L'attente

Publié le par Opale

L'attente...je commence à maîtriser le concept. 8 mois que j'attends.

Au début je n'attendais pas, je m'étais dit qu'il fallait bien compter trois mois avant que quelque chose ne bouge.

Je n'attendais pas, mais j'anticipais. Je me demandais à quel moment il saurait que j'ai porté plainte, mais surtout comment il réagirait. "Et s'il pète un câble, et s'il me tue, et s'il tue ma mère ??" 

Alors les décharges d'adrénaline à la moindre pensée, la moindre anticipation...l'envie folle de retirer cette plainte pour ne plus avoir ce sentiment de jouer à la roulette russe avec ma vie. Attendre, imaginer, anticiper, cauchemarder.

Le xanax devient un ami fidèle pour se calmer ou à trop forte dose pour fuir deux ou trois heures dans le sommeil .

 

Chaque 27 du mois, compter mentalement...3 mois sont passés , je me décide à appeler, la peur au ventre à l'idée d'avoir à parler à l'abruti qui m'a reçue le jour J.

Ce n'est pas lui,il n'est plus là, son remplaçant m'explique qu'il y a encore pas mal de dossiers avant le mien et qu'ils attendent le résultat de mon expertise psychologique. Il faut attendre encore, oui je serai sûrement entendue à nouveau, oui ma mère et ma soeur seront convoquées, oui mon agresseur le sera en tout dernier lieu.

 

La vie doit continuer, il le faut, mais l'actualité n'aide pas et l'affaire DSK fait entendre 15 fois par jour ces mots pénibles "plainte" "viol " justice" ...difficile de s'en éloigner.

Le temps passe de plus en plus lentement, de plus en plus lourdement.

27 juillet : 6 mois déjà.

Je rappelle à nouveau mais rien n'a bougé. Ils attendent toujours le compte-rendu de l'expertise psy, le policier me dit que ce sont les délais normaux, entre 4 et 7 mois pour les recevoir. Génial..

Une petite phrase est lâchée "à mon avis, il y a des chances que ça bouge vers septembre / octobre" . Je me raccroche à cette phrase, je m'ordonne intérieurement de ne pas rappeler avant fin octobre.

 

J'attends. Septembre arrive et j'attends, de plus en plus difficilement, avec de plus en plus d'angoisses.

J'attends, à leur merci, à l'affût du moindre coup de fil tout en étant terrifiée à l'idée d'entendre "bonjour, c'est le commissariat" .

J'attends et je m'épuise intérieurement, encore une fois je ne tiens pas longtemps au boulot sans un arrêt de travail, encore une fois j'ai honte.

J'attends, avec ce sentiment insupportable de ne plus rien maîtriser. C'est eux qui ont les cartes en main, je viendrai quand ils me siffleront.

 

Octobre est là et je me contiens pour ne pas appeler tout de suite. A quoi ça servirait à part me faire dire qu'on m'appelera s'il y a du nouveau ?

J'attends mais il ne faudrait vraiment, vraiment pas que ça dure plus longtemps . Jusqu'où repousse-t-on nos capacités de résistance, je ne sais pas...

 

3 octobre 2011, il y a 8 mois et une semaine, j'ai signalé en portant plainte qu'un pédophile se ballade tranquillement...pendant que j'attends.

 


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Publié dans La plainte

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Jojo 12/06/2012 17:04

J'en suis un peu à ce point la en ce moment. Sauf que comme mon "dossier" a été transféré à Lyon, je ne peux même pas les appeler. D'ailleurs, je ne sais pas qui appeler. La Brigade des mineurs de
Paris ne s'occupant plus de mon dossier...
Je redoute le jour ou il va falloir que j'aille à Lyon :s

Pépéhème 04/11/2011 22:57


On dirait que ton premier combat est intérieur, la peur, et la culpabilité inhérente à une agression sur une personne qui n'est pas encore armée pour se défendre. En enfant est en phase
d'apprentissage et prend tout pour "bon", par principe. Très difficile de s'en défaire, même si la raison explique tout cela, savoir et comprendre ne suffit pas pour exhorciser.
Bon courage alors :)


psyblog 07/10/2011 13:37


J'aurais beaucoup d=à dire à ce sujet, plutôt d'une manière personnelle, d'ailleurs... Cela peut paraitre étonnant en effet, vu de l'extérieur, qu'une plainte mette tant de temps à être
enregistrer, mais c'est ainsi que la vitesse de la "justice" n'est pas la vitesse commune... Dommage, très dommage...


Opale 08/10/2011 08:53



Merci pour tes commentaires, n'hésite pas si tu as des choses à dire :-)


bises



psyblog 07/10/2011 13:34


Tu sais, je te lis... je voulais seulement que tu le saches... J'attends encore un peu pour laisser des commentaires...
Je t'embrasse...


Babeth 06/10/2011 01:26


Hallucinant. J'imaginais pas que ça pouvait être aussi long. Je croyais naïvement que pour des faits d'une telle gravité les choses allaient plus vite. Serait-ce Outreau qui a échaudé la
magistrature? Bon courage à toi Opale, je me joins à toi dans cette longue attente.


Opale 06/10/2011 10:35



Merci Babeth, non ça ne vient pas d'Outreau, là ce n'est pas encore la magistrature, juste l'enquête préliminaire par la police, mais quand t'as 2 flics pour tout le département à la brigade des
moeurs forcément...


Sinon c'est bien plus long si ça passe la barrière du procureur (s'il ne classe pas sans suite ce qui serait étonnant vu l'ancienneté et l'absence de preuves), bcp d'amies victimes ont attendu
entre 3 et 5 ans pour que le juge d'instruction décide enfin de leur sort , généralement non lieu ou classement sans suite sans procès.