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37 articles avec emotions en vrac...

Et le procès eut lieu...Plaidoiries.

Publié le par Opale

Voilà , c’est à elle , elle va plaider, elle va me défendre et c’est déjà un si grand symbole par rapport au passé. En plus elle va le faire malgré la douleur, malgré le fauteuil roulant dans lequel l’ont clouée pour un moment de vilaines fractures tibia/péroné. Pas de report, pas de remplaçant, elle a voulu être là pour moi et ça me bouleverse tellement , elle met toutes ses tripes dans mon affaire.

Elle arrive donc vers les jurés, en fauteuil et j’imagine que plaider assis est la pire chose pour un avocat. Moi , grâce à ses mots je la vois debout , forte, précise, parfaite. Il y a une si longue histoire derrière nous, tant de mal à s’apprivoiser mais depuis que c’est fait le lien est fort.

Je me souviens que longtemps avant le procès , quand nous avions parlé des plaidoiries elle m’avait dit « un de mes buts sera aussi de vous faire craquer, pas pour faire pleurer dans les chaumières, mais pour que vous puissiez enfin lâcher ce que vous contenez. » A l’époque cela m’avait fait peur, moi qui n’était pas très copine avec mes émotions.

La voilà donc face à eux et bien sûr deux ans après ma mémoire est floue, mais mon cœur se souvient, je me souviens de sa conviction, je me souviens des moments où elle s’est adressée à moi , pour me dire que tout ça ce n’était pas ma sexualité, mais aussi pour me dire qu’elle souhaitait garder le contact avec moi . Je me souviens l’impossibilité de fuir mes émotions , elle a dit tant de fois mon prénom qu’il était impossible de tenter de m’échapper. Elle était dans ma tête , disant parfois « je » comme si elle faisait parler la petite fille de 12 ans.

Je n’avais aucune idée de ce que les jurés pensaient , mais moi j’étais emportée par ce tsunami d’émotions, ses mots qui expliquaient les conséquences d’un viol , ses mots qui revenaient sur mon enfance , ses mots qui me rappelaient le chemin parcouru ensemble , ses mots qui me rappelaient que je n’étais plus seule. La veille d’ailleurs un sms de sa part disait « on se bat ensemble demain ok ? ».

Mon avocate me défendait , je ne risquais rien à ses côtés et c’est je crois l’une des choses les plus réparatrices de ce procès . Elle parlait, parlait, parlait , ça faisait du bien et du mal à la fois . Elle s’adressait aux jurés leur demandant de regarder la photo de moi à 12 ans . Grâce aux articles de journaux j’ai quelques phrases entières en mémoire « Elle est reconnue travailleur handicapé. Souvenez-vous de la petite fille de 12 ans : elle voulait juste être heureuse en famille , puis devenir institutrice, avoir un mari, élever des enfants. Aujourd’hui elle est incapable de tout ça, parce que le viol , c’est un meurtre psychologique…On tue l’âme. Mais il ne lui manque plus grand-chose . Elle va renaître. Elle a juste besoin de vous. »

Je me souviens de ça. Je me souviens aussi qu’elle a parlé de mon père que j’ai perdu si jeune, du vide affectif et de comment Taré 1er en a profité. Je me souviens avec émotion quand me regardant et regardant D. elle a dit « mais vous l’avez votre papa, Opale, il est là. » D .tentait de retenir ses larmes, lui et moi nous savions depuis longtemps que je le considérais comme un papa de cœur, mais il faisait toujours mine de ne pas vouloir officialiser ce terme. Depuis ce jour je peux le charrier et lui rappeler que c’est la loi qui a décidé !

Elle a dit tant de choses encore , qui échappent à ma mémoire mais qui sont gravées dans mon cœur . Elle avait tout compris, tout ce que j’étais , tout ce que je ressentais. Je lui avais offert ma confiance et elle l’avait sublimée.

Elle est retournée à sa place, près de moi, je pleurais et n’avais aucun mot assez fort pour dire merci. Je pensais alors que sa demande de garder le contact n’était « que pour la plaidoirie » mais c’était mal la connaître, elle le voulait vraiment, je le lui ai demandé pour m’en assurer et j’en ai été profondément touchée.

Je n’aurais pas pu avoir meilleure avocate et je remercie encore Maître Mô de me l’avoir conseillée. Dans des circonstances si terribles c’est une belle rencontre humaine.

L’avocat général lui a plaidé avant ou après , je ne sais plus, enfin plutôt il a fait ses réquisitions et a demandé de 6 à 8 ans de prison contre Taré 1er. Il a dit clairement qu’il me croyait. Il a noté le fait que j’avais toujours été constante dans mes déclarations. Il a traité Taré 1er de parasite et de je ne sais plus quoi encore (dommage, j’aimerais m’en souvenir ! ) Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il demande autant de prison mais j’ai surtout été touchée d’être crue , réellement crue alors que lui n’était pas là pour me défendre ni pour défendre Taré 1er.

Puis il y a eu pour finir les plaidoiries de Pipo et Mario . Je n’y ai presque pas assisté car très vite, à les entendre tenter de faire valoir leur argumentation je me suis dit que forcément on allait perdre, forcément je n’avais pas de preuves, forcément il n’y avait pas d’aveu. Je suis sortie de la salle et quand je suis revenue la scène était assez surréaliste, l’un de ses deux avocats répétant à Taré 1er « Vous qui avez été enfant de chœur, jurez-moi que vous n’avez jamais violé cette jeune femme » . Intérieurement j’entendais « Marie-Thérèse ne jurez pas » , extérieurement j’avais l’impression que son avocat était limite en train d’essayer de le faire avouer (il n'a obtenu aucun "je le jure" ) , tandis que le deuxième à un moment lui disait « pour une fois répondez à une question par oui ou par non, avez-vous violé cette jeune femme ? » . Du bout des lèvres il a dit non après 5 ans de « je ne me souviens pas je sais pas c’est pas le genre de la maison ».

Grâce aux articles de journaux toujours j’ai su qu’un des avocats avait tenté de démontrer qu’on ne pouvait pas le condamner comme ça, sans preuve sans rien, même si j’étais « constante et mesurée » comme l’avait dit l’avocat général. Je ne me souviens de rien de plus, c’était la fin et il était temps de partir prendre l’air en attendant le verdict vers 18h30.

A 18h30 nous nous sommes installés , mon avocate m’avait expliqué qu’il fallait un oui à la première question , tous les trois, elle , moi et mon papa de cœur retenions notre souffle et nous tenions la main. Verdict : coupable et condamné à 5 ans de prison ferme. Je demandais alors à mon avocate pourquoi ils ne disaient pas combien de sursis, mais en fait il n’y avait pas de sursis. J’étais totalement sonnée, incapable de me réjouir malgré cette fin car il fallait attendre encore dix jours ouvrés pour savoir s’il ferait appel, ce qu’heureusement il n’a pas fait.

Voilà comme se sont terminés ces deux jours du 25 et 26 juin 2015

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Et le procès eut lieu...C'est son tour.

Publié le par Opale

Il est là à la barre, et mon souvenir est lointain. Je tente de boucler le récit de ce procès, pour moi, pour d’autres , mais la violence de ces deux jours et le temps qui passe floutent ma mémoire.

Il est là et derrière lui se tiennent trois policiers, je pense qu’on sait tous qu’il ne va pas fuir en courant mais c’est ainsi, il a été présenté déjà incarcéré suite à son absence à la première audience, la prudence est donc de mise.

Il est là, toujours si indifférent, prêt à faire son numéro, pas intimidé le moins du monde à cet instant où le temps qui passe l’amène de plus en plus vers une possible peine de prison.

C’est flou , je ne sais plus exactement qui lui pose quelle question , je me souviens qu’il maintient toujours ne pas savoir , avoir oublié, ne pas se souvenir. Je me souviens de la Présidente qui lui dit à un moment « mais enfin quand on arrive dans une maison où il y a une enfant de 8 ans, on s’attache, des liens se créent non ? » , je me souviens mon cœur déchiré par le vide qui s’en suit.

Les questions défilent, ses réponses sont encore et toujours floues, sa vie est disséquée tant bien que mal jusque dans sa sexualité et j’ai un fou rire nerveux quand à la question « vous avez déclaré tel jour avoir eu votre première relation à 18 ans, tel autre à 21 ans, finalement c’était à quel âge ? » il répond « ça dépend » . Tellement saugrenu, tellement fou, tellement lui…

Il y a ce moment surréaliste où mon avocate l’interroge , se tenant debout à la table, elle qui était en fauteuil roulant à cause de ses fractures. Elle pointe tout ce qui cloche , ne le ménage surtout pas. (et ça fait du bien ! ) .

A un moment , elle lui dit qu’elle n’a pas entendu sa réponse , il rétorque « comme ça on va monter un club » , référence au fait qu’il a apparemment des problèmes d’audition. Ses réponses n’ont de sens que pour lui et surtout sont rarement franches , mon avocate lui demande alors s’il ne peut pas pour une fois répondre par oui ou par non , et là devant les policiers ayant bien du mal à garder leur sérieux (et comme je les comprends ! ) il lui répond « non, je vais vous expliquer pourquoi . Quand je marche dans la rue je fais attention aux bouches d’égoût , car j’ai un ami qui est tombé dedans. Mais parfois j’oublie donc je n’y fais pas attention. On ne peut donc pas répondre par oui ou par non » .

A ce moment là je crois que je suis à la fois sidérée, « amusée » et en larmes, tout est si fou, tout est si lui, tout est si semblable à ce monde dans lequel j’ai grandi .

Je ne me souviens pas des questions suivantes mais je me souviens de mon avocate qui, le regardant droit dans les yeux lui dit « bien, on va continuer à jouer Monsieur puisque vous voulez jouer » . Lui qui méprise tout le monde et encore plus les femmes se fait remettre en place par une femme . Pendant presque tout le procès, il avait été plutôt éteint et indifférent , mais à la fin de l’interrogatoire de mon avocate j'ai retrouvé celui que je connaissais, j’ai reconnu dans ses yeux ce regard froid, glacial, à ce moment précis je sais qu’il aurait aimé pouvoir la rabaisser, qu’il la détestait et la méprisait de toutes ses forces. Mais cette fois, c’était elle la plus forte.

Cet article sera court finalement , les souvenirs m’échappent mais la violence des émotions est toujours aussi vive . Voir sa folie, son je m’en foutisme, son ironie et lire la consternation dans les yeux de tous, tout en réalisant que je me suis bâtie là-dessus, c’était insupportable ...et ça l’est encore beaucoup.

 
 

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Lettre à la petite fille.

Publié le par Opale

Petite fille , petit fantôme,

Je repousse le moment de t'écrire, ça me fait peur.

J'ai des choses à te dire, à me dire , et je suis si peu sûre de moi.

Je ne sais pas si tu es morte tu sais . Je sens encore tant ta souffrance , je me la représente si fort qu'elle me fait mal, alors es-tu morte ou es-tu quelque part , blessée et agonisant, espérant que tout cesse un jour ?

Je crois que tu es morte tu sais . Ou qu'il le faut. Tu ne dois pas avoir peur, écoute-moi, je vais te parler de cet endroit où tu peux aller : le paradis des enfants maltraités. Ce n'est pas le paradis des gens qui croient en Dieu, on s'en fout nous de Dieu.

Au paradis des enfants maltraités, tu peux faire tout ce dont tu as envie, tout ce que tu n'as pas pu faire avant, toutes les promenades, tous les pique-niques . Il y a tout ce qui peut faire plaisir à chaque enfant, il suffit qu'il y pense et ça arrive . Tu peux faire du vélo , voir plein d'amis, rire à la plage , c'est toi qui décides .

Là-bas les enfants ont l'âge qu'ils avaient quand ils ont commencé à devenir très malheureux. Alors toi tu auras huit ans. Huit ans pour toujours.

Là-bas tu ne peux pas oublier ce qui t'est arrivé mais tu n'as plus mal . Et puis il y a les anges-adultes, ce ne sont pas des parents , c'est beaucoup mieux , ils sont là pour chaque enfant , chacun a son ange-adulte pour veiller sur lui .

Un ange-adulte peut te faire des câlins toute la journée si tu as envie , il ne se lassera jamais . Quand tu te souviendras de ce qui t'est arrivé, il sera là pour vite t'apaiser et te donner plein d'amour . Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas tout le temps penser à ce qui t'est arrivé , tu vas avoir bien trop de choses amusantes à faire.

Et puis ce paradis des enfants maltraités est spécial et magique. Puique les enfants ne sont pas de vrais morts , ce qui est mort en eux c'est ce qui a été abîmé .C'est un morceau d'âme qui a succombé à trop de douleur . Mais leur corps physique a grandi, est resté vivant , et quand l'adulte habitant ce corps fait des choses agréables , alors l'enfant peut venir s'il en a envie pour partager ces choses . Tu vois, si je vais à la mer , si je fais une promenade, si je vois des amis, tu pourras être là avec moi et t'amuser tant que tu veux.

Pourtant tu dois ensuite retourner au paradis des enfants maltraités, parce que tu n'existes plus dans la réalité de 2016, mais moi si. Et j'ai peur, c'est pour ça que j'ai peur tu sais, car je connais beaucoup mieux ta souffrance que je ne connais l'envie de vivre, que je ne connais la vie . Parce que je ne peux plus rester près de ton âme souffrante et attendre que tu ressucites. Je ne peux pas moi essayer de rejoindre le paradis des enfants maltraités, sinon je meurs, pour de vrai, comme les vrais morts qu'on enterre .

J'ai de la peine, beaucoup, parce que je voudrais rester tout le temps avec toi . Mais tu vois, je ne parviens pas à te consoler, ça me fait trop de mal, ça me donne envie de prendre ta place de morte , ça me donne envie d'aller au paradis des enfants maltraités. Mais je ne peux pas avoir huit ans pour toujours. Je peux seulement grandir et essayer de faire le plus de jolies choses possibles pour me faire plaisir et que tu puisses souvent me rejoindre, sans ta souffrance.

J'ai peur petite fille, petit fantôme, et je sens bien que toi aussi tu as très peur .Je ne sais pas comment on va faire, on va prendre le temps, le temps que tu ailles de temps en temps au paradis des enfants maltraités pendant que j'essaye de bien grandir.

J'ai peur parce que toi et moi on est différentes désormais. Je suis adulte , je ne suis plus maltraitée. Et toi dans ton monde à toi tu l'es encore, parce que ton monde est comme un enfer qui tourne en boucle. C'est pour ça qu'il faut que tu ailles dans ce paradis : pour quitter ta souffrance et ta peur. Je peux te promettre que je les ai entendues et que je ne les oublierai pas, je ne les cacherai pas. Mais on doit se séparer, pour ton bien, pour le mien. Il faut que ton petit corps repose en paix . Je ne veux pas te dire ça, je veux que tu restes, tu vois je ne sais plus j'ai peur de te perdre et pourtant je te promets que je crois au paradis des enfants maltraités.

Petite fille, petit fantôme, ne m'en veux pas, ne pleure pas s'il te plaît , ils t'ont tuée et je te promets j'aurais tellement voulu que ça se passe autrement . Mais ça s'est passé comme ça et tu as passé tant de temps à avoir peur, mal, à être résignée.

Je garde de toi ton amour des enfants, tes envies de faire rire, je garde de toi ce que tu as réussi à voir comme des bons souvenirs, peu importe si c'était des miettes, c'est ton avis qui compte.

Petit fille, aide-moi à savoir quoi faire pour toi, pour moi. Tu serais si heureuse au paradis des enfants maltraités tu sais, et tu viendrais me voir souvent , car je ferais de mon mieux pour être une adulte qui vit. J'ai peur de ça aussi tu vois, tu comprends toi , c'est l'inconnu la vie quand on a grandi dans la mort .

Petite fille, petit fantôme, ne pleure pas, on va trouver une solution pour toi et moi. Je suis là.

 

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Handicap...

Publié le par Opale

Ce vendredi 2 octobre, je me suis pris une claque, au sens figuré. J'avais enfin repris le travail à 80% depuis le lundi 28 septembre, et avais tant bien que mal fait ma semaine du lundi au jeudi, la finissant épuisée, dissociée et en proie aux idées noires. Pendant ces 5 dernières années, je crois que j'ai travaillé au maximum un an, et par petits bouts. Le reste du temps, j'étais en congé longue maladie , au choix sur mes arrêts : dépression sévère, dépression réactionnelle...

Quand ce vendredi j'ai parlé à ma psychologue , que ce soit du travail ou de mon état, elle m'a demandé quand je travaillais, je lui ai donc répondu du lundi au jeudi et là je l'ai vue faire la grimace , pas "contente" du tout . "Vous savez 4 jours d'affilée c'est beaucoup ." Comment était-il possible que ce soit beaucoup alors que je ne travaillais pas à 100% ? Certes ce qu'elle me disait, c'est ce que je ressentais, mais merde à la fin, je voulais être normale. "Quand vous me dites ça je me sens handicapée . " Réponse du tac au tac "Handicapée je ne sais pas mais diminuée c'est sûr ,vous ne pouvez pas faire ce que d'autres font , pas pour l'instant, et il vaut mieux en faire moins que de vous retrouver à nouveau en arrêt à ne rien faire du tout . "

Diminuée, le mot lâché comme une bombe, tout comme il y a quelques années quand elle m'avait dit face au terme de nulle dont je me qualifiais "ce n'est pas tant que vous êtes nulle, c'est que vous êtes sacrément amochée. " Entendre ça, c'est à la fois violent et rassurant.

Handicapée, j'ai souvent utilisé ce mot quand je n'arrivais pas à faire des choses simples, je disais "je me sens handicapée" (par mon passé, les séquelles ) . Mais vendredi , à l'heure où je lui disais ça, je ne pensais même pas au fait que chez moi, dans mes papiers, il y a deux notifications, la RQTH et l'AAH . La première me reconnaît travailleur handicapée pour 5 ans, la deuxième adulte handicapée pour 2 ans. La première ne me dérangeait pas trop, on m'en avait surtout parlé pour aménager plus facilement mon emploi du temps afin d'aller à mes rendez-vous chez la psy qui bosse pendant les heures de bureau uniquement. Ca ne portait pas à conséquence, ça n'empêchait pas de travailler, je n'étais même pas obligée de prévenir de futurs employeurs que je l'avais.

La deuxième par contre a été bien plus difficile à accepter. C'est l'ancienne directrice-adjointe de la MDPH qui donc était aussi ma supérieure quand je travaillais là-bas, qui m'en a parlé pendant un énième congé longue maladie, et ce pour que j'aie l'esprit plus tranquille financièrement, puisque j'étais à demi-salaire . Très humaine, elle m'a dit qu'elle comprenait que ça puisse être dur à accepter, mais que si ça pouvait m'aider, pourquoi ne pas saisir cette possibilité. J'ai beaucoup réfléchi et j'ai fini par accepter, ne pensant pas que l'on me l'accorderait, même si j'avais moi-même vu passer dans le cadre de mon travail des dossiers pour dépression, mais aussi des dossiers parlant des séquelles de violences sexuelles. Quand l'AAH m'a donc été accordée , j'ai tout fait pour me faire croire que l'on "me faisait une fleur" parce que j'avais travaillé là-bas et j'ai rangé ça de côté dans ma tête.

Depuis vendredi et cette "claque" , je sais, je sais que si l'on m'a attribué ces deux choses-là, ce n'est pas pour me faire plaisir, mais c'est parce que mon état au moment où le dossier a été rempli par mon médecin avec courrier de ma psychologue, justifiait et justifie encore de l'acceptation de cette demande. Depuis, j'ai renoncé au 80% pour passer à un 60% pour un an, travaillant le lundi, mardi et jeudi. Je me suis au début sentie nulle, puis soulagée. Soulagée car je sens que je parviendrai même si c'est difficile, à tenir mes semaines de travail sans un énième arrêt . Soulagée parce que je commence à penser que c'est vrai, je dois être bienveillante avec moi et accepter cette aide qui m'est offerte via l'AAH pour réintégrer le milieu du travail tout en ayant du temps en dehors pour ma reconstruction dont le chantier est gigantesque.

C'est donc positif en quelque sorte, même si ça fait terriblement mal, même si c'est terriblement violent. J'ai de la chance, j'ai mes deux bras, mes deux jambes, je marche, je ne me bats pas pour me déplacer avec un fauteuil roulant dans la rue, mais je traîne un handicap invisible bien planqué derrière le sourire que je dégaine automatiquement à l'approche du moindre être humain .

Ce handicap invisible, c'est comme un poids aux chevilles, avec en plus un sac à dos chargé de plomb à porter en permanence, et avec tout cela il faut avancer face aux regards extérieurs qui ne voient ni les poids, ni le sac à dos. Ce handicap invisible m'empêche parfois (souvent) de m'occuper de moi, de mon environnement, il m'empêche d'aller vers les autres quand j'en aurais envie car j'ai encore gravée en moi la certitude de ne rien valoir, d'être inintéressante. Il ne m'a pas aimée, ne s'est pas intéressé à moi, n'a su que s'intéresser à mon corps pour son plaisir à lui , et même si en tant qu'adulte je sais que tout cela est anormal, qu'il est anormal, il reste cette blessure de non-amour, cette môme de 8, 9, 10 ans en moi qui ne sait pas pourquoi on lui détruit sa vie, et qui n'imagine pas une seconde avoir le droit à autre chose qu'au néant.

Ce handicap invisible me fait sauter sur la radio pour l'éteindre aux paroles trop sensuelles de "Que je t'aime", me fait devenir muette face aux "blagues" sous la ceinture. Il me fait mettre la table seule chez moi en continuant d'instinct à poser doucement verres et assiettes, comme dans le temps, pour ne pas faire de bruit. Il me retient prisonnière à la maison , il me fait détester la vie et parfois vouloir la quitter . Il est fait de cauchemars, de souvenirs, d'habitudes prises dans un conditionnement ravageur , de pensées automatiques et auto-destructrices .

Depuis cette claque, depuis que j'ai fait ma semaine à 60% , j'ai décidé de tenter d'être un peu plus bienveillante avec moi , là où certains verraient de la faiblesse ou de la fainéantise. Je sais et je sens en moi que j'ai raison. Mais j'ai mal, mal à en crever de voir ce qu'il a provoqué, mal de voir que je n'ai pas l'esprit d'une battante car je n'ai appris sans cesse que la résignation, et que chaque millimètre de vie que je gagne est le fruit d'un travail qui dévore mon énergie .

Je vais prendre le temps, mon temps, celui nécessaire pour réapprendre à vivre, ou plutôt pour apprendre à vivre tout court, car je n'ai pas du tout eu l'occasion d'apprendre. Il restera à vie une partie de ce handicap invisible, et ça aussi je dois l'accepter, tout comme on accepte d'avoir une jambe en moins et de marcher avec une prothèse . Il me manque mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune adulte, tout ça a été anéanti et inexistant. Il m'a amputée de mon insouciance,  mais je peux encore marcher, en attendant de courir un jour.

 

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Et voilà...c'est fini.

Publié le par Opale

Voilà. C'est fait. Toi et moi on s'est vu, on peut pas dire qu'on se soit parlé, moi je t'ai parlé en tout cas et je n'ai plus rien d'autre à te dire, que tu aies entendu ou non mes mots au procès.

Voilà, jusqu'à aujourd'hui inclus tu pouvais faire appel de la peine de prison de 5 ans ferme dont tu as écopé . Tu ne l'as pas fait et je ne te dirai même pas merci pour ça, faut pas déconner, c'est pas pour moi que tu as fait ce choix, si tant est que tu aies réfléchi un peu à cette possibilité d'appel, t'en avais probablement juste rien à foutre en fait, comme tout au long du procès, que peut-être un jour je réussirai à raconter ici.

En tout cas, 4 ans 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, c'est FINI ! Demain je vais me réveiller sans me demander ce que va faire la justice. Demain je vais me réveiller en sachant que je ne t'entendrai plus jamais , ni ta voix, ni surtout tes propos qui réussissaient encore au procès à m'emporter dans ta folie, dans ce passé. Oh je ne me fais pas d'illusions, peut-être que demain je me réveillerai après avoir rêvé que je t'engueulais, ou que tu abusais de moi, ou que je te suppliais de m'aimer moi petite fille, ça arrivera encore. Mais c'est fini.

Je ne crois pas que je sois en colère ni que je l'aie beaucoup été, pas même en te parlant. C'est plutôt les larmes qui envahissaient ma voix quand je t'ai dit au procès que nous aurions pu être heureux à 3 mais que tu as tout gâché. Je t'avais dit à peu près ça déjà à 12 ans, mais je ne savais pas à l'époque que tout était déjà gâché et j'ai cru à ta promesse d'efforts, avant d'aller dans ma chambre et de t'entendre dire "qu'elle est con cette gamine".

Je n'aurai plus à me confronter à toi vivant, même si j'ai encore pas mal à faire avec le toi du passé, celui que j'ai aimé autant que je l'ai craint, celui dont j'ai voulu l'amour, celui qui m'a manipulée et fracassée. Mais contre celui-là j'ai des armes, la thérapie, les amis, ma maman de coeur, mon papa de coeur (qui sourira en me lisant de son titre officiellement donné au procès ).

Ca ne fait que quelques heures que je sais que c'est fini, je ne réalise pas bien encore, mais je me réjouis. Pas que tu sois en prison non, même si j'avais besoin que tu prennes au moins 1 mois ferme, juste un petit mois. Mais la prison et ses conditions étant ce qu'elles sont, c'est pour le moment compliqué pour moi de t'avoir "envoyé" là-bas même si on me dit et me redit à raison que ce sont bien tes actes qui t'y ont envoyé. Tes actes et les jurés.

Ca ne fait que quelques heures alors j'admire tout ces petits mots adorables de tous ces connus et inconnus (en tout cas en chair et en os) qui se réjouissent pour moi. Parfois je tique c'est vrai quand on me parle déjà d'aller de l'avant, de passer à autre chose. C'est plein de bonnes intentions mais je sais bien que ça ne va pas être aussi simple que ça peut le paraître aux "non-initiés" . Il y aura le procès à digérer, toute cette réalité de ton indifférence prise encore une fois en pleine face. Il y aura des cauchemars, des mots à poser. Il y aura les émotions d'une puissance inouïe reçues lors de la plaidoirie de ma génialissime avocate .

Oui il y aura tout ça et surtout le plus gros travail : apprendre à vivre, à avoir envie de vivre, à réparer le ressort cassé de mon âme, cette âme que tu as piétinée de toutes tes forces mais que , pauvre con que tu es, tu n'as pas été foutu de massacrer jusqu'au bout puisque tu vois je suis là, je sais rire, aimer, partager et ça tu n'as pas la moindre idée de ce que ça peut vouloir dire.

Je te l'ai dit au procès, tu ne fais plus partie de ma vie. Je le pensais de toutes mes forces sur le moment, même si je sais bien que tu vas encore un peu en faire partie, en tout cas ton fantôme. Mais mon souhait le plus cher est que l'homme que tu es actuellement me devienne totalement indifférent. Ce que tu fais, ce que tu vis, ce que tu vivras à l'air libre quand tu sortiras, que tu ailles bien ou mal, que tu sois heureux ou non, tout ça n'a plus rien à faire dans ma tête. Je n'ai pas envie de te haïr, j'ai sûrement déjà à apprendre à la petite fille qu'elle doit vraiment arrêter de t'aimer, de t'attendre comme dans un cauchemar d'il y a deux jours à peine.

Oui voilà, c'est fini, tu es en prison, tu vas faire à peine 2 ans sur tes 5 ans probablement mais peu importe .Ils ont vu qui tu étais, ils ont tous vu et ils ont compris je crois, compris non pas ce que tu as dans la tête car je ne pense pas qu'un jour quelqu'un le saura, mais compris un millième de l'enfer que ça pouvait être de vivre des années avec toi, et ça même s'il n'y avait pas eu les abus.

J'ai cru un jour que tu pouvais devenir un papa de substitution, la petite fille en moi le veut encore et je dois lui expliquer que non . Taré 1er tu étais avant, Taré 1er tu as été pendant, et Taré 1er tu resteras, incapable d'amour pour les autres, incapable de vie. Alors oui tu m'as empoisonnée, j'ai appris la peur, la honte, la folie, la culpabilité, les sens qu'on ne contrôle pas, la perversion de tes gestes. Entre toi et maman j'ai eu de quoi avoir peur de tout, tout le temps, véritable handicapée de la vie, plongée dans l'angoisse et le néant de la vie plate et sans saveur, sans valeur que nous avions tous les trois.

Mais voilà, c'est fini, et comme tu n'es pas si doué que ça finalement, je ne suis pas morte, je vacille, je pleure, je tombe, mais j'aime , je donne, je reçois. Alors peut-être que la vie, elle, la mienne , n'est pas finie. Elle commence. Sans toi. Ca va prendre du temps et j'espère qu'autour de moi on n'oubliera pas ce paramètre-là .

Et voilà...c'est pas fini. Ca commence. Sans toi. Débrouille-toi avec ta route , j'ai des morceaux à recoller , et d'autres à inventer.

 

 

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On va recommencer...

Publié le par Opale

On va se lever à 6h30 , prendre le petit déjeuner et se préparer. On va partir à l'heure pour éviter du stress supplémentaire. Route direction A.

On va arriver à l'heure, avec de l'avance, ce qui nous permettra de prendre un chocolat chaud au café tout à côté du Tribunal . Puis on montera le grand escalier pour être dans le hall vers 8h45. On attendra notre tour pour sortir les affaires des poches, faire fouiller le sac, poser la ceinture dans le bac et tout reprendre une fois le portique passé .On saluera ma mère, ma soeur, ma nièce.

On fera la queue entre futurs jurés et diverses personnes , je donnerai ma convocation à l'huissier, puis on rentrera dans la salle, on s'installera , mon avocate à ma droite, mon papa de coeur à ma gauche. Les futurs jurés (et ceux qui ne le seront pas) seront assis sur les bancs du public en attendant le tirage au sort.

Il rentrera , menottes aux poignets , entouré de deux gendarmes et s'installera dans le box des accusés. Il sera toujours aussi impossible de détecter la moindre émotion sur son visage, la moindre expression. Il sera impossible de réussir à voir s'il me regarde .

La sonnerie retentira , et l'on entendra "La Cour ! " , alors on se lèvera, la Présidente entrera avec sa robe rouge, elle s'installera , les assesseurs à ses côtés.

Elle commencera par parler aux futurs (ou non) jurés et le tirage au sort se fera, certains pour des raisons que nous ne connaîtrons pas demanderont à être révoqués, d'autres le seront par les avocats de la défense, sans que l'on en connaisse la raison. Ceux qui ne seront ni jurés ni remplaçants pourront repartir . Les jurés désignés , eux, vont prêter serment puis s'installer avec les assesseurs et la Présidente.

Les témoins seront nommés, on vérifiera leur présence, on leur prendra leur téléphone portable et on les emmènera dans la salle des témoins en attendant le moment de leur interrogatoire.

A ce moment là, la Présidente lira le "résumé" de l'affaire, résumé aussi clair et impartial que possible, mélange de déclarations de chacun et d'articles de loi. J'entendrai ces mots sales à nouveau .

On lui demandera de se lever, de décliner son identité , et son adresse.

Je ne connais pas la suite, j'espère qu'enfin cette fois, rien ne viendra permettre un nouveau report, je n'ose pas croire que ça finira, j'ai encore peur de ce qui peut nous tomber dessus avant qu'on soit enfin, vraiment, réellement à la fin du procès.

Ce que j'ai déjà vécu les 12 et 13 mars me permet de connaître les lieux et certains intervenants, mais me fait aussi craindre un procès loin d'être classique, et de façon certaine hyper éprouvant pour moi . Je crains déjà tous ces mots qu'il faudra dire et entendre, le résumé ayant déjà été très dur à entendre. Je crains déjà ses réponses ou le fiasco possible avec sa (semble-t-il ) réelle semi-surdité . Je crains déjà les questions que ses deux avocats vont me poser, je crains déjà de les entendre le défendre, je crains les choses comme "mon client est à l'abandon" entendu en mars et qui m'a à la fois donné envie de rire et de pleurer.

Encore un peu moins de 6 semaines et on va recommencer. Comme dans un cauchemar, tout se remettra en place, même parking, même petit bar, même chocolat chaud, même portique, même place dans la salle, même peur . Pourtant cette fois c'est sûr il sera là.

Le midi aller déposer les affaires à l'hôtel et manger, le soir peut-être discuter autour d'un verre avec mon avocate, la nuit à l'hôtel, l'angoisse, y retourner le lendemain, savoir qu'un verdict nous attend quelques heures plus tard.

On va recommencer. Et j'ai envie de me tuer.

 

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Ces jours-là...

Publié le par Opale

Il y a des jours comme ça où l'on se réveille les larmes aux yeux . Des jours où après une période de trêve le passé prend le dessus sur le présent et vient rappeler son visage horrible. Il y a des jours comme ça où l'on a envie de pleurer, de hurler, de crier . Des jours de solitude où le ressenti semble si impossible à partager, si impossible à faire comprendre . Dans ces jours-là parfois on a envie de hurler à la Terre entière tous les abus subis, en détails, avec rage, puis bien sûr on ne le fait pas, par respect pour les autres, pour soi, parce qu'on sait que quelque part ça ne servirait à rien.

Puis il y a cette chose qu'on voudrait tant faire comprendre, à ceux qui nous soutiennent comme à ceux qui nous gratifient de leur "tourne la page, c'est le passé" , c'est ce sentiment de n'être rien . Non d'ailleurs ce n'est pas un sentiment c'est un vécu, un vécu réel, quasi palpable, et ce vécu-là quand il revient tel un boomerang, il transforme ces jours-là en une torture de chaque seconde, passant et repassant les images, les sentiments, la douleur et l'incompréhension. Comment faire comprendre à quelqu'un ce que c'est de n'avoir été rien, vraiment rien, plus un être humain, même pas un animal, tout juste un objet ?

Un jour un homme , Taré 1er en ce qui me concerne, a décidé que pour lui je n'étais tellement rien, tellement pas une âme, tellement pas un être respectable, tellement juste un bout de chair sans tête, tellement juste une poupée , qu'il pouvait décider, juste parce qu'il en avait envie, de mettre de la margarine sur moi. C'est je pense le seul "détail" que je donnerai sur ce blog , inutile d'en dire plus ni de faire un dessin , il a donc fait ça. Ce "ça" qui ces jours-ci me hante parce que ce geste, cette "idée" , cette folie glauque me disait à l'époque que je n'étais rien. On ne ferait pas ça à un animal , et pourtant à moi il le faisait.

Quand on a 12/13 ans et qu'un homme décide entre autre chose de faire ça sur vous, on est propulsé dans un monde d'incompréhension totale. Pourquoi ce truc, cette chose sur moi, et de toute la naïveté de l'enfance on pense à une chose, en tout cas j'ai pensé à ça : et si j'attrape des microbes ? Mais il est impossible de dire quelque chose, de faire quelque chose, on est là , il n'y a ni violence physique, ni menace, juste un homme sensé être notre deuxième papa, lui et cette putain de margarine. Ca dépasse complètement le cerveau qui n'aurait pas pu imaginer ça une seule seconde, qui déjà ne connaît quasi rien à la sexualité .

Alors sur le moment, transformé en objet, en poupée obéissante, on laisse faire, figée, paumée, on est là et pas là à la fois, tout semble irréel, et en prime on se sent sale, parce qu'on se dit que quand même c'est dégueulasse ce truc comme ça sur soi. On enregistre dans ses souvenirs traumatiques le bouchon rouge des grandes bouteilles d'Oasis, ce bouchon rouge dont il se sert pour mettre sa merde de margarine, pour avoir son "échantillon" .

Longtemps, très très longtemps après, on finit un jour, dévoré par la honte, par raconter ce souvenir , caché derrière ses mains , le souffle court . Ca ne suffira pas et il faudra en parler encore et encore, décortiquer les ressentis, les peurs, comprendre la folie de l'homme , comprendre l'impact sur soi, cet impact si violent et destructeur, cet impact aussi fort que les explosifs faisant s'effondrer les barres d'immeuble : se sentir rien.

Les images passent, repassent, on avance en thérapie, on devient capable de comprendre qu'on y est absolument pour rien, mais plus on en devient capable et plus on réalise à quel point le supposé 2ème papa ne nous aimait pas, à quel point il n'avait qu'une obsession du matin au soir, dès qu'il avait son jouet à disposition : l'utiliser. Revoir les images dans sa tête et réaliser, réaliser chaque instant, chaque seconde où il ne voyait qu'un corps et rien d'autre, pas d'âme, pas de vie. Poupée robotisée, suffisamment sophistiquée pour réagir à ses gestes contre son propre gré.

C'est cela n'être rien, c'est servir à quelqu'un comme un objet fonctionnel, sans pouvoir protester, sans comprendre, privé de toute réaction et de toute pensée car à force d'être un objet on ne pense plus, ça serait beaucoup trop dangereux de penser, de réaliser que l'autre est en train de se servir de nous, ça amènerait tout droit à la folie, alors l'inconscient attend sagement le nombre d'années nécessaires pour qu'on soit en mesure d'enfin réaliser ça, longtemps après, quand tout est fini et qu'à distance on peut enfin hurler cette douleur, ressentir ce déchirement de ne pas avoir été aimé, d'avoir simplement été utilisé, juste parce qu'il en avait envie, juste pour ses petites expériences personnelles de pervers.

Il faut du temps, beaucoup beaucoup de temps et de travail pour essayer un jour de comprendre qu'on n'est pas un objet, qu'on l'a été uniquement à ses yeux à lui, mais qu'on a en réalité droit au respect des autres et surtout de soi-même. Le chemin est inimaginablement long pour se réapproprier cette idée quand jour après jour le corps et le cerveau ont intégré leur rôle d'objet, ont intégré la soumission et la peur, ont intégré ces gestes dans le quotidien : je me brosse les dents je me lave je mange je suis abusée....tout au même niveau.

Je ne sais pas si un jour le souvenir d'avoir été rien pour quelqu'un qui devait nous aimer peut cesser de faire mal. J'ai fait une partie du chemin, mais au vu de la douleur d'aujourd'hui il en reste encore pas mal hélas.

 

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Et puis il y a toi...

Publié le par Opale

Il y a lui : Taré 1er, le monstre, mon agresseur, mon ex-beau-père, ou tout simplement S. son prénom, appelez-le comme vous voulez . Il aura 68 ans le 3 mars . Lui que je crains si fort de revoir et surtout d'entendre les 12 et 13 mars pour le procès, son procès.Lui qui va être pendant deux jours en face de moi, configuration à laquelle j'avoue je ne m'attendais pas.

Pendant ces derniers mois, la terreur m'a dévorée de jour en jour, mon cerveau torturé ne savait plus quoi faire : y aller ? ne pas y aller ? Comment savoir ce qui serait le mieux pour moi , sachant que le mieux pour moi n'est pas forcément le mieux pour la procédure et inversement . Des jours , des semaines à me dire "je vais me tuer pour ne pas y aller" , tout ça parce que j'étais incapable de juste m'autoriser à ne pas y aller. Puis de rares moments plus lucides où je voulais aller au bout, mais tant de peurs, tellement.

Et finalement je le sais désormais, je vais y aller, parce que...je le dirai bientôt.

Et puis il y a toi. Il y a toi A . La première et la dernière fois que j'ai pris ta main dans la mienne, c'était le 8 février, pour te dire au revoir alors que tu étais inconscient. Première fois puisqu'habituellement on se faisait la bise.

Il y en a eu des fois, tellement de jours, tellement de mardis entre autre en 2005 où F ta femme mais aussi ma précieuse amie allait me chercher pour qu'on passe la journée ensemble avant de retourner à la chorale le soir . Quasi toute une année, et tous ces autres jours, des anniversaires parfois, même Noël, si calme et apaisé chez vous que ça en paraissait magique. Toi, F, et votre petite (grande) famille. Je vous connaissais tous, les enfants, les petits-enfants, j'ai même connu ton papa ce grand gaillard merveilleux qui donnait envie de l'avoir comme grand-père ou arrière-grand-père. Ta belle-fille et sa maman. Et moi avec la chance d'être là parmi vous tous, un peu de votre famille pour la journée.

Je ne serai pas la première à dire que tu étais discret, réservé, et pourtant ce qui me vient en premier ce sont tes rires, quand tu racontais tes anecdotes de classe, ou tes "rhoooo" rigolards devant telle ou telle ineptie à la télé. On se parlait peu intimement mais on a bien ri ça oui . Tu as toujours été bienveillant, ne me posant pas de questions sur mon histoire, sur mes arrêts de travail, sur le pourquoi de mes soudaines annulations pour un ciné ou une journée chez vous. Tu connaissais les grandes lignes par F bien sûr et tu as toujours été respectueux et accueillant. Un homme bon et tranquille avec qui je mettais souvent la table ou remplissais le lave-vaisselle en fin de repas , des choses anodines mais qui n'en sont pas .

La première et la dernière fois où j'ai chanté pour toi, rien que pour toi (et les tiens) avec mon coeur et mes larmes , c'était le 13 février . Je dis la première fois car malheureusement pour toi A, quand je chantais dans ton salon avec F, sur la voix d'alti qui donne un morceau dirons-nous...particulier, je t'ai plutôt cassé les oreilles, contrairement à la voix magique de ta femme, mais que veux-tu, pas possible de rivaliser !

Tu vois, tu ne le savais donc sûrement pas mais je t'aimais beaucoup et même si je voulais rester solide et soutenante pour les tiens ce 13 février, les larmes ont coulé en chantant, ou en écoutant les paroles dites, notamment sur le fait de "se souvenir de ce qui avait été vécu avec A".

Tu ne le sais pas, ou peut-être que si après tout désormais, si tu me lis, si tu es un instant en train d'écouter ce que je dis à F au téléphone, ou si encore tu papotes avec mon papa et mon frère là-haut, donc tu le sais ou non mais depuis ce 13 février et peut-être même depuis le 8 au soir , mes idées noires, mes "je vais me tuer pour ne pas aller au procès" se sont envolées. Oui envolées, comme toi. Qui sait, tu avais peut-être des dons de magicien qu'on ignorait, et j'avoue c'est bien joué !

Oui A elles se sont envolées, parce qu'il y a lui, il va avoir 68 ans bientôt , le fou qui a brisé ma vie mais qui aussi sans le savoir m'a fait connaître des personnes magnifiques comme F et toi. Il y a lui qui va être jugé , il y a ce procès auquel j'avais, auquel j'ai toujours peur d'aller, mais je vais y aller...parce que...

Parce qu'il y a toi A . Parce que toi c'est le 18 février que tu aurais dû avoir 68 ans et que je ressens une injustice immense de voir qu'un homme tel que toi, bon, droit, honnête, qui a tout donné à des générations d'enfants et aux tiens, n'aura jamais 68 ans quand l'autre qui n'a su que détruire et prendre va les avoir. Je ne crois pas que ce soit de la vengeance tu sais, F et son pote Bouddha n'aimeraient pas ça sinon. C'est simplement de la colère et grâce à toi cette colère a fait s'envoler les idées noires.

Le 12 et 13 mars j'irai je te le jure. Je ne te garantis pas de tenir tout le procès, mais j'irai ça oui. J'irai pour moi d'abord car il serait beaucoup trop dangereux d'y aller d'abord pour quelqu'un d'autre, mais tu es pour beaucoup dans cette libération qu'est la prise de décision. Tu vois à un moment j'ai pensé que j'aurais préféré garder mes idées noires et que les tiens puissent te garder, mais comme me l'a fait remarquer ma psy, ça c'est de l'ordre de la pensée magique, tu serais parti quand même, et m'a-t'elle dit, "si son départ a provoqué cela en vous alors c'est le plus beau cadeau qu'il vous fait et que vous pouvez lui faire."

J'irai là-bas, je vais crever de peur et de douleur je le sais et c'est normal, mais j'espère avoir le courage qu'a ta chère F en ce moment pour tenir le coup face à ce cataclysme de ton absence. Alors j'aurai peur, tellement peur car il y aura lui.

Mais il y a toi. Et j'irai. Merci pour tout.

 

 

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C'est réel...

Publié le par Opale

Je crois que, même si je rechigne à l'accepter, il est là le plus gros noeud de ma peur, de ma terreur face à l'approche du procès.

Je l'ai déjà dit dans d'autres articles : ils vont prononcer des mots "sales", décrire les faits, je vais devoir moi aussi les décrire en répondant à des questions, Taré 1er verra sa vie étudiée sous toutes les coutures, ma mère, ma soeur témoigneront. J'ai peur de tout cela, je ne veux pas de tout cela, je veux fuir tout cela, je veux mourir même pour ne pas y aller.

Mais au fond le problème est ailleurs...dans une partie de moi qui lutte encore contre l'évidence. Car si la présidente, le procureur, les avocates, lui, moi, ma mère, ma soeur et d'autres encore vont dire ce qu'ils ont à dire, vont rappeler ces faits, vont tenter de chercher s'il y a suffisamment de matière à condamner Taré 1er c'est pour une raison, une seule : c'est réel, ça a existé, et je ne veux telllement, tellement pas de ça.

Je ne sais pas vraiment si dans l'esprit de quelqu'un qui n'est ni psy ni victime il est facilement compréhensible que 12 ans après la première parole, après tout un travail sur soi, après avoir quitté la honte et la culpabilité, on puisse encore, quelque part là tout au fond et malgré le fait d'avoir porté plainte, avoir envie que tout cela soit faux.

Bien sûr je sais que c'est vrai, bien sûr je n'ai pas le moindre doute sur ce que j'ai dénoncé, bien sûr. Et pourtant...

Pourtant il y a une partie, une si infime mais si puissante partie de moi qui voit et ressent à quel point la douleur peut être pire, à quel point réaliser pleinement à 100% et non plus disons à 92% peut faire approcher la folie, injecter une douleur quasi animale dans les veines , donner envie de hurler, de supplier pour que ce soit faux, pour avoir rêvé, cauchemardé, pour s'être trompée.

Cette petite partie qui aurait voulu que l'histoire se passe ainsi : " Opale 7 ans et 3 mois perd son grand frère puis 3 mois plus tard son papa. C'est terrible mais sa maman veut leur offrir une nouvelle chance et Gentil 1er arrive dans leur vie , les rend heureuses . Ainsi, Opale n'oubliera jamais son papa, mais Gentil 1er l'aidera à grandir, à devenir libre, à oser et aimer vivre pour devenir au final une femme épanouie."

Sauf que...

La vraie histoire ça n'est pas cela . Gentil 1er n'a existé que dans la tête de l'Opale de 8 ans qui a espéré recevoir à nouveau l'amour violemment perdu. Mais Gentil 1er n'a pas vécu, il était Taré 1er, juste un fou bien décidé à piétiner tous les éclats d'amour restants, tous les espoirs, tout l'avenir , bien décidé aussi 4 ans plus tard à avoir une poupée à lui, de chair et d'os, vivante, obéissante et soumise. Alors au lieu de l'apprendre à grandir il apprit à Opale 8 ans la peur, la violence, il lui apprit à ne pas faire de bruit pendant la télé, pendant les mots croisés, pendant tout en fait . Il lui apprit que le danger est partout, qu'on ne va pas jouer dehors car on ne sait jamais, il lui apprit sans le savoir à reconnaître à sa façon de mettre la clé dans la serrure s'il était ivre ou non . Plus tard il lui apprit comment être une bonne poupée, soumise, obéissante et ne révélant pas son sale secret, pour qu'elle devienne au final une femme terrifiée dont il pourrait peut-être abuser encore et encore .

Oui c'est réel, oui ça a existé . Taré 1er non je n'ai pas rêvé, ce n'est pas un cauchemar même si ça y ressemble . Tes mains se sont posées bien réellement, partout où tu en avais envie . Ton cerveau pervers a trouvé des idées bien réelles pour te faire plaisir en observant ta poupée de chair et d'os tout en lui laissant croire qu'elle était d'accord, qu'elle était complice, que tout était normal.

Non je n'ai pas rêvé tes questions, tes commentaires, je n'ai pas rêvé ce verre d'eau et ce sopalin que tu m'apportais à la fin , je n'ai pas rêvé. Même si je ne l'ai pas dit au flic je n'ai pas rêvé la chose la plus humiliante que tu aies pu me faire subir et qu'évidemment je ne raconterai pas ici . Je n'ai pas rêvé les abus incessants, chaque jour , pas un seul jour en 6 ans tu ne t'es arrêté . Bien sûr tu n'avais pas toujours le temps désiré, parfois maman ne travaillait pas, parfois elle n'allait pas en courses, parfois elle était juste pour 2 mn dans la pièce d'à côté, mais pendant ces deux minutes tu trouvais le moyen, de loin , de faire un geste explicite vers ma poitrine. Jamais, plus jamais tu n'as cessé de penser à ça, de ces gestes de loin quand tu n'étais pas seul, à ces soirées entières quand maman travaillait , tu n'as plus vu autre chose en moi que cela, plus jamais. Et ça hélas, je ne l'ai pas rêvé.

Taré 1er, si tu savais à quel point je donnerais tout pour que tu aies été Gentil 1er , pour savoir ce que c'est de faire du vélo avec toi, se promener en forêt, faire un pique-nique, t'écouter m'apprendre des choses avec bienveillance. Mais ça n'est jamais arrivé , tu as tout détruit et tu m'as imposé une vie plate, sans sortie, sans promenade, sans complicité, une vie totalement vide de sens et de repères . Tu te plaisais à raconter ton enfance à la campagne, tes jeux. Tu osais parler de Noël en famille que tu avais vécu, c'était si cruel alors que tu nous faisais passer les Noël dans la peur, la solitude et la tristesse .

Alors tu vois ils vont tout dire au Tribunal, tout ce que tu m'as fait en terme d'abus sexuels, car pour le reste, même si ça m'a détruit ça ne peut pas rentrer dans le cadre d'une plainte. Ils vont tout dire parce que c'est vrai. Ils vont tout dire parce que jamais Opale 8 ans n'a eu un papa de substitution. Ils vont tout dire parce qu'elle a passé des nuits entières éveillée à attendre qu'enfin la lumière s'éteigne dans la salle et que tu ailles te coucher . Ils vont tout dire parce que tu as massacré , étouffé, piétiné tout ce qui aurait pu exister d'espoir et de vie en moi . Ils vont tout dire parce qu'aujourd'hui à cause de toi, j'ai tout à réapprendre, parce qu'aujourd'hui entendre quelqu'un raconter un banal souvenir de promenade en famille me brise le coeur. Mais surtout ils vont tout dire parce que c'est vrai que tu m'as utilisée, c'est vrai que du jour où tu as commencé tu n'as vu en moi que de la chair et de la peau à caresser, parce que je n'étais plus rien, à tes yeux et donc aux miens, rien d'autre qu'une salope d'ado comme je l'ai pensé longtemps.

Ils vont tout dire pour ça . Et je veux tellement pas . Je ne peux que sauver mon avenir, je ne peux que reconstruire sur les ruines. Je dois accepter que tu as bousillé mon enfance, mon adolescence et qu'elles ne reviendront pas . Je dois accepter d'être comme quelqu'un qui doit réapprendre à marcher avec une jambe en moins, sauf que ma prothèse à moi ne se voit pas.

C'est réel et même là en l'écrivant je suis loin, si loin, coupée de mes émotions pour me protéger encore de la douleur, me protéger du tsunami qui va bientôt me tomber dessus quand tous ces gens assermentés vont officiellement prononcer, dire, raconter ce que tu m'as fait .

Je ne veux pas de ce procès, je ne veux pas y aller, car je ne veux pas que cela me concerne.

Mais c'est réel.

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Les mots...

Publié le par Opale

Depuis l'ouverture de ce blog, il y en a eu des mots, des centaines, des milliers de mots alignés ici pour dire ma peur, ma douleur, mes espoirs, mes souvenirs, la procédure. Jamais de mots "sales" c'est à dire décrivant clairement les abus. Il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais, à la fois par pudeur et difficulté à les écrire et à la fois pour ne pas choquer.

Ces derniers jours, à l'approche du procès, les mots me hantent, des centaines de mots de toutes sortes, tous en lien de près ou de loin avec les abus, ce que j'ai subi, et les conséquences.

Les mots entendus, les mots dits, les mots pensés, les mots redoutés, les mots murmurés, les mots pleurés, les mots cachés, les mots indicibles, les mots qu'on veut taire mais hurler, les mots qu'on veut contenir mais vomir, tous les mots.

Il y a eu les tout premiers de mon accès à la parole en 2003, je m'en souviens encore, un titre de message posé sur le forum de l'asso Sos Inceste pour Revivre. Ces mots étaient "coupable ou victime ?" . En effet je n'en savais rien, et je posais sincèrement la question, après des années à avoir tenté d'oublier, à avoir tenté de me convaincre que je devais accepter mes "erreurs de jeunesse", me pardonner d'avoir été "une salope d'ado" comme je le pensais alors.

On m'a répondu "victime" et ce mot est devenu pendant très longtemps le mot le plus horrible et violent, tant de fois ma maman de coeur l'a prononcé et tant de fois en réaction je sentais comme une bombe dans mon ventre lui répondant "non non non" pendant qu'elle tentait de m'apaiser, de me faire admettre que si, que c'était vrai, que je n'étais pas cette coupable , cette complice que je pensais être, mais que j'avais été victime, pantin donc, jouet.

Il y a eu des tas et des tas de mots confiés à l'asso , sur le forum et au téléphone, des mots crachés entre deux hyperventilations, des mots douloureux et libérateurs à la fois. Puis il y a eu cette bombe de mots que moi j'ai lâchée sur ma mère, un jour comme ça en 5 mn dans la voiture, juste avant une formation . "Maman, faut que je te dise quelque chose, il m'a touchée. " Ces mots qui l'ont assomée, ces mots que je lui ai interdit de répéter à Taré 1er tant je craignais qu'il nous tue. Ces mots lâchés avant de partir et d'agir comme si de rien n'était pendant une journée de formation. De ma part elle ne saura rien de plus à part mon âge, pour le reste je refuserai toujours de détailler, d'expliquer, plus tard la police s'en chargera en partie et la juge aussi lors de son audition.

Il y a eu les mots en thérapie, sur tous les tons, du plus monocorde au plus désespéré , du plus murmuré au plus "crié" des sanglots dans la voix. Il y a eu tous ses mots à elle ma psychologue face à moi , "ce n'est pas que vous êtes nulle c'est que vous êtes sacrément amochée" "il était pervers" "s'il était arrivé vers vos 3 ans vous seriez probablement psychotique à l'heure actuelle " " quand vous cesserez de mettre votre énergie à nier ce passé vous soulèverez des montagnes" . Tous ces mots et tant d'autres, doux ou violents, sérieux ou taquins, mais toujours aidants.

Et puis, et puis...Il y a eu le début de tout , ses mots à lui. Si on ne connaissait pas le contexte on aurait pu croire à des mots sympathiques. D'ailleurs moi dans le flou de ce carnage, du haut de mes 12 ans et jusque mes 18 ans, je n'y ai pas vu d'agression, de violence, je n'ai pas pu reconnaître ça dans des mots qui étaient aux antipodes de la violence des nuits d'alcool.

Ses mots, les tout premiers , lors de la toute première fois , quand alors que j'étais figée ne comprenant pas ce que venaient faire ses mains sous mon t-shirt et ailleurs, il m'a demandé si ça allait . "Ca va ? " Je me rappelle du ton, calme, quasi empathique et de l'impossibilité de répondre autre chose que "oui" , tout en ne sachant qu'à peine à quoi je répondais. Comment dire "non ça ne va pas" quand visiblement il est "gentil" , quand il ne crie pas, quand il n'est pas violent ?

Il y a eu ces mots , si sûr de lui quand un jour je lui ai dit que ce n'était "pas bien ce qu'on faisait" , il n'a pas eu peur, il n'a pas craint que je répète ce qui se passait, il m'a juste répondu "c'est comme un cours" . Un cours, c'est tout. Fin de l'histoire.

Puis tous ces mots au quotidien quand il n'avait que peu de temps, quand je portais t-shirt + chemise en jean + sweat-shirt . Alors pour lui ce n'était "pas pratique" comme il disait, "on ne sent rien" . Tout cela dit avec le sourire, comme un rire, comme un jeu, et du haut de mes 12 ans je "riais" aussi tout en ressentant un malaise que je ne savais pas nommer.

Ses mots, ses mots et ses ignobles questions, celles qui m'ont hantée si longtemps et me hantent encore aujourd'hui, cause entre autre de cet article. Des questions oui, pendant les abus , les "c'est bien comme ça ? c'est pas trop fort ? Tu veux que j'arrête ? "

Que répondre , putain que répondre ? J'ai donné des réponses oui, mais j'ai su plus tard qu'elles ne venaient pas de mon cerveau mais du sien. Le mien de cerveau ne savait plus parler, il n'était qu'un perroquet bien appris, conditionné. Et cette putain de fausse sollicitude, ce putain de geste qu'aujourd'hui je vis comme ignoble et cruel mais qui me perdait autrefois, quand à chaque "fin" il me demandait si je voulais un verre d'eau et m'en apportait un. Juste envie de vomir face à ça.

Les mots, les miens, ces fausse réponses qu'il me dictait, ces mots uniquement pensés quand je me suis dit dès la 1ère seconde du 1er abus "elle ne doit pas arriver" en pensant à ma mère, me sentant déjà coupable, complice, salope ado décevante. Mes mots qui n'ont pas pu dire non, pas pu crier, pas pu hurler de peur. Mes mots ligotés par l'emprise, tout comme mon corps devenu un simple jouet .

Mais aussi mes mots, plus tard, beaucoup beaucoup plus tard , quand je parlais de moi à l'asso, des mots durs, "nulle, conne, moche, coupable, sale " , les mots de douleurs , les mots de peur soudaine quand on regresse face à un autre mot que l'on n'a pas anticipé et que la personne en face va prononcer.

Et puis tous ces mots "sales" , que je n'écrirai pas, mais que j'ai dû dire et redire tant de fois pendant la procédure , mots qui vont être dits et répétés à l'infini au procès, prononcés jusqu'à la nausée. Mots "sales" non pas en eux-mêmes, eux qui sont finalement souvent de simples mots anatomiques décrivant les abus, mais sales parce que longtemps j'ai pensé qu'ils me salissaient, et parce qu'encore aujourd'hui si je les écris ou les prononce j'ai envie de m'excuser, avec ce sentiment de salir la personne qui les entend. J'ai encore beaucoup de mal à admettre que pour une personne lambda ces mots ne sont pas sales , qu'ils ne sont comme dit ma psy que "salis par ce qu'IL en a fait" . Ces mots dans un contexte d'amour entre deux adultes consentants pourraient même être beaux il paraît...Mais pour moi ces mots, surtout dits par les autres comme cela sera le cas au procès, me projettent vite et violemment dans le souvenir, dans la réalité , mettent un focus sur telle ou telle partie du corps, qu'il a vue, touchée , commentée (encore des mots...) , mettent un focus sur le fait que ce qu'il faisait était pour son plaisir, sans aucun intérêt pour ce que j'étais moi comme être humain, sans souci pour l'humiliation subie, sans souci pour mon âge, pour ma peur, pour ce moi figé qui ne pouvait qu'agir comme un pantin programmé.

Les mots, ces mots pourtant aussi dits lors du dépôt de plainte, parce qu'il le faut, parce qu'on se doit d'être très précis et de répondre à ces questions glauques mais hélas nécessaires . Ces mots qui de ce fait ont servi à dénoncer, à dire, à hurler la vérité. Ces mots pour lui redonner sa culpabilité.

Les derniers mots que je veux retenir pour le moment, c'est ceux que je lui ai adressés lors de la première confrontation, quand le policier a dit "Mlle X , Monsieur dit ne pas avoir souvenance des faits, qu'avez-vous à dire ? " , j'ai alors répondu que j'étais sûre qu'il se souvenait, que moi j'aimerais bien avoir oublié, et que j'espérais qu'il n'oublierait pas de ne pas recommencer.

Dans moins de deux mois ce sera le procès, son procès. Et à nouveau des centaines, des milliers de mots vont se dire, s'écrire, se battre. Des mots pour défendre, des mots pour comprendre, des mots pour dénoncer, des mots pour expliquer. Je suis terrifiée à l'idée de m'y noyer, à l'idée de laisser la vague de mots m'emporter vers le passé et me faire revivre tout cela. J'aimerais avoir mes mots à moi, tout prêts à être dégainés, je tente d'y réfléchir mais je ne peux pas imaginer tout ce qu'on me demandera et surtout, surtout, je ne peux pas savoir quand j'entendrai tous ces mots, alors je n'aurai pas le temps de préparer mon armure anti-émotion. De ça j'ai peur. Me noyer sous les mots.

En parlant de mot, c'est toi qui auras le mot de la fin au procès, c'est ainsi , c'est toujours l'accusé qui a le mot de la fin. Je crois que là pour le moment , je n'en ai que quelques uns que j'aimerais te hurler ce jour-là de toutes mes forces même si je sais que je n'en aurai pas le droit. "Crève, par pitié crève, tu ne sers à rien, tu n'as su faire que le mal, crève je n'en peux plus de toi, donne-moi au moins ça "

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Publié dans émotions en vrac...

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