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Ca va bien et toi ?

Publié le par Opale

Je n'ai pas pu attendre. J'ai appelé.

J'avais besoin de savoir et maintenant je sais : rien n'a bougé depuis le 27 janvier, ils n'ont toujours pas reçu ce foutu compte-rendu d'expertise psychologique. 8 mois et demi, et rien, pas une recherche, pas un renseignement pris, rien, le néant.

J'avais besoin de savoir, il fallait que j'appelle. Maintenant je sais.

 

Je sais que je n'en peux plus. Je sais que je m'épuise. Je sais que la tentative de reprendre le boulot se solde par un nouvel échec et que je vais probablement encore être arrêtée quelques mois.

Je me sens couler mais personne ne peut s'en apercevoir. Qui peut entendre hurler derrière mon sourire, mes blagues et mes rires ? Qui peut voir que je suis à terre, à genoux depuis longtemps ? Sûrement pas ma famille.

A chaque personne à qui je réponds que ça va j'aurais envie de dire "si tu savais, je n'en peux plus, cette attente m'épuise et la peur aussi, je n'en peux plus prends-moi dans tes bras, aide-moi" .

Au lieu de ça , au moindre humain croisé le pilote automatique est en route "oui ça va et toi ? " et rapidement c'est moi qui prends des nouvelles de la personne, qui l'écoute, ou tout simplement nous plaisantons.

 

"c'est agréable vous êtes toujours de bonne humeur, je ne sais pas comment vous faites" . Je me souviens encore de cette phrase à mon ancien travail . A l'époque où chaque matin j'étais effondrée en larmes avant de partir bosser.

De bonne humeur oui, ça je peux assurer que les collègues ne s'ennuient pas.

 

Je sais maintenant, je sais que rien n'a bougé depuis 8 mois et demi, rien, absolument rien.

Je sais que les limites atteintes se repoussent encore et encore, pour tenir debout, obligatoirement.

Je sais aussi qu'entre debout et à terre , mon corps et ma tête ne me préviendront pas et que la chute risque d'être violente. Je sais bien.

Mais il faut tenir.

 

8 mois et demi. Rien n'a bougé.

Ca va bien et toi ? 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

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L'attente

Publié le par Opale

L'attente...je commence à maîtriser le concept. 8 mois que j'attends.

Au début je n'attendais pas, je m'étais dit qu'il fallait bien compter trois mois avant que quelque chose ne bouge.

Je n'attendais pas, mais j'anticipais. Je me demandais à quel moment il saurait que j'ai porté plainte, mais surtout comment il réagirait. "Et s'il pète un câble, et s'il me tue, et s'il tue ma mère ??" 

Alors les décharges d'adrénaline à la moindre pensée, la moindre anticipation...l'envie folle de retirer cette plainte pour ne plus avoir ce sentiment de jouer à la roulette russe avec ma vie. Attendre, imaginer, anticiper, cauchemarder.

Le xanax devient un ami fidèle pour se calmer ou à trop forte dose pour fuir deux ou trois heures dans le sommeil .

 

Chaque 27 du mois, compter mentalement...3 mois sont passés , je me décide à appeler, la peur au ventre à l'idée d'avoir à parler à l'abruti qui m'a reçue le jour J.

Ce n'est pas lui,il n'est plus là, son remplaçant m'explique qu'il y a encore pas mal de dossiers avant le mien et qu'ils attendent le résultat de mon expertise psychologique. Il faut attendre encore, oui je serai sûrement entendue à nouveau, oui ma mère et ma soeur seront convoquées, oui mon agresseur le sera en tout dernier lieu.

 

La vie doit continuer, il le faut, mais l'actualité n'aide pas et l'affaire DSK fait entendre 15 fois par jour ces mots pénibles "plainte" "viol " justice" ...difficile de s'en éloigner.

Le temps passe de plus en plus lentement, de plus en plus lourdement.

27 juillet : 6 mois déjà.

Je rappelle à nouveau mais rien n'a bougé. Ils attendent toujours le compte-rendu de l'expertise psy, le policier me dit que ce sont les délais normaux, entre 4 et 7 mois pour les recevoir. Génial..

Une petite phrase est lâchée "à mon avis, il y a des chances que ça bouge vers septembre / octobre" . Je me raccroche à cette phrase, je m'ordonne intérieurement de ne pas rappeler avant fin octobre.

 

J'attends. Septembre arrive et j'attends, de plus en plus difficilement, avec de plus en plus d'angoisses.

J'attends, à leur merci, à l'affût du moindre coup de fil tout en étant terrifiée à l'idée d'entendre "bonjour, c'est le commissariat" .

J'attends et je m'épuise intérieurement, encore une fois je ne tiens pas longtemps au boulot sans un arrêt de travail, encore une fois j'ai honte.

J'attends, avec ce sentiment insupportable de ne plus rien maîtriser. C'est eux qui ont les cartes en main, je viendrai quand ils me siffleront.

 

Octobre est là et je me contiens pour ne pas appeler tout de suite. A quoi ça servirait à part me faire dire qu'on m'appelera s'il y a du nouveau ?

J'attends mais il ne faudrait vraiment, vraiment pas que ça dure plus longtemps . Jusqu'où repousse-t-on nos capacités de résistance, je ne sais pas...

 

3 octobre 2011, il y a 8 mois et une semaine, j'ai signalé en portant plainte qu'un pédophile se ballade tranquillement...pendant que j'attends.

 


Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

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