Il y a un an...

Publié le par Opale

Il y a un an à cette heure-là je sors de chez ma psy . Séance difficile et beaucoup d'angoisses, mes amis viennent de partir deux jours plus tôt pour un mois de vacances. Je lui dis que la pire chose qu'il pourrait m'arriver serait d'être convoquée pour la confrontation en leur absence.

 

En montant dans le bus pour rentrer chez moi j'écoute la messagerie de mon portable et c'est là que le sol s'ouvre sous mes pieds "Oui bonjour c'est le commissariat il faudrait nous rappeler de toute urgence pour une confrontation avec Mr X cet après-midi " 

16 mois, 16 mois que j'attends, 16 mois qu'il ne se passe rien depuis mon dépôt de plainte et voilà qu'ils se réveillent au pire moment.

Le bus n'a pas encore démarré, j'ai le réflexe de descendre et de retourner tel un zombi frapper à la porte de chez ma psy qui est déjà en rendez-vous . Je lui demande si je peux la voir après, il faudra attendre une bonne demi-heure mais peu importe.

 

Je ne vais pas raconter tout ce que j'ai déjà dit ici : link

 

Je retiens en vrac la terreur, les appels à ma maman de coeur, à mon amie Françoise, la chance que mon voisin me propose de m'emmener, la solitude au retour, le soutien immense des amis de Twitter...

 

Et puis il y a toi, toi et ton monde de folie qui m'a fait vaciller. Toi et ton regard froid, toi et ton discours glaçant, effrayant, entre supériorité et indifférence, perversité et folie.

 

C'était il y a un an.

Je ne voulais pas à l'époque qu'il y ait de procès, ni que tu ailles en prison. J'avais bien trop peur que tu me tues en sortant de prison.

En un an des choses ont changé. Je n'ai plus peur de toi, en tout cas plus peur que tu me fasses physiquement du mal, que tu me tues.

Voir que tu n'avais pas agi malgré une nuit passée en garde à vue (ce qui ne doit pas être des plus agréable ) m'a fait penser que finalement tu peux aller en prison, je peux enfin m'autoriser à le souhaiter.

Je n'ai plus peur que tu me tues non. Par contre ta folie m'effraie encore c'est vrai et au-delà de ça cette indifférence glaciale , cette impossibilité de t'atteindre, ta défense permanente disant que tu ne te souviens de rien.

 

Tout a changé en un an, tout ce que je refusais je le souhaite à présent : procès, prison. Parfois j'aimerais ne pas souhaiter, ne pas espérer . Je disais hier à ma psy que j'ai besoin que tu avoues, que tu dises tout, que ce soit les abus ou toutes ces années d'enfer que tu nous as fait vivre à maman et à moi.

Ce n'est pas que je veux puisque je sais que c'est impossible, mais j'en ai besoin, besoin à en crever .

Tout va très vite en moi, j'ai du mal à me suivre face à ces changements, face aux émotions qui sortent de plus en plus, face à ces larmes qui enfin sont en cohérence avec mes paroles, avec ce que je raconte, ce que je décris.

 

Tout cela est positif, je le sais et je le sens mais malheureusement tout cela est aussi terriblement douloureux et j'ai hâte qu'un jour enfin je cesse de payer le prix fort ce chemin de reconstruction à faire.

 

C'était il y a un an et je commence seulement à réaliser un peu la force qu'il a fallu pour t'affronter , je me revois avec mon sac à dos et des affaires dedans , prête à dormir à l'hôtel puisque j'avais dit à mon voisin que c'était déjà bien gentil de m'emmener, qu'il ne devait pas m'attendre.

J'ai la chance immense de rencontrer des êtres humains formidables et ce jour-là il m'a attendu.

 

Au-delà du cauchemar de te revoir, au-delà de ce souvenir de moi effondrée en larmes dans le bureau en entendant chacun de tes mots me transpercer et m'emporter dans ta 4ème dimension, je me souviens toute cette humanité, mes amis, ma maman de coeur, et mon voisin si adorable, un peu paumé devant mon histoire, mais ayant préparé pour lui, sa femme et moi, un sandwich, un fruit et de l'eau pour le retour, si touchant, si respectueux de ma panique , même s'il est de la génération que ça dépasse qu'on puisse porter plainte tant d'années après.

 

La boucle est bouclée, pendant cette année passée j'ai dû te revoir à nouveau chez la juge, d'autres étapes sont passées et bientôt la juge décidera de ton sort et du mien : procès aux assises, procès en correctionnelle, ou pas de procès du tout, je ne sais pas.

J'en ai sûrement pour encore au minimum une autre année à vivre au coeur de cette procédure tout en tentant d'avancer, de grandir, de m'éloigner de toi, de ton emprise, de mes cauchemars.

 

Il y a un an je t'ai revu, je t'ai regardé, je reste debout dans la tempête.

 

Une dernière chose, juste entre nous...j'attends toujours que tu meures , fais vite.

 

 

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Publié dans La plainte

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

manoudanslaforet 03/06/2013 18:01

J'ai l'impression que cette année t'as permis de faire de grands pas.... bon courage...