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Et puis il y a toi...

Publié le par Opale

Il y a lui : Taré 1er, le monstre, mon agresseur, mon ex-beau-père, ou tout simplement S. son prénom, appelez-le comme vous voulez . Il aura 68 ans le 3 mars . Lui que je crains si fort de revoir et surtout d'entendre les 12 et 13 mars pour le procès, son procès.Lui qui va être pendant deux jours en face de moi, configuration à laquelle j'avoue je ne m'attendais pas.

Pendant ces derniers mois, la terreur m'a dévorée de jour en jour, mon cerveau torturé ne savait plus quoi faire : y aller ? ne pas y aller ? Comment savoir ce qui serait le mieux pour moi , sachant que le mieux pour moi n'est pas forcément le mieux pour la procédure et inversement . Des jours , des semaines à me dire "je vais me tuer pour ne pas y aller" , tout ça parce que j'étais incapable de juste m'autoriser à ne pas y aller. Puis de rares moments plus lucides où je voulais aller au bout, mais tant de peurs, tellement.

Et finalement je le sais désormais, je vais y aller, parce que...je le dirai bientôt.

Et puis il y a toi. Il y a toi A . La première et la dernière fois que j'ai pris ta main dans la mienne, c'était le 8 février, pour te dire au revoir alors que tu étais inconscient. Première fois puisqu'habituellement on se faisait la bise.

Il y en a eu des fois, tellement de jours, tellement de mardis entre autre en 2005 où F ta femme mais aussi ma précieuse amie allait me chercher pour qu'on passe la journée ensemble avant de retourner à la chorale le soir . Quasi toute une année, et tous ces autres jours, des anniversaires parfois, même Noël, si calme et apaisé chez vous que ça en paraissait magique. Toi, F, et votre petite (grande) famille. Je vous connaissais tous, les enfants, les petits-enfants, j'ai même connu ton papa ce grand gaillard merveilleux qui donnait envie de l'avoir comme grand-père ou arrière-grand-père. Ta belle-fille et sa maman. Et moi avec la chance d'être là parmi vous tous, un peu de votre famille pour la journée.

Je ne serai pas la première à dire que tu étais discret, réservé, et pourtant ce qui me vient en premier ce sont tes rires, quand tu racontais tes anecdotes de classe, ou tes "rhoooo" rigolards devant telle ou telle ineptie à la télé. On se parlait peu intimement mais on a bien ri ça oui . Tu as toujours été bienveillant, ne me posant pas de questions sur mon histoire, sur mes arrêts de travail, sur le pourquoi de mes soudaines annulations pour un ciné ou une journée chez vous. Tu connaissais les grandes lignes par F bien sûr et tu as toujours été respectueux et accueillant. Un homme bon et tranquille avec qui je mettais souvent la table ou remplissais le lave-vaisselle en fin de repas , des choses anodines mais qui n'en sont pas .

La première et la dernière fois où j'ai chanté pour toi, rien que pour toi (et les tiens) avec mon coeur et mes larmes , c'était le 13 février . Je dis la première fois car malheureusement pour toi A, quand je chantais dans ton salon avec F, sur la voix d'alti qui donne un morceau dirons-nous...particulier, je t'ai plutôt cassé les oreilles, contrairement à la voix magique de ta femme, mais que veux-tu, pas possible de rivaliser !

Tu vois, tu ne le savais donc sûrement pas mais je t'aimais beaucoup et même si je voulais rester solide et soutenante pour les tiens ce 13 février, les larmes ont coulé en chantant, ou en écoutant les paroles dites, notamment sur le fait de "se souvenir de ce qui avait été vécu avec A".

Tu ne le sais pas, ou peut-être que si après tout désormais, si tu me lis, si tu es un instant en train d'écouter ce que je dis à F au téléphone, ou si encore tu papotes avec mon papa et mon frère là-haut, donc tu le sais ou non mais depuis ce 13 février et peut-être même depuis le 8 au soir , mes idées noires, mes "je vais me tuer pour ne pas aller au procès" se sont envolées. Oui envolées, comme toi. Qui sait, tu avais peut-être des dons de magicien qu'on ignorait, et j'avoue c'est bien joué !

Oui A elles se sont envolées, parce qu'il y a lui, il va avoir 68 ans bientôt , le fou qui a brisé ma vie mais qui aussi sans le savoir m'a fait connaître des personnes magnifiques comme F et toi. Il y a lui qui va être jugé , il y a ce procès auquel j'avais, auquel j'ai toujours peur d'aller, mais je vais y aller...parce que...

Parce qu'il y a toi A . Parce que toi c'est le 18 février que tu aurais dû avoir 68 ans et que je ressens une injustice immense de voir qu'un homme tel que toi, bon, droit, honnête, qui a tout donné à des générations d'enfants et aux tiens, n'aura jamais 68 ans quand l'autre qui n'a su que détruire et prendre va les avoir. Je ne crois pas que ce soit de la vengeance tu sais, F et son pote Bouddha n'aimeraient pas ça sinon. C'est simplement de la colère et grâce à toi cette colère a fait s'envoler les idées noires.

Le 12 et 13 mars j'irai je te le jure. Je ne te garantis pas de tenir tout le procès, mais j'irai ça oui. J'irai pour moi d'abord car il serait beaucoup trop dangereux d'y aller d'abord pour quelqu'un d'autre, mais tu es pour beaucoup dans cette libération qu'est la prise de décision. Tu vois à un moment j'ai pensé que j'aurais préféré garder mes idées noires et que les tiens puissent te garder, mais comme me l'a fait remarquer ma psy, ça c'est de l'ordre de la pensée magique, tu serais parti quand même, et m'a-t'elle dit, "si son départ a provoqué cela en vous alors c'est le plus beau cadeau qu'il vous fait et que vous pouvez lui faire."

J'irai là-bas, je vais crever de peur et de douleur je le sais et c'est normal, mais j'espère avoir le courage qu'a ta chère F en ce moment pour tenir le coup face à ce cataclysme de ton absence. Alors j'aurai peur, tellement peur car il y aura lui.

Mais il y a toi. Et j'irai. Merci pour tout.

 

 

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Publié dans émotions en vrac...

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