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Vivre après...

Publié le par Opale

Vivre après ça...après la plainte. Je n'ai pas encore trouvé le mode d'emploi.

Je suis là, je tourne en rond, je survis, je slalome entre mes peurs, mes souvenirs, j'essaye de parsemer ma vie de quelques bons moments mais je reste en suspens.

Je suis là suspendue à un fil, ou à un coup de fil . Celui qui me dira qu'on a enfin pris en compte mon histoire. Celui qui me dira que mon message est passé, que mon abuseur l'a reçu, qu'il sait que j'ai porté plainte.

 

Je n'ai pas vraiment rencontré de ces gens qui demandent pourquoi on porte plainte "si tard" . Que leur dirais-je si je les avais face à moi ?

Qu'à chaque jour qui passe je comprends pourquoi tant de victimes hésitent ou renoncent , qu'à chaque jour qui passe je me demande ce qui m'a pris de mettre ma vie en danger, de faire tourner la roulette russe, appuyer sur la gâchette et voir si ça va tirer, s'il va me tuer.

 

Ils auront beau faire tous les beaux discours du monde tous ces gens , conseiller la patience ou bien encore dire mille et mille fois "il faut parler, dénoncer" , non non et NON ils ne sont pas à notre place, pas à MA place.

Ils ne rêvent pas de lui la nuit, ils n'ont pas peur quand le téléphone sonne, ils n'ont pas envie de se tuer en pensant que peut-être ça va durer encore 2 ou 3 ans, ils n'ont pas envie de se tuer en pensant que peut-être on va les tuer , ils n'ont pas ces saloperies de souvenirs qui reviennent pour un mot, une image ,une pub, un film... ils ne sont pas en train de se demander si à Noël il l'a "fait aussi", bien sûr de toute façon, pourquoi y aurait-il eu une trêve ??

 

Alors oui être patient, se donner du bon temps, lâcher prise sur cette attente, ne pas se cantonner à cette place de victime, essayer de voir l'avenir, se dire que le plus dur est fait, etc etc ...Je sais, j'entends, je lis, je le pense même moi-même parfois mais NON ils ne sont pas à ma place, ils ne peuvent que se faire gentiment croire que je tiendrai encore et encore, debout toujours Opale, souriante toujours Opale, jamais prise en flagrant délit de mauvaise humeur.

 

Tout va bien, rien d'alarmant, pas de TS, pas de passage à l'acte, personne n'a à paniquer, c'est pratique, super pratique ce style de victime pro de la souffrance intérieure.

 

C'est probable que je tiendrai, probable que si ça n'avance pas j'affronterai le 27 janvier en sachant que ça fait 1 an de survie , encore pire que la survie d'avant cette putain de plainte.

Puis il viendra le temps où il "recevra mon message" et où j'en crèverai de peur de savoir s'il va me tuer. Il viendra le temps où on me dira que je suis forte, courageuse de l'affronter mais NON je ne suis ni forte ni courageuse, je crève de trouille devant ce type, il me semble immortel avec sa vie mystérieuse et ses peut-être 10 ans de Légion Etrangère. 

Je ne veux pas qu'il meure avant de pouvoir l'affronter, mais s'il venait à mourir, je voudrais le tuer moi-même une deuxième fois pour être sûre, sûre qu'il ne revienne pas, sûre de ne plus être en danger, parce que oui à chaque instant je me dis qu'il peut se venger, il se fout de tout j'en suis sûre, la taule, la mort, il n'a pas peur, aucun regret, aucun remord.

 

Ca fait 10 mois et je sature, je ne veux plus entendre parler de patience, de courage, de rien...je veux envoyer valser tout le monde , qu'ils se taisent tous, NON ils ne sont pas à ma place.

Ils ne m'ont rien fait, ils m'aident, me soutiennent, je suis désolée pour eux que j'aime tant mais si je ne me mets pas à gueuler, je ne tiendrai pas éternellement.

 

J'écris, je crie...Non, personne n'est à ma place.

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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

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