Prendre rdv ou le parcours du combattant

Publié le par opale

C'est donc décidé, 14 ans après la fin des abus, je vais mettre mon agresseur face à ses actes, porter plainte pour lui signifier que je ne suis plus dupe.

Il ne reste plus qu'à me renseigner pour prendre rendez-vous, ce qui devrait être une "formalité".

J'appelle d'abord le commissariat de la ville où j'ai subi tout cela, afin de savoir s'il y a un service un peu "spécialisé", une personne un peu plus formée à ce genre de plaintes. Un policier me répond que oui, qu'il me suffira de dire à l'accueil pourquoi je viens et je serai dirigée au bon endroit . Formidable! Je raccroche rassurée.

Il est temps de mettre en place tout cela avec ma psychologue, d'abord lui lire le détail des abus, tout d'un coup, comme pour me préparer à le faire devant un policier, puis surtout il faut trouver une date.

J'ai fait de savants calculs, souhaitant qu'il me reste encore trois séances pour me préparer à cette épreuve, en sachant que j'aimerais voir ma psy la veille et le lendemain de la plainte. Tout n'est pas faisable mais nous trouvons un compromis et il ne me reste plus qu'à me lancer et prendre rendez-vous : c'est là que la galère commence.

A l'accueil du commissariat on me répond que l'on ne donne jamais de RDV (alors que j'habite à 1 heure de route) , qu'ils travaillent en flux tendu, que non il n'y a pas de service dédié ou de personne formée, bref on me dit tout l'inverse de ce qui m'a été affirmé une semaine plus tôt.

Je raccroche effondrée et découragée, j'appelle un ami qui me rebooste un peu, et le lendemain je tente ma chance en appelant la gendarmerie.

C'est peine perdue, non seulement ils n'ont pas plus de personne "formée" mais de toute façon dans cette ville ou dans ma ville actuelle, nous sommes en zone police, ce qui signifie qu'on ne peut porter plainte qu'au commissariat.

En désespoir de cause, j'appelle le commissariat de ma ville, je ne compte plus le nombre de fois où il a fallu répondre à la question "c'est une plainte pour quoi ?" et sentir de l'autre côté une non-réaction, comme si je parlais d'un vol de sac à mains.

On me dirige enfin sur la brigade des mineurs, où une charmante personne m'explique qu'il ne vaut mieux pas porter plainte dans ma ville actuelle car tout devrait être retransmis à ma ville d'origine, ce qui de commissariat à Parquet et de Parquet à commissariat peut mettre jusqu'à un an "si le dossier ne se perd pas" !

Elle entend tout de même mon ras-le-bol et me conseille d'appeler la brigade des mineurs de ma ville d'origine.

Après avoir raccroché totalement écoeurée et découragée, mon téléphone sonne et un ami et confident (celui qui m'accompagnera le jour J) me dit que devant ce que j'ai mis en place seule, il a décidé de m'aider et a eu contact au commissariat avec une femme lieutenant d'un service pour personnes vulnérables (moi vulnérable ?) , à qui il a expliqué ma démarche, mon souhait, son rôle de soutien auprès de moi dans ce parcours.

Résultat des courses, elle doit me contacter dans la journée, enfin un peu d'espoir !!

Mais hélas tout serait trop simple, je ne reçois aucun appel et je rappelle le lendemain pour m'entendre dire qu'elle est sur le terrain, que je dois rappeler vers midi.

Cela va durer 3 jours à me faire balader ainsi, j'en suis à environ dix interlocuteurs différents quand enfin cette personne me joint pour me dire qu'elle va parler à ses collègues de la Brigade des Moeurs.

Enfin! Je me sens rassurée, la Brigade des Moeurs a forcément l'habitude de ce genre d'affaires, ça sera dur mais je m'estime chanceuse à l'idée d'être reçue dans un service compétent.

Je raccroche et aussitôt un homme me rappelle, cette fois ça y est : RDV le 27 janvier à 15h...

 

 

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Publié dans La plainte

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