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Deuxième confrontation

Publié le par Opale

Ce texte sera le récit de la deuxième confrontation, un peu en vrac, un peu comme ça me vient dans les souvenirs à la fois embrouillés et douloureux de ce 14 février...

 

Lorsque mon avocate est arrivée, elle a commencé par me dire "je ne devrais pas vous le dire mais la juge n'a aucun doute sur les faits " . Même si je sais que ça ne donnera pas pour autant une condamnation ça fait toujours "plaisir à entendre"

 

Nous sommes arrivées à son bureau et mon agresseur n'était pas encore là, l'angoisse montait, et s'il ne venait pas ?

Son avocate a fait son apparition et lui est finalement arrivé une dizaine de minutes en retard , probablement à cause des trottoirs très verglacés.

 

La juge l'a d'abord fait entrer avec son avocate et les a placés sur les deux chaises de devant, puis mon avocate et moi avons été placées sur celles de derrière, je me retrouvais donc pile derrière lui mais dans l'impossibilité de le voir, ce qui en fait m'a paru frustrant et déstabilisant tout au long de cette confrontation .

 

On nous a précisés comment décaler nos chaises pour être dans l'angle de la caméra qui allait tout filmer , cela aussi est difficile, impossible de se sentir "naturelle" avec ce truc qui épie vos moindres réactions.

 

La juge  a commencé par lui adresser la parole et on a commencé fort dans de longues phrases pour ne rien dire , avec toujours ce ton de suffisance et de supériorité, cette façon de parler particulière et "manièrée" qui me plonge vite dans le passé .

On a notamment passé au moins 5 minutes sur sa définition de l'ivrogne et de l'alcoolique, je commençais à m'impatienter et à me demander si on allait le laisser longtemps sortir ses conneries.

 

La juge en est ensuite venue aux faits et m'a demandée si je confirmais mes accusations, ce que j'ai fait .

C'en est suivi une succession de questions, me demandant de repréciser des choses, lui demandant ensuite si ça lui disait quelque chose, le tout avec ses invariables "je ne me souviens pas, je ne vois pas "ça s'est produit ou non je ne sais pas" ou encore "ce n'est pas ma tasse de thé " lors d'une description d'un acte précis.

 

Je ne craquais pas, totalement enfermée hors de mes émotions depuis la veille, présente sans vraiment l'être, destabilisée malgré tout de tous ces "je ne me souviens plus" . Il arrive encore à me faire douter alors que je sais ne rien avoir inventé .

 

Si on résume ce qu'il répondait, il ne se souvient pas, il n'est pas du genre à menacer, il ne voit pas pourquoi il m'aurait empêcher de dormir, et j'en passe .

La juge m'a questionnée sur ce qu'il buvait, j'ai donc répondu que le minimum était une bouteille de vin le soir, minimum qui ne le rendait pas du tout saoûl.

Il a confirmé cela et quand la juge lui a fait remarquer que c'était beaucoup, il lui a répondu que dans une bouteille il n'y a pas un litre . Oh ben ça va alors...

A la question de savoir si ma mère buvait avec lui, la juge a eu droit à "oui elle buvait, de l'eau comme tout le monde . "

 

Il ne se "souvient pas" des abus mais n'est pas foutu de les nier farouchement, lorsque la juge lui demande si c'est possible ou impossible il répond "je ne vais pas dire que c'est impossible de quelque chose dont je ne me souviens pas, mais je ne vais pas en rajouter pour vous faire plaisir . "

Quand elle lui fait remarquer qu'il a dit de moi que j'étais bien élevée et pas une menteuse, il dit qu'en effet il pensait cela mais "qu'on a pas la science infuse" et que là il se demande s'il ne s'est pas trompé.

 

Lorsque la juge lui demande quel intérêt j'ai à porter plainte des années après alors qu'il n'a pas d'argent, et pourquoi je ne "rajoute" pas encore plus de faits dans mes déclarations, il ne sait pas.

Il réfléchit soi disant souvent à tout cela pour tenter de se souvenir, et là moment surréaliste, il dit à la juge que quand il se promène en campagne parfois des choses lui reviennent mais pas vraiment en rapport avec ce qu'on dit là.

L'espace d'une seconde je me dis qu'il va peut-être lâcher une toute petite info sur son comportement de l'époque, la juge lui demande ce qui lui revient et il répond "oh , des choses de jeunesse, que j'ai oublié de déclarer un trimestre pour ma retraite "

Ah. OK . C'était la chute et c'en est tellement hallucinant que j'ai failli me mettre à rire.

 

Interrogé sur son absence de sexualité , il repart dans des phrases à rallonge, la juge le met face à certaines déclarations de ma mère et je vais entendre ce qui va le plus me choquer et dont je ne pourrai parler qu'à ma psy, un élement très glauque du peu de sexualité qu'ils ont eu.

On ne doit déjà pas entendre parler de la sexualité de ses parents, mais quand les faits sont glauques et associés à un commentaire pervers , c'est horrible . Je me suis sentie sale d'entendre ça, ça renforce encore sa folie, sa perversité et le fait que ma mère était terriblement manipulable et fragile.

 

Avant la confrontation je m'étais dit que le seul moyen de le faire partir en vrille était de lui parler de ses propos mythomanes, je pensais que si la juge le lançait là-dessus il n'allait pas résister . Je me suis trompée.

Encore une fois il a trouvé une parade.

La juge lui a parlé de la légion entre autre et au lieu de s'expliquer ou d'en rajouter, il a dit à peu près ceci "plus c'est gros plus ça passe pour écoeurer les gens" 

Sa propre avocate lui a demandé de s'expliquer car elle ne voyait pas ce qu'il voulait dire par écoeurer . Il lui a donc répondu " si je vous dis que je suis milliardaire, vous n'allez pas me croire et vous allez partir non ? " elle répond que c'est probable . 

La juge rebondit et lui demande s'il veut dire que ma mère n'aurait pas dû le croire, il répond en gros que oui, et que quand c'est le cas c'est "qu'on n'a pas de bon sens" , le tout dit de manière très dédaigneuse.

Voyant que la juge répète la phrase pour la greffière il dit "oui enfin faut pas en rajouter" ce à quoi la juge lui a fait remarquer que tout ce qu'il dit est noté et filmé.

 

De mon côté je parle assez peu, les quelques questions de la juge portent en particulier sur les abus qu'il faut encore préciser, situer dans le temps, confirmer, c'est difficile.

A la fin son avocate me pose des questions, tente de me piéger sur les dates, le nombre de fois (elle a tellement insisté que j'ai fini par répondre que je ne prends pas de notes quand on m'agresse ) , le pourquoi j'ai porté plainte si tard. Elle m'a fait confirmer qu'il n'avait jamais été violent physiquement avec moi , sous-entendant ainsi que j'aurais pu arrêter tout cela puisque je ne risquais rien.

 

Le seul moment où il n'a rien répondu, c'est quand la juge lui a dit "nous sommes en train d'auditionner des membres de votre famille" , cette famille qu'il n'a pas vue depuis au moins 30 ans.

C'est terrible à dire car ce sont peut-être des gens bien mais je me réjouis de savoir qu'on va briser son image (si tant est qu'elle soit belle à l'heure actuelle) et dire clairement qu'il est accusé de viols sur mineur . Je savoure le fait que ça ait semblé le déranger, au point qu'il n'a strictement rien répondu à ça .

 

Nous avons ensuite signé les papiers et il est parti avec son avocate .

Je suis restée avec mon avocate et la juge pour finir de signer, et la juge a dit à mon avocate "maintenant vous avez vu le personnage" , ajoutant qu'elle en voit pourtant régulièrement des "pas nets" mais que lui est totalement insaisissable .

Elle parle comme si elle allait poursuivre et nous suggère déjà de réfléchir à une correctionnalisation ou un passage aux assises.

Correctionnaliser signifie qu'on "efface" les viols qui sont des crimes, et qu'on les transforme en délit, pour passer au tribunal correctionnel et aller plus vite. 

Le choix n'est pas simple car cette déqualification des faits est tout de même symboliquement dure à avaler.

 

Pour le moment je réfléchis et mon avocate également . Aux assises on passe plus de temps sur le dossier, on est beaucoup plus pris en compte, mais à partir de la décision du juge (à mon avis d'ici pas moins de 6 mois ) il faut compter deux ans pour un procès.

En correctionnelle c'est 6 à 8 mois.

Je penche donc pour l'instant pour la correctionnelle, ne me sentant ni la force ni l'envie d'avoir ma vie entre parenthèses tout ce temps encore et que dans deux ans et demi on vienne me demander à nouveau de tout raconter à la barre et de le voir faire le mariole devant les jurés et la salle d'audience, ravi d'avoir un public.

 

Voilà, après cette confrontation je suis épuisée, ça reste extrêmement difficile de réaliser avoir vécu avec ce type , c'est hyper douloureux à chaque prise de conscience.

Il faut digérer maintenant, pour le moment les abus qui me foutaient la paix depuis un moment me reviennent en tête et les cauchemars refont leur apparition.

Il va falloir du temps pour digérer la violence de sa présence, de ses mots, du doute qu'il réussit à mettre encore en moi, de sa folie si proche menaçant de m'emporter.

Il va falloir également gérer la frustration de n'avoir eu, contrairement à chez les flics, aucun moment où lui adresser la parole.

La colère faisant depuis peu son apparition, j'avais très envie de pouvoir lui dire qu'il n'avait "qu'à crever" et que personne ne le regretterait...



Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

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Là d'où je viens...

Publié le par Opale

Là d'où je viens il y a cet homme .

Il boit, il fait peur, il empêche de dormir.

Là d'où je viens il y a cet homme.

Ses mains franchissent l'interdit.

 

Mais il n'y a pas que cela.

Là d'où je viens cet homme est fou . Il dit tant et tant de choses qui se perdent dans ma tête d'enfant . Des choses bizarres, des choses effrayantes, des choses semblant impossibles , des choses, des choses, ça déborde de ma tête.

Il dit des choses que maman croit, ma pauvre maman si naïve et paumée, apeurée aussi.

 

J'ai grandi, j'ai porté plainte contre l'homme fou, bientôt je vais le revoir et subir à nouveau sa folie . J'ai peur encore une fois de me sentir emportée par son monde, peur de ses phrases, de ses comportements imprévisibles et tellement inimaginables qu'ils dépassent ma pensée, et me laissent là, sans possibilité de réfléchir.

 

Bien sûr ma psy m'a dit que non je ne deviendrais pas folle mais j'ai si peur, j'ai encore gravée en moi cette première confrontation, cet effondrement et toutes mes larmes en replongeant si violemment dans son monde, ce monde où j'ai grandi de force.

 

Il y a quelques temps j'ai demandé à ma mère de noter dès qu'elle se souvenait de ce qu'il disait, et peu à peu elle l'a fait . En la lisant j'ai constaté que je ne me souvenais pas de tout loin de là , et que d'autres choses oubliées m'étaient finalement familières.

 

J'ai raconté à des amis, ne sachant plus si je devais en rire ou en pleurer . J'ai ri, de bon coeur en délirant sur les situations, puis quelques heures plus tard je me suis sentie mal, si mal pour l'enfant que j'étais et qui devait survivre dans tout cela.

 

Je ne sais pas si les lignes qui suivront seront crédibles, mais elles sont vraies, d'ailleurs comment les inventer ?

Ces lignes sont en vrac ce qu'il a pu affirmer (une partie seulement, ma mère complètera un jour je suppose ), je les mets à l'affirmatif , mais elles seraient bien évidemment à mettre au conditionnel ou plutôt au "non existant" mais ce temps là n'existe pas, à mon grand regret il a existé.

 

Voici donc :

 

- Il a fait 10 ans de légion étrangère . Il a donc changé de nationalité et pris la nationalité monegasque , et a été reçu à la table du prince Rainier . Pour avoir cette nationalité il avait un studio à Monaco.

 

- A la légion il a été blessé et est resté deux ans sur un lit d'hôpital.

 

- Il a écrit pour Richard Clayderman, Dire Straits et Rondo Veneziano . Il faisait acheter du papier musique à ma mère et lui faisait poster ces partitions soi disant écrites à l'encre "invisible" au citron.

 

- Il pouvait s'il le voulait faire mettre de la drogue chez ma mère et la faire mettre en prison .

 

- Il pilotait un avion et allait chercher en Suisse des enfants enlevés à leur famille.

 

- Il était maire près de Bayonne et avait une entreprise là-bas, il recrutait aussi dans le Nord Pas de Calais

 

- Il avait repris une entreprise de frigorifiques sur Paris.

 

- Il avait un casier pour mettre ses affaires chez les gendarmes et faisait des rondes avec eux . Pendant ces rondes, il faisait veiller quelqu'un chez nous pour me garder la nuit .

Un jour les gendarmes sont venus le chercher en hélicoptère dans son jardin du campus et ses voisins n'en revenaient pas.

 

- Ma mère avait un petit carreau de cassé à son rétroviseur et il ne voulait pas qu'elle le répare car il disait que cela lui servait pour échanger des messages avec des gens, via des petits papiers mis dans l'espace formé par ce carreau cassé .

 

- Il ramenait des billets à ma mère et lui demandait l'équivalent en monnaie, pour payer des personnes qui lui donnaient des renseignements .

 

Voilà, je vous épargne ce qui concerne les différents emplois occupés.

 

J'ai mal, mal pour cette enfant que j'étais, plongée, noyée là-dedans.

J'ai peur, peur de l'entendre à nouveau, sa façon de parler me replonge sans aucun recul possible dans ce gouffre délirant .

 

Je suis fatiguée, certes j'ai survécu, certes je ne suis pas devenue folle, mais j'ai trop mal de tout ce gâchis et de la lutte pour s'en sortir.

 

Là d'où je viens, il y a cet homme que je vais revoir.


 

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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans Mon agresseur

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