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On vous a tellement trompée...

Publié le par Opale

Tu peux encore te cacher va, ça ne va pas tout de suite te tomber dessus, mais ça ne va pas tarder, ne crois pas que je vais t'épargner.

"On vous a tellement trompée, puis ça a été tellement refoulé que ça remonte violemment."

Non tu vois elle ne me parlait pas vraiment directement de toi, mais d'une émotion dont je n'ai pas le moindre souvenir : avoir eu peur de rester seule avec toi.

Elle m'a dit ça car j'ai beau ne pas m'en souvenir, j'ai beau même me souvenir du contraire et de tous ces moments où je me disais "maman ne doit surtout pas arriver" , impossible de faire l'impasse sur ce qui venait de se passer, moi à moitié dans le passé après quelques échanges sur les abus , lui disant d'un coup d'un ton apeuré "faut pas me laisser j'ai peur" . A la question "de quoi avez-vous peur ?" j'ai répondu " de rester seule avec lui " . Toujours terrifiée j'ai entendu au loin sa réponse "comme quand votre mère vous laissait" .

Tu vois, jusque là on ne parlait pas vraiment de toi, juste de mes émotions, de celles dont je ne me souviens pas mais qui ont existé, car ces mots qui arrivent soudain ne tombent pas du ciel, ce ressenti non plus. Tout ça a forcément existé.

Ce soir là, épuisée de cet aller-retour dans le passé, je me suis couchée à 19h30. Et le lendemain matin, certes je ne me sentais pas très bien, une séance remue toujours , mais alors que je m'apprêtais à faire je ne sais plus quelle chose du quotidien, j'ai senti l'angoisse monter et le besoin de m'allonger avec mon nounours.

" On vous a tellement trompée"

C'est là que tu entres en scène pauvre con, c'est là que je commence à parler de toi , c'est là qu'il s'agit de toi. Parce que ce "on" c'est toi, entre autres, mais surtout toi. Et soudain, alors que la veille cette phrase m'avait semblé banale car oui bien sûr je le sais tu m'as trompée ok c'est pas nouveau, intellectuellement c'est pas nouveau...Soudain disais-je , moi qui ne pleurais plus à la maison depuis des mois, chose qui d'ailleurs me gênait car cela donnait un effet cocotte-minute très désagréable à vivre au quotidien, je me suis retrouvée à fondre en larmes, là avec mon nounours dans les bras.

"On vous a tellement trompée"

Cette phrase s'est mise à passer en boucle dans ma tête, accompagnant mes larmes, et j'ai ressenti si fort et si violemment cette réalité, ta trahison. J'ai ressenti tout ce que je t'ai donné avec tellement de sincérité, tout mon amour de petite fille puis d'adolescente.

Quand tu es arrivé et que tu m'as connue j'avais huit ans et de l'amour à revendre. Tout cet amour perdu, envolé, que je ne pouvais plus donner, ni à mon père , ni à mon frère, tous les deux morts quelques mois plus tôt.

Je t'ai tout donné, de toutes mes forces et de tout mon coeur, j'ai cherché à ce que tu m'aimes, j'ai cherché à te faire rire, j'ai cherché à ce que tu sois fier . Face à ta personnalité j'ai dû surtout aussi rapidement chercher à ne pas t'énerver, ne pas te déranger, obéir.

"On vous a tellement trompée"

Je t'ai aimé de toutes mes forces, aussi fort que je t'ai craint sûrement. Je t'ai attendu des heures, terrifiée à l'idée que tu aies encore bu, et quand je te voyais revenir sobre, c'était comme si le bonheur entrait en moi, j'allais pouvoir te suivre partout, essayer de te faire rire, j'étais fière quand mes jeux de mots t'amusaient.

Je faisais tout pour m'adapter à toi, pas de bruit en mettant la table, pas de bruit pendant que tu écoutais la télé . J'ai tellement voulu t'aimer que parfois je suis devenue comme toi, quand maman se servait d'un appareil ménager bruyant, je finissais par aller fermer la porte de la cuisine avant même que tu le fasses. Longtemps après j'ai eu honte de ça, mais je me suis depuis pardonnée.

J'aurais tout donné pour qu'on soit heureux. Te souviens-tu ce soir-là ? Moi je m'en souviens. J'avais 11 ans, 12 peut-être, et tu avais bu. Maman était partie travailler pour la nuit et bizarrement tu n'étais pas particulièrement agressif ou énervé malgré l'alcool. Alors je t'ai parlé, de tout mon coeur, de toute la force de ma sincérité d'enfant. Je t'ai dit comme on pourrait être heureux tous les trois si tu faisais quelques efforts . Si tu buvais moins déjà, si tu traitais mieux maman, mais aussi si tu lui donnais un peu d'argent parce que quand même elle nous nourrit tous les trois et toi jamais tu ne fournis un seul centime. On pourrait s'amuser, on pourrait être bien, et j'y crois si fort qu'en te disant tout cela je pleure, j'espère si fort la fin de l'enfer, je suis si sincère en te parlant que je te parle en pleurant.

Alors tu promets, tu dis que ça va s'arranger, tu parles d'efforts et moi j'y crois . Je vais me coucher le coeur plus léger, je ferme la porte de ma chambre et quelques secondes après j'entends "qu'elle est conne cette gamine" . Tu viens de me porter un des pires coups de poignard . Tu viens d'anéantir mon coeur .

" On vous a tellement trompée"

Pourtant je vais continuer de toutes mes forces à tenter de t'aimer et d'être aimée, mais est-ce encore de l'amour ou est-ce que je te crains trop ? Je ne sais pas, je suis une ado au coeur d'enfant, avec des besoins affectifs si immenses qu'il est facile de me manipuler et c'est ce que tu vas faire. Pendant 6 longues années où mon corps t'appartiendra tu sauras me faire croire que c'est pour moi, que c'est normal, et j'y croirai. Je croirai surtout que c'est moi qui trompe quelqu'un : maman . Forcément je la trompe, elle me pense si innocente et je la trompe, je la trompe dans le lit de son mec, dans le sien, dans le mien...

Tu sauras exactement ce qu'il faut faire , être tout l'inverse de ce que tu es quand tu as bu. Tu es intelligent hélas et tu sais comme je te fuis et comme j'ai peur quand tu as bu. Tu sais aussi que lorsque je te vois sobre je suis si soulagée que je te suis partout, comme si la vie devenait d'un coup magnifique. Alors jamais tu ne chercheras à abuser de moi en étant saoûl, tu seras toujours parfaitement sobre quand tu le feras . Sobre et doux, et gentil, tout pour m'aveugler et me laisser engluée dans la culpabilité.

"On vous a tellement trompée"

Voilà tu vois, ce matin là, ça m'a fait mal à en crever de ressentir ta trahison, de réaliser cet amour piétiné et massacré par tes soins, en toute conscience . Je n'étais plus qu'une môme désespérée et en sanglots qu'on aurait rejetée, une môme qu'on aurait pas aimée, et pour cause : tu ne m'as pas aimée.

TU m'as tellement trompée.

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans émotions en vrac...

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Enfant-fantôme

Publié le par Opale

Il y a des compliments qui sonnent comme une condamnation.

- Elle est sage !

- On l'entend jamais !

- Elle joue toute seule.

- Elle s'occupe toute seule.

- Elle réclame jamais rien.

- Oh non, pas de crise d'ado elle fume pas elle sort pas...

- On a rien besoin de lui dire, elle se débrouille (les devoirs)

- Elle pleure pas elle joue au bout du lit.

- Elle fait jamais de caprices.

L'enfant-fantôme a intégré ce qu'on attend d'elle. Tout bébé déjà, d'un calme olympien. Au bout du lit de sa mère qui dort après sa nuit de travail, elle joue tranquillement, elle a 6 mois/1 an et ne dérange pas, elle ne réclame que pour le biberon . Même quand elle saura marcher elle n'ira pas rejoindre son père dans la salle, elle restera là , jouant seule et tranquille.

L'enfant-fantôme a tout retenu, c'est à peine si on a eu besoin de lui dire je pense, évidemment pas de caprices, évidemment qu'on ne redemande pas un gâteau chez quelqu'un , évidemment qu'on ne bouge pas, qu'on ne crie pas,

A l'école l'enfant-fantôme est quasi muette, surtout les premières années, plantée devant le grillage de la maternelle, emmenée par les enseignantes au chaud avec elles quand il fait froid.

Heureusement ça ne durera pas et elle saura finalement jouer en récréation, mais restera toujours très réservée en classe .

L'enfant fantôme est seule et joue seule, sort ses jouets, regarde les dessins animés, joue des heures avec ses poupées russes. Elle ne dérange personne.

Parfois elle s'ennuie et réveille sa mère pour le lui dire, mais reprend vite ses activités.

L'enfant-fantôme grandit et se débrouille très bien seule avec ses devoirs, ne demande rien , s'organise , prend de l'avance quand elle est au collège .

L'enfant-fantôme devient adolescente et sait bien qu'il ne va pas s'agir de se rebeller. Elle a bien assez entendu comme sa soeur en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents, elle a bien assez entendu à quel point elle n'est pas "comme sa soeur" .

Alors pas une demi-seconde elle n'imaginerait essayer de fumer, de sécher un cours ou encore de répondre de façon légèrement insolente.

Sortir n'y pensons pas bien sûr, les copines commencent à faire de petits tours en ville pour faire du shopping mais elle non, c'est dangereux de se promener en ville elle n'a pas le droit , pas sans adulte.

Et les soirées n'y pensons pas non plus, parfois on lui propose, mais elle refuse avant même d'avoir demandé , elle a bien trop peur qu'IL embête sa mère pendant ce temps s'il a bu, elle ne peut pas . Puis de toute façon elle n'a pas le droit. Même à 20 ans on réussira à la persuader de ne pas aller à la nuit des étoiles camper avec 3 ou 4 copines, elle en a envie pourtant et elle est majeure, mais on lui a tant présenté le danger qu'elle renoncera.

L'enfant-fantôme a donc appris que pour être aimée et valorisée, il fallait être transparente, invisible, soumise.

Soumise ça tombe vraiment bien pour LUI , ce LUI qui lui sert de beau-père. Rien de plus simple que de la faire obéir, rien de plus simple que de dire un jour où elle lui fera remarquer que c'est mal ce qu'ils font "mais non, c'est comme un cours" . Etre soumise pour être aimée, se conformer au désir de l'autre , elle l'a si bien appris que lui n'a plus qu'à terminer le travail .

Il lui suffit d'être "gentil" c'est à dire de ne pas être effrayant, contrairement à quand il boit et se déchaîne. Il lui suffit de parler doucement et d'agir doucement aussi, il lui suffit de tromper ses sens et son pauvre cerveau qui pense que quand on ne crie pas c'est qu'on est gentil.

Cette enfant-fantôme c'était moi, c'est encore trop souvent moi.

Il faut désormais apprendre à s'affirmer, apprendre que l'on peut être aimée en donnant son avis, en existant, en parlant , en exprimant.

Le dernier rendez-vous chez ma psy m'a fait comprendre à quel point le "rôle " de patiente est à l'opposé de ce qu'on attendait de moi enfant. En thérapie on apprend à s'affirmer, on agit, on se lance, on dit, on ose.

Et tant et tant de fois j'ai dit à ma psy que je me sentais méchante, mauvaise, une mauvaise patiente, pour au final réaliser que ce que je ressens c'est un conflit de loyauté, entre celle qu'on m'a demandé d'être à l'époque, et celle que j'ai le droit d'être désormais, l'une et l'autre étant aux antipodes.

L'enfant-fantôme va sûrement encore souvent traîner ses chaînes en moi avant que je ne parvienne à les briser totalement. Pour le moment j'écoute ses murmures qui deviennent des cris effrayants.

Parle mon enfant...

 

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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans émotions en vrac...

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