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Nous y voilà...

Publié le par Opale

4 ans, presque 4 ans de procédure et la fin approche enfin.

27 janvier 2011 je déposais plainte pour viols sur mineure par personne ayant autorité.

4 ans et 2 auditions , 2 confrontations et 2 expertises psys plus tard, et pour lui 3 auditions pendant la garde à vue, une chez la juge, nos deux confrontations et 4 expertises psys, je connais désormais la date du procès.

Les 12 et 13 mars 2015 , Taré 1er sera sur le banc des accusés, et moi je serai...je ne sais pas.

J'attends depuis si longtemps que tout ça se termine, je rêve depuis si longtemps que sa mort raccourcisse et mette fin à la procédure. Mais voilà, le jour où vers novembre 2010 déposer plainte a commencé à s'imposer comme un élément vital, je me suis convaincue que ça serait classé sans suite, ou au pire correctionnalisé. Je me suis lancée avec comme unique but d'avoir une confrontation, et qu'il soit auditionné, mis face à ses actes.

Ca a été le cas et comme ont pu le constater psys, juge, avocats, policiers, il s'en fout, il s'en contrefout de ce que je lui reproche, les experts le disent , pas la moindre émotion à être accusé d'un crime, rien.

Il s'en fout et pire il s'est amusé, bien amusé à se foutre des policiers, puis de la juge , et je sais qu'il fera de même pour le Procureur. Quoiqu'il risque et aussi dur que ce soit à faire admettre aux gens il s'en fout.

Par contre moi je ne m'en fous pas, et ayant cru bravement que tout ça serait classé sans suite, ça fait un bout de temps que j'angoisse, mais tout devient concret et ce n'est plus de l'angoisse c'est une panique totale. L'idée de le réentendre lui, le voir faire son cirque, entendre ses expressions , sa façon de parler maniérée , ça me terrifie, je me sens en danger psychologique .

La première confrontation, celle que je souhaitais, est encore gravée en moi, tant je suis encore capable de ressentir cet effondrement, ce basculement dans ma tête en le sentant m'emmener dans son monde, ce monde où rien n'est à sa place, ce monde où un type en garde à vue pour viols dit en fin de confrontation au policier "si je me souviens de quelque chose je vous contacte ? " , de la même façon qu'il l'inviterait à boire le thé, le tout avant de retourner en cellule.

A chaque mot, à chaque phrase inadaptée, moi qui savais pourtant à quel point il est dingue, je m'écroulais, je murmurais en larmes "il est fou" et l'avocate de permanence qui m'accompagnait ce jour-là était consternée, ainsi que le policier qui n'en pouvait plus de l'avoir supporté pendant la garde à vue.

Alors le revoir encore, l'entendre encore , c'est si violent et inimaginable que mon premier réflexe est de me dire "je vais me tuer comme ça j'irai pas" alors que j'ai pourtant le droit de ne pas y aller, malgré la pression de mon avocate sur ma présence "indispensable" pour que les jurés voient la différence entre lui et moi.

Et s'il n'y avait que ça, mais pendant ces deux jours un nombre bien trop grand de personnes va prononcer ces mots que je trouve "sales", les détails de ce que j'ai subi, tout ce qui n'a jamais été évoqué sur ce blog : quoi, comment , combien de temps, de quelle manière, quelle position, en disant quoi . Ca va être ça la réalité , eux disant tous ces mots et moi qui vais devoir les dire aussi.

Puis sa vie à lui disséquée et notamment sa sexualité, et donc aussi l'absence de cette même sexualité avec ma mère , leur relation étalée , mon enfance placée sous microscope pour que chaque juré y voie mieux le "sordide" comme dit ma psy , de cette succession de traumas, de deuils, de solitude, d'absence psychique d'une mère, de son alcoolisme à lui, de sa mythomanie, de sa perversité . Sous le microscope mais dit bien haut et fort au micro la vie de la petite Opale, les nuits blanches à attendre qu'il dorme enfin, les nuits à attendre d'avoir le droit d'aller dormir, les "abus" quand il n'avait pas bu, tout étalé, tout détaillé.

Ca a beau être moi la victime, je ne pense pas que quiconque soit prêt à entendre ce genre de choses , ces détails glauques et tout ce qu'il faut bien dire, estimer, quantifier, dater du mieux qu'on peut malgré ce que la mémoire traumatique provoque sur les souvenirs et la notion de temps .

Je ne sais pas où je serai non, il faut que je me donne le droit de ne pas y aller, le droit de changer d'avis n'importe quand, plutôt que de vouloir juste mourir pour en finir avec tout ça, mais ce n'est pas si simple. La terreur est immense, et dans la terreur le raisonnement se perd.

Puis ma "famille" me manque. Elle est en gros constituée de ma mère et ma soeur. Ma mère, elle ne voit pas le stress que je subis "mais faut pas stresser tu vas te rendre malade et ne plus pouvoir travailler" Si tu savais maman, c'est déjà le cas.

Quant à ma soeur, elle a forcément vu mon message sur facebook donnant les dates, mais aucun mot, aucun soutien, rien . Je fais avec le reste du temps, mais là, pour cette épreuve-là j'ai mal de ne pas avoir de famille, même si j'ai une famille de coeur, j'aurais quand même eu besoin d'elles deux, de leur soutien et pas seulement de leur témoignage qui lui bien sûr est en ma faveur.

Nous y voilà Taré 1er, je ne sais pas où je serai mais toi tu y seras car sinon c'est les flics qui t'y amèneront de force . Le deuxième jour sera un vendredi 13, je ne suis pas superstitieuse mais je sens que je n'ai pas fini d'en entendre parler de ce fait là. Alors pile ou face, auras-tu de la chance ou non ? Seras-tu acquitté ou condamné ? Je n'attends pas grand chose, j'aimerais une petite année de prison pour toi, du ferme, ça me suffirait, même si le mieux serait que tu meures avant le procès. Par contre j'avoue si tu es acquitté, j'ai beau essayer de m'y préparer je ne sais pas dans quel état on me retrouvera.

Mais nous y sommes Taré 1er , et toi qui n'as jamais eu besoin de menaces et de force pour abuser de moi, ce jour où tu me répondais "c'est comme un cours" je crois que tu étais loin de penser que je grandirais, que je comprendrais, et qu'enfin un jour je saurais que je ne suis pas coupable . Et ça, acquitté ou pas ça ne changera pas, je le sais déjà.

Ce soir là, cette première fois où tes mains se sont glissées sous mon t-shirt et ailleurs, tu ne savais pas qu'un jour tu poserais ces mêmes mains à la barre, aux Assises, présent là, accusé des viols que tu as commis , de tout ce que tu m'as fait pendant 6 ans, même si le massacre ne se résume pas qu'aux abus, et que j'ai passé 16 ans à te côtoyer.

Rendez-vous le 12 mars , ou pas, mais toi tu n'y échapperas pas. Tu es la proie.

Nous y voilà.

 

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Publié dans La plainte

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