Là d'où je viens...

Publié le par Opale

Là d'où je viens il y a cet homme .

Il boit, il fait peur, il empêche de dormir.

Là d'où je viens il y a cet homme.

Ses mains franchissent l'interdit.

 

Mais il n'y a pas que cela.

Là d'où je viens cet homme est fou . Il dit tant et tant de choses qui se perdent dans ma tête d'enfant . Des choses bizarres, des choses effrayantes, des choses semblant impossibles , des choses, des choses, ça déborde de ma tête.

Il dit des choses que maman croit, ma pauvre maman si naïve et paumée, apeurée aussi.

 

J'ai grandi, j'ai porté plainte contre l'homme fou, bientôt je vais le revoir et subir à nouveau sa folie . J'ai peur encore une fois de me sentir emportée par son monde, peur de ses phrases, de ses comportements imprévisibles et tellement inimaginables qu'ils dépassent ma pensée, et me laissent là, sans possibilité de réfléchir.

 

Bien sûr ma psy m'a dit que non je ne deviendrais pas folle mais j'ai si peur, j'ai encore gravée en moi cette première confrontation, cet effondrement et toutes mes larmes en replongeant si violemment dans son monde, ce monde où j'ai grandi de force.

 

Il y a quelques temps j'ai demandé à ma mère de noter dès qu'elle se souvenait de ce qu'il disait, et peu à peu elle l'a fait . En la lisant j'ai constaté que je ne me souvenais pas de tout loin de là , et que d'autres choses oubliées m'étaient finalement familières.

 

J'ai raconté à des amis, ne sachant plus si je devais en rire ou en pleurer . J'ai ri, de bon coeur en délirant sur les situations, puis quelques heures plus tard je me suis sentie mal, si mal pour l'enfant que j'étais et qui devait survivre dans tout cela.

 

Je ne sais pas si les lignes qui suivront seront crédibles, mais elles sont vraies, d'ailleurs comment les inventer ?

Ces lignes sont en vrac ce qu'il a pu affirmer (une partie seulement, ma mère complètera un jour je suppose ), je les mets à l'affirmatif , mais elles seraient bien évidemment à mettre au conditionnel ou plutôt au "non existant" mais ce temps là n'existe pas, à mon grand regret il a existé.

 

Voici donc :

 

- Il a fait 10 ans de légion étrangère . Il a donc changé de nationalité et pris la nationalité monegasque , et a été reçu à la table du prince Rainier . Pour avoir cette nationalité il avait un studio à Monaco.

 

- A la légion il a été blessé et est resté deux ans sur un lit d'hôpital.

 

- Il a écrit pour Richard Clayderman, Dire Straits et Rondo Veneziano . Il faisait acheter du papier musique à ma mère et lui faisait poster ces partitions soi disant écrites à l'encre "invisible" au citron.

 

- Il pouvait s'il le voulait faire mettre de la drogue chez ma mère et la faire mettre en prison .

 

- Il pilotait un avion et allait chercher en Suisse des enfants enlevés à leur famille.

 

- Il était maire près de Bayonne et avait une entreprise là-bas, il recrutait aussi dans le Nord Pas de Calais

 

- Il avait repris une entreprise de frigorifiques sur Paris.

 

- Il avait un casier pour mettre ses affaires chez les gendarmes et faisait des rondes avec eux . Pendant ces rondes, il faisait veiller quelqu'un chez nous pour me garder la nuit .

Un jour les gendarmes sont venus le chercher en hélicoptère dans son jardin du campus et ses voisins n'en revenaient pas.

 

- Ma mère avait un petit carreau de cassé à son rétroviseur et il ne voulait pas qu'elle le répare car il disait que cela lui servait pour échanger des messages avec des gens, via des petits papiers mis dans l'espace formé par ce carreau cassé .

 

- Il ramenait des billets à ma mère et lui demandait l'équivalent en monnaie, pour payer des personnes qui lui donnaient des renseignements .

 

Voilà, je vous épargne ce qui concerne les différents emplois occupés.

 

J'ai mal, mal pour cette enfant que j'étais, plongée, noyée là-dedans.

J'ai peur, peur de l'entendre à nouveau, sa façon de parler me replonge sans aucun recul possible dans ce gouffre délirant .

 

Je suis fatiguée, certes j'ai survécu, certes je ne suis pas devenue folle, mais j'ai trop mal de tout ce gâchis et de la lutte pour s'en sortir.

 

Là d'où je viens, il y a cet homme que je vais revoir.


 

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Publié dans Mon agresseur

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cahuete 26/02/2013 11:34

Tout d'abord félicitations pour entreprendre une démarche judiciaire tant d'années après. Je réalise par tes textes que c'est une démarche tellement difficile, sur plein d'autres plans que
psychologique, que c'est peut être pour ça que peu de gens se lancent, ce qui est d'une grande tristesse pour la société. Car il faut des gens comme toi, il faut que les scandales éclatent pour
qu'ils ne se reproduisent plus.
J'ai également appris que même sans lien du sang ça s'appelle de l'inceste.

Mais dans la démarche, et dans ce que tu décris, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la responsabilité de ta mère. Tu étais mineure, et je crois que tu as commencé à vivre avec cet homme à un
âge où tu ne pouvais réaliser sa folie et ses bobards. C'est le rôle d'un parent de protéger. Je me doute que si elle s'est "fait prendre" elle avait quelques faiblesses psychologiques que lui
aurait pu utiliser ou quoi. Mais je n'arrive pas à la voir comme la victime de tout ce qu'elle s'est laissé imposer, et la complice de ce qui est arrivé à sa fille...
Du coup, je me demande comment as tu pu pardonner à ta mère de t'avoir laissé dans un enfer quotidien pendant 6 ans, qui va t'affecter toute ta vie, et si tu n'as pas peur des conséquences
juridiques pour elle.

Opale 26/02/2013 12:41



Bonjour


Non je n'ai aucune inquiètude pour ma mère, elle ne risque rien, d'une elle n'était pas au courant, de deux pas présente lors des abus (travaillant de nuit) et de + elle m'a de suite crue
contrairement à la majorité des mères dans ces cas là hélas.


Je suis consciente de ses erreurs mais elle en est consciente aussi et les regrette, malheureusement très naïve, fragilisée par perte de mon père et mon frère en 3 mois , et avant une vie
pourrie, un cocktail détonnant pour se faire avoir, ensuite il est trop tard car la peur s'installe, il faut le vivre pour cela.


 


Je lui en veux parfois et je peux travailler tout cela en thérapie.



Fred 09/02/2013 17:45

je t'adresse tout mon soutien à travers ce message.
Fred du Blog http://porterplainte.info

Lise CG 09/02/2013 10:34

Je te demande pardon, au nom de tous les fous, au nom de toux ceux qui sombrent dans la psychose et qui délirent.

Heureusement la très grande majorité des malades mentaux ne sont pas des criminels comme ton agresseur.

Mais quand nous délirons, nous disons les mêmes "bétises" que lui. On est malade, on ne peut pas s'en empécher. On souffre et on fait souffrir les autres, nos proches, ceux que nous aimons et qui
nous aiment.

Et quand enfin nous sommes "guérie" ou du moins que nous revenons dans la réalité, nous sommes mort de honte devant tout ce que nous avons dit et fait pendant notre maladie. Beaucoup d'ailleurs
préfèrent l'oublie plutôt que de supporter cette culpabilité d'avoir dit et fait des choses folles.

Je ne te demande pas de comprendre ton agresseur: il ne le mérité pas. Mais si seulement tu pouvais peut être avoir moins peur de la folie : ce n'est pas contagieux.

Je t'envois plein de hugs et de calin

sophie 08/02/2013 22:40

il n'a pas réussi a te faire basculer dans la folie a l'age ou tu etais le plus sujette a ce risque. Cette nouvelle confrontation va surement t'ebranler mais en aucun cas te faire sombrer dans la
folie... je n'ai pas cette peur pour toi.LUi est vraiment fou et bien plus encore....mais il ne va pas t'emporter sur son passage maintenant ma belle.... courage...meme si je sais combien c'est
facile a dire mais dur a affronter.....