Dernière ligne droite ?

Publié le par Opale

Il l'a dit.

Il l'a dit et je n'ose pas y croire.

 

Encore une fois ce matin j'ai appelé le commissariat, comme régulièrement depuis 13 mois que j'ai déposé plainte. Je m'attendais encore une fois à ce qu'on me sorte le couplet habituel du "non on n'a pas encore reçu le compte-rendu d'expertise , on ne peut pas démarrer l'enquête"

13 mois d'attente, de torture lente, depuis le jour où ce sale con de flic m'avait reçue de toute sa froideur pour prendre ma plainte.

13 mois où les nerfs subissent, 13 mois à tenter de tenir.

Ce matin c'est le miracle, oui le papier est arrivé (tiens, ne serait-ce pas dû à mon courrier au Procureur pour dire que là c'est bon faudrait pas déconner quand même...) , l'enquête va démarrer bientôt, d'ici 1 mois.

Bientôt, pas de suite car il y a encore 2 ou 3 dossiers avant moi, et donc 2 ou 3 personnes derrière ces dossiers qui ont déposé plainte encore plus tôt que moi et qui vivent cette torture lente elles aussi.

 

Dans un mois donc je serai convoquée à nouveau, il faudra complèter, préciser les faits, les dates. Aucune idée de comment je vais faire ça alors que c'est le brouillard complet niveau repères temporels.

Des abus de 12 à environ 18/19 ans, voilà, tous les jours, mais à part ça, des repères, non. Le flou dans ma mémoire, le flou dans ma tête qui n'a pas envie de garder les centaines et les milliers de fois où ses mains se sont posées sur moi.

Il va falloir réfléchir, affronter à nouveau, continuer de vivre en attendant malgré cette réalité qui me revient forcément en pleine gueule.

 

Et enfin viendra ce que moi j'attends, qu'il soit auditionné, qu'il apprenne alors que j'ai porté plainte, qu'il apprenne alors que c'en est fini de son emprise, de son secret, qu'il prenne et qu'il garde toutes ses saloperies avec lui, je n'en veux plus, elles sont à lui, qu'il se débrouille avec les flics qui vont l'interroger et sûrement pas très tendrement.

Je n'attends pas d'aveux ni de remords, je ne crois plus au Père-Noël, je n'attends pas de condamnation non plus . Bien sûr il va nier ou dire que c'est moi qui voulais, mais je m'en fous il sait, c'est tout .

 

Je veux lui redonner toute cette boue, qu'il reparte avec dans sa vie de parasite , il en a assez fait comme ça, il pourra désormais assumer son exploit d'avoir pourri au moins 25 ans de ma vie.

 

Je suis vidée, terrifiée, je voudrais vomir cette réalité, ne pas avoir à en passer par tout cela, mais je n'ai pas le choix . Pas le choix juste parce qu'un jour ce sale type est entré dans ma vie et a tout fracassé.

Ne dites jamais à une victime d'inceste qu'elle doit "passer à autre chose" , elle le sait, mais ça prend du temps, tant de temps.

Non seulement ces types nous massacrent chaque jour où ils posent les mains sur nous, mais une fois qu'ils ont terminé, une fois qu'on est adulte, ils massacrent nos nuits, nos vies, notre quotidien, notre univers amical, professionnel, tout est compliqué, tout est à réapprendre quand on est passé sous le feu de l'inceste . Brûlé(e)s psychologiquement au 3ème degré , nos "barreurs de feu" sont nos psys, mais les plaies sont longues à cicatriser.

14 ans qu'il a posé les mains sur moi pour la dernière fois , mais la douleur ne s'arrête pas le jour où s'arrêtent les abus.

Je veux lui rendre tout ça et réapprendre à vivre , j'ai tout à réapprendre depuis lui.

 

Dernière ligne droite...entre espoir et terreur.

 

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

cahuete 26/02/2013 11:44

Comment, aussi, en tant qu'ado et tout ça, entre amies on parle d'amour et de sexe, comment tu as pu ne jamais craquer, et supporter tout ça en secret. Comment as tu pu partager une adolescence
normale quand ce que tu as vécu est tout sauf normal. Comment n'as tu pu jamais craquer ni fuir de chez toi ou quoi que ça soit plus tôt...
Ça me dépasse comment cette situation peut affecter à ce point et abaisser tout système de défense. J'ai passé un certain temps dans les bureaux psychologiques des établissements scolaires, et ai
parfois vécu chez des amies pour m'éloigner de chez moi... Il y a tant de recours, sans en arriver à la justice, pour s'éloigner, respirer.
Je suppose que c'est aussi une part de caractère, je m'en fous, je n'ai pas honte. Je ne peux pas m'imaginer rester silencieuse s'il m'arrivait un truc pareil.
Je me doute que tu as tes raisons et que tu vas voir ce message comme un affront, et je n'ai pas été élevée dans la terreur ou la sous évaluation de moi même ce qui doit aider...
Mais c'est triste que tu n'aies pas eu d'ami(e)s à ce moment là, ça je suis sûre que ça ne peut qu'aider.

Opale 26/02/2013 12:45



"Je ne peux pas m'imaginer rester silencieuse s'il m'arrivait un truc pareil."


Tout est dit, tu n'as pas vécu un truc pareil donc tu penses que tu parlerais, sauf que non, même des adultes, même des
enfants solides sont balayés instantanément par la sidération, le sentiment de honte, de culpabilité (je ne connais pas une seule victime qui ne se soit pas sentie coupable)


 


A partir de là dénoncer l'autre revient à se dénoncer soi puisqu'on se sent coupable donc c impossible.


 


Des amies j'en avais, j'étais épanouie au collège , mais tout simplement ça ne me serait même pas venu à l'esprit et au delà
de ça, je ne pensais pas du tout aux abus tant qu'ils n'arrivaient pas, et oui le cerveau nous protége , les mécanismes sont complexes.


 


Croire qu'un enfant peut parler à des amis de cela, trouver des recours, c'est dans 99,9% des cas totalement illusoire, je
peux l'affirmer pour avoir cotoyé des centaines de victimes via les forums y compris des victimes violées adulte et non pas enfant...



Jojo 10/06/2012 11:57

Moi quand j'ai été auditionnée, pour moi c'était la fin du monde, une catastrophe, j'ai été super mal reçue, pas comprise, c'est des faits lointains donc c'était difficile, pour moi c'était un gros
échec aussi.
Ils ont aussi
auditionné mes parents, mon frère parce qu'ils étaient "présents" au moment des faits et au vu de mon très jeune âge quand c'est arrivé: 5 ans et demi en 1996. Mon petit ami a aussi été interrogé
pour "me connaître un peu plus dans ma vie actuelle". Je n'ai que 21 ans :s
Mes parents ne m'ont pas soutenue, loin de la, ils ont dit à la capitaine (ce nest pas elle qui a pris mon depot de plainte) que ce n'était pas arrivé, que c'était totalement faux ce que je
racontais.
La capitaine a dit à mon petit ami que l'attitude de mes parents était complètement folle, qu'ils étaient dans le deni total.
Mes parents m'ont bien engueulée d'ailleurs, m'en veulent encore.
J'ai ensuite été faire mon expertise psychiatrique qui a révélé "de bonnes conclusions", enfin de très mauvaises au vu de ce qu'il m'est arrivé.
Ma psychiatre qui me suit depuis maintenant 2 ans et demi a été reçu elle aussi.
Je n'ai pas été reconvoquee, mais à la Brigade des mineurs de Paris, ils lui ont dit que mon dossier avait été déferré au parquet de Lyon. Je ne comprends pas vraiment ce que cela signifie. Je sais
juste que le dossier peut être soit classé sans suite, soit qu'une enquête soit ouverte.
Voilà désolé c'était un peu long, mais j'ai bien peur que mon dossier soit classé sans suite.
Au départ, ma psychiatre m'avait dit qu'il était important de déposer plainte pour que ce qu'il soit arrivé soit reconnu, et que ça faisait parti de la guérison qui sera sûrement longue chez
moi.
En tout cas merci de ton soutien et de ta réponse :)

Opale 14/06/2012 14:06



plein de pensées pour toi



Jojo 10/06/2012 10:42

Au départ je voulais poster ce commentaire sous ton article ou vous expliquiez votre dépôt de plainte. Mais ça a bugge. :s

Jojo 10/06/2012 10:39

J'ai été porté plainte le 20 décembre 2011 pour mon viol qui a eu lieu à l'âge de 5 ans et demi. Ça a été aussi une rude épreuve, j'y ai été toute seule. La policière qui m'a "interrogée" à été
très méchante, m'interdisait de pleurer, ne comprenait pas que c'était difficile de parler surtout après tant de temps 16 ans plus tard. Bref "l'entretien" a duré très longtemps. Quand je suis
sortie j'ai failli me suicider trois fois. J'ai eu la chance d'avoir mon petit ami qui m'en a empeché. J'ai aussi passé une expertise psychiatrique avec un médecin très compréhensif de ma
souffrance.
Aujourd'hui mon "dossier" a été defferé au parquet de Lyon, ville où ça a eu lieu.
Depuis plus de nouvelles, je sais pas si j'en aurai, je suis dans l'attente, je regrette mon portage de plainte.
Quand j'ai lu votre article, ça m'a rappelé moi. Et il est bien sur très important d'être entouré. Courage et j'ai vu que pour vous, cela a bien avancé, j'espère que ça sera bientôt fini :)

Opale 10/06/2012 11:28



C'est ignoble cette façon de traiter les victimes...Tu as été très courageuse, je comprends ce que tu ressens, j'ai longtemps regretté aussi mon dépôt de plainte.


Je ne voulais pas qu'il y ait de suite et là j'évolue, je me dis que peut-être j'aimerais que ça aille plus loin.


C'est "déjà" parti au Parquet donc l'enquête préliminaire est finie ?


De mon côté elle n'a démarré qu'au bout de 16 mois et tout s'est fait en 1 journée, sa garde à vue, la confrontation, l'audition de ma mère, donc c maintenant que c'est au Parquet.


Si le Proc décide de poursuivre je risque d'en avoir pour encore bien deux ans..


N'hésite pas à les appeler régulièrement pour avoir des nouvelles, ou si tu as une avocate à lui demander de le faire.


C'est dur les coups de fil mais ils voient qu'on ne lâche pas...j'appelais les flics tous les deux mois.


 


Bon courage à toi..


 


 



Jane 28/02/2012 20:48

Je suis contente que les choses bougent pour toi.

Tu sais, quand j'ai dénoncé mon père, j'étais certaine qu'il nierait tout mais ça n'a pas été le cas... alors y'a de l'espoir que ce soit moins brusque que tu le pense :)

Opale 01/03/2012 22:51



merci