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Capable

Publié le par Opale

"La juge et moi pensons que vous êtes capable d'assumer cette deuxième confrontation, vous vous exprimez bien, c'est malheureux à dire mais vous être une "bonne" victime contrairement à d'autres qui ne sont pas en état de parler, qui n'ont pas les capacités intellectuelles "

Je suis capable de quoi madame mon avocate ? Capable de ne pas me foutre en l'air après avoir approché à nouveau du coeur de sa folie ? Oui probablement.

Mais que savez-vous des heures et des jours d'après ? 

Que savez-vous, vous, la Juge, la Justice de ces journées d'enfer où se réveiller est une souffrance , où l'angoisse est là dès la première minute ?

Que savez-vous de tout ce discours gravé pendant des années et qui remonte et m'envahit dès que je l'entends parler et même dès que je le lis ?

Que savez-vous de mes larmes, de mes messages paniqués sur le répondeur de ma psychologue pour lui demander si je suis en train de devenir folle, pour lui dire que je ne veux pas qu'on m'enferme ?

Je suis une "bonne victime" ou une professionnelle de la dissociation pour l'avoir pratiqué pendant toutes ces années de torture ? 

Non vous ne m'avez pas vue pleurer lors de l'audition chez la Juge, non vous ne m'avez pas vue craquer, vous avez vu une victime qui parle des abus subis, qui regarde la Juge dans les yeux quand elle s'adresse à elle.

Vous ne voyez pas celle qui est en moi et qui en crève de maîtrise, vous ne voyez pas celle qui hurle en entendant ces mots sales, celle qui voudrait tout casser en vous entendant vous et la Juge parler d'un détail précis d'abus comme s'il s'agissait du dernier disque sorti la veille...

Je sais madame mon avocate que vous voulez aller au bout de cette affaire, que vous pensez bien faire, je sais que cet homme mérite la prison.

Mais qui suis-je pour la Justice , juste cet outil qui peut leur servir à peut-être, je dis bien peut-être aboutir à un procès qui peut-être l'amènera en prison.

Je vais devoir payer ce prix parce que je ne saurai pas résister à la pression que vous et la Juge faites peser sur mes épaules en me disant que si je ne vais pas à cette deuxième confrontation, le dossier tombera à l'eau.

La Juge était déçue me dites-vous...Entre nous je m'en fous madame mon avocate.

Moi je ne suis pas déçue non, je suis ravagée, ravagée à l'idée d'encore une fois le voir, d'encore une fois l'entendre et constater encore et toujours comme vous le savez qu'il va continuer de fanfaronner , de piétiner ma souffrance et de jouer avec délectation avec la Justice.

Que faut-il de plus ? J'ai déclaré des faits le 27 janvier 2011, je les ai confirmés devant lui en confrontation le 29 mai 2012, je les ai confirmés devant la Juge ce 17 septembre 2012.

Cela ne suffit pas juridiquement me dites-vous, mais combien de fois suffiront ? Combien de fois devrai-je confirmer ce qu'il m'a fait, pendant que lui s'amuse et jouit de toute sa perversité à voir tout le monde avoir de l'attention pour lui, peu importe la forme de cette attention ?

Vous savez ce que je déteste plus que tout au monde madame mon avocate ? C'est que l'on voie mes émotions, que l'on voie mes larmes, ma peur, c'est qu'on puisse s'apercevoir à quel point je voudrais me recroqueviller dans un coin au lieu de rester là, stoïque en entendant ces horreurs.

Vous vantez ces années de travail sur moi en thérapie, certes oui et pourtant je ne commence que seulement à oser laisser aller quelques émotions, à en avoir moins peur.

Et vous me dites madame mon avocate que ma présence est indispensable pour la Juge, que tout va reposer sur moi, vous me dites "vos réactions vont être observées tout au long de la confrontation"

Il y en a un autre madame mon avocate qui a passé 6 ans de sa vie à observer mes réactions...mes réactions à ses gestes pervers . C'est contre lui que j'ai porté plainte.

Alors sachez juste que tout ce dont j'ai envie encore une fois, c'est de me détruire pour vous montrer à quel point je ne veux pas subir cela à nouveau.

Non je ne suis pas "capable" , j'en crève de peur et de douleur à l'idée de le revoir, d'être encore aspirée par sa folie qui me dévaste.

Et pourtant, probablement que je vais devoir vous obéir à vous et à la juge pour céder à ce que je considère comme du chantage fait à une personne vulnérable.

Me donnez-vous le choix ? Si je n'y vais pas et que le dossier aboutit à un non-lieu sans procès, tout reposera sur ma responsabilité , sur mon refus.

Vous ne serez pas là madame mon avocate, ni vous ni la Juge, quand après l'avoir revu , je serai submergée par mes souvenirs et par sa folie, sa perversité qui m'engloutit encore et encore à chaque mot prononcé.

Lui sera là, dans ma tête, à me retourner le cerveau, car lui est "capable" madame mon avocate.

 

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Tu déclares...

Publié le par Opale

Je t'ai lu, j'ai lu tes auditions de garde à vue, j'ai lu ton audition chez la juge d'Instruction.

J'ai lu et je suis là, abasourdie, anéantie, perdue encore une fois d'avoir approché ton discours pervers. Tu es fort, très fort pour me retourner le cerveau, tu n'étais même pas là et pourtant...

 

J'ai "de la chance" tu n'as pas l'occasion de me salir en affirmant que je voulais tout ça puisque tu joues la carte du je ne me souviens pas.

 

Mais le reste, le reste me rend folle, le reste me donne le sentiment de basculer encore une fois dans la 4ème dimension, dans ta 4ème dimension.

 

Je n'ai pas seulement lu, je me suis aussi retrouvée face à une juge d'Instruction qui connaît bien ce genre d'affaires mais qui est scotchée, abasourdie, qui ne comprend pas comment tu fonctionnes, qui n'a qu'une hâte c'est que tu passes en expertise psychiatrique.

Je me retrouve devant une juge et une avocate qui n'ont je cite "jamais vu ça" et je réalise jusqu'à en crever de douleur que ce fou dont elle parle, ce type que personne ne comprend, ce mec qui désarçonne des pros de ces affaires, j'ai vécu avec, j'ai été dans ses griffes pendant 16 années d'affilée.

 

Elles sont là et ne comprennent pas, ni pourquoi tu ne nies pas, ni pourquoi tu n'es pas allé"plus loin" que ce que je déclare dans les abus, aucun des abuseurs qu'elles ont vu n'avait ces "manières"

Tu dois jubiler à jouer au con, à jouer avec la limite, ma psy m'a dit que le pervers avec la limite, elle m'a dit que peut-être, même si elle ne peut rien affirmer, peut-être qu'on se retrouvait avec une personnalité psychotique.

 

Je suis là je les vois tous largués devant toi , et moi, je faisais comment petite fille de 9 ans, 10 ans, jusqu'à jeune adulte de 24 ans pour survivre dans ce tourbillon de folie ?

 

Tu déclares que tu ne te souviens pas, que tu ne comprends pas, tu te joues d'eux, ils m'ont dit au moins 3 fois que tu es extrêmement intelligent.

Tu me fais peur, ta folie me fait peur.

 

Au flic qui exaspéré de tes "je ne me souviens pas" te demande si tu as tué quelqu'un, tu réponds "j'en sais rien" 

Tu oses blaguer sur ce qui t'es reproché en disant "si j'ai caressé c 'est un bon début " puis en précisant que c'est une blague sur ce qui t'est reproché.

 

Tu ne te souviens de rien sauf une chose, que tu nies vigoureusement....Tu nies de toutes tes forces que je te portais le café dans ta chambre. Tu le maintiens aux flics et à la juge.

Pourtant tu mens, je te le portais si souvent ce putain de café, parfois 5 fois dans la matinée quand je n'en pouvais plus de m'ennuyer seule et que tu ne te levais pas avant midi au moins.

 

Et voilà comment je bascule, voilà comment sur un simple détail j'ai l'impression de devenir folle, voilà comment ce matin j'ai failli me rendre à l'hôpital pour appeler au secours, tout en ayant peur qu'on me colle en HP si je dis "je ne sais plus quelle est la réalité"

Ce sentiment de basculer, hier en fin d'après-midi, puis ce matin dès le réveil et encore là pendant que j'écris. J'ai peur, horriblement peur de devenir folle et de perdre pied avec la réalité.

 

Comment sait-on si j'ai dit la vérité ? pourquoi tu nies cet infime détail...

Pour me manipuler, pourtant je le sais on me l'explique mais ça suffit pas, j'ai le cerveau à l'envers et je panique encore plus à l'idée de devoir te revoir .

 

Qui es-tu ? Fou ? Psychotique ? Pervers ? Je ne sais pas mais je n'en peux plus de toi...

Je n'ai même plus la force d'expliquer tout ce que tu as déclaré, tout est tellement fou...

 

J'ai trop peur de devenir folle, et toi ça t'amuse tout ça, ça t'amuse ce jeu avec la justice, pendant que moi j'en crève à chaque étape qu'on me fait subir en ce moment.

 

Je te hais, demain serait une bonne date pour que tu meures, un beau cadeau que tu me ferais, le seul de toute ta vie.

 

Demain j'ai 34 ans, et tu as su gâcher 26 ans de ces 34 ans...je mets toutes mes forces dans l'avenir mais je n'en peux plus, ta folie m'épuise encore une fois, rien qu'en t'ayant lu, rien qu'en ayant entendu la juge me dire "monsieur nie que vous lui apportiez le café"

 

Demain j'ai 34 ans et je ne souhaite que ta mort, pour qu'enfin cesse toute cette procédure et que j'en termine avec le poison que tu as mis en moi.

 

Publié dans émotions en vrac...

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Rdv avocate

Publié le par Opale

Voilà, je vais vous raconter ça un peu en vrac , alors autant dire que l'article sera tout pourri (si tant est que les autres le soient moins ^^ )

 

Je pensais pouvoir lire le dossier comme prévu, c'est à dire avoir accès à ce qu'il a déclaré en garde à vue et chez la juge notamment.

Mon avocate n'a pas souhaité que je le lise avant l'audition chez la juge qui aura lieu lundi, elle ne veut pas que j'ai l'air trop préparée, car déjà c'est d'après elle assez rare qu'une victime veuille lire les PV..

Bon elle me dit que souvent les victimes déposent plainte sans avoir fait le travail thérapeutique avant et que c'est pour ça que j'en suis à un autre cap (encore heureux hein, 7 ans de thérapie bordel , c pas pour rien )

 

Elle m'a expliqué que la juge d'instruction est quelqu'un de très bien, que contrairement à beaucoup elle connaît bien les réactions des victimes, que par exemple elle n'a pas besoin de lui expliquer si une victime semble détachée en racontant son histoire etc.

Par contre elle est aussi "brute de décoffrage" et va d'après elle sûrement me donner l'impression de ne pas me croire, par des questions parfois déstabilisantes, gloups.

Mon avocate sera donc à mes côtés, elle est surtout là pour vérifier que tout se passe bien et poser une question ou deux éventuellement.

 

Elle m'a expliqué que mon agresseur est donc mis en examen depuis le 4 septembre, jour où il a été auditionné chez la juge. Il est sous contrôle judiciaire et a interdiction de m'approcher ou d'approcher ma mère (yessss ! )

Elle m'a expliqué qu'il continuait dans sa version "je me souviens pas" et que la juge l'avait pas mal secoué.

Elle m'a finalement lu l'entretien qu'il a eu chez la juge, c'est assez folklo, d'ailleurs mon avocate attend avec impatience qu'il soit convoqué chez un psy pour expertise, car elle me dit qu'elle en a pourtant vu et même défendu des abuseurs mais que lui est particulièrement givré.

Dans le car du retour j'ai noté en vrac ce qui me revenait de ce qu'elle m'a dit...

 

Il déclare donc ne pas se souvenir donc ne pas savoir s'il m'a fait quelque chose, ça l'étonnerait beaucoup.

Il a quelques problèmes de repères temporels d'après lui, il a été paraît il renversé par une mobylette il y a 6 ou 7 ans, après que ma mère l'a viré.

 

Il aurait préféré que ma mère lui dise pourquoi elle le virait, il ne se souvient pas qu'elle lui ait dit que c'est pour ce qu'il m'a fait (bah tiens...)

Il pense qu'il a été viré car il avait bu du whisky avec des copains de jardin et que ça n'a pas plu à ma mère (mouhahahaha ) et qu'elle a attendu qu'il soit endormi pour appeler les flics (Barbie grosse menteuse ^^ )

La réalité est toute autre, ma mère lui a dit le matin quand il était à jeun, qu'elle savait ce qu'il m'a fait, il n'a rien répondu , s'est laissé engueuler et a fini par aller faire un tour. Il n'est pas revenu le midi mais est revenu le soir tard, ivre mort et menaçant.

J'avais conseillé à ma mère de s'enfermer dans la chambre, ce qu'elle a fait et il frappait dans la porte en disant qu'il allait être "encore plus méchant" c'est là qu'elle est passée par la fenêtre du rez-de-chaussée pour prendre sa voiture et partir chercher les flics.

Quand ils sont revenus effectivement il s'était endormi.

 

Il ne comprend pas pourquoi je n'ai pas porté plainte à ce moment-là, dit qu'on m'a peut-être conseillé. La juge lui a fait remarquer que si j'avais voulu l'enfoncer j'aurais déclaré des choses encore plus "poussées" (je vous épargne les détails) et il a répondu que j'ai peut-être été mal conseillée.

Il ne sait pas pourquoi je fais ça, je n'ai pas l'air d'une menteuse (bien aimable...)

 

Il ne se souvient pas que je lui portais le café dans sa chambre, ça l'étonne beaucoup (bah putain j'aurais dû lui balancer dans la gueule son café)

 

Il est étonné que ma mère ait déclaré qu'il était insultant "ta gueule", t'es conne etc, c'est selon lui "pas le genre de la maison" d'insulter sans raison (et la marmotte...)

Il ne buvait pas tant que ça non plus c'était occasionnel... bien sûr bien sûr...juste minimum 1 litre de vin par jour quand il n'était pas saoûl.

 

Il a été interrogé sur ses relations sexuelles et même sa capacité physique à en avoir, il a déclaré aux flics et à la juge qu'il avait effectivement des cassettes pornos chez lui (pas chez ma mère ça c'est vrai) , qu'il s'était payé le "luxe" pour voir si "la mécanique fonctionnait encore" car il n'avait pas eu de relations depuis ses 20/25 ans.

Pour lui des relations ça ne peut aller qu'avec des sentiments et être amoureux (sortez les violons..)

Il a déclaré en parlant de son sexe que "le collègue" fonctionnait encore (je jure tout est vrai dans ce que je vous raconte)

 

Ce blaireau lors de la confrontation avait dit au flic "si je me souviens d'un truc je vous rappelle", et bien figurez vous qu'il a redit ça devant la juge, il lui a sorti "j'ai dit au policier que je pouvais le recontacter si je me souvenais de quelque chose mais cela n'a pas semblé l'intéresser"

Sérieux, même en le connaissant je ne me ferai jamais à sa folie, il est flippant.

 

Il a déclaré qu'effectivement dans la période où il était chez ma mère il ne travaillait pas (20 ans quand même..) mais qu'il ne demandait pas le RMI ou les assedic car il ne trouvait pas ça logique (c'est sûr c'était mieux de prendre tout son fric à ma mère)

 

Quand ma mère l'a viré, il déclare que comme il avait un jardin ouvrier il est allé y vivre mais que ça a déplu à la mairie...Oh ben ça alors, c'est dingue hein ? Ouais c'était juste un peu le jardin que louait ma mère avec son fric à elle et qu'elle a donc résilié quand elle l'a viré.

Bref c'est ainsi qu'on lui a dit de voir l'assistante sociale et c'est ainsi qu'il a eu son logement (l'enfoiré alors qu'il y en a tant qui galèrent pour ça !)

 

Petit bonus pour les copains docs, quand il a été renversé il a été emmené aux urgences, un liquide rose s'écoulait de son nez et l'infirmier lui a dit "vous devez savoir ce que c'est . Mais oui mais oui...bah du vin peut-être hein qui sait ;-))

 

Voilà en gros...Je riais nerveusement en entendant certaines choses, à un moment j'ai dit "c'est dramatique" tellement j'étais consternée et l'avocate me dit" oui". 

 

Il faut maintenant attendre lundi pour l'audition chez la juge et ça c'est l'angoisse, j'ai dit à l'avocate que je maîtrisais beaucoup et qu'il ne fallait pas que la juge se fie à ça, et elle m'a dit que ça se voyait que je maîtrise (zut j'suis repérée)

Elle m'a dit également qu'elle trouve que je veux aller trop vite, lire le dossier et tout au lieu de prendre le temps de digérer...Ca doit être mon côté impatiente , mais bon c'est vrai que j'ai surtout un gros besoin de tout maîtriser dans cette affaire et ce n'est pas évident avec la justice.

 

Il n'est pas encore sûr que j'aie l'aide juridictionnelle totale, j'espère ne pas avoir de mauvaises surprises, auquel cas elle me dit que de toute façon je ne paierai rien tant que je n'aurai pas eu de dommages et intérêts (euh oui mais s'il n'y a pas procès ? )

En sortant je me disais genre oh ça va c'était pas si dur, mais j'avoue que 45 mn plus tard le deuxième effet kiss cool commençait à se faire sentir, lire ou entendre son discours pervers reste encore hyper violent .

D'ailleurs mon avocate disait soit il ne se rend pas compte (j'en doute fort) soit c'est un grand pervers et là il s'éclate car il peut même jouer avec la justice.

 

Publié dans La plainte

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Avenir ?

Publié le par Opale

J'ai eu un avenir il y a longtemps . Je m'en souviens c'était bien.

Je ne me posais pas de questions, je savais ce que je voulais faire, j'avais tracé mon chemin dans ma tête, j'avançais tranquillement dans mes études, sans réelle crainte d'échouer.

 

Comme tout le monde, petite j'ai voulu faire plusieurs métiers : souffleur de verre (si, si), dessinatrice (les enfants sont inconscients ! ) et professeur de maths (oui elles étaient faciles mes fiches de maternelle ! ).

Puis j'ai eu à peu près 8 ans et j'ai commencé à vouloir être institutrice, et plus précisément en maternelle.

 

Il faut dire qu'à l'époque l'école, c'était le monde idéal pour moi, le lieu où les gens étaient gentils avec moi, que ce soit les camarades de classe ou les enseignants. Pas de cris, pas de peur, ça changeait de la maison où "lui" venait d'arriver.

Tout était bien à l'école puis plus tard au collège, au lycée, à la fac, même ce qui comme chaque élève pouvait me "saoûler" était bien quand même, car il y avait toute cette ambiance particulière de la scolarité, celle qui me sauvait, celle dont je suis nostalgique.

Mes souvenirs d'anniversaire c'est à l'école, mes souvenirs de pique-nique, de voyage, c'est à l'école. S'endormir doucement rassurée et se réveiller de la sieste avec une jolie rose en tissu à mes côtés, c'est encore à l'école.

Puis il faut dire que dès cet âge je commençais à feinter pour me faire "oublier" de temps en temps dans la cour des petits ou alors je traînais le midi avant de rentrer chez moi et je passais mon temps avec 2 ou 3 tout-petits accrochés à moi, j'adorais ça, je me faisais d'ailleurs un peu sermonner sur le fait que je les portais alors qu'ils étaient là pour apprendre à être plus autonomes.

 

Dans ce monde idéal de ma scolarité, c'est vrai que les adultes ne voyaient rien de ce que je vivais à la maison . Je ne leur en veux pas car je suis persuadée que j'étais "indétectable" . J'avais beau passer des nuits blanches à 9 ou 10 ans, je ne me suis jamais endormie en classe, j'étais toujours concentrée, souriante, je travaillais bien, j'avais des camarades, que demander de plus et pourquoi s'alerter ?

 

Les années se sont donc écoulées ainsi, j'ai sûrement travaillé dix fois plus que d'autres élèves ayant les mêmes capacités, car il était plus difficile de se concentrer sur un devoir de maths ou une leçon de géographie quand ça criait à côté, quand par moment je ne pouvais plus rien faire, et que j'étais là à attendre et à absorber ces cris en moi.

Le manque de sommeil jouait aussi sûrement, l'épuisement nerveux, la peur, tout ce qui a fait que je me souviens de mon bac blanc de philo, pendant lequel je me demandais si je devais fuguer ou me suicider, ce qui ne m'a pas empêché d'avoir 13 et de ne choisir au final aucune des deux solutions heureusement.

Tout était tracé dans ma tête, à partir de la fin de collège notamment, je savais que je passerais un bac littéraire puis que je rentrerais en fac soit de lettres soit de langues pour ensuite rentrer à l'IUFM et accéder à mon rêve.

 

Les années passaient et une chose seulement avait évolué, je souhaitais au bout de quelques années d'enseignement me tourner vers l'enseignement spécialisé, travailler avec des enfants autistes. Je serais donc enseignante spécialisée, c'était mon avenir.

 

Je ne collais donc pas vraiment à ce que certains bouquins décrivent de la victime "type", en échec scolaire, en détresse visible, qu'on repère à 10 kilomètres à la ronde.

Non il n'y a pas eu un avant et un après les abus, en tout cas rien qui mette mon avenir en péril à ce moment-là . J'avais un avenir oui et je réalisais en grandissant que ces études que je poursuivais, j'en avais le mérite à moi seule, c'est la seule chose dont j'étais fière et dont je suis encore fière.

 

Un bac littéraire, un DEUG , une licence d'espagnol (pourquoi espagnol ? parce qu'il faut bien une licence pour rentrer à l'IUFM !) et une réussite au QCM de sélection plus tard, ça y est, j'ai ma carte d'étudiante à l'IUFM.

L'année se passe entre stages d'observation et cours, tout va bien.

 

En fin d'année scolaire pourtant, je commence à me sentir mal sans comprendre pourquoi. J'ai le cerveau qui tourne à 1000 à l'heure même la nuit, ça ne va pas, je sèche les quelques cours de fin d'année. Je cherche la réponse à mon mal-être auprès d'un psy en ligne (ne faites pas la même connerie que moi, merci) qui évidemment ne m'aide pas.

Vient l'heure de passer le concours, je passe toutes les épreuves, il n'en reste plus qu'une, un oral devant le jury composé de trois personnes. Je dois défendre mon dossier de stage.

Je rentre dans la salle de préparation et là c'est le blanc total, je ne sais plus quoi écrire je panique, je griffonne deux mots.

Le temps de préparation passe, on ne vient pas nous chercher, on doit y aller seul et ce détail va tout faire basculer.

Je me lève et....je pars m'enfermer dans les toilettes. Le jury me cherche partout, j'attends longtemps, longtemps, je ne pense plus, je ne réalise plus ce que je suis en train de faire même si je songe vaguement qu'il va falloir dire à ma mère qui m'attend dehors que je ne suis pas allée à mon oral et que je suis donc éliminée.

Je finis par sortir de là et rejoindre ma mère, je fonds en larmes, elle est atterrée et ne comprend évidemment pas ce qui s'est passé.

Quelqu'un repère la voiture, un membre du jury, il vient me demander si je veux tenter quand même, je ne peux pas, je suis dans un état lamentable, je ne peux plus.

 

Fin de l'avenir...

Le verdict va tomber quelques jours après, si j'avais eu 6/20 à cet oral j'étais prise du premier coup car mes notes étaient bonnes ailleurs, juste 6...mais évidemment j'ai eu le zéro éliminatoire.

 

Les mois qui vont suivre je ne saurai plus vraiment quoi faire, vers où aller...je repasse le concours l'année d'après en candidat libre sans conviction, sans envie, sans avoir travaillé, je n'ai plus confiance en moi, en ma capacité de tenir une classe, c'est fini.

Je vais alors commencer une longue valse de CDD en CDD dans l'administratif. Boulots alimentaires.

 

Cet auto-sabotage était en juin 2001, ce n'est que des années après que j'ai réalisé et compris qu'il n'était que le début de l'explosion de cette bombe que serait la révélation de l'inceste, bombe qui va exploser en janvier 2003, au détour du forum d'une association.

 

C'est terminé, je n'ai plus d'avenir à ce moment-là, il y a un avant et un après les révélations.

Mai 2003 je ne supporte plus d'être encore sous le même toit que mon agresseur, je prends mon indépendance en comptant sur mes CDD et le chômage, puis quelques temps plus tard pour stabiliser ma situation je passe un concours d'adjoint administratif dans l'éducation nationale. Me voilà "à l'abri", pas riche loin de là mais avec l'assurance d'un emploi et d'un salaire.

Je vais vite me rendre compte que me voilà surtout prisonnière du système qui dès lors ne m'autorisera comme toute possibilité de reconversion qu'une seule année de formation éventuelle, sans aucune prise en charge des frais de scolarité . Mon statut de fonctionnaire m'interdit toute aide financière pour ces frais, sans compter différentes autres contraintes qui font que non je ne pourrai plus me servir de mon niveau d'études pour faire le métier de mes rêves, ni même me servir simplement de mon bac pour devenir éducatrice de jeunes enfants.

 

Jamais je n'ai jugé quelqu'un sur son niveau d'études ou sur le niveau d'études que demande son métier, et pourtant quand moi je me retrouve à faire un boulot que je n'aime pas, en "catégorie C" c'est à dire ne nous mentons pas niveau brevet (même si ceux qui passent les concours sont surdiplômés comme moi ), j'ai mal, mal à ce gâchis , mal à ces études dont j'étais si fière, pas de la fierté de celle qui se sent plus forte que les autres non...mais de la fierté de celle qui a pu réussir du premier coup ses études malgré la peur, les cris, les nuits blanches, l'inceste...malgré lui.

J'avais un avenir et à l'heure actuelle, même si je tente d'enfin changer de voie, j'ai le sentiment que tout est fini, j'ai perdu toute confiance en la vie et en l'avenir le jour où j'ai révélé ce que j'ai subi. Tout s'est écroulé d'un coup et absolument rien ne me donne d'espoir, ce n'est pourtant pas faute de lire des témoignages positifs, mais rien n'y fait.

 

A l'époque où j'avais un avenir, je ne savais pas encore qu'en fait il me l'avait déjà volé et que tant d'années après je serais embourbée à sa recherche.

 

Vous me direz sûrement "mais si, tu as un avenir, tu es encore jeune" , je sais, j'ai un avenir, en théorie. Pourtant je n'en ressens pas le moindre prémice.

 

Pour le moment je lutte, pour simplement reprendre le boulot sans penser sans cesse à quel point je me sens inutile, à quel point j'ai tout gâché en une fraction de seconde. Il ne faut pas avoir de regrets je sais bien, et je me suis même souvent dit que sans tout cela peut-être que je n'aurais jamais rien révélé, peut-être que je ne vivrais pas dans la ville où je vis actuellement et peut-être alors que je n'aurais pas rencontré ma psychologue...

Peut-être.

 

C'est pas écrit dans les bouquins que tout s'effondre quand on parle. On nous dit qu'il faut parler, mais on ne nous prévient pas qu'on risque de perdre le fragile équilibre construit jusque là.

C'est pas écrit dans les symptômes : perte de votre avenir.

 

J'avais un avenir...avant de révéler mon passé.

 

 


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Publié dans émotions en vrac...

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