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28 articles avec la plainte

Et le procès eut lieu... Mon audition .

Publié le par Opale

26 juin 2015 , 9 heures , le moment terrifiant que j’attends et redoute depuis que je sais qu’il y aura procès est arrivé, je vais passer à la barre , je vais devoir dire, détailler, entendre ces questions horribles et y répondre. Je tente de ne pas oublier ce que je sais, c'est-à-dire que ces questions parfois culpabilisantes sont posées entre autre parce que les jurés ont eux ces a priori sur le viol et que cela doit être posé pour qu’ils comprennent. Ca ne veut pas forcément dire que l’on ne croit pas la victime, mais ça reste horrible.

Il va falloir parler et en plus de cela il y a un micro , pas question d’espérer ne pas être entendue.

Dans la salle il y a mon avocate et sa jeune stagiaire, il y a D. qui me soutient, il y a pêle-mêle les 9 jurés, les 3 étudiants en droit (élèves avocats je crois ) , la Présidente, ses deux assesseurs, la greffière, l’avocat général, Pipo et Mario les avocats de Taré 1er , le journaliste qui suit le procès, les flics qui entourent Taré 1er et l’expert psychiatre présent pour parler de mon expertise. Pas de « public » je crois ou peut-être juste un juré non tiré au sort qui est resté mais je n’en suis pas sûre.

La Présidente m’appelle, mon avocate m’accompagne, ou plutôt j’accompagne mon avocate pour qu’elle m’accompagne, puisque je dois pousser son fauteuil roulant jusqu’à la barre . On commence fort mais au moins cela nous fait sourire.

 

La Présidente va d’abord attendre un récit « spontané » des faits, je tente d’être claire, je voudrais être loin, très très loin plutôt que de raconter ces horreurs, je raconte, les mots sales me font peur, j’entends mon avocate qui me murmure « allez » pour m’encourager, je continue en espérant en dire assez , en espérant ne pas avoir trop de questions, en craignant d’avance ces questions.

Ces questions aujourd’hui, elles sont en vrac dans ma tête…douloureuses, sales, nécessaires pourtant. Je les pose aussi en vrac.

-Qu’est-ce qui dit que vous n’avez pas menti ?

-Mais enfin mademoiselle, aller sur ses genoux, c’est de la provocation !

- 1 doigt , ou deux ou trois ? Quelle main ? Il bougeait son doigt ?

-Pourquoi les viols se seraient arrêtés d’un coup pour ne continuer qu’avec des attouchements ?

-Quand il touchait ça faisait du mal ou du bien ?

-Mais vous avez quel diplôme ? On ne parle pas à la fac pour savoir ce qu’est une agression ?

 

Bien sûr dit ainsi, quelqu’un d’extérieur peut penser que c’est inhumain et surtout cruel de poser des questions qui peuvent être culpabilisantes. Pourtant j’ai senti, pendant, et compris, après, qu’il n’y a pas le choix. Si des questions parfois « brut de décoffrage » ne sont pas posées, les jurés qui eux je le rappelle sont des gens tirés au sort sur la liste électorale à la base, et qui n’y connaissent rien et n’ont souvent que les a priori que toutes les victimes ont déjà entendu sur le viol , garderont ces questions dans leur tête sans réponse, ce qui peut les faire minimiser les choses et donc ne pas réaliser ce que ce crime implique.

Toujours est-il bien sûr que ces questions sont horribles à entendre, j’ai craqué sur la plus « technique » tout en me demandant si ma réponse était la bonne , en ayant peur de mentir, de ne plus savoir, j’ai choisi la spontanéité et de répondre ce qui me semblait vrai en ajoutant que je n’en étais pas sûre . (main droite ou main gauche franchement, aucune idée ….)

 

Pour le reste j’ai fait de mon mieux , en répondant que moi je disais que je n’ai pas menti, que je sais que rien ne peut le prouver. Que oui même avec mes diplômes je ne savais pas que j’avais été agressée, je l’ai su quand l’association SOS INCESTE me l’a dit clairement. Jusque là j’étais pour moi quelqu’un qui avait commis d’énormes « erreurs de jeunesse » , une ex salope d’ado. J’ai cru que j’allais défaillir quand il a fallu répondre à « ça faisait du bien ou du mal ? » . Cette infernale question c’est celle que je craignais plus que tout au monde, je n’avais pas dit dans mes dépositions ce que mon corps avait été forcé de ressentir, ce putain de « plaisir subi » . Ce n’était pas un fait après tout, mais plus tard j’ai dû en parler à mon avocate pour préparer une éventuelle réponse et sans mentir, tout en sachant que j’étais incapable d’expliquer ça, et surtout que des jurés n’y connaissant rien ne pouvaient pas intégrer en deux minutes l’horreur de ce qui arrive à une personne dont le corps réagit contre son gré (et je rappelle que c'est fréquent notamment lors d'attouchements sans violence physique) . Il était peu probable qu’on me pose la question mais c’est venu, j’ai répondu, en espérant très fort que ça suffise « ça ne faisait pas mal » . Ca a suffi. Je pense même que la Présidente a compris ce qui se cachait derrière cette réponse, et heureusement elle n’a pas cherché à développer.

Je ne savais pas non plus pourquoi les viols n’avaient duré « que » 6 mois à 1 an environ , pour laisser place uniquement à des attouchements. Je savais que ce n’était pas du tout dans la logique d’un agresseur « standard » , ça avait beaucoup surpris la juge d'instruction , mais c’était dans celle de Taré 1er . Viol = pas de sensations pour moi alors il a peut-être pensé que je risquais plus d’en parler , beaucoup plus que de ce corps réagissant aux attouchements. Je ne savais pas, mais ce que je savais c’est que je ne voulais pas en rajouter, je voulais m’en tenir à la stricte vérité, si j’avais voulu j’aurais pu dire que les viols avaient duré 6 ans, mais non, et je pense que ça a forcément été un point important dans ma crédibilité.

 

Un moment a été assez surréaliste, dans le bon sens, quand la Présidente m’a demandé pourquoi je n’aurais pas rajouté ces viols pour que ce ne soit pas prescrit. Or, depuis que je pensais à porter plainte je m’étais beaucoup renseignée sur les lois et il s’avérait d’après ce que j’avais compris, ce que l’asso avait compris, ce que D. avait compris, qu’une partie des attouchements n’étaient pas prescrits. Pourtant, on me disait l’inverse, notamment à l’asso d’aide aux victimes de l’INAVEM où la juriste m’avait soutenu que tout, même les viols, était prescrit. Par chance j’étais sûre de moi. J’ai expliqué tout cela à la Présidente, mes recherches, ce que j’en avais conclu, ce que l’on me disait depuis le début . J'ai vu alors la Présidente regarder des papiers, me regarder droit dans les yeux et me dire « vous avez raison mademoiselle, une partie des agressions sexuelles n’est pas prescrite » (les viols on le savait ne l’étaient pas puisqu’on était aux Assises pour ça ). Grand silence, j’étais surprise et en même temps j’ai vraiment senti que là j’étais prise très au sérieux .

 

Je ne me souviens plus à quel moment il a fallu « laisser la place » à l’expert psychiatre qui était présent pour parler de mon expertise et qui n’avait pas le temps d’attendre la fin de mon passage à la barre. Il est donc passé et je ne sais plus vraiment ce qu’il a dit , j’ai bien sûr le contenu de l’expertise chez moi sur papier, mais ce qu’il a dit ce jour-là m’échappe, je pense qu’il a confirmé ses écrits qui disaient que je ne présentais pas de traits mythomanes, psychotiques et autre, que les symptômes dont je souffrais pouvaient être expliqués par des abus sexuels si les faits étaient avérés (puisque ce n’est pas son rôle de dire si oui ou non j’en ai subis ) . Je ne me souviens de rien de plus. Il est parti et il a fallu retourner à la barre, pour avoir cette fois les questions de Pipo et Mario puis celles de mon avocate.

Pipo et Mario n’ont pas été très surprenants dans leurs questions, il m’a été demandé ce que j’avais d’autre à part mes déclarations (rien …) , combien de fois les viols avaient eu lieu EXACTEMENT parce que , je cite « ça marque un viol » . Il m’a été demandé si j’avais lu le livre « j’ai menti » et un autre livre (que je ne connais pas mais a priori dans la même veine) . Je me surprenais à répondre sans trop de peur, sachant d’avance qu’ils étaient là pour tenter de faire faiblir ma parole , alors je suis restée toujours spontanée, en me retenant toutefois de leur faire un mini cours sur la mémoire traumatique et l’amnésie, histoire de ne pas passer pour la fille qui s’est trop renseignée, vu que déjà ils m’ont fait remarquer que je m’étais beaucoup renseignée sur la prescription .

Le fameux livre oui j’en avais entendu parler, non je ne l’avais pas lu et de toute façon je n’avais pas menti, même si en effet je n’avais que mes déclarations pour le dire. Au final je m’attendais à pire de leur part, mais la Présidente avait posé les questions les plus précises et douloureuses, ils n’avaient pas à le refaire.

Je n’avais aucune idée de ce que mon avocate allait me poser comme questions , on n’en avait pas parlé , le but étant de rester naturelle, ce qui à moi me faisais peur, mais qui à ses yeux et elle avait raison était le moyen le plus sûr de me montrer telle que j’étais, avec mes certitudes et ma souffrance. Elle ne m’a posé qu’une question « quelle était sa phrase préférée ? » , j’ai répondu « la vengeance est un plat qui se mange froid et moi je le préfère avec des glaçons » . Ce n’est pas ce qu’elle attendait et j’ai eu un instant de panique en me disant que j’avais mal répondu, que je n'étais pas crédible etc etc, alors elle a débuté la phrase et j’ai compris à laquelle elle faisait référence « je suis capable du meilleur comme du pire , mais dans le pire je suis le meilleur » . Glacial. Silence. Sa seule question aura tout dit au fond.

La Présidente m’a ensuite demandé si j’avais quelque chose à dire à Taré 1er. Mon premier réflexe a été de demander s’il m’entendait, puisque depuis le début du procès il disait entendre très très mal , sans que l’on sache si c’était vrai. Elle s’est adressée à lui, lui a demandé, il a dit en gros que non pas trop mais que c’était pas grave, un de ses avocats l’a sermonné en disant « Monsieur, faites un effort c’est votre procès tout de même » , parce que bon ça faisait pas très très joli de ne pas vouloir écouter la victime. Je me suis tournée vers Taré 1er et je lui ai dit ce qui ressemblait fort à ce que je lui avais dit un jour à 12 ans , que s’il avait fait des efforts, on aurait pu être heureux à trois . 25 ans plus tard je rajoutais qu’il avait tout gâché . Je ne crois pas avoir dit grand chose d’autre , je le regardais mais ne trouvais pas son regard, je sentais les sanglots dans ma voix et cette petite fille en moi qui aurait tant voulu qu’il soit différent . Je ne me souviens pas avoir ressenti beaucoup de colère, je n’en ressens toujours pas vraiment , mais il paraît que j’ai parlé clairement, posément , moi qui en général ne parle vraiment pas très fort. Je lui ai dit tout de même que j'étais sûre qu'il se souvenait , et que s'il ne m'avait pas entendu c'était pas grave car de toute façon il ne faisait plus partie de ma vie . ( hélas dans mon psychisme il en fait encore trop partie ) 

La Présidente lui a demandé s’il avait entendu, et d’après sa réaction non, ou peu, mais surtout il s’en foutait. Je me suis alors surprise à dire à la Présidente « s’il n'a pas entendu je peux aller à côté de lui, je vais lui redire » . Je n’aurais jamais pensé sortir une phrase pareille avec cet aplomb ! Elle m’a répondu que non , ça irait, que je pouvais retourner à ma place et que c’est lui qui allait venir à la barre.

Je suis retournée à ma place, j’ai croisé le regard encourageant du journaliste me signifiant que j’avais assuré, j’ai vu D. en larmes , ému et fier que j'aie tenu jusqu’au bout et me sois adressée à Taré 1er. C’était passé, enfin. J’étais épuisée, j’avais mal, mais la journée n’était pas finie , il allait désormais passer à la barre.

 

A suivre…

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu... (partie 3)

Publié le par Opale

Elle est là, à la barre, du haut de son mètre cinquante-huit qui se tasse à l’approche de ses 74 printemps. Elle est là où elle n’aurait jamais imaginé être un jour : devant une cour d’Assises .

Je suis là aussi et je voudrais disparaître, fuir. Depuis au moins deux ans c’est clair dans ma tête, je n’assisterai pas aux auditions de ma famille et si je dois prioriser, celle à laquelle il faudrait me tuer pour que j’y assiste , c’est celle de ma mère. Pas une seconde je n’ai imaginé que je devrais y assister. Pas une seconde la Présidente n’imagine le long travail qu’elle est en train de briser en me faisant assister à ça.

Il a fallu beaucoup, beaucoup de temps en thérapie avant de parvenir à ne plus sans cesse excuser ma mère, avant de parvenir à lui en vouloir, à lui laisser ses responsabilités tout en étant capable d’expliquer comment elle en est arrivée là. J’étais enfin parvenue à ne plus voir que sa fragilité, je lui laissais enfin sa place. Mais là c’était trop, je savais et je l’avais prévenue depuis longtemps qu’elle n’allait pas être épargnée notamment par Pipo et Mario et je me retrouvais à nouveau le cœur fendu de la voir là , prête à répondre aux questions qui allaient être tout sauf tendres.

Je ne veux pas être là, je ne veux pas entendre ce que j’ai déjà lu dans les PV d’auditions, je ne veux pas entendre parler de tout cela, encore , je ne veux pas qu’on lui demande encore comment je lui ai parlé des abus, si j’ai parlé de viol, ce qu’elle m’a demandée et pourquoi .

Elle est là, je ne me souviens pas des questions exactes qui lui ont été posées mais évidemment elle n’a pas été épargnée, bien que personne, je pense, ne doute du fait qu’elle ignorait tout de ce que je subissais.

Elle ne se cherche pas d’excuses, elle n’élude pas les questions, elle répond franchement, elle égrène tout ce qu’elle a espéré, tout ce à quoi elle a cru, ce grand n’importe quoi, ces « gros bobards de l’accusé » comme le dira le titre de l’article du journal le lendemain. Elle les énumère : oui elle l’a cru quand il disait composer pour Clayderman entre autre, oui elle l’a cru quand il disait être ami avec les flics et travailler parfois avec eux, oui elle l’a cru quand il disait qu’il pouvait faire mettre de la drogue chez elle. Ca et tant de choses , c’en est vertigineux . La Présidente s’époumone « mais enfin c’est pas des couleuvres que vous avez avalées là , c’est des baleines !! » « Oui, j’ai été conne » .

Je l’entends répondre sincèrement aux questions, je l’entends ne fuir aucune responsabilité mais dire cette phrase terrible dont elle ne se rend pas compte de l’impact sur les jurés « fallait quelqu’un pour garder le chien , puis il la faisait rire, il aimait la nature, je pensais qu’on serait heureux » .

Tout y passe dans les questions de la Présidente, de mon avocate (qui pendant une seconde pose sa main sur la mienne en me disant « je suis désolée il faut » avant d’être assez rude avec elle ) , de Pipo et Mario…Tout : son amour pour moi, comment elle a appris ce que j’ai subi, sa sexualité ou non sexualité avec lui, un viol subi vers ses 20 ans et qui à ses yeux n’a eu aucun impact sur sa vie « on a fait attention pendant 3 semaines avec mon ami pour pas avoir de maladies et voilà » . Pauvre petite maman. Ca me fend le cœur c’est plus fort que moi, ça me fend le cœur et ça met en miettes mon travail thérapeutique.

J’entends ce que j’ai déjà lu sur leur (non) sexualité, sur les propos tordus de Taré 1eret je voudrais hurler mon dégoût envers lui . Elle n’a aucune malice et n’en a jamais eu, alors elle répond, spontanément, stressée certes. Elle montre les crocs quand on fait mine de lui demander pourquoi je n’aurais pas menti « ah non, ma fille ce n’est pas une menteuse ! »

Je n’apprends rien pendant cette audition, ni sur notre vie, ni sur sa personnalité, ni sur quoi que ce soit. Je savais que je n’apprendrais rien. Moment inutile et infiniment douloureux, et d’autant plus douloureux qu’il est inutile et contre ma volonté, il reste aujourd’hui mon regret dans ce procès, mon pincement au cœur, mon « et si on m’avait pas demandé d’écouter » , mais je dois accepter que c’est ainsi.

A la fin de l’audition la Présidente lui a demandé si elle serait présente le lendemain, elle a répondu que non puisque je ne le souhaitais pas, la Présidente a insisté , beaucoup trop à mon goût, sur le rôle d’une mère. C’est le seul moment où je suis intervenue sans qu’on me le demande. Je ne me souviens pas si elle m’a entendue mais j’ai dit « c’est moi qui ne veux pas » .

Une fois cette audition terminée, je l’ai rejoint dans le hall avec ma sœur et ma nièce, pour lui dire qu’elle avait assuré, parce que c’est vrai, elle avait assuré, il en faut du courage pour dire sans broncher toutes les couleuvres que l’on a avalées, pour l’avouer devant tous ces gens qui probablement pensent « mais moi jamais je n’aurais cru à des choses pareilles. » A ce moment précis je suis fière d’elle . Bousculée par l’insistance de la Présidente, elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et me redemande si elle doit venir le lendemain, je réponds que non, surtout pas, je ne veux pas et ce n’est pas à la Présidente de décider du contraire.

J’ai peut-être oublié la moitié de cette audition , je ne sais pas, c’est peut-être mieux ainsi. Ou pas. J’en garde juste le goût très amer de mon souhait non respecté de ne pas l’entendre. Il faudra bien que je m’y fasse .

Depuis j’ai dû refaire du chemin, réapprendre à ne pas encore chercher à l’excuser, faire à nouveau la différence entre excuser et expliquer, me donner le droit de lui en vouloir, alors que son audition déborde de courage, d’amour, mais aussi d’inconséquence .

Elle était là, à la barre, du haut de son mètre 58 qui se tassait, et j’aurais voulu ne jamais l’y voir.

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Publié dans La plainte

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Et le procès eut lieu... (partie 2)

Publié le par Opale

25 juin 2015 .

Je me souviens très peu de cette première matinée, tout est embrouillé par le stress, l’angoisse. Ce dont je me souviens c’est de retrouver des lieux horriblement familiers, des personnes aussi , que ce soit les avocats de Taré 1er ou ma géniale avocate , ou encore la présidente et l’avocat général, le journaliste suivant le procès et bien sûr D.

Cette fois je savais que je n’aurais pas à faire semblant de tenir le coup longtemps devant ma famille puisque rapidement ma mère, ma nièce et ma sœur seraient invitées à aller faire un tour dans la ville pour revenir seulement l’après-midi afin d’être auditionnées.

Tout était comme en mars, mais cette fois, enfin, nous allions aller au bout de ce procès, ce qui impliquait aussi évidemment le moment terrifiant où il faudrait passer à la barre.

Entre humour noir et bienveillance, nous nous sommes installés, D. à ma gauche, mon avocate à ma droite, vaillante dans son fauteuil roulant, et sa jeune stagiaire près d’elle.

La suite de la matinée me paraît très très floue, c’est là que j’aimerais avoir une trace écrite de tout ce qui s’est dit. Je sais que Taré 1er a été interrogé , c’était le moment où il fallait tenter de présenter sa personnalité aux jurés et la Présidente tentait donc d’obtenir des réponses d’un Taré 1er version mollusque (il n’était vraiment pas très réactif ) et sourd (il semblerait , sauf si c’était du bluff, qu’il n’entende quasi plus d’une oreille ). Tout un programme . Je pense que déjà l’étrangeté du personnage apparaissait mais on était extrêmement loin de la suite , des propos qu’il aurait le lendemain notamment à la barre.

En tout cas il me semblait vieux, de plus en plus vieux. Je tentais en vain d’accrocher son regard, mais il était impossible de voir s’il me regardait . Je pense qu’il ne me faisait plus peur, plus vraiment, mais j’avais mal, très mal de le voir tel que je l’ai toujours connu : inatteignable.

Tant et tant de fois on a eu du mal à me croire quand je disais qu’il s’en foutait de tout, de vivre, de mourir, d’aller en prison. Je pense que ceux qui ont assisté à ses auditions ont pu pleinement prendre conscience de cette réalité folle. Je le savais je ne pourrais pas l’atteindre et pourtant la petite fille en moi le voulait encore désespérément.

Sa folie, son caractère étrange est sûrement apparu relativement rapidement aux jurés, notamment quand la raison officielle de son absence au premier jour du procès de mars a été évoquée. Cette raison était , je le rappelle que sortant de chez son avocat qui lui avait conseillé de mieux se vêtir pour le procès ( au vu de son hygiène déplorable notamment) , il serait allé s’acheter des vêtements, et aurait eu une « absence » , ne sachant plus comment rentrer chez lui . Personne n’y a cru je pense même si le contraire était improuvable, ou qu’en tout cas le but n’était pas de le prouver.

Ce moment de la matinée reste donc assez flou pour moi, ainsi que la suite, à savoir l’audition des deux experts psychiatres et des deux experts psychologues qui l’ont examiné.

Au-delà de la question de savoir si, au cas où les faits seraient avérés , il serait responsable de ses actes, question rapidement conclue par un oui massif, il y avait tout un « mystère » autour de sa mémoire. En effet tout au long des cinq ans de procédure il n’a cessé de déclarer qu’il ne se souvenait de rien , qu’il avait de toute façon des pertes de mémoire suite à un soi-disant accident de scooter dont je n’ai plus jamais entendu parler après le premier procès-verbal de garde à vue.

Il ne se souvenait de rien donc et disait en substance qu’il ne voyait pas pourquoi je mentirais, mais qu’il n’allait « quand même pas dire des choses dont il ne se souvenait pas » . Il a avec une poésie certaine ajouté lors de la première confrontation que « des abus quotidiens ce serait surprenant, n’étant pas de nature gourmande à la base » . Oui c’est ça la grande classe. Et dans sa grande mansuétude il a demandé au policier en fin de confrontation, avant de rejoindre sa cellule de garde à vue « si jamais je me souviens de quelque chose, je vous rappelle ? » . Ouais, autour d’un thé tiens…

Lors de sa garde à vue d’ailleurs, à force de répéter qu’il ne se souvenait pas, la question lui a été posée de savoir s’il avait tué quelqu’un. Réponse « je ne sais pas » . J’admire la patience du policier qui a fait ces différentes auditions.

Les différents experts devaient donc se prononcer sur la réalité de ses troubles de la mémoire, et les avis divergeaient un peu, d’où les demandes de contre-expertise. Pour les uns, les troubles étaient possibles, notamment suite à des années d’alcoolisation massive, pour d’autres ces troubles étaient factices et servaient une personnalité manipulatrice et quasi psychotique (mais pas vraiment, tout est dans la nuance ! )

Autant dire que quatre experts qui s’expriment à la suite, avec le vocabulaire adéquat, les questions des avocats, de la Présidente et autre, j’ai été totalement saturée d’informations et je ne me souviens que de peu de choses.

Je sais en tout cas que Pipo et Mario (les avocats de Taré 1er) faisaient tout leur possible pour faire dire aux experts si OUI OU NON il avait commis ces actes sur moi. Cela n’étant absolument pas leur rôle, aucun ne s’est laissé faire et ils se sont contentés de faire ce qu’ils avaient à faire , répondre à des questions précises.

Même si leurs avis divergeaient un peu, au final il a été établi que si jamais Taré 1er avait des troubles de la mémoire, et au vu des divers tests et entretiens, ces troubles ne concernaient pas la mémoire à long terme (il était d’ailleurs très précis quant à son passé ) , ce qui impliquait qu’il ne pouvait avoir oublié ce qu’il m’avait fait .

Je me souviens de discussions animées entre mon avocate et ses avocats autour de phrases présentes dans les expertises et volontairement citées tronquées par Pipo et Mario, je me souviens de ce sentiment si rassurant d’être défendue et bien défendue, car mon avocate était très, très loin d’être du genre à se laisser faire . C’est une des choses qui peut aider dans un procès quand on a un bon avocat, se sentir défendue, épaulée, l’inverse donc de ce qui a existé dans l’enfance maltraitée.

Pendant qu’on écoute tout cela, les questions, les réponses, les extraits d’expertise, il est bien difficile de ne pas réagir, de ne pas intervenir, mais c’est ainsi , on ne parle que quand on nous le demande et au final dans un procès, on nous le demande peu, mis à part le passage à la barre. Pour le reste il faut laisser gérer son avocat(e) et lui transmettre éventuellement quelques remarques. Cela dit je ne sais pas vraiment si mon cerveau était en état de quoi que ce soit. J’entendais, j’absorbais, j’étais là et ailleurs à la fois, je le voyais lui sans cesse en face de moi, j’entendais parler de lui, j’entendais parler de sa « folie », et ça me déchirait régulièrement le cœur de réaliser avoir vécu dans cette folie. Je voyais bien autour de moi les personnes soit surprises soit consternées (et encore il était loin d’avoir fait son plus beau numéro ) , les policiers qui avaient du mal (et je les comprends mille fois) à ne pas rire face à des réponses parfois totalement aberrantes. Je voyais tout cela et je réalisais que moi, de mes 8 ans environ à mes 25 ans j’étais en plein dans tout cela, engluée, le cerveau dévoré à chaque seconde . Encore une fois je pensais à ma psychologue qui à maintes reprises m’avait dit que je ne m’en sortais « pas si mal » au vu de la vie dans un tel contexte et avec un tel personnage.

Après la pause déjeuner le moment était venu d’entendre ma famille. J’avais décidé depuis des mois de ne pas assister à leur audition, j’étais donc dans le hall lors de l’audition de ma sœur, puis de ma nièce. Je ne sais donc pas vraiment ce qu’elles ont déclaré, je n’ai pas demandé grand-chose à ce propos ensuite, je sais juste qu’elles ont confirmé son étrangeté, sa violence verbale envers ma mère, ses propos mythomanes, le fait qu’il n’ait à aucun moment donné un seul centime à ma mère pendant toutes ces années. Et ma personnalité, discrète, réservée, très réservée, trop peut-être, ainsi que l’immense naïveté de ma mère.

J’attendais donc dans le hall , il y a eu une pause il me semble. Dans ces moments de pause, soit je passais un petit coup de fil à ma maman de cœur, soit je discutais avec mon avocate, D. et le journaliste présent et très bienveillant.

Tout le monde est rentré, c’était au tour de ma mère d’être entendue. J’avais pour ma part pu lire les PV de son audition à la police et chez la juge d’instruction, et cela avait été suffisamment difficile pour que je ne souhaite pas réentendre tout cela (notamment des questions crues sur sa (non)sexualité avec Taré 1er) . J’attendais donc dans le hall quand D. est venu me chercher à la demande de la Présidente. Je devais venir entendre ma mère, elle pensait que c’était nécessaire. J’avais sûrement la possibilité de refuser mais je n’ai pas osé, trop impressionnée par cette Présidente, trop terrifiée par d’éventuelles conséquences. La mort dans l’âme j’y suis allée. Cela nécessite je pense un article complet.

A suivre donc…

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Un procès, et après ?

Publié le par Opale

Quand on vous conseille de porter plainte, deux choses reviennent souvent : porter plainte pour "se reconstruire" et pour "être reconnue victime". Soyons clair , si un jour vous donnez ce conseil à quelqu'un , oubliez le "être reconnue victime" car c'est hélas assez rare , particulièrement dans les affaires d'abus sexuels anciens.

J'ai réalisé en pensant un peu à cet article qu'on reçoit divers conseils plus ou moins avisés avant, pendant et après le dépôt de plainte, mais que finalement quand la procédure est terminée, c'est terminé également dans la tête des gens. Sauf que...

Me concernant j'ai eu beaucoup de chance puisque 4 ans, 5 mois et 14 jours après mon dépôt de plainte, mon agresseur est non seulement passé aux Assises, a écopé de 5 ans de prison ferme mais n'a en plus pas fait appel. C'est donc juridiquement vraiment terminé , il n'y a "plus qu'à" savourer la victoire.

En tant que victime on s'imagine tout un tas de choses, plus ou moins influencé par l'entourage, les témoignages et autres a priori . On imagine le procès d'abord, on imagine le perdre, on imagine la difficulté de parler, on imagine ce que dira l'agresseur, on espère un verdict en notre faveur. Pour l'après-procès, on a envie de croire que ça va tout changer d'un coup, hop "libérée délivrée" (non les mamans, ne me remerciez pas de citer la Reine des Neiges, c'est cadeau ;-) ) . On se dit qu'on ne va plus avoir peur, plus avoir mal, qu'on va retrouver de l'énergie, des projets, qu'on ne va pas tarder à finir notre thérapie et à devenir ce dont on rêve depuis des années et des années : quelqu'un de NORMAL . Rien que ça oui.

En vrai comment ça se passe ? (sachant que je ne peux témoigner que de mes propres ressentis ) . Ca dépend de beaucoup de paramètres , comment se passe le procès, quel est le verdict , quelle est la stratégie de la défense (traduction qu'est-ce qu'on se prend dans la tête en terme de c'est une menteuse une allumeuse une...complètez selon votre expérience) , quelle est la plaidoirie de votre propre avocat, que va dire l'accusé (nier encore, avouer, être indifférent, se révéler, etc...) . Forcément donc chaque procès a un impact différent selon son déroulé.

Après un procès, il se passe à la fois beaucoup de choses et pas grand chose . D'abord, si c'est aux Assises et qu'il y a eu condamnation, on vit les 10 plus longs jours de sa vie dans l'attente de savoir si l'accusé fait appel ou non, pendant que tout le monde est déjà en train de vous dire que vous avez gagné, vous êtes reconnue victime, tout ça tout ça... Je n'ose imaginer ce qui se passe quand il fait appel (ce qui veut dire coucou on recommence tout dans environ 2 ans ) , j'ai eu la chance qu'il ne le fasse pas.

Du moment où j'ai su qu'il n'avait pas fait appel, il y a eu un certain temps qui se compte en jours ou semaines je ne sais plus, où mon cerveau a eu besoin de comprendre qu'il n'avait plus à attendre, moi je le savais, mais lui continuait, c'est une sensation assez étrange. Il y a en même temps malgré tout bien sûr un soulagement (et l'occasion de trinquer avec les amis au fur et à mesure ! ) parce que ça y est c'est FINI , on se le dit, on se le répète, ça paraît dingue, on a oublié ce que c'était que de vivre sans attente, forcément au bout de 4 ans et demi ça conditionne.

Donc une fois soulagée d'apprendre cette décision et à partir  de ce jour, il y a eu pour moi 10 jours de suite avec les mêmes rêves/cauchemars où je ressentais violemment l'amour de la petite fille que j'étais envers mon agresseur, je lui expliquais avec tout mon coeur et toute mon âme, comme je l'aimais, comme j'aurais eu besoin d'un papa, mais que voilà j'avais été obligée de porter plainte, il le fallait puisqu'il avait fait "ça" . C'était dur et répétitif et ce désespoir d'amour perdu restait toute la journée, ce cycle se terminant quand j'ai pu en parler à ma psychologue. Un autre cycle a alors commencé, les cauchemars où il devait aller en prison et s'y préparait en venant chercher des affaires chez nous, mélange d'abus, de menaces, de larmes. Puis les cauchemars actuels où il devrait être en prison mais n'y est pas, ou encore celui tout "frais" de cette nuit où nous attendions chacun le verdict chez ma mère, où il me disait que c'était nécessaire, mais où au final quand je m'approchais il sortait une arme dans le but de me tuer. Un festival de réjouissances donc.

Pour moi il y a eu aussi une grosse claque émotionnelle avec l'impossibilité de me cacher dans le déni, tant la plaidoirie de mon avocate a été forte, prenante, elle s'est littéralement mise dans ma tête, a parlé pour la petite fille que j'étais, s'est adressée à moi plusieurs fois, a tant de fois dit mon prénom qu'il était impossible de m'échapper psychiquement. Je crois que je n'oublierai jamais cette plaidoirie bouleversante mais nécessaire pour moi, pour que j'entende mes propres émotions par sa voix. Je ne la remercierai jamais assez pour ça, entre autre.

Ca c'est pour le côté "il se passe des choses", surtout psychiquement. Mais d'un autre côté, on finit par réaliser que ce que les professionnels formés comme ma psychologue avaient dit est vrai, un procès n'est pas une baguette magique, un procès n'est pas un but en soi mais une étape, un procès ne règle pas tout, un procès remue beaucoup de choses et il va falloir (encore) travailler dessus. On a beau le savoir c'est agaçant voire même culpabilisant , parce qu'à côté des professionnels formés il y a tous ces gens heureux pour nous et qui malgré leur bonne volonté ne peuvent pas envisager que tout ça ne se termine pas avec le procès. Pour eux on a gagné, on a eu la reconnaissance de la justice, notre agresseur est en prison , tout est donc parfait . On n'aura jamais autant entendu le mot "revivre" que pendant qu'on en est encore à tenter de digérer les questions très détaillées sur les abus ou à tenter d'admettre que oui décidément ce type s'en fout d'aller en prison et va y aller parce qu'on l'y pose, comme on l'a "posé" au procès, le tout sans affect aucun .

Il y a aussi forcément les nerfs qui retombent là où on souhaitait retrouver de l'énergie...Pas de bol, 4 ans et demi de nerfs qui retombent ça fait "un peu" de bruit, et beaucoup de fatigue et de mal-être . Re-culpabilité de ne pas aller mieux.

Et puis l'ambiguïté, celle que je connaissais pourtant et qui est une des spécificités de l'inceste, mais que je n'attendais vraiment pas après avoir souhaité qu'il aille en prison. Parce qu'évidemment , je ne m'étais jamais imaginé comme ça pourrait me sembler "lourd" d'envoyer quelqu'un en prison. Bien sûr on m'a expliqué, ce n'est pas moi qui l'ai envoyé, c'est la Justice et ce sont ses actes à lui, mais quand même c'est une expérience très troublante. Et là encore on peut se retrouver en décalage, l'entourage se réjouit de son enfermement mais aussi du fait qu'il risque de passer de très mauvais moments en tant que "pointeur" , pendant qu'on est paumé entre passé et présent, envie qu'il soit puni mais pas "torturé", envie qu'il guérisse et revienne comme le disent les cauchemars (dans la réalité bien sûr je n'y crois pas et je n'en ai pas envie) , et perdu dans cet amour qu'on aurait tellement voulu avoir et que le procès nous a montré comme vraiment impossible (pour ma part il a été dit au procès à quel point il n'en a eu rien à faire de moi, et entendre ça de personnes extérieures est sacrément violent, mais hélas nécessaire . )

Je n'en suis qu'au début de l'après-procès , j'ai pour l'instant répondu pour la première fois "non" à "est-ce que tu regrettes d'avoir porté plainte ?" , mais il est évident que ma réponse aurait sûrement été différente s'il avait été acquitté ou condamné à uniquement du sursis. C'est un parcours tellement épuisant avant le procès, et un moment (qui dure 2 ou 3 jours ) tellement intense et violent pendant le procès , qu'il est sûrement extrêmement difficile de trouver peu à peu du positif dans le fait d'avoir porté plainte si cette plainte n'aboutit pas. C'est tout un nouveau travail psychologique très dur qui attend les victimes concernées.

Pour le moment donc il s'est passé beaucoup de choses et pas grand chose à la fois. J'ai réalisé tout récemment l'immensité de ce que j'ai affronté depuis mars (puisqu'il y a eu le 1er procès qui s'est terminé en report) , j'ai du bout des lèvres vaguement osé dire que c'était peut-être courageux, mais j'ai aussi pleuré de fatigue parce que malgré tout ça, pour le moment, j'en suis toujours à me débattre avec cette non-envie de vivre , ce néant qui m'attire régulièrement et l'absence totale et handicapante d'espoir.

J'espère un jour parvenir à raconter le procès sur ce blog, ce n'est pas encore le moment, et j'aimerais aussi le faire sans imposer au lecteur des dizaines de répétitions qui déplaisent dans la langue française . Il faut donc attendre pour éviter une série de " il a dit, il a répondu, elle a dit, elle a exliqué" jusqu'à l'indigestion.

Je souligne encore une fois la CHANCE que j'ai eu de voir mon agresseur condamné, vous qui lisez, n'oubliez pas que ce n'est hélas pas la majorité des cas dans les affaires anciennes (et d'inceste notamment ) , alors surtout si vous êtes proches de victimes ne leur faites pas miroiter une condamnation (ne les découragez pas non plus ! ) , et si vous êtes victime , préparez le plus possible avec votre thérapeute ce que vous attendez d'un dépôt de plainte, même si je le sais d'expérience, ce qu'on en attend évolue au fil de la procédure du fait de sa longueur et du travail psychologique qui avance pendant ce temps.

 

 

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Verdict

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5 ans de prison ferme.

Mais il faut attendre le 10 juillet pour être sûr qu'il ne fasse pas appel...

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Tribunal J2

Publié le par Opale

13 mars , 7h : La nuit a été courte, je suis réveillée depuis un moment déjà et je ne cesse de me demander ce qui va se passer aujourd'hui. Pour moi c'est quitte ou double, s'il est là je serai enfin libérée , s'il n'est pas là il va falloir encore attendre, et combien de temps?

Une douche et ensuite avec D. je peux profiter du seul moment agréable de la journée, un bon petit déjeuner à l'hôtel, dans leur belle salle où les vitraux sont baignés de soleil. D. tente de me détendre et ce n'est pas chose facile, je sais que lui aussi se demande ce qui se passera . On prépare nos bagages au cas où et on emmène le tout, tout en disant à l'accueil que l'on appellera vers 9h pour dire si l'on reprend une chambre pour le soir.

Il est l'heure d'y aller, même pas 10 mn de trajet jusqu'au Tribunal et j'ai peur , tellement peur. En même temps j'espère de toutes mes forces , j'espère qu'ils l'aient eu chez lui hier soir ou ce matin, j'espère qu'on fasse ce foutu procès aujourd'hui et demain matin et qu'enfin, enfin je sorte de cette procédure qui a duré plus de 4 ans. J'espère de toutes mes forces tout en me disant "non tu ne dois pas y croire, si tu y crois tu vas être trop déçue."

Nous arrivons dans le hall, on doit d'abord comme à chaque fois passer nos affaires au portique, il y a la queue, j'aperçois au loin ma mère, ma soeur et ma nièce. Je leur lance un regard interrogateur et d'un signe de tête elles me font comprendre qu'elles n'en savent pas plus que moi pour le moment. On attend notre tour, on passe le portique et ma nièce vient me dire qu'ils l'ont, qu'il est là. Je n'ose pas y croire, mon coeur fait des bonds, je demande d'où elles tiennent l'info et ça vient des jurés. Je me précipite vers l'huissier pour vérifier l'information et il me dit "oui rassurez-vous il est là."

Je suis à quelques minutes du début d'un procès qui me terrifie et pourtant j'ai l'impression de ressentir le plus grand soulagement de toute ma vie, pour un peu j'embrasserais Taré 1er d'être là ! (enfin n'exagérons rien...) Il reste 10 minutes, je file appeler ma maman de coeur, ma voix tremble , je suis tellement contente, demain midi ça sera fini, enfin fini. Je donne des nouvelles à mes autres amis via internet et je retourne dans la salle. D. de son côté appelle l'hôtel pour dire que l'on prend une chambre pour le soir .

Taré 1er fait son entrée entouré de deux policiers, il a les menottes aux poignets, ce qui est à la fois impressionnant et à la fois extrêmement symbolique pour moi. Il me semble vieux, de plus en plus vieux. Les policiers l'emmènent dans un petit "carré" où je suppose il attendra d'échanger avec ses avocats. Mon soulagement commence à laisser la place au stress, je réalise que ça y est il va falloir parler . Mon avocate arrive et je l'informe de la bonne nouvelle, elle me répond qu'il peut tout de même y avoir une demande de renvoi, je lui dis qu'elle me fait peur, je ne veux pas entendre ça, mais elle me rassure et part à la rencontre de la Présidente et des avocats de Taré 1er, tous réunis dans les bureaux .

Quelques minutes passent, je vois mon avocate revenir et immédiatement je sens que la nouvelle va être mauvaise, elle est décomposée. Elle arrive et m'explique que non seulement il y a demande de report qui sera acceptée mais qu'en plus il va falloir subir une épreuve supplémentaire car il semble que pour valider tout cela il faille malgré tout débuter le procès, c'est à dire tirer au sort les jurés, les installer, leur faire prêter serment, appeler les témoins et les mettre dans leur salle, puis lire le résumé des accusations .

Je m'effondre. Jusque là j'avais été incapable de me laisser aller tant que ma famille était là, mais là je ne peux plus rien retenir, c'est trop violent cette cruelle nouvelle après l'immense soulagement ressenti quelques minutes plus tôt . Tout vire au cauchemar , ça ne sera pas fini, je ne serai pas libre demain midi, je ne pourrai pas dire à ma maman de coeur "c'est fini" quand je la verrai à Pâques, tout s'effondre devant moi.

La sonnerie annonçant la Cour retentit et tout commence comme dans un mauvais film, les jurés ne savent pas que le procès sera reporté et que donc ce n'est pas eux qui jugeront Taré 1er . Mais ils sont tirés au sort, appelés, installés. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont appelées, on leur prend leur téléphone portable et on les emmène en salle des témoins. Puis la Présidente procède à la lecture du "résumé de l'affaire" , un texte qu'elle doit faire le plus neutre possible permettant aux jurés de comprendre les accusations, les déclarations. C'est dur, c'est violent à entendre, les mots "sales" que je craignais sont là, certains détails glauques aussi, je serre fort la main de D. qui est à côté de moi, je regarde la table, je suis ailleurs. Ce "résumé" se termine par une phrase expliquant que Taré 1er n'avait pas de relations sexuelles avec ma mère car d'après lui "ça se mérite" . Remarque à vomir, même si je la connaissais déjà.

Je me dis que ça va s'arrêter là mais non, la Présidente ne parle toujours pas du renvoi et je ne comprends pas pourquoi . Elle parle des experts à venir , dont un à 14h comme si on allait réellement être présent à 14h alors que nous savons (elle, mon avocate, les avocats de Taré 1er, et lui j'imagine..) que le procès va être reporté .

J'ai le sentiment de revivre quelque chose de l'ordre de sa folie à lui. Entendre parler la Présidente en disant "Monsieur Untel à 14h" etc le tout en sachant que ça n'a aucun sens, c'est trop dur, trop incompréhensible, je craque et mon avocate demande à D. de m'emmener prendre un peu l'air. Nous allons dans le hall et pour le coup le peu de monde présent dans ce hall a dû m'entendre d'un bout à l'autre tant je n'en pouvais plus, tant tout cela était trop .

Nous revenons après que D.ait à nouveau contacté la charmante personne de l'hôtel pour lui dire non finalement on ne prend pas de chambre. Elle est consternée pour nous.

Quand nous arrivons un expert est interrogé par les avocats de Taré 1er, on ne parle toujours pas du renvoi, je demande à mon avocate "mais pourquoi elle le dit pas " ? Elle ne le sait pas mais en tout cas elle est en colère de voir ce qu'on me fait subir, il ne devrait pas y avoir ces questions de posées puisqu'il n'y aura pas de procès et qu'elles seront donc considérées comme nulles. Au bout d'un long moment on finit par enfin parler du renvoi, et il faut également parler de la mise en détention de Taré 1er, pour éviter qu'il ne refasse le coup de l'absence.

Entre temps j'aurais appris la "raison" de l'absence de Taré 1er le premier jour d'audience. Quand les policiers l'ont cueilli chez lui à 6h du matin, il leur a expliqué tranquillement qu'après son rdv vous avec son avocat l'avant-veille, il était allé voir pour un costume pour le procès, mais qu'il avait eu des "absences" et avait finalement mis deux jours à parvenir à retrouver le chemin de son logement. Raison totalement crédible donc. Ou pas...

Il va s'en suivre de longs moments d'attente car ce cas ne s'est jamais présenté. Quand quelqu'un ne vient pas à son procès, c'est pour échapper à la justice et il se cache donc ce qui là n'est pas le cas, on a retrouvé l'accusé mais on doit reporter sur demande de ses avocats qui entre autre soyons clairs n'ont aucune envie de travailler samedi matin. Présidente et avocats ne sont pas d'accord sur les textes et sur la procédure à suivre. L'audience est suspendue et je sors pour tenter de joindre ma psychologue et lui parler un peu .

J'ai oublié des éléments dans tout cela je pense, les émotions étaient si fortes que tout se mélange encore , je sais car D. me l'a dit qu'à un moment pendant que j'étais sortie mon avocate s'est énervée face à un des avocats de Taré 1er, soulignant ce qu'il me faisait subir en posant des questions aux experts, lui disant "vous nous faites honte". Pour moi c'est très précieux, car dans toute cette folie, dans ce cauchemar de ces deux jours, je me suis sentie défendue, j'ai compris ce que c'était d'être défendue, respectée . Ce que je n'ai pas eu étant enfant et adolescente. Si dans le futur procès il y a quelque chose de potentiellement réparateur, ça sera ce sentiment-là, ce vécu-là d'avoir quelqu'un pour me défendre de toutes ses forces.

Finalement pendant que je parlais au téléphone à ma psychologue, les gens sont sortis, c'était fini, Taré 1er partait directement en détention provisoire jusqu'au 25 juin, date du futur procès. Et moi j'étais là, paumée sur l'escalier, à échanger à nouveau quelques mots avec mon avocate et D.

La suite c'est cette impression d'avoir reçu un bâtiment sur la tête, d'être totalement en état de choc comme m'a dit ma maman de coeur quand elle m'a eue le soir où je ne pouvais cesser de répéter "ça devait être fini, je voulais que ce soit fini" . Il a fallu des heures et des jours et de la patience, du repos pour m'apaiser un peu, pour accepter qu'à nouveau je me retrouvais à J-3 mois, pour accepter qu'il allait falloir vivre quand même d'ici le 25 juin.

Aujourd'hui, je survis à cela en attendant, j'essaie de profiter de petits moments agréables même si le procès s'est rappelé à moi avec la réception de sa convocation par ma mère.

Je n'ose plus croire que le 27 juin je serai libre enfin, 4 ans et 5 mois après mon dépôt de plainte. Je n'y croirai que quand ça sera fini.

Je ne veux plus espérer.

 

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Le regret...

Publié le par Opale

Le regret, cette chose capable de vous épuiser le coeur par une simple pensée.

Pendant ces quatre années de procédure, il a été là irrégulièrement . Parfois il me lâchait complètement, me laissait penser que j'avais eu raison. D'autres fois, il me terrassait au point de vouloir mourir, au point de me sentir face au "plus jamais" de la mort , on peut cogner, frapper, crier, il est trop tard pour revenir en arrière.

Il est si difficile à faire entendre, à faire comprendre ce regret. D'abord parce qu'une grande majorité de gens est formatée par le discours qui dit qu'une victime pour se reconstruire, pour être "reconnue" , pour revivre, pour être résiliente, pour tout ce vocabulaire miracle qu'on vous sert quand vous n'avez pas encore parlé, ou pas encore porté plainte, qu'une victime DOIT porter plainte .

La victime parle, va en thérapie, porte plainte, est reconnue victime et abracadabra elle va mieux car la justice a reconnu qu'elle est victime et qu'il est coupable. Sauf que non . Déjà dans beaucoup beaucoup de cas c'est "elle porte plainte et son dossier est classé sans suite" . Pour celles et ceux qui passent la barrière du sans suite, il y a encore souvent "l'instruction est finie et il y a non-lieu faute de preuves" (avant procès donc ) . Pour les autres qui comme moi devraient peut-être jouer au loto car gros coup de bol l'affaire va jusqu'au procès, on a les acquittements faute de preuves, ou les peines ridicules.

Mais il ne s'agit pas de ça, il s'agit d'entendre à quel point avant d'EVENTUELLEMENT aider la victime à se reconstruire, porter plainte est ultra violent. Et ça on ne le dit pas, pas souvent, pas assez, pas aux "non-victimes". Aux victimes on leur dit, un peu mais pas trop pour ne pas qu'elles changent d'avis . Ou on leur explique en long et en large qu'elles n'ont rien à craindre, c'est pas leur procès, c'est lui le coupable, c'est lui qui doit avoir peur, honte etc. Sauf que non, non plus . Bien sûr il n'y a rien à craindre on ne va pas être condamné , on ne va pas aller en taule, on ne va pas avoir les menottes, mais le danger qui plane est bien plus fort, beaucoup plus fort que tout ça . Le danger c'est le passé, c'est la terreur, c'est voir, entendre l'abuseur, c'est redire chaque détail de chaque acte, c'est entendre des experts parler de votre sexualité, de votre personnalité , c'est entendre via votre avocat à quel point vous êtes démoli, c'est entendre via la sienne à quel point il a je ne sais quelles circonstances atténuantes ou une auréole au dessus de la tête faisant que jamais il n'aurait fait ça .

Le danger c'est leur voix, leur visage, le danger c'est la peur, les larmes, l'effondrement, la dissociation , les flashs, l'envie de vomir, et sûrement bien d'autres choses, chaque victime ayant son propre ressenti (et ne regrettant d'ailleurs pas forcément d'avoir porté plainte, je ne généralise pas ) .

Le regret, mon regret, il est difficile à faire comprendre . "Tu as porté plainte donc tu savais qu'il pouvait y avoir un procès ! " . Oui mais non. Enfin si. Mais non. Tout ce que je dis avant, oui je le savais et c'est pour ça que je ne voulais absolument pas porter plainte, pour ça que je n'en ressentais absolument pas le besoin, et que je répondais que c'était hors de question si on m'en parlait . Sauf que l'inconscient est ce qu'il est et qu'un jour il est devenu vital de le confronter et quand il n'y a pas encore prescription, la façon la plus "simple" d'avoir une confrontation c'est le dépôt de plainte. Alors je me suis convaincue, à tort et sans le réaliser vraiment, que de toute façon mon dossier serait classé sans suite. Et en toute logique, personne ne m'a dit le contraire puisque c'est ce qui arrive dans la majorité des cas pour ces affaires très anciennes et donc sans l'ombre d'une preuve. J'ai soudain mis dans une boîte ce que je savais de la justice et j'ai enfoui tout ça le temps de porter plainte. Puis je suis sortie du bureau du policier, avec qui en plus ça ne s'était pas particulièrement bien passé, ce type n'ayant daigné prendre que 45 mn de son temps pour ce qui en général dure au moins 2 ou 3 heures, le tout en refusant de me poser vraiment des questions...

Bref je suis sortie de là, j'avais déposé plainte et je voulais deux choses : une confrontation et que mon dossier soit classé sans suite. J'ai eu la confrontation, 16 mois plus tard, mais pas le classement, et ce qui dans la logique des gens aurait dû me réjouir m'a fait crever de regrets car désormais il était trop tard, plus de retour en arrière possible, plus de maîtrise de mon histoire et de la machine judiciaire. Et perdre la maîtrise , pour une victime de viols , d'inceste, c'est souvent totalement insupportable, c'est retrouver cette situation passée où on n'a pu que subir sans rien faire.

Personne ne peut juger mon regret, tout comme je ne jugerai le regret de personne, ou au contraire tout comme je ne jugerai pas quelqu'un qui me dirait que la plainte, le procès lui a sauvé la vie.

Aujourd'hui, à 2 mois du procès, après avoir eu mon avocate au téléphone hier, le regret revient violemment. Parce qu'elle m'a redit, ré-expliqué , la première matinée qui serait totalement consacrée à la vie de Taré 1er, l'après-midi où l'on commencerait à parler des abus, où je serai interrogée, où il se dira toutes ces choses horribles. Elle m'a expliqué qu'une journée de procès c'est environ 9h d'audience , elle m'a expliqué qu'elle et moi on va prendre un rdv de plusieurs heures à son cabinet pour s'entraîner à tout ça "parce que là-bas quand ils vous interrogeront vous serez debout, il y aura tout le monde , ça va se jouer sur l'impression que vous donnez, sur le fait que vous êtes crédible et savez vous exprimer...". Elle m'a rappelé aussi qu'il y a un risque bien réel d'acquittement puisque nous sommes parole contre parole et que je dois m'y préparer. Elle a été bien, vraiment, réellement, pour la première fois on a pu se parler , j'ai senti qu'elle a écouté même si on n'est pas resté longtemps en conversation. Mais elle m'a rappelé (ou appris) tout ça et j'ai juste envie de fuir, parce que pour moi ce procès ce n'est rien d'autre que deux jours horribles à subir. Je n'y vois rien de positif, de constructif.

J'ai voulu la première confrontation, ça a été ultra violent mais je la voulais et ça m'a aidée, lire les différents PV d'auditions m'a aussi aidée à apprendre des choses sur lui puisque je ne connaissais rien ou des mensonges, et ça l'a fait tomber de son piédestal. D'homme "bionique" et immortel comme une partie de moi le percevait, il est passé à parasite minable et fou dont je n'ai (presque) plus peur qu'il me tue . (presque car ça revient un peu à l'idée de sa sortie de prison s'il y va . ) C'est tout ce dont j'avais besoin, de rien d'autre . Que la justice me dise victime ou pas m'importe peu dans le sens où si j'ai porté plainte c'est que j'avais enfin compris que je n'étais coupable de rien, sinon je n'aurais pas pu.

Alors me revoilà avec ce regret, immense, violent, dévastateur, ce sentiment d'avoir fait la plus grosse connerie de ma vie le 27 janvier 2011 . Si le chemin était à refaire, je parlerais oui, j'irais en thérapie, mais je ne porterais pas plainte. J'ai parfois regretté d'avoir simplement parlé, parce que cette parole qui se libère, c'est aussi la carapace qui se brise et tout qui explose, une bombe qui souffle sur l'avenir d'un coup, une souffrance qu'on n'avait pas conscience d'avoir en soi, c'est tout ça parler. Mais malgré ces moments de regret je sais que je recommencerais, il le fallait, pour tenter d'apprendre à vivre, il le fallait ne serait-ce que parce que ça a permis qu'il dégage enfin de notre vie, de notre quotidien, de chez ma mère . Il le fallait pour que je sache que non je n'étais pas une salope d'ado et que je n'avais pas à assumer ce que je pensais être "mes erreurs de jeunesse" , il le fallait pour que je sache. Je ne regrette pas d'avoir parlé et je le referais s'il le fallait. Mais la plainte non, ces quatre années d'attente, de peur, ces auditions, dire et redire les faits, les entendre dits et redits, le voir lui faire son cirque et s'amuser comme dit mon avocate, puis donc subir ces 2 jours d'audience, non, c'est trop, c'est trop dur. Je ne parle que de moi, je ne dis évidemment pas que la plainte n'aide pas certaines victimes, mais pour le moment j'ai plus l'impression d'avoir été démolie qu'autre chose, d'avoir lutté pour me reconstruire tout en m'épuisant en même temps dans la procédure, ce qui du coup a freiné le reste.

Hier soir, ce matin, je regrette de toutes mes forces. Peut-être que ça passera à nouveau, peut-être que quelque chose changera , peut-être que comme le pense ma maman de coeur je suis plutôt dans le déni, dans la peur d'entendre la réalité des faits, de l'admettre totalement. Peut-être . Mais pour le moment je regrette, je suis épuisée, épuisée et terrifiée.

Non , déposer plainte n'est pas une baguette magique. Ce discours-là qu'on entend encore beaucoup chez les "non avertis" doit cesser , on doit expliquer la réalité aux gens, pour qu'eux-mêmes comprennent ce que leur enfant/voisin/soeur/amie peut vivre face à cela, toute la violence des sentiments, aussi lourds que contradictoires.

Le procès n'est pas un but mais une étape, ça n'est pas de moi mais de ma psychologue . Il y a encore beaucoup à transmettre aux gens sur tout cela.

Ne jugez jamais les réactions d'une victime, jamais. Vous n'êtes pas elle, tout comme elle n'est pas vous .

 

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Ils vont le dire...

Publié le par Opale

Ils vont le dire. Ils vont tout dire. Dire et le répéter, dire et me questionner. Tous ces mots que j'ai déjà bien du mal à prononcer moi-même, je vais les entendre.

Ils vont le dire et j'ai envie de vomir, ce n'est peut-être pas le hasard si j'ai vomi pour de vrai cette nuit après avoir écrit à ma psy quelques heures plus tôt "je voudrais tout vomir de ce qui concerne les viols" .

Ils vont dire, ils vont décrire. Ma maman de coeur a tenté de "m'entraîner" , elle en a pourtant dit très très peu, mais déjà je tremblais, déjà je partais loin dans les souvenirs, pour finir par fondre en larmes. Ils vont dire chacun des mots que je n'écrirai jamais ici, tous ces mots "sales" à mes yeux, des mots parfois d'une parfaite banalité pris hors contexte mais qui eux aussi deviennent "sales " dans le cadre des abus.

Ils vont dire le comment, ils vont dire le pourquoi ou tenter de le comprendre. Et dans l'idéal il faudrait que je puisse suffisamment me protéger pour ne pas revivre tout ça, pour ne pas "partir" dans le passé, pour ne pas me dissocier. Tenter de voir le souvenir de l'extérieur, en n'oubliant pas que je ne le subis plus, qu'il ne me fera plus jamais ça , que mon corps a changé, que j'ai grandi, que c'est un souvenir, un "simple" souvenir. C'est ce qu'on a tenté hier chez ma psychologue et c'est encore bien difficile.

Je suis tellement terrifiée à l'idée de les entendre, à l'idée de perdre pied, de redevenir la petite fille, comme lundi dans les bras de ma maman de coeur où je répétais terrifiée et dans de gros sanglots "il va pas le refaire hein ? " ayant perdu la notion du fait que je suis adulte et qu'il ne me touchera plus.

Il ne le refera pas non, plus jamais. Plus jamais ce qu'ils vont dire ne se reproduira , je tente de penser à ça , de penser surtout qu'à chaque mot "sale" qu'ils diront c'est à lui qu'ils rendront sa saleté, sa perversité. Les mots et les gestes lui appartiennent, il sera devant cette Cour pour les assumer, ou ne pas les assumer d'ailleurs, mais cela redeviendra à lui comme ça aurait dû toujours l'être. Ses idées tordues, ses idées glauques, tout ce qu'il a fait et dit, c'est à lui, ça vient de son cerveau à lui, de son imagination à lui, pas de moi.

Ils vont tout dire, enfin pas tout à fait car comme toute victime de violences sexuelles qui dépose plainte je n'ai pas pu tout déclarer. Il reste quelque chose de beaucoup beaucoup trop humiliant pour que quelqu'un d'autre que ma psy et ma maman de coeur en ait connaissance. Et de toute façon ça ne changerait rien à la qualification des faits .

Ils vont tout dire, tout détailler, il y aura les avocats, puis les jurés qui vont pouvoir poser des questions. Impossible de savoir à quoi s'attendre, impossible de prévoir leurs mots et donc le risque de faire une crise de panique en les entendant. Il va falloir lâcher prise et accepter que si je m'effondre, si je pleure, si je panique devant tous ces gens, ce n'est pas grave, c'est "courant" dans ce lieu et comme l'ont dit ma psy et ma maman de coeur, ça ne fera de toute façon que montrer les ravages de ce qui a été subi. Pourtant j'ai peur, ne rien maîtriser, perdre pied, exactement comme sous ses mains, mais là c'est différent, je dois penser que c'est différent. Je suis là pour hurler la vérité, là pour qu'il soit si possible puni, là pour lui faire passer l'envie de recommencer sur quelqu'un d'autre, là pour poser un fardeau et lui rendre ses immondices, là pour tenter d'enfin revivre et pas seulement survivre.

Tu le sais Taré 1er ils vont tout dire, même si ça sera toujours moins que ce que toi et moi nous savons , toujours moins car il y a des mots qui n'existent pas pour décrire l'indescriptible, l'insupportable, l'inimaginable.

J'espère de toutes mes forces que tu seras au moins un peu puni, même si je sais que je dois me préparer à un acquittement , c'est encore trop dur à envisager. T'imaginer libre comme l'air alors que coupable, c'est pour le moment insupportable, et pourtant ils sont des milliers, des centaines de milliers à l'être, soit parce que la justice n'a pu prouver les actes, soit parce que leur victime n'aura jamais pu parler ou n'est même plus en vie pour pouvoir le faire.

Ils vont tout dire Taré 1er, et même si j'ai envie de vomir ils vont dire ce que TU m'as fait.

 

 

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Nous y voilà...

Publié le par Opale

4 ans, presque 4 ans de procédure et la fin approche enfin.

27 janvier 2011 je déposais plainte pour viols sur mineure par personne ayant autorité.

4 ans et 2 auditions , 2 confrontations et 2 expertises psys plus tard, et pour lui 3 auditions pendant la garde à vue, une chez la juge, nos deux confrontations et 4 expertises psys, je connais désormais la date du procès.

Les 12 et 13 mars 2015 , Taré 1er sera sur le banc des accusés, et moi je serai...je ne sais pas.

J'attends depuis si longtemps que tout ça se termine, je rêve depuis si longtemps que sa mort raccourcisse et mette fin à la procédure. Mais voilà, le jour où vers novembre 2010 déposer plainte a commencé à s'imposer comme un élément vital, je me suis convaincue que ça serait classé sans suite, ou au pire correctionnalisé. Je me suis lancée avec comme unique but d'avoir une confrontation, et qu'il soit auditionné, mis face à ses actes.

Ca a été le cas et comme ont pu le constater psys, juge, avocats, policiers, il s'en fout, il s'en contrefout de ce que je lui reproche, les experts le disent , pas la moindre émotion à être accusé d'un crime, rien.

Il s'en fout et pire il s'est amusé, bien amusé à se foutre des policiers, puis de la juge , et je sais qu'il fera de même pour le Procureur. Quoiqu'il risque et aussi dur que ce soit à faire admettre aux gens il s'en fout.

Par contre moi je ne m'en fous pas, et ayant cru bravement que tout ça serait classé sans suite, ça fait un bout de temps que j'angoisse, mais tout devient concret et ce n'est plus de l'angoisse c'est une panique totale. L'idée de le réentendre lui, le voir faire son cirque, entendre ses expressions , sa façon de parler maniérée , ça me terrifie, je me sens en danger psychologique .

La première confrontation, celle que je souhaitais, est encore gravée en moi, tant je suis encore capable de ressentir cet effondrement, ce basculement dans ma tête en le sentant m'emmener dans son monde, ce monde où rien n'est à sa place, ce monde où un type en garde à vue pour viols dit en fin de confrontation au policier "si je me souviens de quelque chose je vous contacte ? " , de la même façon qu'il l'inviterait à boire le thé, le tout avant de retourner en cellule.

A chaque mot, à chaque phrase inadaptée, moi qui savais pourtant à quel point il est dingue, je m'écroulais, je murmurais en larmes "il est fou" et l'avocate de permanence qui m'accompagnait ce jour-là était consternée, ainsi que le policier qui n'en pouvait plus de l'avoir supporté pendant la garde à vue.

Alors le revoir encore, l'entendre encore , c'est si violent et inimaginable que mon premier réflexe est de me dire "je vais me tuer comme ça j'irai pas" alors que j'ai pourtant le droit de ne pas y aller, malgré la pression de mon avocate sur ma présence "indispensable" pour que les jurés voient la différence entre lui et moi.

Et s'il n'y avait que ça, mais pendant ces deux jours un nombre bien trop grand de personnes va prononcer ces mots que je trouve "sales", les détails de ce que j'ai subi, tout ce qui n'a jamais été évoqué sur ce blog : quoi, comment , combien de temps, de quelle manière, quelle position, en disant quoi . Ca va être ça la réalité , eux disant tous ces mots et moi qui vais devoir les dire aussi.

Puis sa vie à lui disséquée et notamment sa sexualité, et donc aussi l'absence de cette même sexualité avec ma mère , leur relation étalée , mon enfance placée sous microscope pour que chaque juré y voie mieux le "sordide" comme dit ma psy , de cette succession de traumas, de deuils, de solitude, d'absence psychique d'une mère, de son alcoolisme à lui, de sa mythomanie, de sa perversité . Sous le microscope mais dit bien haut et fort au micro la vie de la petite Opale, les nuits blanches à attendre qu'il dorme enfin, les nuits à attendre d'avoir le droit d'aller dormir, les "abus" quand il n'avait pas bu, tout étalé, tout détaillé.

Ca a beau être moi la victime, je ne pense pas que quiconque soit prêt à entendre ce genre de choses , ces détails glauques et tout ce qu'il faut bien dire, estimer, quantifier, dater du mieux qu'on peut malgré ce que la mémoire traumatique provoque sur les souvenirs et la notion de temps .

Je ne sais pas où je serai non, il faut que je me donne le droit de ne pas y aller, le droit de changer d'avis n'importe quand, plutôt que de vouloir juste mourir pour en finir avec tout ça, mais ce n'est pas si simple. La terreur est immense, et dans la terreur le raisonnement se perd.

Puis ma "famille" me manque. Elle est en gros constituée de ma mère et ma soeur. Ma mère, elle ne voit pas le stress que je subis "mais faut pas stresser tu vas te rendre malade et ne plus pouvoir travailler" Si tu savais maman, c'est déjà le cas.

Quant à ma soeur, elle a forcément vu mon message sur facebook donnant les dates, mais aucun mot, aucun soutien, rien . Je fais avec le reste du temps, mais là, pour cette épreuve-là j'ai mal de ne pas avoir de famille, même si j'ai une famille de coeur, j'aurais quand même eu besoin d'elles deux, de leur soutien et pas seulement de leur témoignage qui lui bien sûr est en ma faveur.

Nous y voilà Taré 1er, je ne sais pas où je serai mais toi tu y seras car sinon c'est les flics qui t'y amèneront de force . Le deuxième jour sera un vendredi 13, je ne suis pas superstitieuse mais je sens que je n'ai pas fini d'en entendre parler de ce fait là. Alors pile ou face, auras-tu de la chance ou non ? Seras-tu acquitté ou condamné ? Je n'attends pas grand chose, j'aimerais une petite année de prison pour toi, du ferme, ça me suffirait, même si le mieux serait que tu meures avant le procès. Par contre j'avoue si tu es acquitté, j'ai beau essayer de m'y préparer je ne sais pas dans quel état on me retrouvera.

Mais nous y sommes Taré 1er , et toi qui n'as jamais eu besoin de menaces et de force pour abuser de moi, ce jour où tu me répondais "c'est comme un cours" je crois que tu étais loin de penser que je grandirais, que je comprendrais, et qu'enfin un jour je saurais que je ne suis pas coupable . Et ça, acquitté ou pas ça ne changera pas, je le sais déjà.

Ce soir là, cette première fois où tes mains se sont glissées sous mon t-shirt et ailleurs, tu ne savais pas qu'un jour tu poserais ces mêmes mains à la barre, aux Assises, présent là, accusé des viols que tu as commis , de tout ce que tu m'as fait pendant 6 ans, même si le massacre ne se résume pas qu'aux abus, et que j'ai passé 16 ans à te côtoyer.

Rendez-vous le 12 mars , ou pas, mais toi tu n'y échapperas pas. Tu es la proie.

Nous y voilà.

 

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Vous le saviez ? Moi non plus .

Publié le par Opale

J'espère que ce petit article sera lu par quelques victimes et leur évitera la déconvenue (le mot est faible) que j'ai récemment connue .

Pour les non-victimes, je compte sur vous pour informer.

Je suis sympa je ne ferai pas d'interro écrite, je rappelle donc à ceux qui n'auraient pas suivi qu'on en était resté à "youpi la procédure est finie, il ira aux Assises " (et accessoirement à "au secours, subir 2 jours en sa présence ça va être horrible)

Ca c'était le 27 décembre après réception de l'ordonnance de mise en accusation et de renvoi aux Assises donc .

Oui mais non. On stoppe tout on remballle le champagne (enfin le muscat parce que le champagne c'est dégueu ! ), fausse alerte les gars !

Il y a quelques jours j'ai donc appris que Taré 1er avait fait appel. Vous me direz, et on me l'a déjà dit "mais appel de quoi, y a pas eu de procès encore donc pas de condamnation" 

Ouais, je sais. Mais la justice est joueuse, prenez des notes.

Ce que je ne savais pas c'est que quand une juge d'instruction rend son ordonnance et décide d'envoyer aux Assises c'est à dire qu'il y ait un procès en cour d'Assises (en gros dans les 2 ans qui suivent ) , ça ne s'arrête pas là.

C'est pas encore le moment de sortir le champagne (muscat j'ai dit ) .

Parce que voilà faudrait pas quand même qu'on embête un pauvre gars en l'envoyant pour rien aux Assises même si la juge d'Instruction qui a suivi toute l'affaire, reçu les deux parties, fait les confrontations et j'en passe, même si elle donc a conclu qu'il y avait suffisamment de charges pour que ce dossier aille dans une cour qui traite de dossiers criminels.

Donc , avant même qu'il y ait procès, l'accusé peut faire appel . Et c'est ce que Taré 1er a fait , sur les bons conseils de son avocate (qui doit s'être dit qu'avec un peu de bol comme ça elle n'aurait pas à supporter ce client cinglé encore longtemps ).

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ca veut dire que mon dossier va aller faire un petit tour à la Chambre d'Instruction, qui elle-même fait partie de la Cour d'Appel.

Cette Chambre est composée de trois magistrats qui vont donc reprendre tout le dossier, c'est à dire ici relire tous les PV d'autidion, de confrontation, de perquisition etc..

Puis ils vont se réunir et décider de la suite.

Et cette suite concernant mon dossier peut être soit de confirmer la décision de la juge et donc de confirmer le renvoi aux assises, soit de décider que faute d'éléments suffisants , il y aura non-lieu (et donc pas de procès ).

Ces braves gens vont se réunir le 14 février et me donner une réponse quelques jours plus tard.

Le hasard étant joueur, il me rappelle non seulement que je suis célibataire et que la St Valentin c'est pas la peine de compter dessus, mais il me rappelle également que l'an dernier à la même date se déroulait la deuxième confrontation entre lui et moi chez la juge.

Lors de cette audience il y aura donc trois magistrats ainsi que mon avocate et la sienne , plus un substitut du procureur et un greffier.

Ces trois magistrats prendront leur décision sans jamais nous avoir reçus , ni moi ni lui .

Cerise sur le gâteau indigeste de la justice, si jamais ils décident d'un non-lieu, je ne pourrai pas faire appel, puisqu'il s'agit déjà d'une décision de Cour d'Appel .

Le bon plan idéal pour les agresseurs de son genre, dans ce type d'affaires où l'on reste parole contre parole.

Si non-lieu, il sera définitif et les six ans d'abus sexuels que j'ai subis ne seront jamais punis , ou même simplement évoqués dans un tribunal .

Voilà où j'en suis, fatiguée et lasse, à nouveau en train de ressentir les angoisses si familières et insupportables de l'attente des diverses échéances de ces trois dernières années de procédure.

Je ne sais même plus ce que je veux . Parfois je veux simplement que tout s'arrête, parce que oui évidemment je suis terrifiée par un procès aux assises.

Un procès aux assises ça signifie deux journées entières (au moins 8h par jour ) à tout supporter, sa présence, ses déclarations, écouter les experts parler de nous en détail et dans les détails les plus intimes, devoir parler devant tout ce monde et dire à nouveau ce qu'il m'a fait, entendre les différents "témoins" (qui n'ont de témoins que le nom, évidemment dans l'inceste, ce crime à domicile, pas de témoin visuel ) , voir ma mère malmenée par son avocate à lui, être moi-même malmenée par cette même avocate et j'en passe.

Malgré tout, je ne peux imaginer un non-lieu, surtout dans ces conditions.

Se dire que la juge me croit, qu'elle estime avoir de quoi poursuivre, qu'elle nous a tous les deux vus et entendus , qu'elle a pris une décision et que par ce simple petit appel tout cela peut être piétiné, que par ce simple petit appel il pourra si non-lieu terminer tranquillement sa vie en sachant qu'on peut abuser d'une gamine de 12 à 18 ans, quotidiennement et ce sans jamais être puni et même sans jamais devoir s'expliquer devant un tribunal, c'est insupportable.

C'est insupportable et c'est pourtant le lot de milliers de victimes. Celles qui osent porter plainte voient dans leur majorité la plainte classée sans suite avant même d'arriver entre les mains d'un juge d'Instruction .

C'est ça la réalité des victimes d'inceste ou plus généralement des victimes d'abus sexuels dans l'enfance.

Le temps de sortir un minimum du trauma, d'oser commencer à parler, de démarrer une thérapie, d'avancer, tout ce temps joue contre nous et en la faveur de nos agresseurs.

Plus ils sont virulents dans leur négation, plus ils peuvent être sûrs que la plainte sera classée sans suite.

Ma "chance" a été que Taré 1er ne se défende pas "normalement" . Au lieu de simplement nier, il s'est amusé à se foutre du monde et a choisi de déclarer simplement ne pas se souvenir.

Ce qui l'a fait passer la barrière du Procureur et arriver devant la Juge c'est son comportement, sa façon de se foutre de tout, se foutre des flics, sa façon lors de la confrontation de dire , juste avant de repartir dans la cellule de garde à vue "si je me souviens de quelque chose je vous recontacte , vous me donnez un numéro ? " au flic qui venait de nous auditionner. Ahurissant, et pas très apprécié évidemment.

Le problème est là . Les flics l'ont vu, entendu, la juge l'a vu, entendu , ils ont eu tout loisir de se faire une opinion , tout le loisir d'halluciner et de me dire ou me laisser entendre que franchement ils en avaient rarement vu des comme lui.

Je ne sais pas si simplement lire ses déclarations sur papier fera le même effet aux trois magistrats de la chambre d'instruction.

J'espère, j'espère que ses phrases qui ont par moment failli me rendre folle auront un impact sur leur décision , malgré le fait que sur le PV il n'y a ni le ton ni le regard, ni toute cette supériorité et cette ironie abjecte.

Je n'ai plus qu'à souhaiter que ces quelques phrases lui soient fatales :

- Avez-vous tué quelqu'un monsieur ? (question posée par le flic suite aux "je ne me souviens pas " successifs de sa part )Réponse : Je ne sais pas . (audition de garde à vue )

- Concernant le fait que les abus étaient quotidiens "Tous les jours ça m'étonnerait, je ne suis pas de nature gourmande à la base " (1ère confrontation )

- "Je ne me souviens pas, ce n'est pas le genre de la maison, mais tout est possible " (audition chez la juge )

- Au flic qui lui dit que j'ai déclaré certaines choses " si j'ai caressé c'est déjà un bon début.." puis... "mais non c'est de l'humour par rapport à ce dont on m'accuse" (audition de garde à vue )

Malheureusement aucune de ces phrases ne constitue d'aveu ou de preuve. C'est abject oui, il est immonde, oui, mais ce ne sont pas des preuves.

Voilà, vous entendez probablement souvent que peu de victimes même adultes portent plainte, vous avez peut-être une idée du pourquoi là.

En attendant, je suis fatiguée, épuisée, à bout de nerfs. J'en ai assez de cette procédure, assez de ce qu'il m'a fait, assez de mes souvenirs qui reviennent en force au moindre courrier, assez de cette première confrontation qui continue à me hanter .

J'en ai assez de devoir tenter de me préparer à un non-lieu, qu'il soit maintenant ou plus tard en fin de procès s'il y a procès.

J'en ai assez de savoir que mon agresseur et tant d'autres se promènent libres, insouciants, avec de possibles nouveaux passages à l'acte .

J'en ai assez de cette lutte permanente pour revivre, revivre alors que je n'avais jamais rien fait, rien demandé pour qu'il décide de me donner la mort à sa manière.

 

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