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Ces jours-là...

Publié le par Opale

Il y a des jours comme ça où l'on se réveille les larmes aux yeux . Des jours où après une période de trêve le passé prend le dessus sur le présent et vient rappeler son visage horrible. Il y a des jours comme ça où l'on a envie de pleurer, de hurler, de crier . Des jours de solitude où le ressenti semble si impossible à partager, si impossible à faire comprendre . Dans ces jours-là parfois on a envie de hurler à la Terre entière tous les abus subis, en détails, avec rage, puis bien sûr on ne le fait pas, par respect pour les autres, pour soi, parce qu'on sait que quelque part ça ne servirait à rien.

Puis il y a cette chose qu'on voudrait tant faire comprendre, à ceux qui nous soutiennent comme à ceux qui nous gratifient de leur "tourne la page, c'est le passé" , c'est ce sentiment de n'être rien . Non d'ailleurs ce n'est pas un sentiment c'est un vécu, un vécu réel, quasi palpable, et ce vécu-là quand il revient tel un boomerang, il transforme ces jours-là en une torture de chaque seconde, passant et repassant les images, les sentiments, la douleur et l'incompréhension. Comment faire comprendre à quelqu'un ce que c'est de n'avoir été rien, vraiment rien, plus un être humain, même pas un animal, tout juste un objet ?

Un jour un homme , Taré 1er en ce qui me concerne, a décidé que pour lui je n'étais tellement rien, tellement pas une âme, tellement pas un être respectable, tellement juste un bout de chair sans tête, tellement juste une poupée , qu'il pouvait décider, juste parce qu'il en avait envie, de mettre de la margarine sur moi. C'est je pense le seul "détail" que je donnerai sur ce blog , inutile d'en dire plus ni de faire un dessin , il a donc fait ça. Ce "ça" qui ces jours-ci me hante parce que ce geste, cette "idée" , cette folie glauque me disait à l'époque que je n'étais rien. On ne ferait pas ça à un animal , et pourtant à moi il le faisait.

Quand on a 12/13 ans et qu'un homme décide entre autre chose de faire ça sur vous, on est propulsé dans un monde d'incompréhension totale. Pourquoi ce truc, cette chose sur moi, et de toute la naïveté de l'enfance on pense à une chose, en tout cas j'ai pensé à ça : et si j'attrape des microbes ? Mais il est impossible de dire quelque chose, de faire quelque chose, on est là , il n'y a ni violence physique, ni menace, juste un homme sensé être notre deuxième papa, lui et cette putain de margarine. Ca dépasse complètement le cerveau qui n'aurait pas pu imaginer ça une seule seconde, qui déjà ne connaît quasi rien à la sexualité .

Alors sur le moment, transformé en objet, en poupée obéissante, on laisse faire, figée, paumée, on est là et pas là à la fois, tout semble irréel, et en prime on se sent sale, parce qu'on se dit que quand même c'est dégueulasse ce truc comme ça sur soi. On enregistre dans ses souvenirs traumatiques le bouchon rouge des grandes bouteilles d'Oasis, ce bouchon rouge dont il se sert pour mettre sa merde de margarine, pour avoir son "échantillon" .

Longtemps, très très longtemps après, on finit un jour, dévoré par la honte, par raconter ce souvenir , caché derrière ses mains , le souffle court . Ca ne suffira pas et il faudra en parler encore et encore, décortiquer les ressentis, les peurs, comprendre la folie de l'homme , comprendre l'impact sur soi, cet impact si violent et destructeur, cet impact aussi fort que les explosifs faisant s'effondrer les barres d'immeuble : se sentir rien.

Les images passent, repassent, on avance en thérapie, on devient capable de comprendre qu'on y est absolument pour rien, mais plus on en devient capable et plus on réalise à quel point le supposé 2ème papa ne nous aimait pas, à quel point il n'avait qu'une obsession du matin au soir, dès qu'il avait son jouet à disposition : l'utiliser. Revoir les images dans sa tête et réaliser, réaliser chaque instant, chaque seconde où il ne voyait qu'un corps et rien d'autre, pas d'âme, pas de vie. Poupée robotisée, suffisamment sophistiquée pour réagir à ses gestes contre son propre gré.

C'est cela n'être rien, c'est servir à quelqu'un comme un objet fonctionnel, sans pouvoir protester, sans comprendre, privé de toute réaction et de toute pensée car à force d'être un objet on ne pense plus, ça serait beaucoup trop dangereux de penser, de réaliser que l'autre est en train de se servir de nous, ça amènerait tout droit à la folie, alors l'inconscient attend sagement le nombre d'années nécessaires pour qu'on soit en mesure d'enfin réaliser ça, longtemps après, quand tout est fini et qu'à distance on peut enfin hurler cette douleur, ressentir ce déchirement de ne pas avoir été aimé, d'avoir simplement été utilisé, juste parce qu'il en avait envie, juste pour ses petites expériences personnelles de pervers.

Il faut du temps, beaucoup beaucoup de temps et de travail pour essayer un jour de comprendre qu'on n'est pas un objet, qu'on l'a été uniquement à ses yeux à lui, mais qu'on a en réalité droit au respect des autres et surtout de soi-même. Le chemin est inimaginablement long pour se réapproprier cette idée quand jour après jour le corps et le cerveau ont intégré leur rôle d'objet, ont intégré la soumission et la peur, ont intégré ces gestes dans le quotidien : je me brosse les dents je me lave je mange je suis abusée....tout au même niveau.

Je ne sais pas si un jour le souvenir d'avoir été rien pour quelqu'un qui devait nous aimer peut cesser de faire mal. J'ai fait une partie du chemin, mais au vu de la douleur d'aujourd'hui il en reste encore pas mal hélas.

 

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Publié dans émotions en vrac...

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Tribunal J2

Publié le par Opale

13 mars , 7h : La nuit a été courte, je suis réveillée depuis un moment déjà et je ne cesse de me demander ce qui va se passer aujourd'hui. Pour moi c'est quitte ou double, s'il est là je serai enfin libérée , s'il n'est pas là il va falloir encore attendre, et combien de temps?

Une douche et ensuite avec D. je peux profiter du seul moment agréable de la journée, un bon petit déjeuner à l'hôtel, dans leur belle salle où les vitraux sont baignés de soleil. D. tente de me détendre et ce n'est pas chose facile, je sais que lui aussi se demande ce qui se passera . On prépare nos bagages au cas où et on emmène le tout, tout en disant à l'accueil que l'on appellera vers 9h pour dire si l'on reprend une chambre pour le soir.

Il est l'heure d'y aller, même pas 10 mn de trajet jusqu'au Tribunal et j'ai peur , tellement peur. En même temps j'espère de toutes mes forces , j'espère qu'ils l'aient eu chez lui hier soir ou ce matin, j'espère qu'on fasse ce foutu procès aujourd'hui et demain matin et qu'enfin, enfin je sorte de cette procédure qui a duré plus de 4 ans. J'espère de toutes mes forces tout en me disant "non tu ne dois pas y croire, si tu y crois tu vas être trop déçue."

Nous arrivons dans le hall, on doit d'abord comme à chaque fois passer nos affaires au portique, il y a la queue, j'aperçois au loin ma mère, ma soeur et ma nièce. Je leur lance un regard interrogateur et d'un signe de tête elles me font comprendre qu'elles n'en savent pas plus que moi pour le moment. On attend notre tour, on passe le portique et ma nièce vient me dire qu'ils l'ont, qu'il est là. Je n'ose pas y croire, mon coeur fait des bonds, je demande d'où elles tiennent l'info et ça vient des jurés. Je me précipite vers l'huissier pour vérifier l'information et il me dit "oui rassurez-vous il est là."

Je suis à quelques minutes du début d'un procès qui me terrifie et pourtant j'ai l'impression de ressentir le plus grand soulagement de toute ma vie, pour un peu j'embrasserais Taré 1er d'être là ! (enfin n'exagérons rien...) Il reste 10 minutes, je file appeler ma maman de coeur, ma voix tremble , je suis tellement contente, demain midi ça sera fini, enfin fini. Je donne des nouvelles à mes autres amis via internet et je retourne dans la salle. D. de son côté appelle l'hôtel pour dire que l'on prend une chambre pour le soir .

Taré 1er fait son entrée entouré de deux policiers, il a les menottes aux poignets, ce qui est à la fois impressionnant et à la fois extrêmement symbolique pour moi. Il me semble vieux, de plus en plus vieux. Les policiers l'emmènent dans un petit "carré" où je suppose il attendra d'échanger avec ses avocats. Mon soulagement commence à laisser la place au stress, je réalise que ça y est il va falloir parler . Mon avocate arrive et je l'informe de la bonne nouvelle, elle me répond qu'il peut tout de même y avoir une demande de renvoi, je lui dis qu'elle me fait peur, je ne veux pas entendre ça, mais elle me rassure et part à la rencontre de la Présidente et des avocats de Taré 1er, tous réunis dans les bureaux .

Quelques minutes passent, je vois mon avocate revenir et immédiatement je sens que la nouvelle va être mauvaise, elle est décomposée. Elle arrive et m'explique que non seulement il y a demande de report qui sera acceptée mais qu'en plus il va falloir subir une épreuve supplémentaire car il semble que pour valider tout cela il faille malgré tout débuter le procès, c'est à dire tirer au sort les jurés, les installer, leur faire prêter serment, appeler les témoins et les mettre dans leur salle, puis lire le résumé des accusations .

Je m'effondre. Jusque là j'avais été incapable de me laisser aller tant que ma famille était là, mais là je ne peux plus rien retenir, c'est trop violent cette cruelle nouvelle après l'immense soulagement ressenti quelques minutes plus tôt . Tout vire au cauchemar , ça ne sera pas fini, je ne serai pas libre demain midi, je ne pourrai pas dire à ma maman de coeur "c'est fini" quand je la verrai à Pâques, tout s'effondre devant moi.

La sonnerie annonçant la Cour retentit et tout commence comme dans un mauvais film, les jurés ne savent pas que le procès sera reporté et que donc ce n'est pas eux qui jugeront Taré 1er . Mais ils sont tirés au sort, appelés, installés. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont appelées, on leur prend leur téléphone portable et on les emmène en salle des témoins. Puis la Présidente procède à la lecture du "résumé de l'affaire" , un texte qu'elle doit faire le plus neutre possible permettant aux jurés de comprendre les accusations, les déclarations. C'est dur, c'est violent à entendre, les mots "sales" que je craignais sont là, certains détails glauques aussi, je serre fort la main de D. qui est à côté de moi, je regarde la table, je suis ailleurs. Ce "résumé" se termine par une phrase expliquant que Taré 1er n'avait pas de relations sexuelles avec ma mère car d'après lui "ça se mérite" . Remarque à vomir, même si je la connaissais déjà.

Je me dis que ça va s'arrêter là mais non, la Présidente ne parle toujours pas du renvoi et je ne comprends pas pourquoi . Elle parle des experts à venir , dont un à 14h comme si on allait réellement être présent à 14h alors que nous savons (elle, mon avocate, les avocats de Taré 1er, et lui j'imagine..) que le procès va être reporté .

J'ai le sentiment de revivre quelque chose de l'ordre de sa folie à lui. Entendre parler la Présidente en disant "Monsieur Untel à 14h" etc le tout en sachant que ça n'a aucun sens, c'est trop dur, trop incompréhensible, je craque et mon avocate demande à D. de m'emmener prendre un peu l'air. Nous allons dans le hall et pour le coup le peu de monde présent dans ce hall a dû m'entendre d'un bout à l'autre tant je n'en pouvais plus, tant tout cela était trop .

Nous revenons après que D.ait à nouveau contacté la charmante personne de l'hôtel pour lui dire non finalement on ne prend pas de chambre. Elle est consternée pour nous.

Quand nous arrivons un expert est interrogé par les avocats de Taré 1er, on ne parle toujours pas du renvoi, je demande à mon avocate "mais pourquoi elle le dit pas " ? Elle ne le sait pas mais en tout cas elle est en colère de voir ce qu'on me fait subir, il ne devrait pas y avoir ces questions de posées puisqu'il n'y aura pas de procès et qu'elles seront donc considérées comme nulles. Au bout d'un long moment on finit par enfin parler du renvoi, et il faut également parler de la mise en détention de Taré 1er, pour éviter qu'il ne refasse le coup de l'absence.

Entre temps j'aurais appris la "raison" de l'absence de Taré 1er le premier jour d'audience. Quand les policiers l'ont cueilli chez lui à 6h du matin, il leur a expliqué tranquillement qu'après son rdv vous avec son avocat l'avant-veille, il était allé voir pour un costume pour le procès, mais qu'il avait eu des "absences" et avait finalement mis deux jours à parvenir à retrouver le chemin de son logement. Raison totalement crédible donc. Ou pas...

Il va s'en suivre de longs moments d'attente car ce cas ne s'est jamais présenté. Quand quelqu'un ne vient pas à son procès, c'est pour échapper à la justice et il se cache donc ce qui là n'est pas le cas, on a retrouvé l'accusé mais on doit reporter sur demande de ses avocats qui entre autre soyons clairs n'ont aucune envie de travailler samedi matin. Présidente et avocats ne sont pas d'accord sur les textes et sur la procédure à suivre. L'audience est suspendue et je sors pour tenter de joindre ma psychologue et lui parler un peu .

J'ai oublié des éléments dans tout cela je pense, les émotions étaient si fortes que tout se mélange encore , je sais car D. me l'a dit qu'à un moment pendant que j'étais sortie mon avocate s'est énervée face à un des avocats de Taré 1er, soulignant ce qu'il me faisait subir en posant des questions aux experts, lui disant "vous nous faites honte". Pour moi c'est très précieux, car dans toute cette folie, dans ce cauchemar de ces deux jours, je me suis sentie défendue, j'ai compris ce que c'était d'être défendue, respectée . Ce que je n'ai pas eu étant enfant et adolescente. Si dans le futur procès il y a quelque chose de potentiellement réparateur, ça sera ce sentiment-là, ce vécu-là d'avoir quelqu'un pour me défendre de toutes ses forces.

Finalement pendant que je parlais au téléphone à ma psychologue, les gens sont sortis, c'était fini, Taré 1er partait directement en détention provisoire jusqu'au 25 juin, date du futur procès. Et moi j'étais là, paumée sur l'escalier, à échanger à nouveau quelques mots avec mon avocate et D.

La suite c'est cette impression d'avoir reçu un bâtiment sur la tête, d'être totalement en état de choc comme m'a dit ma maman de coeur quand elle m'a eue le soir où je ne pouvais cesser de répéter "ça devait être fini, je voulais que ce soit fini" . Il a fallu des heures et des jours et de la patience, du repos pour m'apaiser un peu, pour accepter qu'à nouveau je me retrouvais à J-3 mois, pour accepter qu'il allait falloir vivre quand même d'ici le 25 juin.

Aujourd'hui, je survis à cela en attendant, j'essaie de profiter de petits moments agréables même si le procès s'est rappelé à moi avec la réception de sa convocation par ma mère.

Je n'ose plus croire que le 27 juin je serai libre enfin, 4 ans et 5 mois après mon dépôt de plainte. Je n'y croirai que quand ça sera fini.

Je ne veux plus espérer.

 

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Publié dans La plainte

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Tribunal J1

Publié le par Opale

Un mois après le fiasco du procès (pour ceux qui ne savent pas il est reporté au 25/26 juin) , je vais tenter de raconter un peu ces deux jours de cauchemar que furent les 12 et 13 mars 2015.

Le texte risque d'être assez mal écrit et plus un listing qu'autre chose, tant pis.

Ce 12 mars 2015 nous sommes donc arrivés D. (mon papa de coeur) et moi tout près du Tribunal vers 8h30 et avons pu prendre le temps de boire un chocolat chaud pour nous donner quelques forces et nous poser après la route.

15 minutes plus tard , on se dirigeait vers le Tribunal pour y attendre mon avocate dans le hall. J'avais peur, très peur à l'idée de parler, à l'idée de ce qu'on me poserait comme questions, très peur de voir et surtout d'entendre Taré 1er.

Arrivés là-bas nous avons dit bonjour à ma mère, ma soeur et ma nièce convoquées toutes les trois comme "témoins" (témoins n'étant qu'un terme juridique puisque le principe de l'inceste est d'être un crime sans témoin la plupart du temps) . J'ai vite eu besoin de prendre de la distance et de repartir avec D.pour parcourir le hall en attendant mon avocate. Les jurés étaient déjà là, du monde se bousculait à la porte, chacun donnant sa convocation, un RIB qu'on nous demandait, chacun s'installant dans cette salle des Assises qui finalement n'est pas si grande que cela (je ne sais pas comment c'est ailleurs ).

Je retrouve mon avocate avec qui j'ai eu rendez-vous le dimanche précédent pour préparer une dernière fois le procès et avec qui le courant passe vraiment de mieux en mieux . Nous nous installons et j'ai la chance que la Présidente ait accepté que D. soit à côté de nous et non pas sur les bancs du public, il est donc juste là à côté de moi, ce qui me rassure beaucoup. Il n'y a d'ailleurs en fait pas de public (tant mieux !) même si le procès ne se déroule pas à huis clos et les seules personnes occupant les bancs sont la trentaine de jurés parmi lesquels 9 seront tirés au sort.

9h approche, pas de Taré 1er en vue mais je me dis que c'est normal, qu'il est peut-être dans une pièce pour se préparer ou quelque chose de ce genre. Mais non, en fait il n'est pas encore arrivé nous dit-on. Je ne suis pas très inquiète, je pense qu'il est simplement en retard , il s'est présenté à tous ses rendez-vous obligatoires et je n'ai donc jamais pensé qu'il puisse ne pas venir au procès. Pourtant 30 minutes passent et toujours personne, l'angoisse monte, ses avocats téléphonent , à lui ou au foyer je ne sais pas, en tout cas personne ne parvient à le joindre.

Comme le demande la loi, des policiers sont envoyés chez lui , chargés de le ramener s'il est là . Ils reviendront bredouille, il ne répond pas et ses voisins disent qu'il est parti à 8h30 en leur déclarant qu'il allait travailler. (sachant qu'il ne travaille pas). Le temps passe, des tonnes de questions arrivent sur ce qui va se passer s'il ne vient pas, si on ne le trouve pas. Tout le monde attend, et puisque l'on peut sortir de la salle quand on veut , je vais téléphoner à ma maman de coeur pour lui donner des (mauvaises) nouvelles et prendre un peu l'air. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont toujours dans la salle et je ne parviens pas à me laisser aller devant elles, je contiens ce que je ressens, je contiens ma peur, ma terreur devant cet imprévu, devant cette "surprise" qu'il nous impose encore une fois.

Vers 11h , toujours rien, nous sommes tous priés d'aller manger un peu plus tôt et de revenir vers 13h pour faire le point. Tout le monde sort de la salle ou presque, dont ma famille. Je peux donc enfin, dans la salle, m'effondrer en larmes et exprimer ce que je ressens . Je me souviens de l'humanité de la greffière passant devant moi et me disant "ça va s'arranger" . Mon avocate est également très soutenante et à ce niveau-là je me sens protégée .

D. et moi nous dirigeons vers l'hôtel, la charmante dame de l'accueil va avoir fort à faire avec nous, car nous commençons par lui annoncer que nous n'avons aucune idée de si l'on va finalement dormir ici ou pas, puisque nous ne connaissons pas la suite des évènements . Nous prenons ensuite tranquillement le temps de manger, il fait un temps splendide, sale journée pour un procès !

A 13h nous nous retrouvons dans la salle et nous apprenons que pour le moment il n'est toujours pas retrouvé. Chacun donne des pistes, on sait qu'il aime beaucoup marcher mais c'est justement un problème , il peut très bien être à 10 ou 20 kilomètres à l'heure actuelle, comment le retrouver ? Des pistes sont évoquées, faire le procès sans lui, et là nous apprenons que l'on peut faire un procès non seulement sans l'accusé mais aussi sans son avocat et sans les jurés ! Le système judiciaire n'a pas fini de nous étonner . Dans l'absolu personne ne souhaite un procès sans lui, ce serait ridicule et assez peu constructif. On nous demande alors de revenir vers 17h pour à nouveau faire le point. Une nouvelle fois tout le monde sort, une nouvelle fois je m'effondre dans la salle, sonnée de ce qu'il est encore capable de m'infliger.

Je vais me reposer à l'hôtel et donner des nouvelles aux amis pendant que D. prend un peu le soleil en ville, puis nous nous rejoignons . J'ai mal à la tête d'avoir tant pleuré, j'angoisse à l'idée qu'il ne soit toujours pas là à 17h, je commence à imaginer le report, mes projets, mes objectifs, mes nerfs s'effondrent.

A 17h nous voilà de nouveau dans la salle et informés qu'il n'a toujours pas été retrouvé. La Présidente décide de passer à la vitesse supérieure et de demander en plus à je ne sais quelle brigade de le rechercher, un mandat d'amener est décidé, ce qui l'empêchera totalement de refuser de venir. Elle demande également à ses avocats l'autorisation d'enfoncer sa porte s'il ne répond pas, au cas où il aurait commis l'irréparable ou aurait eu un malaise. On nous explique que l'espoir est de le retrouver en soirée s'il rentre chez lui, et que la brigade va donc "planquer" toute la nuit s'il le faut pour l'amener le lendemain matin. Si le lendemain matin à 9h il n'est pas là, le procès devra être reporté . Par contre s'il est là, il est fortement envisagé de faire le procès sur le vendredi et le samedi matin, sauf que ses avocats semblent extrêmement réticents à cette solution, mais à ce moment-là je me dis que quelque part ils se devront d'obéir à la Présidente selon ce qu'elle décide.

A nouveau tout le monde part et à nouveau je m'effondre. Mon avocate nous invite D. et moi à prendre un verre près du Tribunal, et il s'en suivra un échange très enrichissant sur les difficultés que nous avons eu elle et moi à entrer en relation, à se comprendre, à se faire confiance . Un échange qui nous montrera que vraiment nous sommes heureuses l'une et l'autre d'enfin mieux nous connaître, d'enfin mieux échanger, c'est un moment vraiment précieux de cette journée cauchemardesque.

Ensuite , direction l'hôtel où nous expliquons que finalement on garde les chambres, mais que nous aurons peut-être aussi besoin d'une chambre le lendemain, que ce n'est pas sûr. La personne de l'accueil est charmante et navrée pour nous de voir dans quel bazar nous sommes et fait vraiment de son mieux. Repos à l'hôtel avant de manger, petits échanges téléphoniques avec ma maman de coeur consternée, messages aux amis, larmes....puis repas et coucher assez tôt avec l'angoisse au ventre : sera-t-il là le lendemain ?

 

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