35 ans..

Publié le par Opale

Bientôt 35 ans, dans quasi 3 mois.

35 ans, l'âge que je me donne depuis quelques années, allez savoir pourquoi, pour enfin "réussir" quelque chose, connaître un peu de bonheur.

Le souci c'est que ça donne aussi "Si à 35 ans je n'ai pas un chéri et/ou un enfant ou un job qui me plaît, je me flingue" Ouais, rien que ça, je sais.

Mais voilà, je sature, puis je me déteste, puis je re-sature et ça n'en finit pas, alors en effet les 35 ans qui viennent de passer ne me donnent pas vraiment d'envie d'autre chose.

 

Il me manque un moteur de vie, il me manque en fait surtout de l'espoir.

L'espoir, c'est LA chose que je n'ai jamais ressentie, même en cherchant bien, non , vraiment je ne vois pas.

Parfois ça me navre simplement, au pire je me dis que je suis nulle et basta.

D'autres fois ça me fait carrément mal, très mal.

 

L'an dernier à la période de Noël que je déteste toujours autant, ma psy me demandait si enfant j'espérais que le Noël suivant soit mieux que celui de l'année en cours.

Et la réponse a été non . Et cette réponse m'a vraiment déchiré le coeur, je revoyais cette gamine de 9 ou 10 ans que j'étais et qui déjà n'avait plus le moindre espoir que quelque chose change. C'était ainsi, ça n'en finirait jamais . Noël (et le quotidien aussi d'ailleurs) c'est la peur, l'angoisse, les cris, c'est comme ça.

Une résignation terrifiante. Un enfant ne devrait jamais être résigné.

 

Bien plus tard, quand j'étais prête à quitter la maison et que je parlais à ma mère du fait qu'elle allait rester seule avec lui, parfois elle me disait qu'il finirait bien par mourir, et ma réponse était toujours la même, glaciale "il t'enterrera".

Pas une seule seconde je ne pouvais espérer qu'elle vive autre chose, pas une seule seconde je ne pouvais penser qu'il meure avant elle. D'ailleurs à l'époque et aussi fou que cela puisse paraître, une petite partie de moi, la partie la plus traumatisée je suppose, était convaincue qu'il ne pouvait pas mourir, pas lui, c'était une sorte d'homme immortel pour moi, immortel et qui continuerait à apporter la souffrance année après année.

 

Jamais, absolument jamais je n'ai pu ni croire ni espérer que cela change. Au point qu'encore aujourd'hui, 8 ans après que ma mère l'ait mis dehors, je cauchemarde encore et encore que finalement il est revenu, que ma mère l'a repris ou qu'il s'est imposé.

Au réveil je dois véritablement réfléchir pour me dire "non depuis qu'elle l'a viré il n'est pas revenu à la maison".

 

Je côtoie beaucoup de victimes d'inceste et certaines sont beaucoup dans le discours de "il ne gagnera pas sur moi" , je ne suis absolument pas dans ce ressenti.

Certes désormais je ne me dis pas forcément qu'il a gagné (quoique dans les moments de grosse souffrance, si ) mais je ne ressens aucun esprit de "revanche" .

Si j'ai envie de  réussir ma vie c'est pour moi, pas pour lui prouver quoi que ce soit à lui.

 

Le souci c'est que du coup, je n'ai aucun moteur de vie et c'est ce qui me perd souvent.

Je ne m'accroche à rien, je n'espère rien, j'essaye des choses comme le concours d'auxiliaire de puériculture, mais un véritable espoir, croire au bonheur, non ça ne m'arrive jamais, je n'y parviens pas

Du coup je vis au jour le jour ou même juste une heure à la fois.

Quand je lis des témoignages de victimes qui s'en sont sorties et qui vont bien, au lieu de me donner de l'espoir ça me fait ressentir à quel point je suis nulle de ne pas y parvenir, de ne pas être une battante, de n'avoir absolument aucun esprit de combat contre la vie.

 

Alors dans 3 mois il n'y aura aucun miracle évidemment et il faudra bien rester en vie pour ne pas faire de peine à ceux que j'aime et qui m'aiment .

 

Je crois que si je pouvais demander un cadeau pour mes 35 ans, ça serait la capacité d'espérer. Mais ça, ça ne s'achète pas.

 


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Publié dans émotions en vrac...

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Fluorette 18/06/2013 23:07

Je voudrais bien te donner de l'espoir.
Des bizous