Tribunal J1

Publié le par Opale

Un mois après le fiasco du procès (pour ceux qui ne savent pas il est reporté au 25/26 juin) , je vais tenter de raconter un peu ces deux jours de cauchemar que furent les 12 et 13 mars 2015.

Le texte risque d'être assez mal écrit et plus un listing qu'autre chose, tant pis.

Ce 12 mars 2015 nous sommes donc arrivés D. (mon papa de coeur) et moi tout près du Tribunal vers 8h30 et avons pu prendre le temps de boire un chocolat chaud pour nous donner quelques forces et nous poser après la route.

15 minutes plus tard , on se dirigeait vers le Tribunal pour y attendre mon avocate dans le hall. J'avais peur, très peur à l'idée de parler, à l'idée de ce qu'on me poserait comme questions, très peur de voir et surtout d'entendre Taré 1er.

Arrivés là-bas nous avons dit bonjour à ma mère, ma soeur et ma nièce convoquées toutes les trois comme "témoins" (témoins n'étant qu'un terme juridique puisque le principe de l'inceste est d'être un crime sans témoin la plupart du temps) . J'ai vite eu besoin de prendre de la distance et de repartir avec D.pour parcourir le hall en attendant mon avocate. Les jurés étaient déjà là, du monde se bousculait à la porte, chacun donnant sa convocation, un RIB qu'on nous demandait, chacun s'installant dans cette salle des Assises qui finalement n'est pas si grande que cela (je ne sais pas comment c'est ailleurs ).

Je retrouve mon avocate avec qui j'ai eu rendez-vous le dimanche précédent pour préparer une dernière fois le procès et avec qui le courant passe vraiment de mieux en mieux . Nous nous installons et j'ai la chance que la Présidente ait accepté que D. soit à côté de nous et non pas sur les bancs du public, il est donc juste là à côté de moi, ce qui me rassure beaucoup. Il n'y a d'ailleurs en fait pas de public (tant mieux !) même si le procès ne se déroule pas à huis clos et les seules personnes occupant les bancs sont la trentaine de jurés parmi lesquels 9 seront tirés au sort.

9h approche, pas de Taré 1er en vue mais je me dis que c'est normal, qu'il est peut-être dans une pièce pour se préparer ou quelque chose de ce genre. Mais non, en fait il n'est pas encore arrivé nous dit-on. Je ne suis pas très inquiète, je pense qu'il est simplement en retard , il s'est présenté à tous ses rendez-vous obligatoires et je n'ai donc jamais pensé qu'il puisse ne pas venir au procès. Pourtant 30 minutes passent et toujours personne, l'angoisse monte, ses avocats téléphonent , à lui ou au foyer je ne sais pas, en tout cas personne ne parvient à le joindre.

Comme le demande la loi, des policiers sont envoyés chez lui , chargés de le ramener s'il est là . Ils reviendront bredouille, il ne répond pas et ses voisins disent qu'il est parti à 8h30 en leur déclarant qu'il allait travailler. (sachant qu'il ne travaille pas). Le temps passe, des tonnes de questions arrivent sur ce qui va se passer s'il ne vient pas, si on ne le trouve pas. Tout le monde attend, et puisque l'on peut sortir de la salle quand on veut , je vais téléphoner à ma maman de coeur pour lui donner des (mauvaises) nouvelles et prendre un peu l'air. Ma mère, ma soeur et ma nièce sont toujours dans la salle et je ne parviens pas à me laisser aller devant elles, je contiens ce que je ressens, je contiens ma peur, ma terreur devant cet imprévu, devant cette "surprise" qu'il nous impose encore une fois.

Vers 11h , toujours rien, nous sommes tous priés d'aller manger un peu plus tôt et de revenir vers 13h pour faire le point. Tout le monde sort de la salle ou presque, dont ma famille. Je peux donc enfin, dans la salle, m'effondrer en larmes et exprimer ce que je ressens . Je me souviens de l'humanité de la greffière passant devant moi et me disant "ça va s'arranger" . Mon avocate est également très soutenante et à ce niveau-là je me sens protégée .

D. et moi nous dirigeons vers l'hôtel, la charmante dame de l'accueil va avoir fort à faire avec nous, car nous commençons par lui annoncer que nous n'avons aucune idée de si l'on va finalement dormir ici ou pas, puisque nous ne connaissons pas la suite des évènements . Nous prenons ensuite tranquillement le temps de manger, il fait un temps splendide, sale journée pour un procès !

A 13h nous nous retrouvons dans la salle et nous apprenons que pour le moment il n'est toujours pas retrouvé. Chacun donne des pistes, on sait qu'il aime beaucoup marcher mais c'est justement un problème , il peut très bien être à 10 ou 20 kilomètres à l'heure actuelle, comment le retrouver ? Des pistes sont évoquées, faire le procès sans lui, et là nous apprenons que l'on peut faire un procès non seulement sans l'accusé mais aussi sans son avocat et sans les jurés ! Le système judiciaire n'a pas fini de nous étonner . Dans l'absolu personne ne souhaite un procès sans lui, ce serait ridicule et assez peu constructif. On nous demande alors de revenir vers 17h pour à nouveau faire le point. Une nouvelle fois tout le monde sort, une nouvelle fois je m'effondre dans la salle, sonnée de ce qu'il est encore capable de m'infliger.

Je vais me reposer à l'hôtel et donner des nouvelles aux amis pendant que D. prend un peu le soleil en ville, puis nous nous rejoignons . J'ai mal à la tête d'avoir tant pleuré, j'angoisse à l'idée qu'il ne soit toujours pas là à 17h, je commence à imaginer le report, mes projets, mes objectifs, mes nerfs s'effondrent.

A 17h nous voilà de nouveau dans la salle et informés qu'il n'a toujours pas été retrouvé. La Présidente décide de passer à la vitesse supérieure et de demander en plus à je ne sais quelle brigade de le rechercher, un mandat d'amener est décidé, ce qui l'empêchera totalement de refuser de venir. Elle demande également à ses avocats l'autorisation d'enfoncer sa porte s'il ne répond pas, au cas où il aurait commis l'irréparable ou aurait eu un malaise. On nous explique que l'espoir est de le retrouver en soirée s'il rentre chez lui, et que la brigade va donc "planquer" toute la nuit s'il le faut pour l'amener le lendemain matin. Si le lendemain matin à 9h il n'est pas là, le procès devra être reporté . Par contre s'il est là, il est fortement envisagé de faire le procès sur le vendredi et le samedi matin, sauf que ses avocats semblent extrêmement réticents à cette solution, mais à ce moment-là je me dis que quelque part ils se devront d'obéir à la Présidente selon ce qu'elle décide.

A nouveau tout le monde part et à nouveau je m'effondre. Mon avocate nous invite D. et moi à prendre un verre près du Tribunal, et il s'en suivra un échange très enrichissant sur les difficultés que nous avons eu elle et moi à entrer en relation, à se comprendre, à se faire confiance . Un échange qui nous montrera que vraiment nous sommes heureuses l'une et l'autre d'enfin mieux nous connaître, d'enfin mieux échanger, c'est un moment vraiment précieux de cette journée cauchemardesque.

Ensuite , direction l'hôtel où nous expliquons que finalement on garde les chambres, mais que nous aurons peut-être aussi besoin d'une chambre le lendemain, que ce n'est pas sûr. La personne de l'accueil est charmante et navrée pour nous de voir dans quel bazar nous sommes et fait vraiment de son mieux. Repos à l'hôtel avant de manger, petits échanges téléphoniques avec ma maman de coeur consternée, messages aux amis, larmes....puis repas et coucher assez tôt avec l'angoisse au ventre : sera-t-il là le lendemain ?

 

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