Travailler

Publié le par Opale

Le travail et moi, c'est une histoire pour le moins compliquée.

Dit comme ça, ça fait un peu "feignasse" alors qu'a priori pas du tout (enfin j'espère!) 

 

Tout commence (ou finit ?) en juin 2001 , quand après avoir enchaîné un bac littéraire, un DEUG et une licence d'espagnol puis une année à l'IUFM, je passe le concours de professeur des écoles...pas très en forme moralement les dernières semaines, sans trop comprendre pourquoi.

Les épreuves se passent, le jour J arrive, jour du dernier oral sur mon dossier de stage. Je me prépare dans la salle, grand vide dans ma tête.

Que s'est-il passé ce jour-là ? Je ne le sais toujours pas mais en tout cas je ne suis pas allée voir mon jury, je suis partie m'enfermer dans les toilettes. Fin de l'histoire et des projets.

Quelques jours plus tard, j'ai su qu'il m'aurait suffi d'avoir 6/20 à cet oral pour être reçue sur liste principale.

 

Six mois plus tard, après avoir plus ou moins traîné ma peine à la maison, je me dis qu'il est temps de trouver du travail.

J'envoie des candidatures spontanées, j'écume les boîtes d'intérim. Mes diplômes ne servent à rien à part à enseigner, j'en suis bien consciente, cette licence c'est du vent.

 

Février 2002 je trouve un premier CDD , d'autres suivront, je prends ce qui passe, même un mois à mi-temps. de la saisie informatique essentiellement.

MSA, caisse des artisans, ADMR, service de l'état civil , je ne reste pas trop longtemps au chômage entre deux CDD.

J'ai même failli présenter le karaoké "star academy" dans un magasin de jouets à Noël ! Il faut croire que je n'ai pas trop changé de couleur quand la responsable m'a expliqué que je chanterais et ferais chanter les gens dans le magasin "oh non ça ne me dérange pas du tout" . Tu parles. Par chance j'ai été prise ailleurs.

 

Début 2003 j'ai trouvé un CDD plus long à la CPAM.

Début 2003 oui, c'est à dire pile au moment où j'ai commencé à poser les premiers mots sur mon histoire, sur le forum d'une association. Je vivais toujours chez ma mère et mon agresseur.

Peu de temps après je n'en pouvais plus et je décidais que forte de mon petit CDD, de ma volonté à trouver du travail et de 7 mois de droits ouverts au chômage, j'allais prendre mon indépendance.

 

Mai 2003, ça y est je rentre dans mon studio, bientôt 25 ans, il était temps. Il me reste encore 3 mois à faire à la CPAM.

Cela pourrait être une chouette période mais tout s'effondre, non seulement j'ai posé les premiers mots sur mon passé mais en plus je n'ai plus à me cacher de personne puisque je vis seule.

Le vernis craque, des crises de larmes épuisantes, des crises que j'appelais à l'époque "crises de besoin de bras", l'enfer est entré chez moi.

 

Je continue à aller travailler mais chaque matin et chaque soir je suis effondrée. Personne n'est au courant de ma détresse et encore moins de mon passé, à part l'asso Sos Inceste.

Chaque matin j'écris sur leur forum que je veux mourir, que je n'ai pas la force. Je leur écris que je ne suis pas adulte, qu'on m'a "kidnappée" dans l'enfance et mise dans un monde d'adultes.

Chaque matin je leur dis que j'ai le sentiment de tuer cette petite fille pour aller travailler comme un robot.

 

Une fois passé la porte du travail, je souris, je plaisante, ma collègue est ravie, elle passe son temps à rire.

Puis je rentre chez moi le soir et tout recommence, des larmes à n'en plus finir, que je stoppe net au moindre coup de téléphone. Parfaite comédienne.

Chaque soir je pense que c'est le dernier, chaque soir je pense que je ne tiendrai pas une journée de plus, chaque soir j'écris "pas demain, pitié, pas demain"

Cet enfer va durer au moins deux ans, dont une grande partie sans aucun soutien, ni thérapeutique ni médicamenteux.

 

Entre deux je passerai un concours dans la fonction publique pour stabiliser ma situation et je changerai de ville.

Mais à chaque fois le même effondrement, à m'en mettre en danger à force de pleurer tout en conduisant ma petite voiture sans permis...et toujours la bonne humeur en arrivant, cette bonne humeur que mes collègues loueront tant.

 

Pendant ces 2 ou 3 ans, on m'a conseillé de m'arrêter, je n'ai jamais voulu, je devais "tenir", c'était ainsi et j'avais trop peur des conséquences financières.

Ce qui devait arriver est arrivé, à peine titularisée, au début de ma thérapie, j'ai pris 10 lysanxia, je voulais oublier, faire taire la souffrance, mais je ne me suis même pas endormie, juste un petit moment de flottement, ne me souvenant plus que j'avais activé le rappel automatique d'une amie occupée qui m'a fait jeter le reste des médicaments à la poubelle.

Pas de grosse mise en danger mais assez pour que mon médecin m'arrête et me suggère une hospitalisation en clinique psy.

Ca a été le début de très longs et nombreux arrêts: octobre 2005 à septembre 2006, novembre 2008 à septembre 2009, janvier 2010 à mai 2011, octobre 2011à novembre 2012, avec parfois entre deux de petits arrêts lors des reprises.

 

J'ai cherché encore et encore pourquoi j'avais tant de mal à tenir au boulot, pourquoi ça dévorait autant toute mon énergie au point que chaque matin je me voyais dans ma tête me faire du mal.

Je me suis même demandée si le travail ne me renvoyait pas aux abus qui avaient lieu principalement quand ma mère partait travailler pour sa nuit.

 

Je ne sais pas mais j'en suis là à me débattre pour tenir, à m'en vouloir de mes arrêts , à ne pas savoir si c'est justifié, à me demander si c'est lié à mon état ou à l'échec auquel me renvoie ce type de travail.

Je sais juste que c'est épuisant, que j'ai honte, je tente de tenir, je tente d'être "comme tout le monde", je me dis que je dois laisser mes soucis chez moi.

Et encore une fois, à me sentir vidée de toute énergie par cet effort permanent du masque social au travail, j'ai purement et simplement envie de mourir.

Publié dans émotions en vrac...

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abby 08/11/2012 21:48

oui cette façade sociale est épuisante au quotidien. je te lis depuis plusieurs mois maintenant et là je ne peux pas ne rien écrire, tiens le coup, continue de te battre, c'est difficile (je sais)
mais la vie te réservera des cadeaux, là tu n'y crois pas mais ça viendra, crois moi. prend soin de toi. Je voulais aussi te dire que tes écrits sont beaux même si les maux que tu nous dis sont
inacceptables.

Heidi 07/11/2012 19:23

juste une nuée de paillettes, de pensées positives et d'ondes de soutien...