore le cas dans 2 ans , je ne serai pas pour autant un exemple. C’est vous votre exemple . 

Update : réponse positive pour le studio , je signe le 9 juin !! 

 

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lulu 03/06/2020 12:36

Bonjour, Opale,

Je vous avais laissé un commentaire, mais j'ai dû foirer quelque part... :-)

Super contente de lire ce billet! J'espère de tout coeur que vous êtes sortie du tunnel, que vous aurez le courage et surtout la capacité de regarder la vie DEVANT vous. Je n'ai pas vécu les atrocités que vous avez vécues, mais j'ai subi des attouchements enfant, et je sais que ça peut foutre en l'air une vie. J'ai fait une dépression à l'âge de 20 ans, j'ai mis presqu'un an à m'en sortir (rien quoi, comparé à vous), mais je suis tellement contente d'avoir fait le choix de regarder devant moi, de me dire que sinon je serais triste et abattue jusqu'à la fin de ma vie, parce que jamais rien ne pourra effacer ça... Je suis de tout coeur avec vous.

lulu